Pendant la Seconde Guerre mondiale, l’armée allemande occupait le château Bel-Air du Haillan. Elle avait installé, dans le parc du château et dans le bois voisin de « la Piconerie (sur le territoire d’Eysines), un important dépôt de munitions. Au moment de leur départ, le 22 août 1944, les Allemands ont fait sauter une partie des munitions causant une grande frayeur dans la population et d’importants dégâts aux habitations environnantes.
Trois ouvrages évoquent ces évènements :
Malgré cette abondance, de nombreuses zones d’ombre subsistent.
Si l’occupation du château Bel-Air par les troupes allemandes est un fait avéré, deux de ces ouvrages disent que c’est l’Etat-Major de la Kriegsmarine (marine de guerre) qui s’y est installé alors qu’il semble admis qu’il occupait le château Dulamon de Blanquefort, où il avait remplacé celui de notre Marine Nationale replié de Paris en 1940. Toutes les munitions décrites ci-dessous sont des munitions utilisées par les avions contre les navires ou les troupes au sol. Ce dépôt dépendait donc vraisemblablement de la Base aérienne de Mérignac.
Voici ce qu’en dit « Le Haillan. Château Bel Air » de l’association « Histoire et Généalogie du Haillan : « Cependant, une partie de la fabrication [de l’atelier de torpilles du Vigean] était stockée au château Bel-Air du Haillan et transportée dans ces "fameux camions" si bien escortés. Le principal de la réserve était entreposé dans les bâtiments de la Piconerie, entourés de bois. De nombreuses caches souterraines étaient aussi utilisées; elles se situaient dans les autres espaces boisés et surtout le long de la grande allée du château à Béchade. Les champs et prairies aux alentours étaient aussi truffés de munitions.
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Lorsque l'armée d'occupation dut battre en retraite, ordre fut donné d'anéantir tous les dépôts de munitions. Après le départ des troupes d'occupation, on trouva de nombreux dépôts encore intacts. Des caisses contenant des bombes sous-marines, mises à jour, intriguèrent les autochtones. On décida de les baptiser V1 ou V2, missiles fort en mode à cette époque pour leur efficacité Outre-Manche. Encore de nos jours, beaucoup de nos compatriotes ayant vécu ces heures continuent à croire aux V2. Mais où diable se seraient trouvées les rampes de lancement indispensables à de tels missiles? Et pour tirer sur quoi? Des spécialistes de l'armement ont formellement reconnu, sur des photos prises alors, des bombes sous-marines à ailettes remplies de petits obus ».
Cet article est illustré par deux photographies prises après les explosions.
Ce cliché représente un container renfermant environ 250 engins de petite taille. Comme toutes les bombes, le container était muni d’ailettes afin de stabiliser sa trajectoire. Il ressemble à celui qui suit et qui était rempli de 120 bombes incendiaires de 1 kg. Ce système de container permet d’éviter une trop grande dispersion des projectiles.
Les 250 petites bombes de Bel Air sont des engins anti-personnel SD 1 de 1kg. (Longueur 17 cm, diamètre 5cm). Ces bombes ont été formellement identifiées par un spécialiste du service de déminage de la Préfecture de la Gironde.
Ce cliché représente en réalité une bombe télé-déviée « Rhur Stahl PC 1400 X » parfois qualifiée à tort de bombe planante. Cette bombe était emportée sous les ailes de bombardiers Dornier Do 217 spécialement aménagés. Larguée à haute altitude, elle était déviée par radio vers les navires alliés visés. Cette technique de largage imposait au bombardier de conserver une trajectoire rectiligne au dessus de l’objectif. Utilisée à partir de l’automne 1943, dans l’Atlantique et dans la Méditerranée, elle permit aux Allemands de couler un cuirassé italien et d’en endommager un autre ainsi qu’un britannique.
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Très vite (en janvier 1944), les alliés s’équipèrent de systèmes de brouillage qui lui ôtaient toute efficacité. Ces brouilleurs ont été mis au point à Alger par le Prof. Yves Rocard (le père du Premier ministre). Les Allemands étudièrent alors un guidage par fils ce qui retarda considérablement leur utilisation opérationnelle. Un exemplaire de cette bombe est exposé au Musée de l’Ecole supérieure du Matériel à Bourges. Une troisième photo du même engin figurait dans le manuscrit de « La Corde de Piano » accompagnée de la légende : « Prototype de l’Einmann-Torpedo » (la torpille humaine. Elle n’a pas été maintenue dans l’édition définitive.
