Lorsque l'on s'imagine les animaux mobilisés malgré eux dans les guerres, on pense naturellement aux chevaux, indispensables pour le transport de soldat et de munitions, mais aussi la tractation de canons lourds. Les historiens estiment que 11,5 millions d’équidés (ânes et mulets compris) ont participé à la Première Guerre mondiale, toutes armées confondues.
Chiens, chats, pigeons... Les chevaux n'étaient pas seuls à aller au front. "Ces animaux, indispensables à l’effort de guerre, permirent de sauver de nombreuses vies humaines", insistait Florentin Letissier, lors de son intervention devant le conseil municipal du 14e arrondissement de Paris en 2018, quelques jours avant l’apposition d’une plaque commémorative pour les animaux de guerre dans l'arrondissement. Une médaille militaire a été spécialement créée en 1943 en Angleterre pour honorer les animaux de guerre. Au total, 68 médailles ont été décernées depuis sa création - un chat, cinq chevaux, 30 chiens et 32 pigeons. La plupart des décorations ont été décernées pour des exploits lors de la Seconde Guerre mondiale.
Aujourd'hui, en Europe, les animaux de guerre sont bien heureusement une espèce en voie de disparition. GEO revient sur cinq espèces animales devenues soldats et qui, au fil des époques et des guerres, se sont battus - et se battent encore - pour les Hommes.
Chien de combat, de garde, de courrier, de pistage, voire antichar... En plus de tenir compagnie aux soldats, les chiens sont de véritables alliés sur le front. Les premières traces de chiens de guerre remontent à l'Antiquité.
Pendant la Première Guerre mondiale, on leur accroche sur le dos des messages et des médicaments, et ils tractent certaines armes légères. Les chiens possèdent un état-civil, un livret militaire, une plaque d’identité et un équipement. Ils sont aussi particulièrement utiles pour trouver les personnes ensevelies, grâce à leurs qualités auditives.
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Le plus grand chenil militaire d'Europe se trouve d'ailleurs en France, à Suippes (Marne), où le 132e régiment d'infanterie entraîne des chiens depuis 1794. Une partie de ces chiens est toutefois utilisée par l’administration des douanes et certaines polices municipales, note Le Monde.
Selon 30 millions d'amis, il y avait, en 2016, près de 500 chiens engagés dans les différentes unités cynophiles - 450 dans l'armée de terre, 12 dans le RAID et 4 dans le GIGN.
En pleine Guerre froide, tous les moyens sont bons pour les renseignements américains afin d'épier l'URSS. Même fabriquer un chat espion, rappelle le journal mensuel américain The Atlantic. Nom de code : Acoustic Kitty, ou Chaton acoustique.
Ce projet, développé dans les années 1960 par la CIA pour plusieurs millions de dollars, consistait à implanter des micros dans les oreilles du chat et des transmetteurs radios dans sa queue. Le chat devait ensuite être relâché dans des endroits stratégiques.
Mais le premier test ne fut pas concluant : le chat-espion, lâché près de l'ambassade de Russie à Washington, fut écrasé par un taxi. Le projet finira par être abandonné après quelques années. "Notre examen final des chats dressés nous a convaincus que le programme ne se prêterait pas dans un sens pratique à nos besoins hautement spécialisés", peut-on lire dans une note officielle déclassifiée. "Le travail réalisé au fil des ans fait honneur au personnel qui l'a mené, dont l'énergie et l'imagination pourraient servir de modèles pour les pionniers de la science".
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Les animaux marins sont aussi utilisés en temps de guerre. Les dauphins ont été entraînés par l'URSS et les États-Unis, toujours à l'époque de la Guerre froide, notamment pour détecter des mines sous-marines et des objets suspects près des navires, et même poser des explosifs.
"Les dauphins possèdent le sonar le plus sophistiqué connu de la science. Navy Mammal Program. Ce programme, lancé dans les années 1959, est en phase de clôture : "Un jour, il sera peut-être possible d'accomplir ces missions avec des drones sous-marins, mais pour l'instant, la technologie n'est pas à la hauteur des animaux", écrit la marine américaine. En Russie, il n'a jamais été question d'arrêter l'entraînement des dauphins.
Si les estimations sont imprécises, la France aurait utilisé 60 000 pigeons, les Britanniques 100 000. Beaucoup ont succombé aux gaz et aux tirs ennemis. Ces oiseaux pouvaient aussi servir d'espions. Des soldats britanniques relâchant un pigeon voyageur de son panier pendant la Seconde Guerre mondiale, le 25 octobre 1940.
Le Projet pigeon, aussi appelé le Projet Ocron, consistait à installer ces oiseaux dans l'ogive de bombes. À l'aide d'un entraînement spécifique, d'un viseur et d'un dispositif de commande, ils seraient capables de guider le missile vers une cible déterminée et seraient donc des "pigeons kamikazes".
Le projet Pigeon n'aboutira jamais. Il a été abandonné en 1944, alors que se développaient de nouvelles technologies, comme le radar.
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Les éléphants de guerre ont côtoyé l'homme sur le champ de bataille depuis des milliers d'années et ont été une arme importante, bien que peu répandue, dans l'histoire militaire. Ils terrorisaient l'adversaire, le piétinaient et portaient de lourdes charges.
Ils étaient surtout utilisés dans l'Antiquité. En Asie, les Chinois et les Indiens l'utilisaient sur le front bien avant qu'Hannibal ne franchisse les Alpes en 218 av. J.-C, pendant les Guerres Puniques.
