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Si vous possédez une centaine de vêtements, vous devriez compter environ… trois étiquettes. Peut-être une ou deux paires de chaussettes, voire un sous-vêtement ou un pull. Eh oui : seuls 3% des vêtements vendus en France ont été fabriqués dans l'hexagone.

En d’autres termes, l’industrie du vêtement en France, celle qui nous habille au quotidien, a aujourd’hui presque totalement disparu. Mais pourtant, ce n’est pas vraiment ce qu’on lit dans les journaux. On entend parfois parler d’une “renaissance du textile” qui compterait plus de 100 000 emplois avec des exportations d’habillement en hausse à plus de 14 milliards d’euros… Malheureusement, ces chiffres sont trompeurs.

Quand on regarde dans le détail, ces 100 000 emplois incluent les salariés de toutes les entreprises dont les “activités principales” sont “la fabrication textile, la confection, le cuir et la chaussure”. Mais parmi ces entreprises, combien exactement fabriquent les vêtements qu’on porte au quotidien ? Eh bien, pas beaucoup. Voici comment se décomposent les 109 000 emplois du secteur de l’habillement, textile et cuir :

  • 42 000 emplois dans l’industrie du cuir, qui est le principal responsable de la hausse des emplois constatée (+14 000 emplois depuis 2006). Or ces entreprises ne fabriquent quasiment pas de vêtements : pour caricaturer un peu, elles font plutôt des sacs à main de luxe, ce qui n’est pas très pratique pour s’habiller au quotidien.
  • 36 000 emplois dans l’industrie textile à proprement parler, c’est-à-dire de fabrication tissus (filature, tissage, etc.). Or, cette industrie est en grande majorité orientée (pour les deux-tiers) vers la fabrication de textiles techniques (revêtements de siège de voitures, vêtements de travail, tissus pour l’ameublement ou le domaine médical), mais aussi de tissus pour l’ameublement ou le linge de maison. Cet éco-système autour du textile technique est heureusement assez dynamique en France, mais il ne fabrique quasiment pas de vêtements.
  • 31 000 emplois dans la confection de vêtements. Or si on regarde dans le détail, les plus grosses entreprises répertoriées dans cette catégorie sont en fait des donneurs d’ordre qui font fabriquer la plupart de leurs vêtements à l’étranger : ce ne sont pas des emplois de couturiers & couturières, mais essentiellement d’administratifs et d’acheteurs - rien à voir avec une industrie locale donc. Et pour le reste, il s’agit surtout d’ateliers de confection qui fabriquent pour l’industrie de luxe (qui représente jusqu’à 90% de leurs clients). Et donc, parmi ces 31 000 salariés, il y en a très peu qui fabriquent des vêtements...

En fait, sur ces 109 000 emplois, il n’y en a que quelques milliers (probablement pas plus de 10 000) qui sont vraiment dédiés à habiller la France au quotidien.

Si on exclut les ateliers de confection, qui travaillent aujourd’hui surtout pour le luxe, il ne nous reste en France qu’une cinquantaine de petites usines qui fabriquent réellement des vêtements : quelques filateurs, tisseurs, tricoteurs ou teinturiers sur des segments de niche. À titre de comparaison, le Bangladesh compte plus de 8 000 usines dédiées au vêtement, soit presque 200 fois plus…

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Et ce sont ces mêmes usines qu’on voit et revoit dans les reportages TV pour montrer qu’on peut encore fabriquer des vêtements en France. Elles sont souvent labellisées “Entreprises du Patrimoine Vivant” et à raison : elles sont les gardiennes d’un savoir-faire qui disparaît de jour en jour. Mais pour combien de temps encore ? Beaucoup d’entre elles sont aujourd’hui en grande difficulté.

Quant à ces 14 milliards d’exportations d'habillement parfois évoqués dans les médias, d’où viennent-ils ? Il y en a une partie qu’on doit au luxe, mais sinon ce sont surtout des ré-exportations de vêtements : les grandes marques françaises (Kiabi, Décathlon, etc.) stockent des vêtements fabriqués à l’étranger dans leur entrepôts français puis les envoient dans leurs magasins à l’étranger pour les vendre là-bas : comme le précise l’INSEE, 75% des exportations françaises de textile viennent des importations.

En d’autres termes, l’industrie française du vêtement du quotidien a presque totalement disparu… et beaucoup des usines restantes connaissent de grandes difficultés. Bref, nous avons quasiment entièrement délocalisé une industrie qui permet pourtant de couvrir un besoin a priori fondamental de sa population : s’habiller.