Selon l’auteur, la Kriegsmarine développait dans des ateliers du château, une arme secrète, torpille pilotée par un homme et destinée à l’attaque-suicide des navires alliés. De telles armes ont été utilisées avec succès, dès le début de la guerre (1941) par la marine italienne dans les ports d’Alexandrie et de Gibraltar. Les Allemands en ont utilisé avec succès en Normandie après le débarquement. Mais elles n’avaient aucune ressemblance avec cette bombe.
Il existait également une autre « bombe volante », le Henshel Hs 293, qui était munie d’ailes, ce qui la faisait ressembler à un petit avion. Propulsée par une fusée (c’est le premier missile de l’histoire), elle pouvait être lancée à distance ce qui mettait le lanceur hors de portée de la DCA des navires attaqués. Elle était aussi guidée par radio et connut les mêmes ennuis que la PC 1400. Elle a été utilisé dans l’Atlantique à partir de la base de Mérignac.
Ces deux engins sont souvent confondus, même dans les ouvrages spécialisés. Ils ont été utilisés sans grand succès par le 40 KG (Kampfgeschwader : Escadre de combat) de Mérignac et le 100 KG de Mont de Marsan car ils n’ont été vraiment opérationnels qu’au moment où, sur l’Atlantique, la supériorité aérienne des alliés était totale, les convois étant accompagnés de porte-avions d’escorte.
Ces armes auraient été entreposées en grand nombre à Cognac et Toulouse.
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Après le départ des troupes d'occupation, on trouva de nombreux dépôts encore intacts. Des caisses contenant des bombes sous-marines, mises à jour, intriguèrent les autochtones. On décida de les baptiser V1 ou V2, missiles fort en mode à cette époque pour leur efficacité Outre-Manche. Encore de nos jours, beaucoup de nos compatriotes ayant vécu ces heures continuent à croire aux V2. Mais où diable se seraient trouvées les rampes de lancement indispensables à de tels missiles? Et pour tirer sur quoi? Des spécialistes de l'armement ont formellement reconnu, sur des photos prises alors, des bombes sous-marines à ailettes remplies de petits obus.
Sous l'impulsion de M.M.GUERIN et FOURTON, un petit groupe de Résistance formé quelque temps avant entreprit la récupération des obus et la surveillance des lieux. Cette citation relevée dans l' "Histoire de la Résistance en Gironde" en témoigne: "En Août 1944, le GROUPE du HAILLAN a pour mission de veiller dans le secteur du Haillan à la sauvegarde des biens publics et privés. Après s'être emparé du dépôt de munitions allemand, le groupe organise la défense dans le cas d'un retour éventuel des Allemands, et veille à éviter le pillage". Ensuite, pendant plus d'un mois, les artificiers français détruisirent le reste des munitions. II y eut quand même des débordements. Du château dévasté, les meubles et objets disparurent, la bibliothèque se vida de presque tous ses ouvrages ».
L'affaire du train de Lambesc se situe le 17 août 1944 en fin d'après-midi. Ce jour là, une formation de 8 P-47, du 527th Fighter Squadron, 86th Fighter Group, assure une mission dite de "reconnaissance armée" dans le secteur nord de Marseille. Ils n'ont pas d'objectifs précis mais doivent intervenir sur tout regroupement des forces allemandes qui tentent de parvenir sur la zone de débarquement.
Au dessus de Lambesc, ils repèrent un convoi ferroviaire, transportant notamment des véhicules, stationné dans la gare ainsi que d'importantes colonnes automobiles circulant sur l'ancienne N7. Vers 17h00, les 8 P-47, menés par le 1st Lt. Harry L. Caldwell, commencent à "straffer" tout cet ensemble. D'après des habitants de Lambesc, l'attaque dura plus d'une demi-heure; ils mentionnent les "milliers de douilles qui dégringolaient du ciel".
Toujours est' il que le Lt Caldwell, lors de l'un de ses passages en rase-mottes, atteint un wagon de munitions qui explose entourant son P-47 de débris. Le moteur est en feu, le pilote parvient à reprendre de l'altitude et se parachute. Caldwell sera recueilli par des habitants et rejoindra les troupes US trois jours après. Son avion ira s'écraser dans les collines au nord de la ville (là, il y a encore un petit doute, car on n'est pas totalement certain que les débris du P-47 retrouvé dans les collines de Lambesc soit vraiment celui de Caldwell).
