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Un nombre important de capitalistes tirent des bénéfices considérables de la production d’armes, une production au mieux parfaitement inutile, à vieillir dans les arsenaux, au pire semant la mort aux quatre coins de la planète. D’immenses fortunes bourgeoises se font et se consolident grâce aux guerres.

La bourgeoisie domine la planète non seulement par les lois du commerce et l’exploitation mais aussi par la puissance militaire. Depuis l’émergence de la bourgeoisie, son développement s’est appuyé sur le développement de l’armée, sur le développement du militarisme. Ce sont les guerres impérialistes qui ont façonné les rapports de force actuels et la hiérarchie entre les grandes puissances. Et c’est toujours en dernier recours la menace militaire qui fait régner l’ordre et la suprématie impérialistes dans le monde.

Après deux guerres mondiales au siècle passé, le monde continue aujourd’hui d’être à feu et à sang, englué dans de multiples conflits régionaux dans lesquels on trouve pratiquement toujours les puissances impérialistes comme pompiers pyromanes. Elles prétendent toujours agir pour la paix mais sèment la guerre partout dans le monde. Quand elles n’interviennent pas directement, elles arment et soutiennent des régimes à leur botte ou des rébellions face aux régimes qu’elles veulent affaiblir.

La puissance militaire d’un pays repose en grande partie sur la puissance de son industrie d’armement. Cela ne se limite pas à la production d’armes au sens strict mais aussi à toute la production qui fournit la logistique nécessaire au déploiement de la force militaire. Le système capitaliste produit des gâchis de toute sorte, mais le fait qu’il consacre une part aussi importante des forces productives à fabriquer des engins qui n’ont d’autre raison d’être que de semer la destruction et la mort est certainement le plus révoltant de ces gâchis.

Que des groupes humains se fassent la guerre n’est bien sûr pas une spécificité de la société capitaliste moderne. L’empire romain, avec son appétit insatiable de conquêtes, avait poussé l’organisation militaire à un haut niveau et mobilisé dans ce but une bonne partie des forces sociales. Au Moyen Âge, les seigneurs féodaux, qui passaient leur temps à guerroyer pour agrandir ou défendre leur fief, se préoccupaient bien sûr de leurs armures, de leurs épées et de leurs châteaux forts. Mais avec le développement du capitalisme, les productions intéressant les besoins militaires ont été portées à un niveau inégalé et monstrueux.

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Les exploiteurs ont besoin de la production d’armes, de la police et de l’armée pour défendre leurs intérêts et maintenir les exploités à leur place et, de plus en plus, pour faire tourner leur système économique. Et pour cela l’État joue son rôle en garantissant lui-même la demande ou en devenant le VRP des marchands de mort.

Les capitalistes ont beau prôner la libre concurrence et le commerce sans entrave, c’est toujours l’État qui est le maître d’œuvre en matière de production d’armes, non seulement en remplissant le carnet de commandes des industriels mais, dans les périodes de fortes tensions internationales et surtout dans les guerres, en administrant plus ou moins directement l’ensemble du secteur de l’armement. Ce n’est pas avec la « main invisible » du marché ou l’initiative privée que les bourgeoisies ont réussi à organiser leur économie pendant les guerres mondiales que le 20e siècle a connues. Même aux États-Unis, c’est l’étatisme et non le marché qui a permis d’organiser l’effort de guerre.

On parle souvent de « béquille étatique » pour exprimer cette idée que le capitalisme n’arrive pas à marcher tout seul sans l’aide de l’État, ce qui n’empêche pas les bourgeois de se plaindre en permanence que l’État dépense trop ; en fait, ils considèrent que l’État dépense trop dès qu’il s’agit de dépenses utiles à la population, comme l’éducation, la santé, mais jamais lorsqu’il s’agit, selon leur expression, de « soutenir l’économie », traduisez : enrichir les capitalistes. Dans le secteur de l’armement, ce n’est pas seulement de soutien qu’il s’agit, c’est de gavage !

L’industrie d’armement, auxiliaire indispensable au développement de la bourgeoisie

Analyse marxiste du rôle de l’État

L’industrie d’armement étant étroitement liée à l’État, il est bon de rappeler comment nous, marxistes, analysons le rôle et la fonction de l’État. L’État n’est pas un arbitre au-dessus de la société ou le représentant de l’intérêt collectif, mais une institution politique liée à la structure de classes de la société et qui représente fondamentalement le pouvoir de la classe dominante.

