Envie de participer ?
Bandeau

Depuis qu’en 1842 un américain a eu l’idée de larguer dans le Potomac, un baril de poudre avec un système de mise à feu en direction de la marine anglaise, les mines et autres explosifs ont, hélas, rendez-vous avec l’océan.

Ce qu’il faut dire, c’est qu’il n’y a pas en mer que les mines posées intentionnellement, il faut rajouter tous types de munitions perdues dans les naufrages, largués par les avions dont la mission était annulée et qui ne voulaient pas se poser avec leur dangereuse cargaison et … last but not least, toutes les munitions et armes immergées pour s ‘en débarrasser !

L'ampleur du problème

A l'issue des deux conflits mondiaux, les pays belligérants ont volontairement immergé leur stock considérable de munitions et d'armes chimiques, au fond des mers du nord.

C’est ainsi qu’un million de tonnes ont été déversées au large de l’Ecosse, 35000 tonnes en mer du Nord, mais aussi dans le Golfe de Gascogne, la Méditerranée ou la Manche.

En France, 62 décharges maritimes d’armes ont été recensées le long de la Manche et des côtes Atlantique. Et ce n’est qu’une estimation.

Lire aussi: Impact du plomb de chasse sur l'écosystème

A l'issue des deux conflits mondiaux, l'immersion a été considérée par les alliés comme étant la solution la plus rapide, la plus sûre et la moins coûteuse pour se débarrasser des armes chimiques (gaz moutarde, chloropicrine, phosgène, diphosgène, arsenic) et conventionnelles.

Selon les sources, la quantité immergée représenterait de plusieurs centaines de milliers de tonnes à 3 milliards de tonnes.

Types de munitions et leurs dangers

L’homme brillant par son ingéniosité, il a perfectionné l’engin et on trouve des mines de fond, flottantes , dérivantes, qui se déclenchent au contact d’une coque, mais aussi par influence magnétique de la masse d’un navire, par acoustique selon le bruit des hélices et du moteur, et même en analysant la variation de pression due au passage d’un bateau, mines dites à dépression.

Mais ce sont aussi de redoutables sources de poisons : plomb, mercure, phosphore, TNT, ypérite et autre joyeux polluants sont largués lentement par ces engins qui se corrodent.

En effet, 1% de ces armes contiennent des armes chimiques, tel que le gaz moutarde, ou encore l'arsenic, qui commencent à se répandre dans la mer sous l'effet de la corrosion de leur enveloppe.

Lire aussi: Vestiges de guerre : une menace persistante

Des fuites ont été découvertes l'an dernier, les armes libérant leur substance mortelle à petites doses.

La dangerosité de ces fuites s'observe d'ores et déjà sur les poissons vivants dans les eaux concernées.

Des traces de cancer ont été constatées dans les foies de ces animaux marins, avec une concentration beaucoup plus importante qu'ailleurs.

Des traces de produits toxiques militaires ont également été retrouvées sur des moules vivants à proximité des dépôts de munitions.

Le danger est que ces traces pourraient contaminer toute la chaîne alimentaire, jusqu’à l'homme.

Lire aussi: Tout savoir sur les munitions pour fusils de chasse

En s’accumulant le long de la chaîne alimentaire, ils finissent par être toxiques pour les animaux supérieurs , dont …l’homme.

Or le calcul de la dégradation dans l’eau de mer indique que pour les munitions larguées en 1945, c ‘est à partir de l’an 2000 que ces polluants vont être re-largués… le bal ne ferait donc que commencer.

Impact environnemental et risques

Ces centaines de millions de tonnes de munitions qui reposent, notamment, au fond de la Manche et le long des côtes, représentent aujourd'hui une menace écologique et sanitaire dont il convient de s'alarmer.

Sous l'effet de la corrosion et du temps, les épaves et leurs cargaisons se désagrègent lentement, laissant désormais s'échapper leur contenu toxique.

À ce titre, il suffirait que 16 % des substances se répandent pour éradiquer toute forme de vie aquatique pendant plusieurs siècles.

La crainte des scientifiques et associations est que « ces armes conventionnelles ou chimiques, rongées par la corrosion, [libèrent] dans l’eau des substances nocives telles que le plomb, mercure, gaz et liquides toxiques, nitrates ou phosphore » et « sans action de dépollution, des scientifiques prédisent un désastre environnemental », insiste Sea Shepherd.

