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Au début du XVIe siècle, Metz était une cité prospère, une ville libre d'Empire indépendante depuis 1234. Son système de gouvernement était une république oligarchique. Face aux ambitions du duc de Lorraine, du roi de France et de l'empereur du Saint-Empire, elle était munie d'une enceinte fortifiée de 5 575 m, construite entre 1196 et 1230, protégeant 25 000 habitants sur un territoire de 160 hectares.

Les documents d'archives nous renseignent bien sur la gestion de la défense de Metz, notamment entre 1401 et 1538, grâce aux comptes du « Receveur de la Ville » et des inventaires de l'armement. En moyenne, le budget alloué aux affaires militaires équivalait à 51 % du budget total, mais il pouvait varier selon le contexte. La défense de la cité était gérée depuis le XIVe siècle par des « septeries », des commissions composées de sept membres élus. L'une des premières et des plus importantes était la « septerie » de la guerre chargée des affaires militaires. Ses dépenses représentaient environ 6 % du budget de la défense (3 % du budget global).

Depuis 1450-1475, la cité de Metz connaît d’importants changements concernant la gestion de sa défense, en partie dus aux évolutions de l’artillerie. Au début du XVIe siècle, Metz possède un arsenal important qui doit être géré et entretenu. Grâce aux « visitations de l’artillerie », menées par les « Sept de l’artillerie », son état est relativement bien connu à travers plusieurs documents, notamment en 1508. Grâce à des documents complémentaires, l’approvisionnement en armement, poudres et munitions est également bien renseigné. Par ailleurs, ces évolutions entraînent d’importantes modifications au sein de l’administration militaire de la ville entre la fin du XVe siècle et du premier tiers du XVIe siècle.

L'Artillerie Messine au Début du XVIe Siècle d'Après les Inventaires

Rappels sur les Premières Utilisations de l'Artillerie à Metz (XIVe-XVe Siècles)

D'après la tradition littéraire, la première utilisation d'une arme à feu à Metz remonterait à 1324, au cours de la guerre des Quatre Seigneurs. Le sire de Bitche utilise une serpentine et un canon. Toutefois, il s'agit d'appellations postérieures issues d'une copie du XVe siècle et le texte original mentionne des espringales, probablement de grandes arbalètes sur roues ou sur affût fixe. La première attestation fiable d'armement à feu dans le Pays messin date de 1348.

Un premier inventaire de l'artillerie dressé le 25 janvier 1401 nous renseigne sur l'arsenal messin avant les changements qui s'amorcent au début du XVe siècle. Trente-sept bombardes de fer ou d'airain de gros, moyen, petit et petit long calibre composent l'arsenal messin. Ces bombardes tirent des boulets en pierre, dont 2 710 sont entreposés dans la « grange » de l'hôpital Saint-Nicolas. Mais l'essentiel de l'armement demeure des armes de jet.

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Le seul terme générique employé à Metz jusqu'en 1429 est « bombarde », dont certaines portent un nom : « la Gorgon » (1433 et 1476), « la Redoutée » (1436 et 1471), « la Pucelle » (1472). Dans les années 1425-1430, l'armement à feu connaît une véritable innovation technologique avec l'apparition de la couleuvrine. Les premières mentions à Metz de couleuvriniers remontent aux années 1429-1430, soit très peu de temps après leur première utilisation lors du siège d'Orléans en 1429.

Une diversification des pièces d'artillerie s'opère au milieu du XVe siècle. Au début des années 1440 apparaissent les serpentines. Elles sont mentionnées dans les chroniques messines dès 1442 avec une utilisation par les Lorrains près d'Ancerville. Les serpentines messines semblent avoir un poids moyen de 500 lb payées 12 livres 6 sous en 1446. Mais le développement de la serpentine provoque un net recul de l'utilisation du veuglaire dès les années 1450. Le veuglaire ne semble être utilisé que lors du siège de 1444 et nous ne sommes que très peu renseignés sur son utilisation à Metz qui semble limitée.

Le siège de Metz en 1444 permet d'assister à l'utilisation de toutes ces nouvelles armes à feu, avec l'apparition d'autres pièces d'artillerie comme les haquebutes et les courtauds. Les années suivantes, ce type d'armes se généralise et dès 1450, la ville ordonne à chaque métier occupant une tour de faire réaliser des bâtons de feu, des serpentines, des courtauds, des canons et des haquebutes. D'après les chroniques, leur portée de tir moyenne varie de 1 000 à 2 000 mètres.