Pourquoi on n’a plus d’industrie d’habillement en France

L’industrie textile fabrique des objets souples, et ça change tout. Pourquoi ? Parce que, lorsque les matières sont molles, on ne sait pas remplacer la main humaine par un robot.

Petit rappel : pour fabriquer un tissu ou un vêtement, il faut effectuer un certain nombre d’étapes :

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  1. Fabrication du fil (filature)
  2. Fabrication du tissu (tissage ou tricotage)
  3. Découpe du tissu
  4. Assemblage des différentes pièces de tissu (confection)

Évidemment, ces étapes utilisent toutes des machines. Mais c’est quand on arrive à la dernière, celle de la confection, que la machine est la plus… modeste :

La plus grosse machine d’un atelier de confection… c’est la machine à coudre.

Oui, c’est la machine à coudre, et elle demande une couturière ou un couturier habile pour la faire fonctionner. Donc contrairement à des matières métalliques ou plastiques rigides que des robots peuvent attraper et déplacer, seuls des humains peuvent assembler des tissus pour les coudre ensemble.

Ce n’est pas faute d’avoir essayé de l’automatiser : l’histoire regorge d’exemples d’essais avortés pour créer des robots qui fassent la confection à la place des humains. L’Etat japonais lui-même y a investi plus de 100 millions de dollars dans les années 80. Même la DARPA (l’agence américaine pour la recherche dans la Défense) a investi dans des startups de robotisation pour coudre des t-shirts. Mais à chaque fois, ces tentatives ont fait chou blanc.

Il n’y a pas le choix : pour fabriquer un vêtement, il faut du travail humain, en particulier pour l’étape de confection. Coudre un t-shirt par exemple, cela prend 5 minutes. Pour un jean, c’est presque impossible de descendre en dessous de 15 minutes.

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Les vêtements ont donc été les candidats parfaits pour la délocalisation : ils sont faciles à transporter, non périssables et, puisqu’ils demandent pas mal de main d'œuvre, il y avait un énorme avantage compétitif à délocaliser la production dans les pays où les salaires sont très bas.

Donc à partir des années 60-70, dès que les cargos ont permis de transporter les marchandises pour pas trop cher, le secteur textile a été un des premiers à délocaliser. Une tendance qu’on retrouve dans la plupart des pays occidentaux.

Coup de grâce : en 2005 (il n’y a pas si longtemps !), les Accords Multifibres prennent fin : cette réglementation plafonnait les importations de vêtements pour protéger les industries des pays occidentaux. Les importations en provenance d’Asie se sont alors envolées, et face à cette concurrence, ce qui restait de l’industrie textile française a volé en éclats.

Les conséquences de la disparition de l’industrie du vêtement

Avant d’évoquer les conséquences pour la France, rappelons quand même une évidence : le problème des délocalisations concerne d’abord les pays où nous délocalisons.

On dit pudiquement fabriquer dans des “pays à bas coûts”, mais il faut regarder de près ce que cela signifie : les entreprises ont délocalisé leur production dans des pays où les salaires sont loin de permettre de vivre dignement. Au Bangladesh, par exemple, même si le temps de travail est de 60h par semaine, le salaire mensuel minimum n’atteint que 38% du salaire vital, le revenu nécessaire pour couvrir l’ensemble des besoins fondamentaux.

Donc concrètement, si on fait fabriquer un t-shirt là-bas, cela signifie que les ouvriers et ouvrières, malgré des horaires de travail énormes, ne pourront pas se loger décemment, manger à leur faim ou payer l’école de leurs enfants : c’est un travail qui permet juste de survivre, mais pas de vivre. Les conditions de travail y sont tellement désastreuses que la population s’est même récemment révoltée - des manifestations violemment réprimées par le gouvernement.

Sans compter qu’en délocalisant la production, on a aussi délocalisé la pollution (et même : on l’a augmenté, car les normes environnementales dans ces pays y sont souvent moins élevées et moins appliquées que chez nous). De multiples scandales l’ont rappelé ces dernières années : rivières polluées par les usines de teinture, rejet de perturbateurs endocriniens dans l’environnement, taux de plomb trop important dans les vêtements, pour n’en citer que quelques-uns.

Voilà peut-être le principal problème de cette délocalisation : elle abîme les gens et l’environnement dans les pays qui dorénavant fabriquent. Et comme cela ne se passe pas chez nous, nous ne nous sentons pas vraiment concernés au moment d’acheter nos vêtements. Loin des yeux, loin du cœur.

Cela étant posé, même si c’est un peu autocentré, parlons des conséquences pour la France.