Lors de ce straffing, les pilotes US découvrirent, avant l'heure, les effets d'une certaine forme de bombe au napalm; en effet, au lieu de larguer leurs "wing-tanks" en altitude avant de passer à l'attaque, comme le voulaient les réglements, ils les larguèrent directement sur le convoi ferroviaire au cours de leur straffing en rase-mottes, avec les effets que l'on peut imaginer...c'est ce qui apparait dans les rapports de mission.
Un reservoir en forme de goutte d'eau semblerait plutôt correspondre à un réservoir de P-38 qui ont d'ailleurs été actifs dans le secteur. Il y a des signalements de reservoirs largables abandonnés un peu partout j'en ai deux ou trois dans le secteur Barjols Saint Maximin je ne les ai jamais trouvé ni d'ailleurs vraiment cherché....
Un petit truc encore je crois me souvenir que les vestiges récupérés faisaient apparaitre des marquages rouges. Le 86th FG faisait massivement usage de la peinture rouge sur ces avions à défaut d'une identification certaine c'est tout de même une forte probabilité pour l'avion de Caldwell qui se dégage. Quelles seraient l'autre ou les autres possibilités ?
Extrait du "War diary du 527th fighting squadron-86 th fighting group,également dans le secteur de Lambesc ,ce jour:(P-47)""""Lieutenant Helms s'est écrasé tôt ce matin près de l'extrémité sud de la piste, son avion en flamme.Il réussi à sortir avec des brûlures mineures et une petite fracture a sa main gauche, quand il est tombé sur l'aile, dans sa hâte à sortir de l'enfer.Un de nos nouveaux pilotes, pour sa première mission, a mitraillé et fait exploser une voiture de munitions, a Cavaillon - gare de triage, qui a fait un trou de 25 mètres carrés , et fait sauter les rails de chemin de fer de 200 pieds(60m) dans les airs, a travers lesquels, nos pilotes ont du essayer de trouver leur chemin,au milieu des trajectoires de leur propre bombes.Lieutnant Sturman est rentré par bateau a ses quartiers, après son amerrissage sur les côtes du sud de la France.Les têtes de pont ont atteints une profondeur de 15 miles a l'intérieur des terres.Falaise dans le nord France a été prise, et nos troupes sont à seulement 55 miles de Paris.Communications · Rapports de 204 à 559 ont été détruits par le feu.Un message a également été reçu ,notifiant que le lieutenant Williams avait fait son chemin en toute sécurité à travers les lignes allemandes ,jusqu'à la tête de pont, ce qui donna lieu à une fête au mess des officiers dans la soirée."""
Oui Guy Le P-47 de Lambesc est à 95% celui de Caldwell. C'est un appareil US car un fragment d'étoile blanche a été trouvé. Les numéros inscrits sur certaines pièces prouvent qu'il s'agit bien d'un P-47 et des fragments comportant de la peinture rouge ont été relevés.
J'ai quand même un petit doute malgré tout car un témoin local m'avait indiqué, voici quelques années, que cet avion s'était abattu à la suite d' un combat aérien avec des chasseurs allemands...mais on sait ce que valent les témoignages oraux...ils ne sont pas toujours très fiables et doivent être recoupés, ce que je n'ai pu faire.
Un combat aérien ayant entraîné la perte d'un P-47 dans le secteur ça serait une nouvelle. Mais pourquoi pas, si le pilote a été récupéré immediatement pas de MACR; par contre je ne voit pas trop la correspondance avec une revendication du JGr 200.
Juste encore une petite chose Caldwell a été promu Captain immédiatement après son passage (rapide) dans la clandestinité (vin frais et filles beaucoup moins cf. le war Diary du 527th FS).
Quelques infos complémentaires les debris projettés par l'explosion montent à une altitude de 2500 pieds(info provenant du rapport de la mission 1609 du 527th FS) 20% des batiments du village de Lambesc sont endommagés par l'explosion. le wagon de munitions devait contenir des charges importantes (torpilles , bombes , mines marines,....).
Le mitraillage d'un train chargé de torpilles stationné en gare de Lambesc s'est déroulé le 16août 1944 en début de matinée. Il a commencé vers 7 heures et l'explosion s'est produite vers 8 h 30. L'opération s'est déroulée pendant qu'une messe était célébrée en la chapelle Saint-Roch à l'occasion de la fête du saint et l'explosion a eu lieu après que les fidèles soient rentrés chez eux. Certains ont conclu que le saint avait protégé les Lambescains et limité le nombre de victimes (1 seule). Il n'y avait aucun véhicule sur ce train et aucun avion ne s'est abattu à cette occasion.