Les Inventaires de 1508 et 1530

Alors que les mentions de l'artillerie messine sont sporadiques aux XIVe et XVe siècles, son état est mieux connu vers 1500. La principale source est un inventaire établi à l'occasion d'une « visitation », état des lieux ou inspection, en 1508. Un autre daté de 1530 est toutefois moins détaillé. Ces données sont complétées par les listes de l'armement des portes dressées entre 1493 et 1514 par leurs châtelains et le registre de la corporation des merciers de 1535. Tous ces inventaires sont demandés par les « Sept de l'artillerie » ou « les Sept de la guerre » afin de gérer au mieux l'arsenal messin.

La première liste est une présentation des « artilleries étant tant par les portes comme par les tours des mestiers, renouvellées & visittées le xje jour d'Avril, mil cinq cent huit ». Cette pièce a été reproduite dans les « Preuves de l'histoire de Metz » rédigée par les moines bénédictins J. François et N. Tabouillot à partir de 1769. Bien qu'elle n'ait pas été retrouvée aux Archives municipales de Metz, elle peut toutefois être considérée comme fiable en comparaison des données issues des inventaires des portes.

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La cité de Metz possède alors 519 pièces d'artillerie, tous calibres confondus. On retrouve des armes de gros calibres : des courtauds entiers ou à deux chambres, des veuglaires à une ou deux chambres, des grosses serpentines ; du calibre moyen : des bombardelles entières ou à chambre, des serpentines entières ou à deux chambres pesant 160, 400, 500 et 600 lb, des serpentines moyennes de 5 pieds de long (environ 1,60 m), des grosses haquebutes sur roues ou tréteaux, des petits veuglaires, des grosses demi-serpentines ; du petit calibre : des demi-serpentines, des petites bombardelles à une, deux ou trois chambres, des petits « bastons » à deux chambres, des haquebutes moyennes ou simples, nouveaux ou anciens modèles, à crochet ou sur tréteaux, sur roues ou sur charriot, des grosses couleuvrines à crochet ; et enfin des armes portatives : des couleuvrines d'ancien ou nouveau modèle, à crochet ou à main, des haquebutes à main. De nouvelles mutations de l'artillerie se sont ainsi opérées à la fin du XVe siècle. Les pièces d'artillerie à chambre mobile sont définitivement remplacées par des pièces se chargeant par la gueule.

Il faut noter la prédominance de la couleuvrine, qui supplante la bombarde à cette époque, avec 249 exemplaires, soit près de la moitié de l'arsenal, notamment la couleuvrine à crochets. Un exemplaire est conservé au musée de La Cour d'Or à Metz. Longue de 230 cm (env. 7 pieds), elle pèse une quinzaine de kilos (une trentaine de livres) et présente un calibre de 27 mm. D'un poids relativement faible, elle était facilement transportable par un homme.

Suivent les haquebutes avec 162 spécimens, soit 31 % de l'armement, notamment la haquebute sur tréteaux (près de la moitié). Trois exemplaires sont conservés au musée de La Cour d'Or. Elles présentent des dimensions plus ou moins similaires avec une longueur comprise entre 95 et 110 cm (un peu plus de 3 pieds) et un poids de 8 à 11 kg (16 à 22 lb). Leur calibre varie de 25 à 29 mm.

Serpentines et veuglaires sont nettement moins représentés avec 45 et 20 exemplaires (respectivement 9 % et 4 %). Bien qu'ils existent toujours, ils sont supplantés par la couleuvrine et la haquebute. Les serpentines messines ont un poids variable compris entre 250 et 600 lb pour un prix moyen d'une trentaine de livres messines. Deux serpentines sont conservées au musée de La Cour d'Or. La première est longue de 128 cm - env. 4 pieds, comparables aux 5 pieds de celle mentionnée dans l'inventaire de 1508 - pour un calibre de 55 mm. Elle pèse environ une soixantaine de kilos, soit entre 125 et 130 lb. Décorée aux armes de Metz, elle a probablement été fabriquée dans la cité.

La seconde serpentine présente une longueur de 174 cm (un peu plus de 5 pieds) pour un calibre de 50 mm. Elle pèse entre 90 et 100 kg (environ 200 lb). Enfin, bien qu'elles soient dépassées depuis la fin du XVe siècle, la bombarde et la bombardelle semblent encore utilisées, puisque 21 spécimens (4 %) sont attestés en 1508. Il s'agit d'armes à une, deux ou trois chambres. Un seul exemplaire messin est connu et est conservé au musée de l'Armée à Paris. Elle présente une longueur totale de 83,8 cm pour un diamètre de 17,5 cm. Son poids avoisine les 200 kg (un peu plus de 600 lb).