Rappelons ce qu’en disait Engels dans L’Origine de la famille, de la propriété privée et de l’État : « L’État est un produit de la société à un stade déterminé de son développement. [...] L’État se caractérise par l’institution d’une force publique [...]. Cette force publique particulière est nécessaire, parce qu’une organisation armée autonome de la population est devenue impossible depuis la scission en classes... Cette force publique existe dans chaque État ; elle ne se compose pas seulement d’hommes armés, mais aussi d’annexes matérielles, de prisons et d’établissements pénitentiaires de toutes sortes, qu’ignorait la société gentilice. […] Mais elle se renforce à mesure que les contradictions de classes s’accentuent à l’intérieur de l’État et que les États limitrophes deviennent plus grands et plus peuplés ; - considérons [...] notre Europe actuelle, où la lutte des classes et la rivalité de conquêtes ont fait croître à tel point la force publique qu’elle menace de dévorer la société tout entière, et même l’État. »

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À propos de la dissolution des sociétés primitives à l’aube de la civilisation, Engels précise : « La guerre et l’organisation pour la guerre sont maintenant devenues fonctions régulières de la vie du peuple. Les richesses des voisins excitent la cupidité des peuples auxquels l’acquisition des richesses semble déjà l’un des buts principaux de la vie. […] La guerre, autrefois pratiquée seulement pour se venger d’usurpations ou pour étendre un territoire devenu insuffisant, est maintenant pratiquée en vue du seul pillage et devient une branche permanente d’industrie. Ce n’est pas sans motif que les murailles menaçantes se dressent autour des nouvelles villes fortifiées. »

Ainsi, comme le dit Engels, le militarisme est devenu permanent depuis la division de la société en classes aux intérêts antagoniques. Ce que l’on appelle les fonctions régaliennes de l’État (du latin rex, le roi), ce sont ses fonctions fondamentales : armée, police, justice. Ce sont des corps spéciaux d’hommes armés chargés de maintenir l’ordre, défendre la propriété et censés garantir la sécurité des citoyens.

Pour garantir sa mission fondamentale, le maintien de l’ordre, c’est-à-dire la domination de la classe bourgeoise, la police et l’armée disposent de moyens toujours plus sophistiqués et onéreux. Il est illusoire de penser que l’État pourrait exister sans ces moyens militaires et policiers. Bien sûr, certains pays, même parmi les pays impérialistes, ont une armée très faible (Allemagne, Japon, les vaincus de 1945, bien que les choses soient en train de changer). Mais ils ne le peuvent que parce que d’autres se chargent du maintien de l’ordre dans le monde (États-Unis en tête). Croire que l’ensemble des États impérialistes pourraient être démilitarisés traduit une incompréhension de la nature de l’État et des rapports sociaux que cet État a pour mission de préserver.

Nous commencerons par un historique de cette course aux armements et de leur usage avant de décrire plus précisément l’industrie et le marché de l’armement aujourd’hui.

Les guerres commerciales du passé et l’avènement de la puissance commerciale de l’Angleterre grâce aux navires de guerre

On a coutume de citer un général allemand du 19e siècle, Carl von Clausewitz : « La guerre est la continuation de la politique par d’autres moyens », mais c’est aussi la continuation du commerce et de la politique économique des puissances qui sont en concurrence les unes avec les autres. C’est par la guerre que les États les plus puissants ont imposé leur domination, la guerre et une politique en matière d’armements.

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Le développement du grand commerce international dès la découverte des Amériques s’est appuyé sur le développement de la marine de guerre ainsi que sur la piraterie. Les 16e et 17e siècles ont été marqués par les guerres commerciales entre l’Angleterre, l’Espagne, les Pays-Bas et la France, en mer des Caraïbes, dans l’Atlantique et l’océan Indien. Les galions espagnols qui revenaient des Amériques chargés d’or étaient fréquemment attaqués et pillés par les pirates anglais agissant pour le compte de la couronne (dont le fameux Francis Drake). Les Français ont fait de même contre les Espagnols et les Anglais, avec les corsaires de Saint-Malo : Duguay-Trouin ou Surcouf ; la ville de Saint-Malo, dont les fortifications furent aménagées par Vauban, était appelée le « nid de guêpes » par les Anglais.

En 1624, comprenant l’importance de la marine de guerre pour le contrôle des mers et la suprématie commerciale, Richelieu, Premier ministre de Louis XIII, fit développer les arsenaux afin de donner à la France une puissance maritime capable de rivaliser avec celle de la Grande-Bretagne. Cette volonté sera prolongée par Colbert, ministre de la Marine de Louis XIV. Mais cela ne suffit pas à détrôner la suprématie anglaise sur les mers.

La colonisation de l’Inde

C’est l’industrie d’armement et la puissance militaire qui permirent la domination de quelques pays européens sur le reste du monde. La colonisation de l’Inde, commencée dès le 16e siècle, vit s’affronter les principales puissances de l’époque : les Portugais installèrent des comptoirs sur la côte ouest, bientôt suivis par la Hollande, la Grande-Bretagne et la France. Celle-ci, arrivée bonne dernière dans la course, dut se contenter de quelques comptoirs, comme Pondichéry ou Chandernagor. Les Européens évincèrent les marchands indiens du commerce maritime avec l’étranger, ne développant un partenariat qu’avec les plus importants d’entre eux, qui servaient d’intermédiaires. La conquête de territoires se fit petit à petit. C’est la Grande-Bretagne qui s’imposa rapidement : dès le 18e siècle, elle régnait en maître sur tout le sud de l’Inde.

