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Après les multiples fusillades qui ont eu lieu un peu partout en France, le débat autour de la circulation des armes à feu a refait surface. En France, il y a environ cinq millions de propriétaires d'armes à feu, dont quatre millions de chasseurs. La détention d'armes à feu est soumise à une législation très stricte qui oblige les détenteurs à déclarer aux autorités ce qu'ils ont en leur possession.

Il est très difficile de connaître précisément le nombre d'armes en France. Selon des données du ministère de l’Intérieur, environ dix millions d’armes illégales étaient en circulation dans le pays, en 2023. En revanche, les saisies, elles, augmentent considérablement. En 2022, les saisies d'armes ont augmenté de 9,5% en France par rapport à 2021. 8 027 armes ont été saisies par les forces de l'ordre en 2022.

Sources et Détention d'Armes

Bien que l’antique fusil de chasse du grand-père figure dans les statistiques de détention d’armes, il est quasi absent des dossiers criminels. Les chiffres cités par les journalistes de la presse écrite et télévisuelle proviennent de sources parfaitement identifiées. Il s’agit d’abord des chiffres du ministère de l’Intérieur qui s’adossent sur les relevés d’Agrippa, revus à la baisse depuis l’accès des particuliers au SIA. Ces chiffres comptabilisent les armes des chasseurs et des tireurs et ne prennent pas en compte les armes de chasse à un coup par canon, acquises avant 2011, ni les armes de collection.

L’autre source souvent citée par la presse est Small Arms Survey, une organisation basée en Suisse associée à l’Institut supérieur d’études internationales et de développement (IHEID). Son activité principale consiste à recueillir et analyser des données sur les armes portatives légères et de restituer ses analyses sur tous les aspects des armes légères et de la violence armée aux gouvernements, aux décideurs politiques, aux chercheurs et à la société civile. Concernant la France, Small Arms Survey estime que le pays compte 12 700 000 armes à feu portatives. Soit 4 501235 armes déclarées et 8 230 765 armes non déclarées. Des chiffres non argumentés et sans doute un peu fantaisistes.

Les chiffres les plus récents connus du ministère de l’intérieur donnent environ 4 000 000 d’armes déclarées au SIA lorsqu’il sera complètement déployé, auxquelles il faut ajouter environ 1 500 000 de fusils de chasse acquis avant 2011 et qu’il n’est pas nécessaire de déclarer. L’UFA estime que ces chiffres sont sous-estimés. Le chiffre initial de 10 millions d’armes de guerre doit clairement être relativisé : une grande partie a probablement été enfouie sur les champs de bataille ou détruite au fil du temps. Quant aux armes de chasse là encore les armes de grenier sont bien plus nombreuses que les évaluations données par le ministère. Il suffit de s’appuyer sur le chiffre de 3 375 000 fusils de chasse présents en France en 1940-45 pour se rendre compte que de 1945 à 2011(armes non déclarées) le chiffre n’a pu qu’exploser puisqu’il a fallu armer plus de 2 générations de chasseurs supplémentaires. Notre estimation avoisine donc les 10 000 000 d’armes.

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Reste enfin les armes importées illégalement pour alimenter la délinquance armée. Le ministère de l’Intérieur estime qu’il s’agit de quelques dizaines de milliers d’armes et c’est sans doute proche de la réalité. L’État s’inquiète bien sûr de toutes les armes non déclarées qui échappent à son contrôle.

Mesures et Initiatives

La première [mesure] consisterait à lancer des campagnes d’information incitant les détenteurs à se tourner vers les armuriers. Cette approche simple permettrait de réintégrer les armes dans un circuit légal et contrôlé, tout en offrant aux propriétaires un éventuel gain financier. Une autre solution envisagée serait d’élargir la carte de collectionneur aux armes des catégories A et B, comme cela se pratique déjà dans de nombreux pays européens. En ouvrant l’accès des collectionneurs aux catégories A ou B via une carte de collectionneur - un dispositif déjà en place dans plusieurs pays européens - ces armes passeraient de l’ombre à la lumière.

Le patron des députés Les Républicains Laurent Wauquiez a déploré le fait que la France soit "l'un des pays les plus violents d'Europe", mercredi dans le 8h30 de franceinfo. Des règlements de comptes, une grenade jetée dans un bar… Les actualités récentes poussent Laurent Wauquiez à estimer que "notre pays est en train de devenir l'un des pays les plus violences d'Europe". Le patron des députés Les Républicains l'a déclaré mercredi 23 avril dans le 8h30 de franceinfo, assurant que la France était le pays "où il y [avait] le plus de violences par armes à feu, d'agressions". "C'est juste ça la réalité", concluait-il.

