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Georges Clemenceau (1841-1929) est une figure marquante de l'histoire française, souvent perçu à travers des prismes contrastés. Autoportrait du « Tigre » en quelques mots : force de caractère, pessimisme viscéral et convictions politiques de gauche radicale.

Un Parcours Politique Tumultueux

Clemenceau a marqué la Troisième République par son engagement et ses prises de position tranchées.

Débuts Révolutionnaires et Engagement Communard

Ce médecin vendéen de 30 ans a déjà participé à la journée révolutionnaire du 4 septembre 1870, suite au désastre de Sedan et à la capitulation de Napoléon III. On apprend la capitulation de Bazaine à Metz, la prise du Bourget par les Allemands et les démarches de Thiers en vue d’un armistice. D’où cette nouvelle journée révolutionnaire. Belleville descend et fait peur aux bourgeois des beaux quartiers : ses gardes nationaux marchent sur l’Hôtel de Ville où siège le gouvernement, quelques membres sont faits prisonniers. Le gouvernement de la Défense nationale en appelle à la population de Paris le 1er novembre et sera plébiscité le surlendemain. Les élections municipales qui suivent n’amènent les « rouges » que dans quatre arrondissements. Paris semble s’assagir, après l’effervescence de septembre. Trochu, gouverneur militaire, répète : « J’ai un plan, j’ai un plan. » La situation devient quand même dramatique dans Paris toujours assiégé. Clemenceau, toujours communard, est le témoin atterré de la dérive qui aboutit à la répression et à la « Semaine sanglante » d’illustre mémoire (21-28 mai 1871). Il se battra ensuite pour l’amnistie des communards dans un magnifique discours de 1876 et pour Louise Michel, la Vierge rouge, l’une des rares femmes qui trouva grâce à ses yeux.

Le « Tombeur de Ministères »

Le député est redouté comme « tombeur de ministères » qui se ressemblent tous : les mêmes hommes reviennent, changeant seulement de portefeuille. Les « républicains de gouvernement » , « opportunistes » , modérés, sont attaqués sur leur droite par les bonapartistes (en perte de prestige après la mort du prince impérial en 1879) et les monarchistes (avec une clientèle encore importante de ruraux et de catholiques) et sur leur gauche par les radicaux qui, avec Clemenceau, réclament le « maximum de République » , déjà talonnés sur leur propre gauche par les socialistes.

Malgré tout, des compromis permettent de faire passer des lois importantes : sur l’enseignement public, le divorce, la liberté de la presse, les syndicats.

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Clemenceau et la Question Coloniale

Pour Clemenceau, la politique coloniale est « trahison » , parce qu’elle détourne la France de la ligne bleue des Vosges et rend impossible la revanche.Dans le cadre de la politique coloniale de Ferry auquel il s’oppose, sur un thème universel et toujours ultrasensible : « Race inférieure, les Hindous ! Avec cette grande civilisation raffinée qui se perd dans la nuit des temps ! avec cette grande religion bouddhiste qui a quitté l’Inde pour la Chine, avec cette grande efflorescence d’art dont nous voyons encore aujourd’hui les magnifiques vestiges ! Race inférieure, les Chinois ! avec cette civilisation dont les origines sont inconnues et qui paraît avoir été poussée tout d’abord jusqu’à ses extrêmes limites.

En fin de vie, son grand voyage vers l’Asie du Sud-Est témoignera de son intérêt constant et passionné pour le bouddhisme, avec Au soir de la pensée (1927), son testament philosophique : « Le plus noble enseignement qui ait jamais été … Point de violences cultuelles dans l’Inde bouddhiste.

L'Affaire Dreyfus : Du Doute à la Défense

Lorsque éclate l'Affaire, Clemenceau est pourtant hors du jeu politique; il a subi lui-même les calomnies, accusé de trahison au profit de l'Angleterre. Quoiqu'il ait été lavé de tout soupçon, ses électeurs du Var ne l'ont pas entendu de cette oreille. Battu en politique, Clemenceau se retourne vers le journalisme. Le cas Dreyfus va lui donner du travail. La révélation de la culpabilité plus que probable d'Esterhazy introduit le doute: Clemenceau, républicain avant d'être patriote, se met en mouvement. Il y a un problème, éclaircissons. Tel est le leitmotiv de cette prodigieuse série d'articles tous publiés dans L'Aurore et que l'excellence éditoriale de Michel Drouin porte ici à notre connaissance.

