La chasse, souvent présentée comme une tradition, est de plus en plus remise en question en raison de ses impacts négatifs sur l'environnement, la biodiversité et la sécurité publique. Cet article explore les dangers de la chasse, en mettant en lumière la pollution des sols, les risques pour la faune et la flore, ainsi que les menaces pour les humains.
La pollution des sols est l'une des conséquences les plus préoccupantes de la chasse. Il y a quelques mois, la Fédération nationale des chasseurs (FNC) a été condamnée pour avoir présenté ses adhérents comme les « premiers écologistes de France », une affirmation que peu de Français ont prise au sérieux. Il est facile de comprendre pourquoi : la chasse entraîne la mort de plus de 25 millions d'animaux chaque année et pollue les sols en y laissant entre 6 000 et 8 000 tonnes de plomb.
Ces munitions, abandonnées dans la nature, constituent un danger immédiat pour l'environnement, les animaux et les humains, avec des conséquences dramatiques déjà visibles. Dans l'Ain, l'association One Voice a obtenu de la préfecture que la grenaille de plomb soit remplacée par des munitions en acier lors d'un ball-trap organisé dans une zone humide. Cependant, de tels contrôles restent rares, et il est peu probable que cet événement polluant, qui se déroule chaque année au même endroit depuis plus de vingt ans, soit véritablement modifié.
Les chasseurs manquent souvent leurs cibles, et des milliers de plombs se retrouvent dans les sols et les cours d'eau, rendant ces derniers potentiellement infertiles et toxiques, notamment pour les humains. Lorsqu'un animal ingère ces plombs, sa mort est presque assurée. D'autres animaux sont blessés sans être tués et doivent vivre avec de la grenaille dans le corps, ce qui provoque des maladies et des infections.
Les prédateurs naturels de ces animaux, comme les lynx (pourtant protégés), ingèrent également ce plomb en consommant leurs proies contaminées. L'utilisation de silencieux sur les armes à feu, désormais autorisée, aggrave encore la situation. Alors que les panneaux « Chasse en cours » sont rarement utilisés, les promeneurs pouvaient auparavant se repérer grâce au bruit des tirs. La Fondation 30 Millions d'Amis s'inquiète de ce que les autorités mettent ainsi en danger les promeneurs au lieu de les protéger.
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En dehors de la saison de chasse, les chasseurs pratiquent le ball-trap, une activité qui consiste à tirer sur des plateaux d'argile. Bien que moins excitante que la chasse, elle reste une alternative pour s'occuper. Cependant, le ball-trap peut également être une source de pollution, notamment lorsqu'il est pratiqué à proximité de cours d'eau. Dans l'Ain, par exemple, un ball-trap annuel est organisé depuis plus de vingt ans à proximité d'un cours d'eau, ce qui a entraîné une contamination importante des sols et des nappes phréatiques par le plomb. C'est d'ailleurs dans cette région qu'un lynx a été retrouvé mort avec plus de 120 grenailles dans le corps, révélant un cas de saturnisme.
Bien que l'utilisation de cartouches de plomb soit interdite à proximité des zones humides depuis février 2023, cette mesure est jugée largement insuffisante. En collaboration avec le Bureau européen de l'environnement, des organisations demandent à la Commission européenne de renforcer les restrictions sur l'utilisation du plomb dans les munitions et les accessoires de pêche, car les poissons sont tout aussi importants que les mammifères. Cependant, les chasseurs font souvent tout leur possible pour contourner la réglementation. En janvier 2023, les agents de la police de l'environnement ne semblaient pas avoir reçu de consignes concernant la mise en œuvre des contrôles.
Chaque année, selon les données de l’industrie citées par l’EChA (L’Agence européenne des produits chimiques), 30 000 à 40 000 tonnes de plomb sont utilisées en Europe dans des munitions de types variés. Sur ce total, précise l’EChA, « 21 000 tonnes sont utilisées par les chasseurs. 7 000 tonnes de plomb se retrouvent ainsi dispersées dans les zones humides et 14 000 tonnes sur la terre ferme ».
La répartition de cette contamination dans les États membres de l’Union Européenne n’est pas connue avec précision, mais la France s’octroie à l’évidence la part du lion : environ un quart des quelque 5,2 millions de chasseurs européens sont français (2). Ce chiffre est cohérent avec l’information donnée par le site « Conservation de la nature » qui fait état d’environ 250 millions de cartouches tirées par les chasseurs sur le territoire français chaque année (une cartouche possède en moyenne 30 g de plomb) (3).
Le plomb n’étant pas biodégradable, la grenaille se délite ou s’oxyde ou est peu à peu érodée ou enfouie, mais elle reste accessible ou biodisponible pendant des décennies, voire des siècles ou des millénaires. En Espagne, pays où la grenaille de plomb est interdite depuis octobre 2001, le delta de l’Ebre (au sud de Barcelone) présente encore en 2014 une densité allant de 97 à 266 grenailles de plomb par mètre carré dans les 20 premiers centimètres de sédiments, rappellent Mateo Soria, de l’institut de recherche sur les ressources cynégétiques de Ciudad Real, et ses collègues (5).
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Le plomb peut également migrer vers d’autres compartiments environnementaux. Une étude réalisée sur le prélèvement du plomb présent au sein d’un sol contaminé dans des cultures de fèves et tomates a en effet montré un transfert de ce métal au sein du système racinaire de ces cultures. L’étude n’est malheureusement pas allée jusqu’au stade « fruit » des cultures limitant une évaluation plus poussée des risques (7).