Pendant plusieurs décennies, en particulier celles de la fin du 18e siècle, la Compagnie anglaise des Indes orientales réalisa des fortunes dans le commerce des produits indiens, en particulier les épices, les cotonnades et les soieries. Elle imposa son monopole par la force de ses canons et le commerce se transforma vite en pillage pur et simple. La Compagnie obligeait les paysans et les tisserands à lui vendre la totalité de leur production, aux prix qu’elle fixait. Elle écrasait les villages d’impôts, qui allaient grossir la fortune de ses actionnaires.

La guerre de l’Opium

Un autre épisode significatif est celui de la guerre de l’Opium que l’Angleterre mena à la Chine en 1840 avec comme objectif principal d’obliger l’empereur chinois à ouvrir ses ports au commerce étranger, en particulier celui de l’opium, qui avait été interdit en Chine. À l’époque, la culture de l’opium se développait considérablement en Inde sous la direction de ce qu’on appelait l’Honorable Compagnie, c’est-à-dire toujours la Compagnie anglaise des Indes orientales.

Une escadre de 16 vaisseaux de ligne, 4 canonnières, 28 navires de transport, avec 540 canons et 4 000 hommes, alla bombarder les ports chinois. Les troupes britanniques, composées en partie de soldats indiens, massacrèrent, pillèrent et terrorisèrent toute une région maritime. Finalement l’empereur chinois céda.

Il accepta d’accorder à la Grande-Bretagne ce qu’elle demandait, c’est-à-dire une forte indemnité en dédommagement de l’opium saisi qui avait été détruit par un fonctionnaire chinois, et la cession de l’île de Hong-Kong (jusqu’en 1997). La Grande-Bretagne estima cependant qu’elle pouvait obtenir davantage. La guerre reprit, Shanghai fut pris et mis à sac, les Britanniques mirent le siège devant Nankin et l’empereur céda une nouvelle fois en acceptant que cinq ports, dont Canton et Shanghai, soient ouverts sans restriction au commerce britannique. De plus, les Anglais y auraient des concessions qui leur appartiendraient en propre. Tous les jugements concernant des sujets anglais en Chine seraient effectués uniquement devant des juridictions britanniques, le montant des droits de douane serait soumis à l’accord de la Grande-Bretagne et de toute façon ne pourrait dépasser 5 % de la valeur des marchandises. Le traité ne disait pas un mot sur le trafic de l’opium, cause de la guerre, mais bien entendu celui-ci se renforça et fit plus que doubler en vingt ans, largement financé par la banque HSBC.

L’État anglais et sa marine de guerre ont ouvert le marché chinois à la bourgeoisie anglaise. La morale de l’histoire, c’est que justement il n’y en a pas ; la politique de la canonnière a contribué à faire de l’Angleterre la première puissance économique du monde jusqu’à la guerre de 1914.

La Première Guerre mondiale et les profiteurs de guerre

Le 19e siècle aura été marqué par la vague du colonialisme qui a vu les grandes puissances se jeter sur le monde pour le dépecer et se le partager. La France n’a pas été en reste et a colonisé une grande partie de l’Afrique, de nombreuses îles. À la fin du siècle, le capitalisme entre dans une nouvelle phase appelée impérialisme. Dans L’impérialisme, stade suprême du capitalisme, Lénine résume ainsi la situation : « Le trait caractéristique de la période […], c’est le partage définitif du globe, définitif non en ce sens qu’un nouveau partage est impossible - de nouveaux partages étant au contraire possibles et inévitables - mais en ce sens que la politique coloniale des pays capitalistes en a terminé avec la conquête des territoires inoccupés de notre planète. Pour la première fois, le monde se trouve entièrement partagé, si bien qu’à l’avenir il pourra uniquement être question de nouveaux partages, c’est-à-dire du passage d’un "possesseur" à un autre, et non de la "prise de possession" de territoires sans maître. »

Dans la course aux conquêtes coloniales, les derniers arrivés, comme l’Allemagne, furent les moins bien servis. Les rivalités entre pays impérialistes conduisirent à la Première Guerre mondiale de 1914 à 1918. Dans toute l’Europe, soixante-dix millions d’hommes partirent comme soldats. Dix millions ne revinrent jamais.

Les guerres napoléoniennes avaient déjà été une boucherie mais, avec les nouvelles techniques, la tuerie est devenue industrielle. Le capitalisme n’a pas seulement développé les forces productives à un niveau inimaginable pour les siècles antérieurs, il a également développé en proportion les forces destructrices : armes automatiques, nouveaux canons (dont la fameuse grosse Bertha), débuts de l’aviation, premiers chars et autos blindées, navires cuirassés et sous-marin...

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