Avant d'être le Tigre, cet homme né en 1841 avait fréquenté dans sa jeunesse le gratin du milieu artistique (Hugo, Monet, Cézanne, Mallarmé...). Ami de Blanqui et d'Arago, il se voulait un républicain de raison: député au moment de la Commune, il avait tenté de s'interposer entre l'émeute et l'Assemblée.

D'abord convaincu de la culpabilité du capitaine, le Tigre républicain en devient vite le défenseur. Avec verve et talentNul n'est censé ignorer les faits: s'agissant de l'affaire Dreyfus, ce lieu commun judiciaire a une valeur particulière. On l'a un peu oublié, l'Affaire ressemblant aujourd'hui à l'un de ces «lieux de mémoire» chers au coeur de l'historien.

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Cette quête méticuleuse de la vérité (je ne dis pas que Dreyfus est innocent, s'obstine à répéter Clemenceau, je veux simplement savoir si Dreyfus a eu connaissance de tout le dossier) fait un écho quotidien au célèbre J'accuse de Zola: on en ressort secoué, stupéfié, on veut comprendre ce qui arrive à la société française de ce moment.

En 1894, Clemenceau est l’un des adversaires de Dreyfus : il écrit dans le journal La Justice un article intitulé « Le Traître », dans lequel il prône la peine de mort pour trahison. Mais le vice-président du Sénat, Scheurer-Kestner, possède des éléments à décharge. Il en fait part à Clemenceau. Convaincu, il change sa ligne éditoriale.

Le « Premier Flic de France » et le « Briseur de Grèves »

Le « Briseur de grèves » , ministre de l’Intérieur autoproclamé « Premier flic de France » au grand dam de Jaurès en 1906-1909.

« Père la Victoire » : Clemenceau et la Première Guerre Mondiale

Le plus grand rôle de Clemenceau : infatigable chef de guerre à la tête du gouvernement et « le Vieux » cher aux poilus dans les tranchées en 1917-1918.

Clemenceau, qui devient président du Conseil en novembre 1917, trouve à son arrivée une nation dont le moral s’est considérablement affaibli et dont, à partir d’avril, le désir de paix a pris « une ampleur sans précédent » (Duroselle, 2002, p. 199). Cette baisse du moral a encouragé à l’arrière une activité plus intense du pacifisme ainsi que des grèves ouvrières dans les usines, marquant une « rupture des consensus initiaux », « nettement battus en brèche au terme de l’année 1917 » (Audoin-Rouzeau et Becker, 1998, p. 1 Pour la notion de culture de guerre, voir S. Audoin-Rouzeau et A.

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Le 20 novembre, Clemenceau prononce devant la Chambre des députés sa première déclaration officielle où il ravive l’attitude jusqu’au-boutiste d’aout 1914 afin d’éliminer les doutes et les signes de découragement. Son discours ne produit pas une nouvelle vision de la politique de guerre, mais affermit celle qui reste en vigueur depuis le début des hostilités. Son projet est décisif : « Quand vous me demandez mes buts de guerre, je vous réponds : mon but, c’est d’être vainqueur » (cité par Becker, 1998, p. 80).

Clemenceau opère une distinction entre deux catégories de citoyens : les combattants qui remplissent leur devoir sur le champ de bataille, et les civils sur le front intérieur à qui il incombe de remplir un devoir civique, à savoir soutenir les combattants. Cette affirmation sous-entend qu’il existe des citoyens dont le comportement, en opposition avec les valeurs consensuelles, ébranle le moral des soldats français. Plus de campagne pacifiste, plus de menées allemandes. Ni trahison ni demi-trahison : la guerre. Rien que la guerre. Nos armées ne seront pas prises entre deux feux. La justice passe. (Cité par Becker, 1998, p.

Clemenceau Face au Pacifisme : L'« Ennemi Intérieur »

À la fin de 1917, Georges Clemenceau, dans sa déclaration ministérielle, désigne l’« ennemi intérieur » de la République : les pacifistes et les antimilitaristes. Cette intervention a déclenché dans les milieux pacifistes une virulente polémique contre le président.

« Ni trahison ni demi-trahison : la guerre. Rien que la guerre », a proclamé le nouveau président du Conseil, Georges Clemenceau, dans sa déclaration ministérielle en novembre 1917. Cette déclaration faite devant la Chambre des députés annonçait la guerre à outrance contre l’« ennemi intérieur » : les pacifistes et antimilitaristes du mouvement ouvrier.

Dans ces conditions, leur discours n’a pas la possibilité de pénétrer dans la sphère publique, si l’on excepte les interventions des parlementaires socialistes à la Chambre - mais là aussi, leur influence est minime. La parole de Clemenceau est celle qui a acquis une « visibilité » publique, ce qui contribue à enraciner dans les esprits le péril représenté par les défaitistes. La polémique des pacifistes demeure au contraire dans l’ombre. L’objectif ici est d’examiner les modalités argumentatives que mettent en place les pacifistes dans leur polémique contre Clemenceau afin de s’opposer à ses mesures répressives, de défendre leur position et de se réhabiliter en dissociant leur nom de l’image péjorative que projette sur eux l’appellation de défaitistes.

Le motif d’une recrudescence des poursuites contre l’opposition pacifiste est à chercher dans les nouvelles conjonctures politiques et militaires qui modulent le discours officiel dans lequel se forge un « ennemi » jusque-là moins « visible » dans la sphère publique. Clemenceau, qui devient président du Conseil en novembre 1917, trouve à son arrivée une nation dont le moral s’est considérablement affaibli et dont, à partir d’avril, le désir de paix a pris « une ampleur sans précédent » (Duroselle, 2002, p. 199). Cette baisse du moral a encouragé à l’arrière une activité plus intense du pacifisme ainsi que des grèves ouvrières dans les usines, marquant une « rupture des consensus initiaux », « nettement battus en brèche au terme de l’année 1917 » (Audoin-Rouzeau et Becker, 1998, p.

Quelques mois avant cette intervention, le 22 juillet 1917, Clemenceau, qui était sénateur, avait prononcé devant le Sénat un violent réquisitoire contre les milieux pacifistes dans le mouvement ouvrier. C’est dans cette intervention que Clemenceau a mis en évidence la thèse qui impute au pacifisme la responsabilité des désordres et des crises dans l’armée ainsi qu’à l’arrière. En reprochant à Malvy, le ministre de l’Intérieur, de n’avoir pas poursuivi les militants socialistes révolutionnaires, et surtout les anarchistes dont le nom figurait dans le « carnet B », il a rouvert un dossier clos au moment de l’Union sacrée et a désigné publiquement un bouc émissaire identifiable et discernable censé ébranler la ténacité de la nation.

Le mouvement ouvrier commence à réagir contre le Tigre. Les oppositionnels les plus actifs dans la diffusion d’une propagande sont le Comité pour la reprise des relations internationales, en particulier les syndicalistes zimmerwaldiens ainsi que le Comité de défense syndicaliste. N’oublions pas qu’il s’agit d’un milieu d’opposition qui réclame « paix sans annexions et sans indemnités », mettant sur un pied d’égalité, surtout après la révolution russe, les termes de « paix » et de « révolution ».

« Perd la Victoire » : Une Fin de Carrière Politiquement Ratée

Fin de carrière politiquement ratée du « Perd la Victoire » .

L’homme en retraite de la vie politique, fidèle à lui-même, à ses amis et ses engagements.

Période Fonction Actions et prises de position
Début de carrière Communard Participation à la journée révolutionnaire du 4 septembre 1870, soutien à l'amnistie des communards.
Troisième République Député, « Tombeur de ministères » Opposition à la politique coloniale de Ferry, défense de la liberté d'expression.
Affaire Dreyfus Journaliste Défense de Dreyfus après avoir été convaincu de son innocence.
Première Guerre Mondiale Président du Conseil, « Père la Victoire » Chef de guerre, lutte contre le pacifisme et l'« ennemi intérieur ».
Fin de carrière Retraite de la vie politique Fidèle à ses engagements et à ses amis.

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