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Le médiéviste Alain PARBEAU partage ses recherches et connaissances sur les débuts de l’arme à feu. Les données balistiques citées font suite à des tirs réalisés par l’auteur avec des répliques d’armes et des armes authentiques, avec des chargements soignés et estimés proches de ceux de leur époque d’origine. Ils sont publiés à titre indicatif, pour donner une idée de la puissance des armes anciennes. Il est évident que ces résultats peuvent s’avérer différents si l’on emploie d’autres charges.

L'invention et l'évolution de la poudre noire

Au VIIIème siècle après Jésus christ, invention de la poudre noire par les chinois (et peut-être aussi les Indiens). Il s’agit d’un mélange de Salpêtre (nitrate de potassium), soufre, et charbon de bois. Le salpêtre joue le rôle de comburant, apportant de l’oxygène et activant la vitesse de combustion du charbon de bois et du soufre. Ce mélange, lorsqu’il est de qualité et comprimé dans un canon, brûle à la vitesse d’environ 300 à 600 mètres par seconde (suivant sa granulométrie), ce qui constitue une explosion de type « déflagration » (vitesse d’inflammation inférieure au km/seconde).

Au départ, ces ingrédients furent simplement mixés sur place mais posaient un grand problème d'homogénéité et de sécurité. La plus grande amélioration fut l'utilisation des ces ingrédients sous formes humides, ce qui permettait un transport sécurisé et une plus grande performance (poudre plus homogène chimiquement et plus facile à doser et utiliser). Au XVeme siècle, la poudre noire était fournie en suffisance pour 100 à 200 tirs par arme durant une campagne.

Les premières armes à feu

En Chine, la poudre noire sert à lancer des projectiles à partir de tiges de bambou vers 1200, mais le canon n'est attesté avec certitude qu'en 1313 à Gand. Les premières mentions d'armes à feu datent du début du XIVeme siècle et la poudre noire fut utilisée pour la première fois en Europe vers 1320. De petit calibre et de faible portée, le canon de fer forgé ne peut d'abord rivaliser avec l'artillerie traditionnelle (artillerie à jet mécanique) ; mais, dès la fin du xive siècle, les armes à feu portatives se distinguent de l'artillerie de siège.

Les premières pièces d'artillerie à poudre (fin du XIIIè, début du XIVè siècle) sont réalisées en fer forgé. Les éléments en sont assemblés soit en spirale, soit en douelles et cerclés comme un tonneau. Elles se chargeaient par la gueule mais au XVè on pense à charger les tubes par la culasse avec des boîtes à poudre. Elles lançaient des boulets de pierre qui furent progressivement remplacés par des boulets de fer.

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En Août 1324, apparait une des premières utilisations en France d’une bombarde pour l’attaque de la ville de la Réole (Gironde). Celle-ci est montée sur un fût en bois, et posée à même le sol. Son pointage rudimentaire, se fait à l’aide de cales de bois glissées sous le fût.

Évolution des canons

Il est très peu aisé de classer et de nommer les différents types de canon durant la période bourguignonne pour la simple raison qu'il n'existait encore aucune règle précise chez les fabricants quant aux dimensions et calibres ainsi qu'aux noms utilisés mais en quelques lignes, nous pouvons en déterminer quelques exemples relativement courants:

  • La bombarde : canons de large calibre utilisés pour les sièges. Ces pièces étaient énormes : la bombarde de Gand, l'une des rares pièces Bourguignonnes encore existante faisait 18 pieds de long, utilisait 65 kg de poudre noire et pouvait tirer des projectile (de pierre) de près de 300 kg. On estime que 100 chevaux, 70 hommes et six chariots étaient nécessaires au déplacement de ce type d'arme.
  • Le veuglaire : plus petits que les bombardes et probablement originaires de Flandres, ils étaient également utilisés lors des sièges mais se montrèrent trop peu puissants et efficaces pour la destruction d'imposantes murailles de pierre.
  • La serpentine : plus puissante mais de même conception que les couleuvrines, elles furent néanmoins très mobiles et montées sur roues et comprenaient un mécanisme d'élévation (calibre de 5 à 15 cm).

