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80 ans après le Débarquement, une menace invisible persiste en France : les munitions et armes lâchées par milliers pendant la Seconde Guerre mondiale, comme des obus, des grenades et autres bombes qui n'ont pas explosé.

C'est évidemment dangereux pour la population, mais cela représente aussi une menace d'ampleur pour l'environnement.

L'association Robin des bois vient de publier un inventaire de cette "pollution de guerre" en Normandie et révèle que 15% des munitions de la seconde guerre mondiale n'ont jamais explosé et sont toujours présentes sur notre sol, mais également dans les épaves au large des plages normandes.

Certaines ont coulé pendant les combats, d'autres, bourrées d'explosifs, ont été sabordées après 1945, explique Charlotte Nithart, de l'association Robin des bois : "À l’époque, on pensait que c'était la bonne solution de gestion et que le problème était réglé..."

L'association réclame donc plus de transparence et la création d'une filière de dépollution des déchets de guerre. "Ce qu'il faudrait c'est qu'il y ait un 'plan Marshall' de déminage avec des détections beaucoup plus systématiques plutôt que de les trouver au petit bonheur, et cela de manière à éviter des scandales sanitaires dans les décennies à venir.

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Découverte d'un Arsenal dans le Tarn

Des munitions, des obus, des grenades, certaines encore actives… Au total, 7 tonnes d’armes ont été découvertes dans le petit village tarnais de Boissezon chez le président fondateur d’un « musée de la paix », décédé en novembre 2016.

« Beaucoup étaient dangereuses, a expliqué une source proche du dossier. C’est pour cela que nous avons évacué pour un temps les maisons à côté afin de tout sécuriser. »

Il aura fallu « dix jours » aux démineurs de la sécurité civile de Toulouse pour extraire les munitions et les faire exploser dans une carrière.

Les explosifs ont été retrouvés au domicile de Claude Bourdel après sa mort. Cet ancien médecin, ex-président du Souvenir français du Tarn, était également le président-fondateur du « Militarial », un « musée mémorial pour la paix » situé dans la même commune de moins de 500 habitants, près de Castres.

Le lieu est consacré aux conflits du XXe siècle (Première et Seconde Guerres mondiales, guerre d’Algérie).

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Verdun : Un Musée à Ciel Ouvert et un Cimetière

Dans la Meuse, la forêt de Verdun regorge de vestiges de la Première Guerre mondiale qui attirent des visiteurs à la recherche de la moindre relique.

Toute l'année, les agents de l'ONF rappellent que ces fouilles sont illégales tout en informant le public des conduites à tenir en cas de découverte.

Il reste encore des millions d'obus sous les pieds des 300.000 visiteurs annuels, mais aussi de nombreux soldats avec leurs effets personnels.

"C'est un musée à ciel ouvert, mais c'est aussi un cimetière à ciel ouvert. Donc on se doit de le préserver. Il y a encore énormément de munitions, de gourdes, de plaques", confirme Yannick Vera, chef de projet ONF Forêt d'exception de Verdun dans le reportage ci-dessus.

Gardiens des lieux, les agents de l'Office National des Forêts sont les premiers à observer les pillages qui se poursuivent 110 ans après la bataille.

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Ils sont là pour rappeler qu'il faut respecter ces lieux où 2 millions d'hommes ont combattu en 1916. "Certains disposent de matériel de détection de métaux. Toute l'année, on constate la présence de véhicules et de personnes qui vont chercher à pratiquer des fouilles illégales", confirme Jonas Verain, directeur agence ONF Verdun.

De son côté, Camille Tridon collectionne des objets témoins de la Grande Guerre depuis 50 ans. Et ce, de façon légale. Il en a même fait un musée et un commerce.

"Une boîte comme ça, ça coûte 150 euros. C'est la première boîte du masque à gaz", explique ce passionné.

Pour lui, pas besoin de fouiller les champs de bataille, les dons et les bourses lui suffisent. "Il faut de la traçabilité. C'est pour ça que nous, professionnels, on a un livre de police. Un objet acheté équivaut à un nom et un prix. La terre sacrée de Verdun, on n'y touche pas", confirme-t-il.

On estime qu'il y a 80.000 morts encore dans le sol", confirme Nicolas Barret, directeur mémorial de Verdun.

Et avec leurs effets personnels. "Il est important d'éduquer les visiteurs au fait que ces objets sont du patrimoine historique. Ces traces sont du patrimoine archéologique et il ne faut pas les toucher. Il faut les laisser en place et éventuellement les signaler".

Robin des Bois et la Pollution de Guerre

Robin des Bois mène campagne depuis la fin des années 1980 contre les sols et les eaux pollués par les activités humaines. L’une des plus anciennes activités humaines, c’est la guerre.

Les déchets de guerre sont des munitions larguées ou tirées qui n’ont pas explosé à l’impact ou au moment voulu par leur horlogerie interne.

Pendant les deux guerres mondiales, il est estimé qu’entre 10 et 20% des bombes et obus n’ont pas fonctionné.

Ces UXO (Unexploded Ordnance) ou « Duds » (ratés) ont en temps de guerre épargné des vies. Mais après la guerre, ils tuent encore, ils aggravent insidieusement les pollutions environnementales et provoquent des perturbations sociales.

La responsabilité des pollueurs n’est pas engagée. Par contre, elle est à l’agenda de Robin des Bois.

L’association, après plusieurs années de recherches et de vérifications dans la presse quotidienne et hebdomadaire locale et auprès des services officiels, publie un nouvel inventaire des découvertes de déchets de guerre dans quatre régions françaises, les Hauts-de-France, le Grand-Est, la Bourgogne-Franche-Comté et l’Ile-de-France entre janvier 2012 et fin avril 2018.

Pour la première fois, une démarche parallèle a été menée dans trois Länder allemands, Berlin, Brandebourg et Rhénanie-du-Nord-Westphalie.

Cet inventaire ne prétend pas à l’exhaustivité. En Allemagne, les interventions des démineurs après les découvertes sont plus rapides qu’en France et la détection préventive préalable aux chantiers de construction et d’aménagement est systématique dans les zones polluées.

Les Hauts-de-France, le Grand-Est, la Bourgogne-Franche-Comté et l’Ile-de-France ont été victimes de trois guerres superposées entre 1870 et 1945.

Aujourd’hui encore, des projectiles bourrés de poudre noire datant de la guerre franco-prussienne donnent des sueurs froides aux démineurs de la Sécurité Civile en Ile-de-France et ailleurs.

La diversité des munitions conventionnelles et chimiques est telle que les services officiels de déminage se sont dotés au fil du temps d’un manuel d’identification.

Il est régulièrement mis à jour. L’identification préalable à la neutralisation des munitions est d’autant plus difficile qu’elles sont souvent déformées, amputées, rouillées, recouvertes d’une gangue de terre ou de vase ou colonisées par des mousses végétales.

Les vestiges de guerre sont des monstres de mimétisme. Ils ont une étonnante capacité à se fondre dans la géologie ou l’hydrologie locale et dans les couleurs de la saison.

Exemples de Découvertes de Munitions dans l'Aisne

L’Aisne a été crucifiée par la Première Guerre mondiale. Il y a dans ses sols plus encore de munitions ou de fragments que de soldats morts.

Par un étrange mouvement d’évitement, le risque « engins de guerre » n’est pas intégré dans le DDRM par les services de l’Etat. Les risques majeurs pris en compte dans le département sont les inondations, les coulées de boues, les mouvements de terrain, la sismicité, les ruptures de digue, les risques technologiques et le transport de matières dangereuses.

Cependant, une fiche réflexe « Découverte de munitions anciennes » mise à jour le 26 octobre 2018 est consultable sur le site Internet de la préfecture. Il faut, pour les novices et les nouveaux arrivants aller sur le site de la préfecture du Nord pour apprendre que l’Aisne est « particulièrement exposée aux risques induits par les vestiges de guerre.

Voici quelques exemples de découvertes de munitions dans l'Aisne :

  • Quessy (02). Au Bois des Moines, sur un site d’extraction de granulats, 2 obus sont mis au jour. D’origine anglaise, ils pèsent 120 kg chacun et datent de la Première Guerre mondiale.
  • Saint-Quentin (02). Des ouvriers creusent une tranchée et mettent au jour un obus. Il mesure 60 cm de long et pèse 50 kg. Il date de la Première Guerre mondiale. Les démineurs de Laon interviennent. 19 ouvriers et 49 riverains sont évacués.
  • Fargniers (02). Un obus de la Première Guerre mondiale est découvert sur la berge du canal.
  • Bellicourt (02). Un objet suspect est signalé sur le parking de La Poste. Les gendarmes mettent en place un périmètre de sécurité et font évacuer le bureau de poste ainsi qu’une maison voisine. Les démineurs de Laon interviennent et emportent cette grenade anglaise datant de la Première Guerre mondiale.
  • Guise (02). Un chasseur découvre un obus dans un champ. La munition date de la Première Guerre mondiale et pèse près de 50 kg. La Police Municipale avertit les démineurs.
  • Fleury (02). Les démineurs interviennent pour un obus découvert par des ouvriers de la Lyonnaise des Eaux qui creusaient une tranchée. Alors que les spécialistes déplacent la munition, elle se met à fuir sur la chaussée. Il s’agit d’un obus chimique à l’ypérite. Il date de la Première Guerre mondiale, mesure 70 cm de long pour 15 cm de diamètre, il pèse environ 50 kg et contient entre 4 et 5 litres de substance active d’ypérite. 12 habitants doivent être évacués et le reste du village, près de 140 âmes, est confiné. L’obus a été emmené via un caisson hermétique pour destruction.

L'association Ternois environnement prône la prévention des risques sur l’environnement et souhaite des études approfondies du sous-sol français. « Il faut arrêter d’exposer les salariés du bâtiment et les populations aux risques.

La Cartoucherie de Bourg-lès-Valence : Un Acteur de la Résistance

L’armistice de juin 1940 privait quasiment la France de tout moyen de défense militaire. La fabrication traditionnelle de munitions est interdite. Les machines spéciales nécessaires pour la réalisation de cartouches sont mises sous scellés.

Cet effectif réduit reste cependant combattif et engage rapidement des initiatives marquant son opposition à la politique du gouvernement vichyste. D’autre part, la cartoucherie de Bourg-lès-Valence constitue une cible privilégiée pour la Résistance.

D’autant qu’à l’intérieur, parmi les ouvriers s’est créé, avec notamment Paul Cézanne, Edouard Croze, André Cros, Marcel Pignon, Pierre Millet qui sont en liaison avec le corps-franc de Roger Maisonny, un groupe particulièrement actif qui ne tardera pas à apprendre que le directeur de l’établissement lui-même, le général Henri Gabotse, est résistant.

La ville de Bourg-lès-Valence est donc le théâtre de nombreuses actions de la Résistance : tracts, papillons, manifestations, sabotages, vols d’armes.

Si bien que, en juillet 1941, un mouchard, « une personne très honorable de Valence », dénonce l’établissement et ses employés au commandant de gendarmerie, qui transmet à Vichy au titre des « informations sur l'activité communiste » : « Deux établissements militaires sont particulièrement gangrenés : la cartoucherie de Valence et le parc d'Artillerie.

Les équipes locales de Résistance s’occupent particulièrement des usines, comme la MGM, les Grands Moulins, la Boulonnerie, Crouzet, Marion, Toussaint et, bien sûr, la Cartoucherie.

Le 13 juillet 1942, Henri Faure constate vers 4 h du matin que les tracts distribués par ses hommes durant la nuit ont été ramassés et que les ouvriers les lisent et les commentent favorablement.

En octobre 1942, alors que des carabinieri italiens, occupants de notre zone, gardent la Cartoucherie, Chapoutier et Rey s’emparent habilement de 10 000 cartouches de 9 mm.

Deux mois plus tard, le directeur de la Cartoucherie décide de mettre à l'abri de l'occupant les aciers spéciaux stockés dans son magasin général. Des ouvriers, surtout les plus jeunes, sont requis pour charger les plaques dans les wagonnets à plate-forme d’une voie ferrée étroite genre Decauville et les déménager en lieu sûr. L’opération nécessita une dizaine de jours, mais les occupants ne purent jamais utiliser cette matière, qui retrouva sa place après la Libération.

Le 6 décembre 1943, une importante opération est mise sur pied. Grâce à Paul Maisonny, employé à la cartoucherie. père de Roger, chef d’un corps franc, une quinzaine de Résistants pénètre au début de la nuit dans la Cartoucherie et subtilise environ une tonne d’armes.

Cependant, après son enquête, la Feldgendarmerie procède à l'arrestation du directeur, du sous-directeur et de quelques ouvriers.

En dépit de ces arrestations, la Résistance continue son travail. Des armes des maquis de l’Ardèche y sont introduites pour réparation. Pierre Millet, avec l’aide de camarades, réussit à pénétrer dans le magasin à munitions par une petite fenêtre et, au prix de multiples expéditions, à sortir des cartouches.

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