Au moins deux témoins me confirment que le convoi est attaqué ce matin du 16 août par des "doubles queues" la date du 16 août est de plus confirmé dans les archives municipales que j'ai consulté le P47 quand a lui serait tombé le 16 septembre 44 ???? , je vais dés que possible me replonger dans les archives municipales voir si j'en trouve trace.
L'objet de ma recherche est donc de savoir quels types d'avions américains sont intervenus ce jour là, à quelles unités ils appartenaient etc ... A en lire vos différents échanges, il s'agirait soit de P-47, soit de P-38 (ou les deux ?). Quelqu'un peut-il me confirmer le type d'avion et leurs unités afin que j'approfondisse mes investigations ?
Il y a quatre-vingts ans, c’était un lieu de stockage de munitions de guerre allemandes. Depuis, l’endroit est devenu un sanctuaire d’intérêt européen pour les chauves-souris et papillons. L’École supérieure d’ingénieurs géomètres et topographes (ESGT) du Mans mène, depuis trois ans, un chantier de cartographie d’une ancienne base souterraine allemande située en Sarthe. Une commande du conseil départemental, qui rebondit avec l’anniversaire de la libération de la France en 1944.
La création de la carte est destinée à disposer d’un outil pédagogique de présentation des lieux au grand public. Ce qui fut, à partir de 1943, une zone de stockage de munitions de guerre est devenu un sanctuaire européen de plus de 1 000 chauves-souris et de près de cinquante espèces de papillons. Il est classé aire de protection du biotope.
La guerre de 1870 et l’utilisation des chemins de fer dans les opérations militaires ont montré l’intérêt de recourir aux sabotages en cas de mobilisation et de guerre avec l’Allemagne. L’objectif est de gêner suffisamment la mobilisation et la concentration des armées de l’adversaire pour procurer dès le début de la guerre un avantage stratégique à la France. Divers plans sont conçus et organisés entre 1871 et 1914 par le service de renseignements du ministère de la Guerre en relation avec des agents secrets et des patriotes des pays annexés. Des engins spéciaux sont créés à cet effet ainsi que la constitution de dépôts d’explosifs à l’étranger.
La guerre franco-allemande démontre également l’importance des chemins de fer dans la mobilisation et la concentration des armées. Préparées de longue date en temps de paix, ces opérations s’apparentent à un fragile mécanisme d’horlogerie qu’une série de sabotages bien conçus pourraient dérégler.
L’idée de se livrer à des sabotages en cas de mobilisation et de guerre date de la fin des années 1870 et correspond à la prise en compte de l’intérêt à utiliser les explosifs existants. Par lettre du ministre de la Guerre en date du 6 novembre 1878 et sur demande du département de la marine, la commission des substances explosives dirigée par Marcellin Berthelot est invitée à rechercher les conditions dans lesquelles le coton-poudre peut être utilisé pour des opérations de guerre.
L’étude des moyens à employer pour provoquer une explosion au passage d’un train sur une voie ferrée débute en juin 1879. Bien vite, il apparaît préférable de chercher à utiliser l’effet même du passage du train pour déterminer automatiquement la destruction de la voie ferrée, soit en avant de celui-ci pour obtenir un déraillement, soit en arrière pour capturer le matériel ou lui couper la retraite. L’installation s’avère simple et pratique pour un petit nombre de saboteurs, qui opèrent même pendant la nuit : les cartouches de dynamite et de coton-poudre, ainsi que les tubes détonants qui les relient, se dissimulent facilement en terre ou sous le ballast ; les appareils de mise à feu se placent sous le rail d’une façon non apparente.
Parallèlement à la mise au point d’engins spéciaux, s’échafaudent des plans de sabotages à grande échelle. Le tout premier date de la fin 1883 et prend la forme d’une synthèse critique de carnets et de notes d’officiers explorateurs envoyés en mission sur les deux rives du Rhin. Ce document de 21 pages s’intéresse aux explorations d’Huningue à Sarreguemines, de la frontière suisse à la Lorraine annexée. Plusieurs d’entre elles sont réalisées par un officier originaire de cette ville lorraine, le capitaine Henri Crémer, affecté à l’état-major général du ministre de la Guerre.
Le but de tels travaux est de nature stratégique. Il s’agit d’assurer « la possibilité de retarder la marche de l’armée allemande au moins pendant une semaine lors de la prochaine guerre », de gêner la concentration allemande en interrompant ses communications, en l’obligeant à disséminer ses forces, en jetant « l’effroi » et « le trouble moral » sur ses arrières. En un mot, les Allemands seraient déjà en Alsace-Lorraine comme en territoire ennemi. Ces faits de guerre seraient exécutés par des officiers français en mission et par des patriotes des pays annexés.
