Le Lee Enfield MKIII, c’est l’arc “long bow” des archers anglais du XXième siècle, une arme mythique. C’est avec ce flingue qu’une « misérable petite armée » de moins de 240.000 professionnels, selon le mot méprisant de l’Empereur germanique Guillaume II (la sienne en comptait 1,8 millions - en temps de paix), maintenait un Empire équivalent au tiers du monde connu en paix quasi totale. Comme il convient à tout Empire qui se respecte.
Quand le MKIII fut mis en service, Édouard VII venait de succéder à l’insubmersible Impératrice Victoria et rien ne pouvait compromettre la pérennité de tout un monde « Made in Britain ». Sept ans plus tard Gavrilo Princip, un serbe très décidé, allait se charger de mettre fin à tout ça avec quelques balles de 380 ACP tirées d’un Browing 1910 sur un obscur Archiduc autrichien sans oublier l’épouse du dit Archiduc. Les Lee Enfield, du MK I au N°5/L42, ont servi l’armée britannique et ses nombreux dominions, de 1895 à 1957. Un vieux et bon serviteur de la monarchie.
Celui de ce jour est un bon et classique MK III « étoile » (à ne pas confondre avec le très rare MKIII SANS étoile que Maître Flingus vous présenté ici avec encore son rare volley sight et son cut-offS), version apparue en 1915 par simplification du MKIII sans étoile, apparu lui-même en 1907. Mais celui-là est toutefois un peu courant exemplaire de le seconde guerre mondiale. On va y revenir.
L’étoile c’était justement pour le distinguer de son prédécesseur sans étoile de 1907 qui est le même mais avec encore son volley sight (un dispositif de tir lointain en volée descendante) et son cut-off (un dispositif permettant de le transformer en arme en coup par coup pour économiser les munitions). Ces deux dispositifs étaient devenus inutiles voire baroques avec la guerre de tranchées.
À l’origine, ce chargeur détachable fit l’objet de quelques doutes dans les milieux militaires britanniques. On craignait que le soldat de base ne perde quantité de chargeurs en campagne. Et on les y entrainait ! On appelait même ça la « mad minute » (“minute de folie”) dans l’armée britannique d’avant 1914.
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Le Lee Enfield MKIII est le fusil à verrou le plus rapide de son époque. Le record du monde - toujours à battre à ce jour - pour un tir avec un fusil à verrou est en effet détenu par le Lee Enfield et un instructeur de tir britannique - le sergent instructeur Snoxall - qui, en 1914, mit 38 coups dans une cible de 300 mm de large (12 pouces) à 270 m (300 yards) en une minute avec son MKIII.
Les britanniques ont toujours été d’excellents tireurs. Des flèches d’Azincourt aux plaines de Flandre en passant par les sinistres batailles d’Espagne et de Waterloo sous Napoléon, tous les adversaires des britanniques se sont plus à reconnaitre leur qualité de tireurs de précision. En plus, l’arme fonctionne dans un très bon calibre de guerre et de chasse (les deux activés ne sont jamais très loin l’une de l’autre) - le 303 British. Nombre de tigres et d’éléphants de l’Empire lui doivent un départ prématuré pour un monde meilleur.
Notre MK III est donc une arme d’avant guerre de 14, faite pour former d’excellents tireurs dans une toute petite armée professionnelle (officiers sans fusil compris) et pas tous fantassins. C’est une excellente arme de tir, très moderne comparée aux concurrents allemands et français car elle est courte. Une autre nouveauté pour l’époque.
Les anglais avaient appris à se méfier de l’encombrement des armes longues aux colonies (où ils avaient eu pas mal de combats urbains en fait notamment en Asie) et dans la guerre d’Afrique du Sud qui supposait des déplacements fréquents et longs dans une guerre d’embuscades - ils adoptèrent donc une arme remarquablement compacte. Cela fit scandale en Grande-Bretagne.
Clubs de tir, vétérans et armuriers s’inquiétèrent du fait qu’une ligne de mire plus courte et un recul nécessairement accru entrainerait une précision moindre pour les armées de sa Majesté. Toujours l’obsession britannique de la précision. L’opinion de l’état-major sur le praticité d’une arme plus courte prévalue.
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Rendez vous compte: l’arme “standard” du fantassin est dotée d’une hausse de type micro-métrique très finement réglable en site et en dérive, cas unique dans les armées modernes de l’époque. Toujours pour plus de précision !
