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La chasse au trophée en Afrique est un sujet de débat intense, opposant les défenseurs des animaux aux partisans de la conservation par le biais de la chasse. Cet article examine les différentes facettes de cette pratique, en explorant les espèces ciblées, les arguments pour et contre, et son impact sur la faune et les communautés locales.

Les enjeux de la chasse aux trophées en Afrique

Cet été, 136 organisations mondiales de protection et de conservation des animaux ont dénoncé dans un communiqué la chasse aux trophées en Afrique et exhorté les pays occidentaux à interdire l’importation de ces trophées sur leurs sols afin de limiter l’attrait de leurs ressortissants pour cette pratique cynégétique. L’une de ces organisations, Pro Wild Life, par la voix d’une de ses éminentes membres , le Docteur Mona Schweizer, a même déclaré: « La chasse aux trophées se distingue parmi les pires formes d’exploitation de la faune, [elle] n’est ni éthique ni durable. Face à la crise mondiale de la biodiversité provoquée par l’homme, il est inacceptable que l’exploitation de la faune, simplement pour acquérir un trophée de chasse, soit toujours autorisée et que les trophées puissent être encore importés légalement.

Mais cette vision punitive de la chasse en Afrique est-elle vraiment pertinente? Nous ne le pensons pas. En effet, les gains financiers, engendrés par ces chasses et bénéficiant pour partie aux territoires locaux où elles se déroulent, servent à la protection de nombreuses espèces et au développement de leur habitat. Récemment dans le New York Times, la journaliste et membre du laboratoire de recherche sur la conservation de la faune à Oxford, Catherine E. Semcer a affirmé: « Interdire la chasse aux trophées pourrait faire plus de mal que de bien à ces espèces. Aucun organisme scientifique national ou mondial n’a identifié la chasse aux trophées comme une menace majeure pour une espèce. En fait, cette chasse finance la conservation de l’habitat qui fait partie intégrante du rétablissement des espèces en voie de disparition. Ne tombons donc pas dans le piège tendu par toutes ces organisations, mues par l’idéologie animaliste et sa vision sentimentaliste de la gestion de la faune sauvage.

Si la disparition ou la raréfaction de nombreuses espèces sur le continent africain est en grande partie due à la main de l’homme, c’est le plus souvent par une exploitation sans contrôle des ressources naturelles et une destruction de l’habitat de la biodiversité. Les chasses organisées permettent au contraire d’apporter une manne pécuniaire permettant de conserver cet habitat et de financer la lutte contre le braconnage afin de conserver les espèces.

Les espèces ciblées

La chasse au trophée est devenue une activité florissante, parfois directement organisée par des autorités corrompues, qui brasse des centaines de millions d’euros. Elle est légale dans de nombreux pays d’Afrique subsaharienne, même si les contrôles et les règles de transparence varient. Des quotas annuels d’animaux à chasser sont établis selon la rareté des espèces -les populations les plus vulnérables en étant exclues. Par exemple, l’Afrique du Sud a interdit la chasse à la panthère. Mais le Kenya, lui, interdit totalement la chasse au trophée depuis 1977.

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C’est surtout le cas de la chasse aux big five d’Afrique (les « cinq gros » gibiers : éléphant, lion, panthère, rhinocéros et buffle). Les animaux les plus chassés sont aussi des espèces particulièrement vulnérables : le lion en fait partie, comme l'éléphant d'Afrique, le rhinocéros, le léopard et le buffle. Ces animaux constituent le groupe des"Big five", les plus gros trophées mis en avant par les autorités touristiques.

Dans le désert broussailleux de Nyae Nyae vivent quelques familles bochimanes, mais aussi -l’empreinte le prouve- certains des plus gros éléphants sauvages de la planète. Le client revient pour les éléphants. Le tarif actuel pour une chasse de deux semaines et pour un seul éléphant frôle les 70000 euros, d’après Felix Marnewecke. Le quota autorisé est de cinq éléphants par an pour la réserve de Nyae Nyae, ce qui représente un revenu considérable pour les Bochimans. Quant aux trophées d’éléphants, le client rapporte chez lui les défenses, la viande étant distribuée aux Bochimans.