La destruction des voies de communication des armées allemandes est une ligne directrice du plan. Tout l’espace alsacien-lorrain est concerné : Huningue, Altkirch, Mulhouse, Neuf-Brisach, Colmar, Sélestat, Molsheim, Strasbourg, Saverne, Haguenau, Niederbronn, Soultz-sous-Forêts, Adaincourt, Sarreguemines, Sarrebourg.
En Lorraine annexée, un vaste réseau commence à Adaincourt, point de bifurcation des lignes Metz-Sarrebourg et Metz-Saarbrücken. Il est constitué par le député de Metz au Reichstag, Jules-Dominique Antoine. Ses rapports forment environ 200 pages « avec noms de localités, moyens d’action, dépôts de matières explosibles, dépôts de munitions et moyens de transports d’armes ».
Le passage du général Boulanger au ministère de la Guerre de janvier 1886 à mai 1887 et la dégradation concomitante des relations franco-allemandes encouragent le colonel Vincent à passer à l’action. En 1886, il organise secrètement des dépôts d’explosifs en Alsace-Lorraine. Mis au courant par un général, Marcellin Berthelot, alors ministre de l’Instruction publique dans le gouvernement Goblet, en informe le président de la République Jules Grévy.
Enfin, le colonel Vincent envisage de recourir, dès le temps de paix, au sabotage économique au moyen de la guerre biologique. En 1886, Albert Braun, un « honorable correspondant » de Mulhouse, propose à Raymond Poincaré, chef de cabinet du ministère de l’Agriculture, de recevoir de ce ministère la mission de colporter le phylloxéra sur les coteaux du Rhin. Devant cette « proposition fort étrange » et craignant un piège du gouvernement allemand, Poincaré refuse et s’informe auprès du colonel Vincent, qui paraît vouloir le « pousser à accepter ses offres ».
En dehors du service de renseignements, des officiers proposent leurs propres études. En 1892, le lieutenant Wasser du 17e régiment d’artillerie se livre à un travail d’hiver ayant pour objet la destruction des ponts de chemin de fer du Rhin le 7e jour de la mobilisation allemande. Il imagine pouvoir les miner en secret, dès le temps de paix, et décrit de manière technique et détaillée les moyens à employer, y compris en ayant recours aux procédés usuels des travaux sous l’eau. La mise à feu s’effectuerait par des « émissaires secrets » alsaciens-lorrains pourvus de scaphandres et résidant en permanence à proximité.
Une étude du 3e bureau de l’état-major de l’armée, effectuée en 1897 par le capitaine Begouen, prend également en compte les « opérations à tenter sur les derrières de la droite allemande ». Leurs réussites seraient de nature à avantager stratégiquement l’armée française. Comme pour le document de 1883, un « double effet matériel et moral » est à espérer. Les conséquences de sabotages bien menés peuvent « se répercuter jusqu’aux plus extrêmes stations de la ligne de transport » et suffire pour faire passer les projets du général en chef allemand « de l’offensive à la défensive ».
L’élaboration d’opérations de sabotages se poursuit tout au long de la période. Les plans sont modifiés au gré des mutations dans le personnel du service de renseignements, des agents secrets et des officiers chargés de les réaliser. Le 1er juin 1898, un exercice de mobilisation de la section de statistique est organisé sous la direction du lieutenant-colonel Henry. Dans celui-ci sont préparés les télégrammes destinés à « avertir les personnes qui doivent tenter des destructions d’ouvrages d’art ou de voies ferrées en pays ennemi, d’avoir à se transporter sur les points qui leur ont été indiqués ».
Les plans de sabotages doivent tenir compte des mesures de surveillance et de protection des voies ferrées prises par les autorités allemandes dès la fin des années 1880. Les destructions sont plus difficiles à mener surtout si elles s’opèrent assez loin en arrière de la base de débarquement des Allemands.
Les autorités allemandes savent pertinemment qu’en Alsace-Lorraine, le SR français s’intéresse aux chemins de fer et connaît « à fond » toutes les gares, tous les ouvrages d’art et quais d’embarquements. L’état-major du 16e corps d’armée à Metz craint que des habitants de la région « entraînés par leurs sympathies françaises et préparés par les services français » se prêtent à des actes de sabotage destinés à gêner la mobilisation.
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