Globalement, Laurent Wauquiez dit vrai, la France fait en effet partie des pays les plus violents d'Europe, selon les dernières données disponibles sur Eurostat, le service de statistiques de la Commission européenne. Cela fait dix ans qu'elle est sur le podium et, en 2022, la France était même le pays où le plus d'actes violents ont été enregistrés par les forces de l'ordre. La France est le deuxième pays où il y a eu le plus d'infractions - près de 2,9 millions - en valeur absolue et le septième pays si l'on rapporte ces infractions au nombre d'habitants. Après addition de ces faits, la France arrive en tête du classement des pays qui ont recensé le plus de faits de violences en 2022, aussi bien en valeur absolue - 650 000 actes - qu'en proportion du nombre d'habitants - près de 1 000 actes violents pour 100 000 habitants. Elle reste en tête si l'on ne compte que les violences physiques et non sexuelles.

En revanche, le député LR de Haute-Loire se trompe sur les violences par armes à feu. En réalité, il existe peu de comparaisons européennes détaillées des violences selon le type d'armes utilisées et, surtout, les données sont très mal consolidées pour la France. Notre pays n'est même pas véritablement classé dans la dernière étude qui fait référence sur le sujet, réalisé par le Conseil suédois pour la prévention des crimes (Brå) et qui a conclu en 2021 que la Suède était le pays d'Europe où il y avait le plus d'homicides par armes à feu. Les dernières données disponibles sur la violence par armes à feu en France se trouvent dans un rapport de l'Institut flamand pour la Paix mais ne vont que jusqu'à 2014. Cette étude montre que le taux d'homicides par arme à feu a diminué en France entre 2000 et 2014, passant de 0,6 meurtres par arme à feu pour 100 000 habitants en 2000 à près de 0,2 en 2014. La France se situait à la 21e place dans le classement sur 32 pays recensés dans le rapport.

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Ces homicides sont différents des règlements de compte entre délinquants utilisant des armes prohibées. Il s’agit souvent de conflits et disputes dans un cadre familial, avec de nombreux féminicides (25% des cas de féminicides en 2020 et 2021 selon Reporterre). La partie la plus nouvelle de cette analyse est le regard porté sur les suicides. Par ailleurs, le nombre de morts par armes à feu, toutes catégories confondues, baisse de manière relativement régulière chaque année, ce qui est encourageant, mais ce nombre reste élevé.

Il existe aussi un stock important d’armes de chasse non déclarées. On estime à 5,4 millions le nombre d’armes déclarées en 2021 dans le fichier Agrippa) et à plusieurs millions le nombre d’armes non déclarées. Une étude internationale avance le chiffre de 12,7 millions d’armes (essentiellement des armes de chasse) en circulation, déclarées et non déclarées, chiffre invérifiable.

Dans un contexte national d'insécurité croissante, la question de savoir qui détient des armes intrigue. Selon la Fédération Nationale des Chasseurs (contactée par LSDJ), ils seraient 4 millions, incluant les anciens. Mais les dernières données de 2023 font état de seulement 963 571 licenciés (dont 33 200 femmes). Les chasseurs en activité détiendraient environ 2 millions d'armes. Les anciens peuvent garder les leurs à condition de les déclarer au Système d'Information sur les Armes (SIA). Le nombre de chasseurs a cependant chuté depuis les années 1970, où ils étaient 2,5 millions de pratiquants. La chasse reste une passion et rien n'indique que ce soit devenu aujourd'hui un moyen privilégié d'armement, comme en témoigne le déclin constant du nombre de licenciés et leur âge moyen élevé.

La Fédération française de Tir comptait 275 117 licenciés en 2024, soit une hausse de plus de 100 % en 20 ans. Cette augmentation du nombre de pratiquants interroge sur leurs motivations, notamment dans un contexte d'insécurité croissante déplorée par une majorité écrasante des Français. Surtout qu'elle est accompagnée d'une montée en puissance du Krav Maga, du self defense et d'autres sports de combat.

Il y a ensuite les près de 245 000 policiers et gendarmes, armés pour la plupart d'entre eux. Un décret publié en octobre 2023 les autorise désormais à porter leur arme dans les établissements recevant du public, tels que les musées, salles de spectacle ou enceintes sportives hors de leurs heures de service. Si de nombreuses armes existent dans les armureries des casernes ou des bases militaires, les membres de l'Armée ne sont en principe pas autorisés à les détenir dans leur domicile.