Ce modèle simplifié devint le Lee Enfield Mark III “étoile” ou “MKIII (*)” et les marquages de modèle sur la poignée furent modifiés en conséquence - 99,99% des Lee Enfield MKIII furent transformés au standard MKIII (*) pendant et encore après la guerre et portent cette mention à la jonction de poignée sous le levier d’armement.
Notre Lee enfield MKIII (*) a donc été été produit sans discontinuer de 1915 à… 1943 en Grande Bretagne (mais jusque 1953 à Lightgow en Australie et 1950 à Ishapore en Inde qui l’a mis au calibre 7,62×51 OTAN/ 308 !) . Mais assez peu en Grande-Bretagne. On va y revenir. Les exemplaires de MKIII (*) datés de la seconde guerre mondiale sont bien moins courants que ceux de 14-18, la production des années 20/30 ayant été assez faible comparée aux années de guerre.
Si son successeur véritable, le Lee Enfield No 4 Mk I (on avait changé les dénominations entretemps) a été mis à l’étude dès la fin des années 30, il n’est officiellement adopté qu’à la mi-1941 mais en masse, remplaçant largement le MKIII (*) car plus simple à produire. En plus ces n° 4 MK I ont été massivement parachutés aux résistances européennes et, en 1er chef, à la Résistance Française et j’en vois donc assez souvent.
Notre exemplaire de ce jour est quasi parfait et text book des productions de la seconde guerre mondiale. D’abord les pièces métalliques sont toutes au même numéro (hausse, culasse, chambre, …). Seul l’embouchoir est muet mais néanmoins au modèle. Très peu de traces d’oxydation et assez légères et en embouchoir seulement (j’insiste) ce qui explique sans doute qu’il soit muet notre embouchoir.
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Pour la hausse, il faut la soulever pour le voir. Je l’ai fait. C’est tout bon au numéro. Pour le reste aucune piqûre - Aucune peu d’orange - Aucune . Une vraie arme qualité Flingus ! Les bois est en plus qu’excellent état et au numéro de l’arme aussi - Très peu de traces de manipulation - ni manque ni enture.
L’arme porte bien sur le coté droit, gravés dans le métal au niveau de sa poignée, la Couronne royale au dessus de GR ( pour “George Rex”) - Mais il s’agit cette fois-ci de Georges VI (Roi de 1936 à 1952) et non plus du Georges V de 14-18 (Roi de 1910 à 1936). “et mention “Sht LE III (*)” pour le “short Magazine Lee-Enfield modèle III”. date » 1943 » finement estampée. Pas de mention d’arsenal ce qui est la norme en cette fin de production notamment sur pas mal de N°4 aussi.
Mais le numéro de série, comme les poinçons, sont clairs : série N ce qui correspond effectivement aux armes produites par BSA pour les années 1942 (M et N utilisés en 1942) et 1943 (seulement N), date de la fin de production par BSA. Je suis retourné au Stratton pour le vérifier. Les rares armes datées 44 sont des exemplaires sortis d’usine début 44 avec des pièces fabriquées en 43.
Pour situer la rareté de la chose, seuls 160.000 exemplaires MKIII (*) ont été produits par BSA entre 1940 et 1943 dont 60.000 seulement en 1943. Le gros de la production était devenue le N°4. Les quelques produits après ne l’ont été qu’à Ishapore en Inde et à Lightgow en Australie.
La culasse et le levier d’armement sont bien fluides et au même numéro que le reste du fusil - Le chargeur est conforme au modèle et parfaitement fonctionnel aussi. Idem pour le levier de mise en sécurité . Cerise sur le gâteau, l’arme a sa bretelle d’origine bien datée 43 et réceptionnée aussi.
Bref un magnifique Enfield MKIII (*), anglais, dans une rare production de la seconde guerre mondiale difficile à trouver - pièce très difficilement « up-gradale » pour son état et pour employer un mauvais jargon roastbeef de circonstances. État quasi muséal en fait ! Foi de Maître Flingus ! Addition de premier choix pour un collectionneur d’armes réglementaires européennes ou d’armes peu courantes de la seconde guerre mondiale.
Arme de catégorie C au CSI : Licence de tir en cours de validité y compris médecin ou bien un permis de chasse avec sa validation pour l’année en cours ou l’année précédente ET CNI ou passeport en cours de validité. COMPTE SIA OBLIGATOIREMENT OUVERT !! Rappel avec votre licence ou permis de chasse vous pouvez détenir sans limite de nombre des armes de catégorie C. Répétons le !
L’armurerie Flingus Maximus à Paris et partout en France est là aussi pour vos formalités armes entre particuliers, le rachat de collections armes et militaria, vos estimations d’armes, vos questions armes dans les successions et héritage.
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