Selon Sea Shepherd, « 16 % de ces substances toxiques suffiraient à éliminer toute vie dans cette mer quasiment fermée ».

Pour Charlotte Nithart, « plus on attend, plus ces munitions se disloquent et plus le problème est imminent : contaminations de la chaîne alimentaire, des sédiments, des eaux de baignade… »

Ce sont des produits faits pour détruire toute vie. Alors quand ces quantités industrielles sont mises dans des zones de pêche, ça ne peut qu’être très inquiétant.

Les efforts de la Marine Nationale

Avec des moyens de plus en plus sophistiqués comprenant onze navires et des drones sous marins, la Marine Nationale s’emploie à faire la chasse à ces intrus.

Malheureusement, elle a encore du pain sur la planche.

Initiatives et études

Afin de traiter cette question, la commission d'Helsinki, la convention pour la protection de l'Atlantique du nord-est et le conseil de l'Europe ont pris un certain nombre d'initiatives qui n'ont, à ce jour, abouti à aucune recommandation concrète ou engageante.

Toutefois, consciente de cette problématique, la France étudie, sous l'égide du secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale, la mise en place de travaux interministériels sur plusieurs années, visant d'une part, à disposer d'une cartographie précise des zones concernées et de la nature des munitions immergées et d'autre part, à recueillir des informations scientifiques fiables, y compris auprès des autres pays qui sont confrontés aux mêmes problématiques, sur l'évolution des munitions dans l'eau de mer et le comportement de leur contenu en cas de fuite.

Une réflexion sur la modélisation du vieillissement de ces objets est également initiée et sera, en fonction des possibilités, corrélée avec les observations qui pourront être pratiquées in situ.

Dans un second temps, et une fois les potentielles zones à risques identifiées, l'opportunité de mettre en place une surveillance environnementale ponctuelle sera étudiée afin de détecter d'éventuels indices de pollution.

En octobre 2020, le ministère de la Transition écologique estimait « que l’état de conservation des stocks connus [était] globalement moins dégradé que ce que l’on pouvait craindre », selon l’avis « d’experts ».

Il affirmait, devant le Sénat, que la France étudiait « la mise en place de travaux interministériels sur plusieurs années, visant d’une part, à disposer d’une cartographie précise des zones concernées et de la nature des munitions immergées et d’autre part, à recueillir des informations scientifiques fiables ».

Le silence de la France et le secret défense

Du côté des autorités c'est le silence radio. Il n'y aurait pas de munitions enfouies capable de contaminer les eaux du littoral français.

Si toutes les informations connues à ce jour sont le fruit du travail de la convention Ospar et des associations de défense de l’environnement, c’est que la France oppose le « secret-défense » à toute question relative au déversement d’armes en mer.

Un secret-défense renforcé en 2008, sous la présidence de Nicolas Sarkozy.

L’association Robin des bois est depuis l’origine confrontée au mutisme de l’État.

Olivier Lepick, de la Fondation pour la recherche stratégique, explique ce silence par « une culture du secret au sein des forces armées françaises, qui n’est pas la culture d’autres armées ».

De plus, selon lui, « l’État n’est pas fier et il a bien raison », puisque « nous sommes face à des pratiques scandaleuses qui datent d’un autre âge ».

Enfin, « nous sommes face à un problème sans solution », « voilà les raisons pour lesquelles l’État ne peut pas communiquer », selon ce docteur en histoire et politique internationale.

Charlotte Nithart regrette ce secret d’État, car il représente « un vrai problème pour améliorer la coopération nécessaire des pays » : « Pour qu’il y ait coopération, il faut des interlocuteurs ouverts et de bonne foi. Nous au contraire en France, on se ferme. »

Que faire en cas de découverte suspecte ?

Et si vous voyez quelque chose de suspect sur une plage .. pas touche. Alertez les pompiers !

En revanche, les armes déversées dans la mer ne sont quasiment pas prises en charge.

Or, la dégradation par corrosion de l'enveloppe protectrice de ces munitions commence à engendrer des fuites de produits dangereux immergés.

Tableau récapitulatif des zones et quantités de munitions immergées

Zone maritime Quantité de munitions immergées
Au large de l'Écosse 1 million de tonnes
Mer du Nord 35 000 tonnes
Manche Quantité non spécifiée, mais significative
Mer Baltique Environ 40 000 tonnes

tags: #nombre #de #tonnes #de #munitions #déversées

Post popolari: