L'art pyrotechnique, c'est-à-dire "l'art du feu" en grec, repose sur la "poudre noire" dont les origines sont incertaines.
La fabrication des explosifs est connue depuis la nuit des temps puisque la poudre noire fut découverte en Chine en 220 avant Jésus-Christ. Dès le VIIe siècle, les Chinois utilisaient des mélanges de résine, de bitume, de salpêtre et de soufre qui explosaient à grand bruit en répandant des pluies de flammes dans un but guerrier. Cette technique leur permettait d'impressionner et de maintenir les ennemis à distance dans les combats. En 690, les arabes ont utilisé la poudre noire au siège de La Mecque. C'est au XIIIe siècle que la poudre noire ou poudre à canon est introduite en Europe.
La poudre noire est un mélange de salpêtre, c’est-à-dire du nitrate de potassium, ou éventuellement du nitrate de sodium, auquel sont ajoutés 15 % de charbon de bois, qui fournit le carbone, et 10 % de soufre.
Ce procédé fut introduit en Europe au XIIIe siècle grâce au célèbre navigateur italien, Marco Polo (1254-1324). En effet, ce dernier traversa l'Asie et découvrit la pyrotechnie. Marco Polo rapporta ce procédé de poudre noire en Europe au XIIIe siècle.
Dès le XVe siècle circule la légende d'un alchimiste allemand, Berthold Schwartz de Fribourg, qui, vers 1350, aurait composé un mélange détonant à partir de salpêtre, de soufre et de charbon de bois. Les princes flamboyants de la fin du Moyen Âge n'aiment rien tant que jouer aux chevaliers et donner de beaux coups d'épée. Ils n'imagineraient cependant pas de se mettre en campagne sans emporter avec eux de tonitruantes bombardes, car l'artillerie à poudre est en passe de devenir l'arme absolue.
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Le service des poudres est l'héritier d'une longue histoire industrielle, qui remonte au 14ème siècle. En 1420, est nommé un "Général maître de l'artillerie", toujours subordonné au Grand maître des arbalétriers, mais le développement de la nouvelle arme conduit à la fin du siècle à la création d'une "Grande Maîtrise" indépendante. Pendant toute cette période, le principal souci sera d'assurer la récolte du salpêtre destiné aux "maîtres poudriers", petits industriels indépendants exploitant les nombreux "moulins à poudres" établis sur l'ensemble du territoire.
La Révolution "nationalise" la Régie en 1791, les employés étant fonctionnarisés et rattachés directement à l'administration des Finances. En 1794, elle devient "Agence nationale", alors qu'en parallèle est développée une "Agence Révolutionnaire des Salpêtres et des Poudres" ne dépendant que du Comité de Salut Public, avant que les deux entités soient fusionnées la même année en une seule "Agence des poudres et salpêtres".
Le premier dérivé de la poudre noire voyait alors le jour sous forme d'explosifs. Il a fallu attendre le XVIe siècle pour que la dénomination de feu d’artifice apparaisse. Les premiers feux d’artifice en tant qu’outil de divertissement sont alors utilisés en France afin d’animer des dragons cracheurs de feu lors de fêtes populaires.
Les premières traces d’utilisation de feux d’artifices remontent au 11ème siècle en Chine, ils auraient été développés à base de poudre noire et de tubes de parchemins scellés. Les feux d'artifice de divertissement n'apparurent qu'à la fin du Moyen Âge vers 1450, la poudre a été utilisée pour figurer les feux de l'Enfer. Rapidement, le feu d'artifice devient le moyen de réjouissance pour commémorer des événements historiques.
Ce n’est qu’au début du 17ème siècle que le premier feu d’artifice tel qu’on le connaît arrive en France. Le premier grand spectacle pyrotechnique en France est tiré en 1612 à l'occasion du mariage de Louis XIII avec Anne d'Autriche et l'inauguration de la Place Royale (place des Vosges). Dès lors, il est d'usage que les charges d'artificiers royaux se transmettent de père en fils dans certaines familles tels les Morel, les Caresme et les Guérin. C'est en 1739 que la famille Ruggieri, originaire de Bologne, entre dans cette histoire avec le feu d'artifice mémorable du 29 août, tiré en l'honneur du mariage de la fille aînée de Louis XV avec l'infant d'Espagne. À partir de ce mythe inaugural, les Ruggieri s'affirment progressivement comme les artificiers des fêtes royales.
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Délaissé pendant la période de la Révolution, le feu d'artifice réapparaît sous l'Empire. Les Ruggieri détiennent alors un quasi-monopole sur les fêtes officielles et ce, jusqu'en 1827. Les établissements Ruggieri sont créés en 1921 en tant que société anonyme, après le rachat des maisons Berthier et Fabre installées depuis le siècle dernier près de Monteux dans le Vaucluse. La fabrication se concentre là et à Toulouse à la fin des années 1960. Ainsi, en 1986, l'usine des Confines est créée à Monteux sur un terrain de 55 ha, avec des installations modernes. La commémoration du bicentenaire de la Révolution est pour l'entreprise une consécration.
Le XIXe siècle voit l’artisanat des feux d’artifice se transformer en véritable industrie. On ajoute des sels minéraux, des composés chimiques pour diversifier au maximum leurs couleurs et leurs formes.
Tous les feux d’artifices sont produits sur le même principe et la diversité des pièces pyrotechniques a pour but d’élargir la gamme des effets escomptés. Ils peuvent être propulsés par des fusées (c’est l’image la plus répandue lorsqu’on pense à un feu d’artifice classique) mais les artificiers professionnels utilisent la plupart du temps un mortier à la place. La couleur d’un feu d’artifice sera définie par le choix des matériaux utilisés lors de sa préparation. Les types de feux les plus répandus sont :
En effet, après moult accidents de ce genre, l'architecture militaire avait créé des poudrières, c'est-à-dire des dépôts de poudre, de munitions ou d'explosifs à base de poudre. Ces magasins, devant lesquels une sentinelle était postée en permanence, se caractérisaient par des bâtiments :
Par la suite, on construit des unités à bonne distance les unes des autres pour que l'explosion de l'une ne se propage pas aux autres.
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Malgré les mises en garde répétées du chimiste Jean-Antoine Chaptal auquel on avait confié la direction de la fabrication des poudres de Grenelle, le 31 août 1794, 150 tonnes de poudre explosent. La détonation est entendue jusqu'à Fontainebleau ; il y a des centaines de morts parmi les ouvriers et la population du quartier.
Dans l’imaginaire collectif, les feux d’artifice gardent une certaine forme de magie, liée de près à une célébration nationale. Immenses, aériens, multicolores, ils prennent une connotation sacrée, et symbolisent souvent l’idée de puissance.
Ainsi, dès l’apparition de ces spectacles lumineux, les artistes se sont emparés du sujet : les premiers tableaux et gravures représentant des feux d’artifice incarnent en premier lieu la puissance royale, à l’instar du Feu d’artifice peint par Jean Michel Moreau le Jeune, ou du Feu d’artifice sur le canal à Versailles de Jean Lepautre.
Le feu d’artifice garde en lui une certaine ambivalence, due à ses origines militaires qui l’ont pourtant conduit à devenir un spectacle purement esthétique. À usage meurtrier ou divertissant, la poudre noire apparaît en Chine, avant de se propager en Europe, sur les champs de bataille et lors de spectacles mirobolants. C’est l’histoire d’une curieuse destinée, celle d’une simple poudre devenant arme meurtrière ou objet de spectacle…
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