Les éléphants d’Afrique peuvent atteindre 60 ou 70 ans, et ceux dotés des plus grosses défenses ont souvent plus de 45 ans. La valeur d’une défense dépend du poids. Les chasseurs considèrent une défense de plus de 20 kg comme une cible valable. Le client en veut une de plus de 30 kg. Celles des éléphants que nous avons vus sont trop petites.

Arguments pour et contre la chasse aux trophées

De Charles Darwin à Ernest Hemingway, les chasseurs les plus éclairés se sont longtemps considérés comme des naturalistes ou des protecteurs des espaces sauvages. Aux États-Unis, les chasseurs paient des centaines de millions de dollars par an de taxes fédérales, qui profitent aux organismes de gestion de la vie sauvage. En France, les taxes cynégétiques rapportent plus de 70 millions d’euros par an et financent en grande partie l’Office national de la chasse et de la faune sauvage. En outre, quiconque consomme le produit de sa chasse a beau jeu d’expliquer que tuer un animal dans la nature pour le manger est plus humain qu’acheter une barquette plastifiée contenant la viande d’un animal élevé industriellement.

En parallèle, des chasseurs, à l’instar du client américain de la réserve de Nyae Nyae, défendent une idée : chasser de façon raisonnée et en y mettant le prix quelques éléphants mâles sur le déclin favorise une protection durable de l’espèce et de son habitat. « En soi, le tir ne représente que les derniers 5 % d’une chasse à l’éléphant, explique Felix Marnewecke. Je me sens plutôt minable quand on en tue un, mais ces animaux paient pour la survie des 2 500 autres qui vivent dans le coin. Aujourd’hui, en Afrique, la chasse au trophée est le meilleur modèle économique dont nous disposons. Au bout du compte, cela pourrait permettre de sauver cette région, ainsi que les éléphants. »

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Un argument asséné par bien d’autres chasseurs, et contesté par bon nombre de biologistes et de protecteurs de la nature. Mais une question me taraude : est-ce ainsi que les choses se passent ? Faut-il vraiment tuer cinq éléphants pour en sauver 2500 ? Et, d’ailleurs, pourquoi faudrait-il même en tuer un seul ?

L’Afrique apparaissait jadis comme « une réserve naturelle inépuisable », rappelle Craig Packer, biologiste américain spécialiste des lions. Or l’habitat de la faune sauvage se rétrécit comme peau de chagrin. « Les lions sont de plus en plus menacés. Les chasseurs devraient s’interdire de les tuer pour leur plaisir, sauf à pouvoir apporter la preuve que cela a un effet bénéfique pour la survie de l’espèce. »

Les biologistes raisonnent à l’identique pour d’autres gros gibiers, dont l’éléphant. En même temps, le braconnage fait des ravages à cause de la demande asiatique pour les cornes de rhinocéros, l’ivoire ou les os de lion. Reste que le sujet demeure complexe. En effet, les populations augmentent dans certaines régions où la chasse au trophée est autorisée. C’est le cas des éléphants à Nyae Nyae.

« En Namibie, si vous supprimez ces réserves, la faune sauvage disparaîtra sans doute, admet Craig Packer. Il ne restera alors que du bétail. » Les biologistes, note-t-il, travaillent sur « les populations dans leur ensemble - un concept abstrait. C’est le cœur du différend avec les organisations écologistes, pour qui on n’a pas le droit de toucher à un animal. Sur ce point, les biologistes peuvent paraître froids et sans cœur. » Vouloir préserver la vie de tous les animaux n’a pas de sens, estime Craig Packer : ce qu’il faut protéger absolument, ce sont les populations viables sur le plan génétique. « Je ne suis pas opposé à la chasse. Il faut juste trouver le juste milieu. » Mais, à l’entendre, ce milieu penche d’un certain côté. La chasse au trophée, affirme-t-il, ne bénéficie que de façon très marginale aux politiques de protection de la faune africaine à grande échelle.

Les chasseurs et les autorités citent souvent une estimation très contestée de la Safari Club International Foundation, une organisation pro-chasse: les 18 000 chasseurs de trophée qui viennent chaque année dans l’est et le sud de l’Afrique contribueraient pour plus de 370 millions d’euros au produit intérieur brut (PIB) de la région. Quant à la Humane Society International, elle chiffre l’apport des chasseurs de trophée à la région à 112 millions d’euros, soit 0,3 % de son PIB.

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Pour certains, le débat pro ou anti-chasse ne fait que refléter la volonté des écologistes occidentaux d’imposer leur vision des choses à l’Afrique. C’est une forme de néo-colonialisme, juge Felix Marnewecke : « Qu’est-ce qui donne le droit à quelqu’un vivant sur un autre continent de nous expliquer comment nous devons nous occuper de notre faune sauvage ? » Si l’on prend en compte ce que les organisateurs de safaris paient pour aller dans les réserves, arguent les chasseurs, sans parler des droits réglés par eux-mêmes, la chasse au trophée contribue de façon bien réelle à l’économie du continent et à la protection des habitats - et ceux qui s’y opposent se contenteraient de brasser du vent.

Mais au fait, qu’advient-il des taxes payées par les chasseurs ? Tout le monde sait qu’il est très difficile de le déterminer -voire impossible, dans les régimes autoritaires et corrompus. De toute façon, assure Craig Packer, s’agissant de la protection des grands félins, « les sommes que rapporte la chasse sont tellement faibles qu’il ne faut pas s’étonner si, en dépit des autorisations de chasse au lion concédées depuis des années, le nombre d’animaux a dégringolé». Selon l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), le nombre de lions dans cinq populations observées en Tanzanie a diminué des deux tiers entre 1993 et 2014.

Les chasseurs rappellent aussi qu’ils ont aidé à créer des hôpitaux, des écoles et des puits, et qu’ils contribuent à la lutte contre le braconnage sur le terrain -et ce, avec un impact sur le paysage moindre que celui de ce qui est souvent vu comme une alternative à la chasse: les safaris-photo. Quelque 35,4 millions de touristes ont visité l’Afrique subsaharienne en 2015, dépensant 21 milliards d’euros, selon l’Organisation mondiale du tourisme des Nations unies. Or, pour attirer une clientèle plus haut de gamme, il faut améliorer les infrastructures et les équipements, voire le parc automobile.

Selon des chasseurs, le danger existe qu’une trop grande affluence finisse par gâcher le plaisir que les touristes viennent chercher. Sans la chasse au trophée, plaide Natasha IllumBerg, il n’existerait pas d’unités anti-braconnage dans le secteur, ni de gestion des espaces. « Je tiens à le répéter : qu’on me propose quelque chose de mieux que cette forme de chasse pratiquée de façon raisonnée.» Elle conclut: « La grande question est celle-ci: qui réglera la note? »

La chasse aux trophées et la conservation

Plusieurs biologistes de la conservation ont récemment publié dans le Guardian une tribune en faveur de la chasse aux trophées. Selon leur expertise, interdire ce tourisme risque d’entraîner un déclin brutal d’animaux sauvages comme le Lion. Ces spécialistes de la conservation des espèces pointent du doigt le risque de braconnage ou d’empoisonnement de la faune sauvage en-dehors des zones protégées comme des parcs de chasse, mais aussi la destruction croissante des habitats naturels. Selon eux, la chasse aux trophées peut contribuer à la conservation des écosystèmes africains.

Le Lion est un symbole fort de la faune africaine. Il fait partie des célèbres « Big Five », ces cinq grands mammifères mis en avant pour la promotion des safaris photos ou de chasse au trophée. Mais depuis une trentaine d’années, les populations de ce Félin sont en régression. Alors pourquoi, dans un contexte de vulnérabilité de l’espèce, une partie de la communauté scientifique soutient-elle la chasse à grand fauve ? Parce que lorsqu’elle est bien gérée, la chasse aux trophées permet aussi la conservation de l’espèce.

Comment ce paradoxe est-il possible ? Tout simplement grâce à la protection de vastes territoires sauvages, aux superficies parfois supérieures aux parcs nationaux africains. Or si ces territoires sont dévolus à une activité touristique que beaucoup jugeront amorale, les safaris de chasse garantissent aussi un « effet parapluie » en protégeant les territoires sauvages de toute dégradation, et donc de toute perte de biodiversité. Deux effets inattendus, mais positifs, de cette pratique touristique.

