La présence maritime militaire permanente de la France est affirmée en Méditerranée, soit dans le cadre de la lutte antiterroriste (opération Chammal), soit en organisant des exercices avec ses alliés. En deux mots : être présent.
Un exercice simule une attaque terroriste à partir d'une embarcation légère. En photo, "L'Alsace" riposte avec une mitrailleuse 12,7 mm, d'une portée de 1 200 m contre une embarcation et de 900 m contre un avion. Par ailleurs, le navire est doté de deux canons téléopérés de 20 mm, (un canon de chaque côté du navire) capables de détruire un aéronef à 1 200 m et une embarcation à 1 500 m.
La frégate multimissions (Fremm DA) Alsace manœuvre en urgence dans le port de Toulon, en raison d'une menace terroriste. Plusieurs embarcations foncent à toute vitesse sur le navire. La réponse est graduée : signal radio, sonore, lumineux, tir d'avertissement et de neutralisation grâce aux mitrailleuses 12,7 mm ou aux canons téléopérés de 20 mm.
"La réponse est graduée, il faut parer la surprise et la méprise, résume l'enseigne de vaisseau Rodolphe, 40 ans, chef du secteur défense rapproché. Dans la réalité, il s'agit le plus souvent de touristes attirés par les navires de guerre".
Les Fremm, à la silhouette attrayante et futuriste, ont été conçues afin de limiter la surface radar. Les exercices vont se succéder durant 48 heures en Méditerranée.
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Le 17 novembre 2021, le navire a réussi le tir de son premier missile anti-aérien Aster 30 (en silos) permettant de valider l’ensemble de ses capacités opérationnelles. L’Aster 15 est prévu pour l’autodéfense du navire (contre avion ou missile) alors que l’Aster 30 est destiné à une interception à plus grande distance.
De plus, "L’Alsace" embarque des missiles mer-mer Exocet (MM40), capables de neutraliser une cible en mer comme au sol à 200 km.
Au-dessus, le radar Herakles qui fait un tour sur lui-même en une seconde permet d'identifier un navire, un aéronef ou des missiles. "Les brouilleurs sont activés, on aveugle les missiles, notre navire disparaît. Paré pour les leurres électromagnétiques ou infrarouges", réagit derrière son ordinateur le lieutenant de vaisseau, Julien, 31 ans.
À environ 30 km de distance, les cibles sont verrouillées et détruites avec un tir de missile Aster. "Quand je siffle une fois, c'est un avion de chasse et quand je siffle deux fois, c'est un missile, assène le second maître Camille, 25 ans. Ma mission c'est d'identifier, classifier et d'utiliser les brouillages et les leurres".
Mer Rouge, le 19 novembre 2023. Les rebelles houthis du Yémen interceptent le Galaxy Leader, un navire cargo lié à un homme d’affaires israélien, et prennent en otage les 25 membres d’équipage. Après ce coup d’éclat, les attaques se multiplient dans le Sud de la mer Rouge et le Nord de l’océan Indien.
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En réponse à ces tensions, l’Union européenne a lancé l’opération Aspides (bouclier protecteur en grec) le 19 février 2024. Au total, 21 États membres participent à cette mission et trois, dont la France, y engagent actuellement des bâtiments de premier rang.
L’amiral Jean-Marc Bordier, commandant en second de l’opération, indique que « Aspides a reçu un mandat strictement défensif. Si nos bâtiments doivent ouvrir le feu, c’est uniquement pour protéger les navires, qui en font la demande, des missiles ou des drones qui sont susceptibles de les atteindre. Il n’est pas question de détruire des objectifs à terre. »
Sur la trentaine de bateaux de commerce transitant quotidiennement dans la zone, entre 10 % et 15 % demandent une protection. Pour assurer leur protection, l’opération Aspides organise des convois de façon à créer de véritables bulles de protection, car la menace peut surgir de partout, à tout moment.
C’est ainsi que, par exemple, la frégate multimission (Fremm) Alsace a connu l’épreuve du feu dans la nuit du 19 au 20 mars 2024 dans le golfe d’Aden, après une attaque de plusieurs drones. Cette nuit-là, trois drones ont été détruits par l’Alsace, dont un depuis un hélicoptère Panther, avec une mitrailleuse de 7,62 millimètres.
Deux d’entre eux se sont écrasés en mer et un autre a été abattu par des Mirage 2000 en provenance de Djibouti.
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De cette épreuve, le capitaine de vaisseau Henry retient avant tout la réactivité de l’équipage, qui n’a eu que quelques secondes pour agir après la détection des missiles. « Cela montre l’importance de l’entraînement et de la préparation au combat, mais aussi la qualité de nos équipements et la force mentale de nos équipages », estime-t-il.
Depuis le mois de février, plus de 450 attaques de la part des houthis ont été recensées dans la région sur le trafic maritime en général, et plus d’une quinzaine de fois, il a fallu ouvrir le feu pour protéger les navires ciblés.
À cette menace, s’est ajoutée récemment la menace environnementale. En effet, le 21 août dernier, le Sounion, un pétrolier battant pavillon grec chargé de 150 000 tonnes de pétrole, a été attaqué puis incendié par les rebelles à 140 kilomètres des côtes yéménites.
Les 29 membres d’équipage, après avoir envoyé un signal de détresse, ont été secourus par la frégate Chevalier Paul. Le navire, en proie aux flammes jusqu’au 6 octobre, a fait courir le risque d’une immense marée noire, dont les répercussions auraient été désastreuses pour la biodiversité et les habitants de la région.
Pour empêcher cette catastrophe, des compagnies privées ont été mobilisées pour remorquer le bateau en dehors de la zone de risque et éteindre le feu. Cette manœuvre technique s’est effectuée sous la protection d’Aspides.
« Aucune marée noire ou pollution n’a été constatée, le navire a pu être remorqué en dehors de la zone de danger sous la protection d’Aspides. Le mandat d’Aspides court jusqu’au mois de février 2025. Les États membres se prononceront à ce moment-là sur sa reconduction.
Mais neuf mois après le début de l’opération, la situation en mer Rouge demeure tendue. De nombreux navires de commerce continuent de demander encore l’aide des bâtiments européens pour leur protection, et la région reste sous la menace des rebelles houthis.
Pour répondre à ce défi grandissant, des discussions se tiennent actuellement au sein de l’Union européenne pour regrouper les opérations Atalante, Agénor et Aspides sous un mandat global.
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