La couleuvrine : ancêtre du mousquet

La couleuvrine : Originaires d'Allemagne, les bourguignons en achetèrent d'imposantes quantités et engagèrent même des artilleurs allemands pour leur maniement. Ces pièces tiraient des balles de plomb de 4 à 5 cm de diamètre de 350 à 700 grammes. Elles furent souvent montées en ribaudequins (côtes à côtes) ou « à croc » pour une utilisation sur des remparts (le « croc » servant à limiter le recul). Ces armes furent ensuite modifiées et connues sous le nom d'arquebuses.

La couleuvrine à main : à ne pas confondre avec la couleuvrine classique, ce que l'on appellera le « fusil » médiéval est l'ancêtre du mousquet. Le Duc Jean le Bon en possédait près de 4000 et Charles le Téméraire en équipa un tiers de son infanterie.

L'évolution de l'artillerie au fil du temps

Au xvie siècle, les bombardes géantes de fer forgé (1453) ont cédé la place aux canons classiques de fonte (réservés à la marine et à l'artillerie de siège) et de bronze (destinés à l'artillerie de campagne, employée sur les champs de bataille). Le roi de Suède Gustave-Adolphe, au début du xviie siècle, et Frédéric le Grand, roi de Prusse, au siècle suivant, développent l'artillerie de campagne en la rendant plus légère et plus mobile ; le Français Gribeauval rationalise le canon et standardise sa production (1764) : c'est l'apogée de l'artillerie à âme lisse.

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L'arquebuse : une évolution de la couleuvrine

Vers 1460 jusqu’à 1660, l’arquebuse, mot découlant d’hacquebute : C’est une arme à feu, à fût de bois, véritable ancêtre des carabines, mousquets et fusils, que l’on tient sous l’aisselle ou que l’on commence à épauler.

Vers 1520, l’arquebuse à canon rayé (rainuré) hélicoïdalement : Il semble que le germanique Auguste Kotter, remarquant que les « viretons d’arbalète » (traits aux ailerons inclinés qui partaient en tournant sur eux-mêmes) avaient une plus grande précision que les « traits classiques » comme le « carreau . Il inventa le « rayage (rainurage) hélicoïdal » de l’intérieur des canons d’arquebuses. Cela apporta une précision nettement plus efficace de l’arme par stabilisation gyroscopique de la balle dans l’espace, et une augmentation de puissance en supprimant les fuites de gaz propulseurs des armes à canon lisse dont la balle était plus petite que l’âme du canon. L’ancêtre de la carabine était né.

Du mousquet au fusil

Le nom « mousquet » provient de l’italien « moschetto , issu du latin « musca , la mouche, à cause de la balle (qui sifflait et qui était invisible en vol comme une mouche aux oreilles des soldats. Le mousquet peut être interprété comme le « lanceur de mouche ). L’arquebuse étant assez courte, se prêtait mal au tir de guerre sur plusieurs rangs, l’embouchure du canon se retrouvant au niveau de l’oreille du rang précédant. Il fut donc décidé de rallonger l’arquebuse et d’en augmenter le calibre, donc le poids du projectile et la puissance destructrice. Le mousquet était né.

La couleuvrine puis l'arquebuse à mèche (avec crosse et détente pour la mise à feu) annoncent le mousquet (1521), supplanté définitivement par le fusil à silex (1703), puis par les fusils à percussion (1807) et à aiguille et chargement par la culasse (1842).

Tableau récapitulatif des évolutions de l'artillerie

Type d'arme Période d'utilisation Caractéristiques
Bombarde XIVe-XVe siècles Canon de large calibre, utilisé pour les sièges
Veuglaire XIVe-XVe siècles Plus petit que la bombarde, utilisé pour les sièges
Couleuvrine Fin du Moyen Âge et Renaissance Petite pièce d'artillerie au tube long et effilé
Arquebuse XVe-XVIIe siècles Arme à feu à fût de bois, ancêtre des carabines et fusils
Mousquet XVIe-XVIIIe siècles Évolution de l'arquebuse, plus long et de plus gros calibre

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