La chasse aux trophées n’a pas pour objectif premier la sauvegarde de la biodiversité africaine. En cela, elle ne remplace pas une protection intégrale de la faune sauvage. Mais lorsque sa pratique est efficace et bien gérée, elle peut se montrer complémentaire pour sauvegarder la biodiversité africaine. La chasse gardée protège contre le braconnage et l’empoisonnement des grands Mammifères. Ses impacts sont alors positifs sur les populations de Rhinocéros, Markhors, Argalis et différents Ongulés africains. Lorsqu’elle est intégrée à l’économie des communautés rurales, elle améliore le développement local.

Différentes études universitaires se sont penchées sur l’impact de la chasse aux trophées dans la conservation du Lion. Elles soulignent que les résultats peuvent cependant être assez variables d’un pays à l’autre. Mais force est de constater qu’en absence de solution de gestion adaptée, la protection intégrale de l’espèce ne suffit pas forcément. Au Kenya, où la chasse au lion est bannie depuis 1977, les populations de félins sont en déclin. En l’absence de réelle concertation politique avec les communautés rurales, les Lions sont braconnés en raison des conflits générés avec les fermiers locaux.

Dans la majorité des pays où une chasse aux trophées bien gérée est mise en place, les populations de Lion sont à l’inverse stables ou en augmentation. C’est le cas de la Namibie, nation pour laquelle la chasse aux lions est une clé de développement de ses communautés locales. Même constant au Zimbabwe et en Afrique du Sud, où les revenus générés par les parcs privés de chasse incitent forcément à la protection du grand Félin.

La situation est cependant plus complexe dans d’autres pays, comme en Tanzanie. Dans cette nation d’Afrique orientale, deux systèmes se côtoient. D’abord une chasse aux trophées dans de vastes territoires, les « Game Reserves » ou réserves de chasse. Leur statut garantit une protection intégrale de la faune sauvage, mais autorise sur certains sites protégés la pratique strictement réglementée de la chasse aux trophées et de la pêche. Certains sites sont ouverts au tourisme cynégétique, d’autres sont uniquement consacrés au safari photo.

La situation tanzanienne démontre que la conservation des écosystèmes africains par la chasse aux trophées nécessite une gestion vertueuse et efficace pour véritablement fonctionner. Gérer de manière durable la biodiversité est aussi une opportunité importante d’autodétermination économique des communautés rurales africaines. La situation tanzanienne montre que le modèle des « Game Reserves » nécessite une implication économique forte des communautés locales pour réussir. C’est une sorte de « New Deal » rural africain visé par de nombreuses politiques nationales.

Mais recourir à la chasse aux trophées pour assurer la conservation d’espèces emblématiques que le Lion pose tout de même diverses questions éthiques préoccupantes. La remise en question morale du tourisme de chasse peut s’entendre, ainsi que la garantie d’une souffrance animale aussi minime que possible. De plus, la pratique de cette chasse perturbe forcément les écosystèmes naturels, même si son impact est plus minime que du braconnage excessif. En outre, le prélèvement de spécimens motivé par de beaux trophées pourrait altérer la biodiversité phénotypique des populations locales. Enfin, certains auteurs notent que la répercussion économique sur les communautés rurales reste minime, et qu’elle ne s’améliorera pas tant que les états ne garantiront pas une réelle autodétermination socio-économique locale.

La chasse aux trophées n’est peut-être pas le modèle de conservation le plus abouti sur le plan éthique, mais elle a le mérite de soutenir activement les efforts de conservation locaux. Son modèle économique peut répondre aux enjeux de conservation de la biodiversité africaine en finançant la lutte contre le braconnage et la dégradation des écosystèmes. Mais pour que ce modèle socio-économique soit efficace, il doit également garantir une gestion autonome des territoires ruraux et des communautés concernées.

Tableau récapitulatif des arguments

Arguments pour la chasse aux trophées Arguments contre la chasse aux trophées
Financement de la conservation de l'habitat Impact négatif sur les populations animales
Lutte contre le braconnage Questions éthiques concernant la souffrance animale
Soutien aux communautés locales Répartition inégale des bénéfices
Gestion durable des espèces Perturbation des écosystèmes

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