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François Villon aura tout expérimenté de l'art de la subversion. Aucune règle ni aucun sentiment, même les plus naturels en apparence, n'auront pu éviter une remise en cause par son esprit fort et rebelle. Aucune fréquentation enfin ne l'aura rebuté, quand bien même elle serait désastreuse pour sa réputation.

Un Poète en Proie aux Épreuves

Ils sont loin, désormais, le jeune étudiant qui collectionnait les frasques plus ou moins bon enfant, et le mercenaire sans pitié qui violait et volait sans manifester guère de remords. Dans ce troisième et dernier album, François Villon n'est plus que l'ombre de lui-même, au point que certains de ses admirateurs ont du mal à croire qu'il s'agit bien de l'irrévérencieux poète.

« -Tu sais ce qu'il ferait François Villon ? », lui demandera-t-on un soir. « Mais tu m'emmerdes. C'est moi Villon ! », lâchera l'intéressé avec colère. Il faut dire que le traitement subi dans les geôles de l'évêque d'Orléans ont considérablement miné le pauvre homme. Affaibli, prématurément vieilli, sans argent ni protecteur, Villon se résout à regagner Paris où le souvenir de ses précédentes incartades restent pourtant vivaces chez certains.

La Rédemption par l'Écriture : Le Testament

Là, finis les banquets et les orgies, terminée les tournées des bordels et des tavernes : le poète semble n'avoir plus goût à grand chose et se lance alors dans la rédaction de l'une de ses oeuvres les plus connues : le Testament. En dépit des remords manifestés par l'écrivain qui a désormais bien mauvaise mine, le lecteur a du mal à compatir au sort de celui qui, lors du précédent album, c'était rendu coupable des pires crimes, sans apparemment en éprouver le moindre regret.

Le sort atroce réservé à la pauvre Isabelle de Bruyère est notamment difficile à oublier, et le bref aperçu que l'on a ici de la belle, des années après les faits, ne participent pas à redorer le blason du poète. Alors que le précédent tome insistait presque exclusivement sur la légende noire entourant le personnage, ce troisième volume fait preuve de davantage de nuances et adopte un ton presque mélancolique, à l'image de l'état d'esprit du personnage.

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La Ballade des Pendus : Un Cri d'Ironie et de Cruauté

Assagi, le poète finit toutefois par être rattrapé par son passé et par les ennuis : impliqué dans une rixe qui tourne mal, le voilà bientôt à nouveau emprisonné en compagnie de trois de ses camarades. C'est à cette occasion qu'il compose sa fameuse « Ballade des pendus », texte qui accompagnera ses compagnons à l'échafaud, à défaut de lui-même puisqu'il sera finalement le seul à échapper à la corde.

« Toi qui n'en as plus besoin, est-ce que je peux prendre cette « Ballade des pendus » qui traversera les siècles ? On la clouera au pilier près de mon noeud coulant ! Les copains ne vont pas en revenir : François Villon a écrit « l'épitaphe de Roger ». Maintenant je peux mourir ! » On reconnaît bien là l'ironie mordante et la cruauté dont fait souvent preuve Jean Teulé et que Luigi Critone se réapproprie ici avec talent.

Ses graphismes ne manquent eux aussi pas de charme et baignent dans une lumière tour à tour brunâtre ou bleue qui renforce le caractère tragique des événements racontés. Exilé pendant dix ans, François Villon quittera Paris en 1463 et ne reparaîtra plus. Ses oeuvres, en revanche, rencontreront un incroyable succès que les extraits qui parsèment l'ouvrage nous permettent d'apprécier, ceux-ci proposant un bon aperçu de la qualité de la prose du jeune homme.

Un troisième tome plus nuancé et teinté de tristesse mettant un terme définitif aux frasques et à la créativité de François Villon qui connaît ici une métamorphose saisissante.

L'Héritage de Villon à Travers Ses Œuvres

Les œuvres de Villon sont riches et variées, témoignant de son talent et de son esprit complexe. Voici quelques-unes de ses œuvres notables :

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  • Le Testament Villon (1461)
  • Ballade Villon (Ballade du Concours de Blois ou Ballade des contradictions) (1457-1460)
  • Requête au Prince (Requête à Monseigneur de Bourbon) (1457-1460)
  • Ballade des Proverbes (1457-1460)
  • Ballade des menus-propos (1457-1460)
  • Ballade contre les ennemis de la France
  • Autre Ballade, ou Ballade de bon conseil
  • Problème, ou Ballade de la Fortune
  • Espitre (Épître à ses amis) (1461)
  • Quatrain (1462-1463)
  • L’appel dudit Villon ou Question au clerc du guichet (Ballade de l'appel) (1462-1463)
  • La louenge que feist Villon a la court (1462-1463)
  • Les Ballades en jargon
  • Ballade franco-latine (1457-1458 ?)

François Villon et l'Université de Paris

La poésie de François Villon est fortement imprégnée par son séjour à l’Université de Paris. Il y a connu ses camarades d’études, pour le meilleur et pour le pire, et surtout acquis une forme de pensée, marquée par la scolastique qui y règne alors en maîtresse.

En entrant à la faculté des Arts, François s’intègre dans quatre corps auxquels il prête serment de loyauté : l’école, la faculté, la Nation de France et l’Université. Cette quadruple appartenance lui est sans cesse rappelée par les assemblées qui se réunissent, soit au niveau général, soit à des niveaux inférieurs comme les facultés.

Ces réunions offrent l’occasion de délibérer sur la vie estudiantine dans une relative liberté, parfois de manière conflictuelle, mais non sans raviver la conscience de l’appartenance à un groupe très particulier au sein de la société urbaine. Cette cohésion est renforcée par l’ensemble des cérémonies qui jalonnent l’année universitaire.

Maîtres et étudiants se retrouvent chaque semaine pour la messe dominicale, mais aussi pour certaines fêtes particulièrement solennelles, comme la sainte Catherine, la saint Nicolas et la saint Hilaire, saints patrons des lettrés. Il existe aussi des messes quotidiennes pour le repos des âmes des anciens membres. Lors des grands événements, l’Université défile en tête des processions qui parcourent la ville, parmi les institutions les plus honorées de la ville de Paris.

Au cours de son séjour sur les bancs de la faculté des Arts, François a subi ou, plutôt si on l’en croit, bénéficié des nombreuses cessations de cours et agitations qui se sont emparées de l’université parisienne. Il s’inscrit sur le registre de la nation de France. Entre 1441 et 1445, cinq grèves d’une durée variable éclatent à Paris ; au total, un tiers de cette période voit la suspension des cours et les écoliers, livrés à eux‑mêmes, baguenaudant dans les rues de la capitale.

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En 1445, alors que François fait ses premiers pas à la faculté, un maître ès‑arts, Jean Gouda, est emprisonné au Châtelet avec des écoliers sur les ordres du prévôt. L’évêque de Paris les réclame aussitôt comme clercs ainsi que le recteur de l’Université qui menace de faire cesser les leçons. Mais Charles VII n’en a cure ; il ordonne d’instruire leur procès au Parlement qui sera désormais le seul tribunal compétent pour tous les différents qui agitent l’Université.

Comme tous les écoliers parisiens, dès ses premières années d’études, François a donc vécu au rythme des grèves et des manifestations de colère qui agitent le Quartier latin.

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