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L'inventaire de 1530 est une seconde liste moins détaillée nous renseignant sur l'évolution de l'artillerie messine. Le nombre de pièces diminue de 21 %, passant de 519 à 410. La couleuvrine et la haquebute prédominent toujours, représentant 79 % de l'arsenal messin.

Tableau détaillé des pièces d’artillerie dénombrées à Metz en 1508 et 1530

Type d'artillerieNombre en 1508Nombre en 1530
Couleuvrines249170
Haquebutes162153
Serpentines4545
Veuglaires2020
Bombardes et Bombardelles2122
Autres22-
Total519410

La Fabrication et le Stockage des Pièces d'Artillerie Messines

L'Approvisionnement en Pièces d'Artillerie

Jusqu'au début du XVe siècle, le coût de fabrication des bombardes étant élevé, tous les moyens sont employés pour se doter de pièces d'artillerie. C'est pourquoi, en 1387, les Messins assiègent Boulay et ils y volent de l'artillerie et des bombardes. Aux XVe-XVIe siècles, la cité s'en procure auprès de maîtres bombardiers des régions alentours, notamment des pays rhénans. En 1517-1518, la cité achète par exemple à Henri Griseck, maître bombardier de Strasbourg, une serpentine de 280 lb pour la somme de 27 livres.

Certaines sont toutefois fabriquées dans la cité par les maîtres bombardiers. Ils font appel aux maîtres ouvriers de différentes corporations pour réaliser les diverses parties qui composent une pièce d'artillerie. Les comptes de la ville nous renseignent sur les matériaux utilisés. Au début du XVe siècle, les bombardes sont en airain. Après avoir été coulées à l'aide d'un moule, elles sont enserrées par deux anneaux de fer. Ces matériaux sont acquis de différentes manières. Par exemple, le 8 juin 1464, le clerc des « Sept de la guerre » reçoit 222 livres de cuivre pour fabriquer des couleuvrines. Mais au début du XVIe siècle, les pièces d'artillerie sont essentiellement fabriquées en fer. En 1518-1519, le forgeron André Bida paie ainsi 20 sous par 100 pièces de fer dans le but de réaliser des bâtons de feu.

Afin d'acquérir une certaine autonomie en ce qui concerne la fabrication des pièces d'artillerie, la cité de Metz décide de la construction d'infrastructures dédiées à la confection de l'armement à la fin du XVe et au début du XVIe siècle. En 1478, les « Sept de la guerre » entreprennent la construction d'une forge sur l'île du Saulcy. Toutefois, le projet ne débute qu'en 1491 et les travaux sont achevés en 1506. Par la suite, en novembre 1518, les « gouverneurs de l'artillerie achètent une maison devant les Cordeliers » (rue de la Fonderie, aujourd'hui rue de l'abbé-Risse) contre 36 livres pour y faire une fonderie de serpentines.

La Fabrication des Munitions

Au début du XVe siècle, les pièces de gros calibre sont chargées avec des boulets de pierre extraits des carrières du mont Saint-Quentin, de Pontoy et de Valiprey. À la fin du XVe siècle, les boulets de fer remplacent progressivement les boulets de pierre. En 1518, le forgeron André Bida livre, par exemple, 68 000 boulets de fer, payés 20 sous, la centaine.

Les armes de plus petit calibre utilisent des projectiles en plomb, « plommées », qui coûtent environ 28 sous les 100 lb. En 1508, 1 400 « plommées » sont conservées dans quelques tours de l'enceinte. Elles sont réalisées grâce à des « moles » (gabarits) en cuivre, comme les deux gros « moles » pour faire des « plommées » pour deux serpentines, conservés en 1535 dans la tour des Merciers et des Nonnetiers. On distingue alors un type de « plommées » pour chaque pièce d'artillerie, comme 80 « plommées » pour les serpentines, 320 pour les gros bâtons et 500 pour les couleuvrines.

Un stock de plomb (2 202 lb) est conservé dans la plupart des tours de l'enceinte pour la confection de ces projectiles, comme les 100 lb de plomb entreposées dans la tour des Merciers et des Nonnetiers en 1535.

La Fabrication de la Poudre

Le développement de l'artillerie nécessite par ailleurs l'utilisation de la poudre noire, mélange de salpêtre, de soufre et de charbon. Elle est conservée en tonneau, « tonnelz », ou en « harenguières » dans les caves du palais des « Treize », dans la « grange » de l'hôpital Saint-Nicolas, puis dans la plupart des tours au début du XVIe siècle.

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