Le 7 juin, la chambre de l'instruction de la cour d'appel d'Aix-en-Provence a rendu sa décision sur la réouverture, ou pas, de l'affaire Maria*. La jeune femme avait été victime de violences policières à Marseille en 2018.
Le 8 décembre 2018, en parallèle d'une manifestation des gilets jaunes à Marseille, une jeune femme de 19 ans a été violemment blessée par des policiers : tir d'un lanceur de balles de défense dans la cuisse, coups de pied et de matraque au sol. L'information judiciaire a démontré que les violences ont été infligées par des agents de police, mais l'enquête de l'Inspection Générale de la Police Nationale (IGPN) n'a pas pu en déterminer les auteurs. Deux non-lieux ont été rendus, mais le parquet général a requis la réouverture de l’enquête devant la cour d’appel d’Aix-en-Provence.
La décision de rouvrir, ou non, ce dossier de violences policières a été rendue le 7 juin. La jeune femme a été agressée alors qu'elle rentrait du travail pour rejoindre son domicile, après 18h. Elle n'avait pas participé à l'acte IV des gilets jaunes. Maria a reçu une balle de Flash-ball dans une cuisse et elle a été rouée de coups par un groupe de policiers. Résultat : une grosse blessure à une jambe et une trentaine de points de suture au crâne.
Maria a tenté de porter plainte, mais deux commissariats marseillais différents ont refusé de l'enregistrer. Le 19 décembre, à sa sortie de l’hôpital, elle a signalé son agression sur la plateforme de l’IGPN, mais il est resté sans suite. Les investigations de l’IGPN n'ont débuté qu'après la plainte déposée par son avocat Me Grazzini le 30 avril 2019 auprès du parquet de Marseille contre "personnes non-dénommées, cependant identifiées comme exerçant la fonction de policier" pour "tentative d’homicide", "violences volontaires aggravées", "non-assistance à personne en danger" et "non-obstacle à la commission d’une infraction".
En novembre 2019, Mediapart a dénoncé une enquête "partiale" de l'IGPN, qui chercherait à "enterrer les faits et à nier les responsabilités". L'avocat de la victime a estimé de son côté, que "l'IGPN n'est pas allée au bout des choses, n'a pas posé les questions qui fâchent". Il a déploré "une omerta évidente, suintant de chacune des dépositions des personnes entendues".
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Trois fonctionnaires seulement ont été suspectés, mais ils ont nié être les auteurs des violences. Les auteurs présumés des faits n'étant pas identifiés et faute de preuves, le juge d'instruction a conclu l'enquête par un non-lieu en septembre 2020.
En mars 2021, à la demande de l'avocat qui a proposé un nouveau témoignage qui n'avait pas été entendu, le parquet de Marseille a rouvert l'enquête. Mais le nouveau témoin a été incapable d'identifier les agresseurs. Le 25 janvier 2022, le juge d’instruction a donc ordonné un deuxième non-lieu.
L'avocat de Maria a fait appel de l'ordonnance. Le parquet général a estimé que le juge d’instruction n’était pas allé au bout des investigations et il a demandé l'annulation du non-lieu début mai 2023. Quatre ans après son agression, Maria souffre encore de séquelles de son traumatisme crânien.
* Afin de préserver son anonymat, le prénom de la jeune femme a été changé.
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