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Selon le ministère de l'Intérieur, environ 4 millions d'armes sont légalement détenues par des particuliers en France en 2025, pour un total de près de 5,4 millions incluant celles des forces de l'ordre. En parallèle, le Fichier National des Personnes Interdites d'Acquisition et de Détention d'Armes (FINIADA) recense chaque année 20 000 nouveaux individus. Tout comme les individus qui n'aurait pas déclaré détenir une arme ou des munitions de catégorie C.

L'État reste méfiant face à une population armée, comme le montre la campagne de désarmement citoyen lors de la crise du Covid-19, qui avait permis de recueillir près de 150 000 armes sur tout le territoire. Mais cette opération n'aura que peu servi à désarmer un public dangereux : « Les citoyens qui ont fait cette démarche d'abandonner leurs armes sont pour une grande partie des personnes âgées qui ne savaient pas comment s'en débarrasser, et qui avaient une méconnaissance du cadre réglementaire. En tout cas, un public éloigné du monde des armes. », précise un officier. Ceux qui veulent s'armer se tournent en majorité vers le marché noir. Permis de chasse ou tir sportif restent des procédures fastidieuses, chronophages et contrôlées. Les banlieues où les lois peinent à s'appliquer abritent le gros du trafic. (Voir LSDJ 2331).

Marché Noir et Armes Illégales

Aujourd'hui les circuits de l'armement illégal sont aussi nombreux que difficiles à démanteler. Le Darknet, l'usage de plateformes cryptées comme Telegram, les imprimantes 3D, le rôle croissant des gangs étrangers comme les réseaux nigérians ou celui de la Turquie dans la prolifération des armes modifiables alimentent ce marché.

Les saisies d'armes illégales en France, souvent le fruit de perquisitions ou de contrôles ponctuels, restent faibles. L’évolution de la réglementation française et européenne en matière d’acquisition et détention d’armes traduit bien souvent la réaction des gouvernants face à une action criminelle particulièrement sanglante et troublant fortement l’ordre public.

L’objectif était alors d’abandonner une classification désuète des armes en huit catégories, fondée sur l’usage traditionnellement admis de ces armes (guerre, défense individuelle, tir de foire ou de salon 2…), au profit d’une classification en fonction de leur dangerosité. Les attentats terroristes de 2015 ont été, quant à eux, à l’origine d’une nouvelle directive européenne en 2017 3 destinée à réduire les failles juridiques existant dans le dispositif européen et exploitées par les réseaux criminels. Ces failles étaient pourtant dénoncées depuis de nombreuses années par le groupe d’experts européens en armes à feu (EFE) 4.

La source majeure d’approvisionnement en armes illicites sur le territoire national est constituée par les vols d’armes, commis tant au préjudice de particuliers que d’armuriers. L’immense majorité de ces armes, en l’espèce 78 %, est soumise à une simple déclaration lors de l’entrée en possession. Cette prépondérance tient à la réglementation allégée régissant la conservation de cette catégorie d’armes, comparée à celle imposée pour les armes soumises à autorisation préalable. En effet, elles doivent simplement être remisées hors d’état de fonctionner immédiatement. Il n’existe aucune obligation de conservation en coffre-fort 7 ou au moyen de dispositifs empêchant que l’arme puisse être déplacée.

Les bourses aux armes, y compris au-delà de nos frontières, sont des lieux propices aux ventes illicites. Dès lors, ces armes n’ayant fait l’objet d’aucun enregistrement au sein des fichiers s’avèrent parfaitement intraçables. Elles s’échangent dans un marché parallèle sans contrôle des autorités de l’Etat, ce qui entraîne nécessairement une certaine porosité entre ces amateurs déviants et les délinquants (voire les terroristes).

En effet, la vente d’armes ou d’éléments d’armes entre particuliers sur internet n’est pas prohibée dès lors qu’elle satisfait aux obligations imposées par la réglementation (notamment, depuis 2017, l’intervention d’un intermédiaire professionnel agréé). Il existe ainsi de nombreux sites Internet ou forums spécialisés dans la mise en relation entre les vendeurs et les acheteurs d’armes à feu. Identifier une transaction suspecte à partir de ces annonces s’avère particulièrement difficile pour les forces de l’ordre dans la mesure où les parties utilisent des pseudonymes, ce qui ne permet pas de connaître leur identité réelle.