Les cartouches à grenailles de plomb sont responsables d’intoxications et d’un nombre conséquent de cas de saturnisme aviaire. Selon l’EChA, un à deux millions d’oiseaux meurent chaque année de saturnisme, soit en picorant les grenailles, soit pour les rapaces carnivores, en se nourrissant d’animaux intoxiqués (6 et 8). Les oiseaux d’eau n’ayant pas de dents recherchent et mangent normalement des petits cailloux arrondis, qui sont stockés dans leur gésier où ils broient les aliments. Ils ingèrent par la même occasion du plomb (ou d’autres métaux lourds toxiques tels que le bismuth). Plus les aliments sont durs, plus ce plomb se solubilise vite.
A titre d’exemple, 6 billes de plomb ingérées avec du maïs le matin sont parfois le soir en totalité déjà solubilisées et passées dans le sang de l’oiseau qui pourra en mourir. Ce plomb est passé dans son sang 20 fois plus vite que s’il avait été ingéré avec des aliments « mous « (3). De l’animal à l’homme qui le mange, il n’y a qu’un pas, particulièrement rapide à franchir chez les chasseurs qui mitonnent le produit de leur chasse.
« De récentes recherches suggèrent que des fragments de plomb se dispersent largement dans les tissus sous forme de particules microscopiques, potentiellement de taille nanométrique, écrit l’EChA. Enlever la chair autour de la blessure ne suffit pas à ôter tout le plomb qui pourrait être absorbé par le consommateur. » Or le plomb est un puissant neurotoxique. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle la teneur en plomb dans l’eau du robinet a été revue à la baisse par une directive européenne de 1998.
Étant donné que le plomb peut également se disperser au sein d’autres compartiments environnementaux tels que l’eau ou les plantes, on peut craindre une contamination de l’ensemble de la population. L’ECha fait d’ailleurs une préconisation simple : « cesser d’utiliser du plomb dans les munitions, au profit d’une autre substance » (Réf. Des substituts moins toxiques ou non toxiques existent. La grenaille d’acier semble la solution idéale du point de vue environnemental.
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Le 6 octobre 1999, le Conseil National de la Chasse et de la Faune Sauvage (CNCFS) a souhaité que la France prenne des mesures concrètes pour tenir ses engagements de l’Accord sur la Conservation des Oiseaux d’Eau Migrateurs d’Afrique-Eurasie. Ainsi la grenaille de plomb est interdite en France depuis 2005 par un arrêté du 21 mars 2002.
« Les autres métaux comme l’acier sont beaucoup plus durs et légers. Ils ricochent sur le moindre obstacle, ce qui multiplie les risques d’accidents », confirme Willy Schraen. En outre, l’acier est plus pénétrant mais moins létal. Dans les zones humides, où il est interdit d’utiliser des balles en plomb depuis 1986, les chasseurs ont recours à de la grenaille contenant des billes d’acier pour le petit gibier.
Non seulement il en faut beaucoup dans les munitions pour arriver au même poids, mais l’acier a tendance à blesser les animaux sans les tuer. « On retrouve ainsi beaucoup d’oiseaux agonisants, ce qui n’est pas l’idéal en termes de bien-être animal », affirme très sérieusement Willy Schraen. Faut-il donc réellement choisir entre la pollution de l’environnement ou l’agonie lente des animaux ?
| Type de munition | Quantité de plomb utilisée par an |
|---|---|
| Total en Europe | 30 000 à 40 000 tonnes |
| Utilisée par les chasseurs | 21 000 tonnes |
| Dispersée dans les zones humides | 7 000 tonnes |
| Dispersée sur la terre ferme | 14 000 tonnes |
La chasse ne met pas seulement en danger les animaux et l'environnement, mais aussi les humains qui ne pratiquent pas cette activité. Des accidents de chasse impliquant des non-chasseurs sont régulièrement signalés. Fabio Butali, un jeune homme de 24 ans, a été tué en faisant du VTT en 2015. Malheureusement, la liste des victimes est longue.
Dans la plupart des cas, les peines prononcées sont légères, souvent avec sursis. Pourtant, personne ne force un chasseur à tirer s'il ne sait pas sur quoi il tire, ni à tirer en direction d'une maison. Pour les habitants des zones rurales, il existe une tolérance excessive envers les chasseurs, même si tous ne respectent pas les règles de sécurité. Les accidents sont trop nombreux, malgré les affirmations des lobbyistes de la chasse et des politiciens soucieux de leur électorat.
Le naturaliste Pierre Rigaux, dans son livre "Pas de fusils dans la nature : les réponses aux chasseurs", raconte avoir vécu plusieurs expériences effrayantes lors de ses sorties dans la nature. Un jour, il s'est retrouvé nez à nez avec un archer qui pointait son arc sur lui. Pour observer la faune de près, il doit braver le danger chaque jour pendant la saison de chasse et prendre des précautions, comme s'habiller de manière visible et faire du bruit pour signaler sa présence.
Les défenseurs de la chasse affirment souvent que cette activité est nécessaire pour réguler les populations animales et qu'elle est moins dangereuse que d'autres activités de plein air, comme la randonnée en montagne. Ils accusent également les "bobos parisiens" et les "urbains récemment installés à la campagne" de critiquer les traditions rurales.
Cependant, ces arguments sont fallacieux. La régulation des populations animales est souvent un prétexte, car des millions d'animaux sont élevés chaque année dans le seul but d'être relâchés et chassés. De plus, il est absurde de prétendre que la chasse est moins dangereuse que la randonnée en montagne.
Face aux dangers de la chasse, il est impératif d'agir pour protéger l'environnement et la sécurité publique. Cela passe par :
En agissant ensemble, il est possible de réduire les risques liés à la chasse et de préserver la biodiversité et la sécurité de tous.
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