Alors que la guerre se mécanise et que la puissance des armes à feu se développe, l'utilisation d'éléphants de guerre est petit à petit abandonnée au XXe siècle.
En tête de gondole, le cheval. Du transport à la reconnaissance, en passant par la cavalerie, les chevaux ont joué un rôle tout bonnement crucial, et ce toutes guerres confondues. Bien que l’ère de la cavalerie traditionnelle touchait à sa fin avec l’avènement des armes à feu modernes et de la guerre de tranchées, certaines unités de cavalerie étaient encore présentes et utilisaient des chevaux pour toutes sortes de missions déjà énumérées. Cependant l’utilisation de la cavalerie a été limitée et souvent remplacée par des unités montées à moto ou à vélo.
Car les statistiques montrent l’ampleur de la guerre, il est nécessaire de rappeler quelques chiffres éloquents sur les forces en présence, dans ce grand massacre qui n’a épargné ni les hommes et encore moins les animaux. On estime que des dizaines de millions d’animaux ont participé, de manière active ou non, lors de la Première Guerre mondiale. Dans le décompte, 11 millions de chevaux, d’ânes et de mulets, principalement pour transporter des soldats ou pour tracter des armes. Le nombre parait astronomique, mais Il fallait bien six chevaux pour tracter un seul canon.
Dans le livre “À l’Ouest, rien de nouveau” (Im Westen nichts Neues), paru en 1929, de Erich Maria Remarque (1898 - 1970), les chevaux représentaient les soldats et leurs émotions qu’ils cachent soigneusement. Lors des échanges de tirs, certains chevaux ont été touchés et les soldats ont eu l’impression que leurs cris étaient comme “le gémissement du monde, la création martyrisée, sauvage d’angoisse, remplie de terreur”.
Vers luisants et autres pigeonsIl n'y a pas que les chiens dans la vie. En temps de guerre, d'autres animaux ont su se démarquer: les pigeons voyageurs ont été très utiles, mais aussi Simon le chat blessé qui a exterminé une colonie de rats pilleurs de nourriture, ou les vers luisants utilisés pour éclairer les tranchées de la la Première Guerre mondiale.
Des animaux exotiques se trouvaient parfois à l’arrière des tranchées : dromadaires, kangourous, lionceaux, perroquets, singes, et même éléphanteaux. C’était surtout le cas, par tradition, dans les armées de l’Empire britannique. Ces mascottes, reconnues par la hiérarchie militaire, étaient là pour le moral des troupes. « Elles permettaient un lien avec la vie d’avant et jouaient le rôle de porte-bonheur », explique Eric Baratay.
En Picardie, les Anglais avaient récupéré un âne surnommé « Tiny », au pelage avec croix de Saint-André. Il rentrait au mess des officiers, posait les pattes sur les genoux des soldats, et buvait jusqu’à neuf tasses de thé d’affilée ! Côtés français et allemand, les mascottes étaient officieuses : chats, chèvres, chiens ou oiseaux. Le livre d’Eric Baratay évoque un geai célèbre qui criait « Feu ! » et « Zut ! »
Dès 1910, des chiens sanitaires sont dressés pour retrouver les blessés sur des fronts étendus. Les Allemands pratiquent ce dressage à grande échelle ; les Français le font de façon plus modeste. « Mais pendant la guerre, ces chiens deviennent vite inutiles. Avec la stabilisation du front, les blessés se voient et s’entendent sans difficultés », rapporte Eric Baratay. La France abandonne leur usage en 1915. Pas l’Allemagne, et encore moins l’Autriche-Hongrie, qui en a besoin sur le front alpin. Côté allemand, on estime qu’un chien a sauvé trois blessés par an.
Les chiens messagers, plus ou moins bien dressés, ont été davantage sollicités pour porter des messages écrits ou même des munitions jusqu’à des points de ravitaillement, aussi bien par les Allemands, que par les Français et les Britanniques. Au total, environ 100 000 chiens ont été mobilisés sur tous les fronts.
On estime leur nombre à 200 000. Ils portaient des messages et étaient parfois équipés d’appareils photos espions, ce qui en faisait la cible des tirs ennemis. Ces oiseaux ont surtout été utilisés par les Allemands et les Français qui se méfiaient du télégraphe. Pour qu’un pigeon aille d’un point A à un point B, on l’emmenait au point B et on laissait son conjoint ou sa conjointe enfermé (e) au point A. Comme il est très fidèle, le pigeon voyageur faisait tout pour retrouver l’autre animal. « On ‘‘jouait’’ avec son stress » constate Eric Baratay. Selon lui, ce système « a très bien fonctionné ».
| Animal | Utilisation Principale | Exemples Historiques |
|---|---|---|
| Chevaux | Transport, cavalerie, traction d'artillerie | Première et Seconde Guerres Mondiales |
| Chiens | Combat, garde, messagerie, détection | Antiquité, Première et Seconde Guerres Mondiales |
| Chats | Espionnage (projet Acoustic Kitty), contrôle des rongeurs sur les navires | Guerre Froide, navires de guerre |
| Dauphins | Détection de mines sous-marines, récupération d'objets | Guerre Froide, Guerre du Vietnam |
| Pigeons | Messagerie, espionnage, projets de missiles guidés | Première et Seconde Guerres Mondiales |
| Éléphants | Combat, transport de charges lourdes | Antiquité |
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