Les problèmes sociaux : le chômage, mais pas que

Contrairement aux entreprises du tertiaire qui se concentrent dans les grandes villes, les usines ont besoin d’espace et de loyers moins élevés. Elles créent donc des emplois plutôt sur les territoires ruraux, dans les petites et moyennes villes. Jusque dans les années 70-80, les régions françaises étaient ainsi recouvertes d’usines spécialisées dans différents savoir-faire : filatures dans le Nord, bonneterie dans l’Aube, tissage dans les Vosges…

Quand les usines ont fermé, les emplois ont disparu et ne sont pas revenus : la plupart des anciens bassins industriels textiles (sauf la région autour de Lyon et Roanne) connaissent un taux de chômage qui reste aujourd’hui plus élevé que dans le reste de la France.

D’autant que quand les usines ont fermé, ce sont aussi les boulangeries, les cafés, les bureaux de Poste, bref une bonne partie de l’économie locale qui a mis la clé sous la porte.

Roubaix, l’ancienne “ville aux mille cheminées”, ex-capitale du textile français, compte aujourd’hui quasiment 30% de chômage.

Mais il n’y a pas que le problème du chômage : il y a aussi celui de la précarisation des métiers. Les conditions de travail dans les usines textiles étaient souvent difficiles, mais elles donnaient des emplois relativement stables (des CDI quoi) et parfois des perspectives de carrière - sans compter les avantages sociaux issus de certaines formes de paternalisme industriel (éducation, logement, soins médicaux…).

Aujourd’hui, les métiers disponibles dans ces anciens bassins industriels ont beaucoup évolué, avec des contrats souvent plus courts et précaires. L’emploi industriel a été remplacé par des emplois de service, moins valorisés, moins rémunérés et souvent aux conditions de travail précaires.

On constate par exemple une forte augmentation des métiers de la logistique et du transport dans le Nord et dans l’Est (pour caricaturer : au lieu de fabriquer les objets en France, on stocke et on livre ceux qui viennent de l’étranger), avec des salaires bas, une forte proportion de contrats d'intérims et d’auto-entrepreneurs, des horaires décalées pour les chauffeurs...

Et comme dans de nombreuses zones rurales dont la population est vieillissante, de plus en plus de personnes travaillent dans le soin et l’aide à la personne, avec des conditions de travail très compliquées (travail morcelé, salaires très faibles…).

Et au-delà de cette précarisation, il y a aussi la perte de statut social. Dans les usines, on pouvait développer de vrais savoir-faire techniques valorisants. Les métiers donnaient une vraie fierté et une place dans la société locale, d’autant que les vêtements et tissus fabriqués étaient des objets tangibles, visibles de tous.

Aujourd’hui, les métiers du soin, de l’aide à la personne ou de la logistique sont, malgré leur rôle crucial, moins valorisés socialement : ils sont moins visibles et ne donnent plus la même place dans la société locale. Toutes ces difficultés ont fini par créer des divisions au sein même de ces territoires : les personnes sans emploi ou qui enchaînent les petits boulots se retrouvent fortement stigmatisées.

Au-delà des conséquences sociales, il y a aussi l’aspect écologique. On évoquait plus haut les pollutions locales comme les rejets dans les rivières ou les diffusions de perturbateurs endocriniens, mais ce serait oublier une pollution, qui, elle, n’a pas de frontières : les gaz à effet de serre.

Les problèmes écologiques : n’oublions pas le CO2

Un vêtement fabriqué à l’étranger émet souvent bien plus de CO2 qu’en France, car l’énergie qui fait tourner les machines dans les pays de production à bas coûts émet en général beaucoup plus de gaz à effet de serre qu’en France et en Europe. Par exemple, un vêtement fabriqué en Chine, où l’électricité vient principalement des centrales à charbon, émet deux fois plus de gaz à effet de serre que le même fabriqué en France.

Mais surtout, au-delà de la pollution par vêtement, il y a le problème de l'augmentation du nombre de vêtements fabriqués. “Grâce” aux délocalisations, les prix des vêtements ont baissé et la consommation des vêtements en France a plus que doublé depuis le début des années 80 pour atteindre 40 vêtements achetés par Français et par an.

Or produire, c’est polluer : les émissions de gaz à effet de serre du textile ont augmenté à peu près au même rythme que les volumes de production. Cette augmentation du nombre de vêtements produits est la raison principale pour laquelle l’industrie textile n'a...

Secteur Nombre d'emplois
Industrie du cuir 42 000
Industrie textile 36 000
Confection de vêtements 31 000

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