En 1991, dans la perspective de la création du marché intérieur unique supprimant les contrôles aux frontières intracommunautaires, l’Union européenne adoptait une réglementation commune relative au contrôle de l’acquisition et de la détention d’armes 11. Or, des failles sécuritaires sont rapidement apparues dans ce dispositif et ont été largement exploitées par les criminels et les délinquants. Elles étaient en partie corrigées par une révision de la réglementation en 2008 avant d’être encore plus profondément révisées en 2017, consécutivement aux attentats perpétrés sur le sol français en 2015.

À partir de 2012, un nouveau mode d’approvisionnement illicite en armes à feu touchait l’espace européen. Ce phénomène concernait des armes en apparence non létales, très facilement convertibles, provenant principalement du matériel militaire issu de l’ex-armée tchécoslovaque. En effet, ces armes militaires avaient été légalement vendues par la République tchèque et la Slovaquie à des fabricants d’armes autorisés, lesquels les avaient converties en armes censées ne tirer que des munitions à blanc.

Il existe deux catégories d’armes artisanales susceptibles de se trouver sur le marché illicite français. Tout d’abord, il s’agit de la confection de pièces d’armes ou d’armes complètes en 3D par addition de couches successives de matière contrôlée par un ordinateur. Des plans sont disponibles, notamment sur le Darknet. Ce phénomène a pris un essor particulier au début des années 2010 avec l’apparition de l’arme Liberator 25, une arme monocoup fabriquée en 3D avec la technologie et les matériaux disponibles à cette date. Si, à l’époque, cette technologie n’apparaissait pas encore au point, les progrès réalisés permettent désormais de produire des pièces d’armes plus complexes avec des matériaux plus résistants.

Statistiques Additionnelles

Les policiers ont utilisé leur arme à feu à 189 reprises en 2023, contre 285 fois en 2022, selon le rapport de l’Inspection générale de la police nationale (IGPN) rendu public mardi 19 novembre. La baisse du nombre de tirs sur les véhicules a notamment fortement chuté. « Il s’agit du total le plus bas enregistré depuis 2017 (394 tirs), soit une diminution de 52 % en six ans », souligne l’IGPN.

Le Service des Statistiques du ministère de l’Intérieur (SSMI) vient de communiquer les statistiques de la délinquance pour 2024. La rubrique « homicides réalisés » comptabilise, pour l’année 2024, un total de 980 faits. On en avait comptabilisé 816 en 2020, 881 en 2021, 959 en 2022 et 1010 en 2023. Si la progression a donc été stoppée en 2024, le chiffre global reste important, puisque environ trois homicides sont désormais commis chaque jour en France.

Les viols (intégrés ci-dessus dans la rubrique « violences sexuelles », en augmentation de 7%) ont connu une progression importante de 9%. À noter qu’en matière de violences sexuelles, les délais moyens de dépôt de plainte après les faits ne cessent d’augmenter, atteignant en 2024 les six mois et rendant, de ce fait, de plus en plus difficile l’identification et la condamnation des auteurs.

Les règlements de compte entre narcotrafiquants à Marseille ont marqué le pas en 2024, puisqu’on n’a enregistré « que » 24 morts contre 49 l’année précédente. Cette diminution significative ne s’explique pas par l’efficacité de la réaction des services de police et de la justice, mais par la fin (sans aucun doute provisoire…) de la guerre qui a opposé le clan Yoda au clan DZ Mafia, et qui a vu la victoire de ce dernier.

Pour la quatrième année consécutive, le bilan de la délinquance est franchement mauvais, l’augmentation des faits constatés les plus graves se poursuivant inexorablement. Ce n’est plus, désormais, un phénomène ponctuel : on aurait pu le penser à l’issue de la période COVID et de ses mesures de confinement prises en 2020 et 2021 qui avaient bousculé les habitudes ; et aussi par le fait que désormais - et fort heureusement - on réalise finalement une meilleure prise en compte des violences sexuelles.

Tableau récapitulatif des données statistiques

Statistique Chiffre Année
Armes illégales en circulation Environ 10 millions 2023
Armes saisies par les forces de l'ordre 8 027 2022
Augmentation des saisies d'armes par rapport à l'année précédente 9,5% 2022
Nombre de licenciés à la Fédération française de Tir 275 117 2024
Nombre d'homicides 980 2024

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