Le rechargement de munitions est une discipline prisée des tireurs sportifs et chasseurs souhaitant optimiser la performance de leurs munitions. En fabriquant vos propres cartouches, vous adaptez précisément la charge de poudre, le type d’amorce et l’ogive à votre usage, tout en réalisant des économies sur le long terme.
Si un bon rechargeur ne fait pas obligatoirement un bon tireur, les qualités requises pour le premier serviront avantageusement le second. Un 10, c’est le résultat fugace d’un ensemble d’erreurs dont on est fier. Beaucoup de 10, c’est quand on fait ce qu’il faut sans toujours s’en rendre compte.
Composants Essentiels pour le Rechargement
Le rechargement repose sur plusieurs composants clés :
- Les douilles : Réutilisables après tir, elles doivent être recalibrées et inspectées avant chaque rechargement. Dans une boite, même marque, même nombre de rechargements, quand un étui est perdu ou endommagé, on ne complète pas. Ceux qui proviennent de cartouches manufacturées bon marché sont à réserver pour tirer les vaches dans les couloirs. Les grandes marques connues seront probablement bonnes, si vous les utilisez, vous pourrez vous faire une opinion motivée.
- Les amorces : Elles enflamment la poudre et varient selon le type de cartouche (small rifle, large pistol, etc.). Plusieurs marques, trouver la meilleure est épineux, mais heureusement un usage ordinaire ne permet pas de discerner les différences, ce qui facilite le choix. Large rifle et pistol ont le même diamètre, pas la même hauteur. Les Small rifle et pistol, ni le même diamètre, ni la même hauteur. Pour certains esprits approximatifs, ces distinctions peuvent paraître oiseuses, mais quand l’emballage a disparu ! Les amorces magnums sont destinées à certaines poudres, en particulier, les lentes.
- La poudre : Son choix est crucial pour obtenir la vitesse et la pression souhaitées. Chaque calibre a ses références spécifiques. Leur dosage est indiqué sur toutes les tables de rechargement, toujours commencer plus bas et respecter les types selon les calibres. Les plus vives usent moins les canons, mais remplacer inconsidérément une lente par une vive peut, comme dans les couples, les détruire. De même, une double charge de 0.17 g de BA10 par exemple, en 38 Spécial wadcutter, modifiera définitivement l’aspect de votre beau revolver.
- Les ogives : Leur poids, forme et revêtement influencent la précision et la balistique terminale. Une multitude, leur poids est en relation avec le pas des rayures pour une recherche de la précision, en carabine surtout. Sans parler de la forme et de la destination. Certaines conviennent mieux que d’autres pour une arme donnée, et telle qui est satisfaisante dans telle arme conviendra moins dans une autre arme de même marque et même type.
Matériel Nécessaire pour Débuter le Rechargement
Un bon kit de rechargement comprend :
- Une presse : Manuelle (mono-station) pour les débutants ou progressive pour les tireurs en volume.
- Un jeu d’outils : Indispensable pour calibrer, désamorcer et siéger les ogives correctement.
- Une balance et doseuse : Pour peser précisément la poudre et garantir des tirs réguliers.
- Un nettoyeur de douilles : Pour prolonger leur durée de vie et garantir un bon fonctionnement.
Il vaut mieux disposer d’un trépied de bench rest pour se risquer à une recherche de groupement, c’est le seul moyen pour pouvoir permettre à chaque tir une maitrise régulière de l’arme jusqu’à la sortie du canon par la balle, mais on peut vivre sans mettre toutes ses balles dans le même trou.
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Pourquoi Recharger Ses Propres Munitions ?
Le principal avantage est l’optimisation des performances : vous pouvez ajuster chaque paramètre pour améliorer la précision et la constance de vos tirs. De plus, le rechargement permet de réduire les coûts à long terme, surtout pour les calibres onéreux comme le .308 Winchester ou le .44 Magnum. Enfin, cette pratique offre une autonomie accrue, particulièrement utile pour les tireurs réguliers.
Sécurité et Réglementation
Le rechargement demande rigueur et précision. Il est impératif de suivre les tables de rechargement fournies par les fabricants de poudre et d’amorces pour éviter tout risque de surpression. Elle doit être au minimum précise au 1/100 de gramme. Un large plateau est préférable, accompagné d'une coupelle pour pouvoir égrener convenablement la poudre. Un poids permettant d'étalonner la balance est aussi très important.
La réglementation française autorise le rechargement dans un « cadre privé » selon l’article R311 du Code de la Sécurité Intérieure. Cette activité, considérée comme une fabrication de munitions, reste légale pour un usage personnel et non commercial. Les rechargeurs doivent respecter une limite maximale de détention de 2 kg de poudre selon la législation en vigueur.
Procédure de Rechargement
- Nettoyage des douilles : Après le tir, le nettoyage est indispensable. Mieux vaut un bac à ultra sons qu’un nettoyeur de douilles à tambour et abrasif, perte de temps, les grains se coincent dans le logement d’amorce. Il faut tamiser pour récupérer l’abrasif. Pour le bac à ultra sons, de l’eau chaude, un soupçon de dégraissant genre vaisselle, une lampée d’ammoniaque. Bien entendu, une boite par fois. Après le nettoyage, rinçage et séchage, au four de préférence, aux environ de 40°, chauffer fortement des douilles leur fera perdre leur élasticité et les rendra impropres au rechargement. Le nettoyage permet d’éliminer les résidus de combustion restés dans l’étui, et qui pourraient altérer la poudre pendant un stockage prolongé. On peut se contenter de passer une brosse nylon à l’intérieur de l’étui, essuyer et dégraisser le cas échéant, pour une consommation rapprochée.
- Recalibrage : L’épaisseur des parois du collet d’un étui neuf n’est jamais régulière sur sa circonférence, d’où facteur d’irrégularité de tension et défaut d’alignement de l’axe de l’ogive par rapport à l’axe du canon. Ensuite, il faudra suivre l’évolution du refoulement du collet au long des tirs pour contrôler le jeu de l’étui dans la chambre. Quand on chambre une cartouche, si on constate un forcement, deux possibilités : douille trop longue (rare) ou valeur de feuillure dépassée. Conséquence, l’étui en se déformant sous la contrainte modifiera l’alignement de l’ogive qui s’engagera mal dans les rayures. La troisième possibilité, ogive pas assez enfoncée serait du domaine du sabotage si l’on a respecté la longueur totale de la cartouche selon les tables CIP.
- Sertissage : Le sertissage conique (taper crimp) léger (pour pistolet ou wadcutter) et utile pour réduire l’évasement qui à servi à présenter convenablement l’ogive sur la douille et atténuer le renflement disgracieux de l’ogive. On peut se passer de taper crimp en utilisant la matrice de recalibrage dépourvue de la tige de désamorçage et réglée pour resserrer sur le premier tiers de la partie de l’ogive qui est dans l’étui. La balle doit pouvoir tomber au fond de la douille si on la lâche. Le bourrelet (« beignet ») entrainera des variations de la valeur de rétention du projectile et provoquera des surpressions. On peut l’éliminer en passant un alésoir de collet avant recalibrage partiel (collet). C’est inutile quand la base de l’ogive, en place, n’atteint pas l’arrière du collet (par ex.
- Recalibrage du collet : Le recalibrage se fera uniquement sur le collet. On doit utiliser un recalibreur de collet qui ne touche pas au corps de la douille, mais il vaut mieux utiliser le recalibreur intégral, on aura réglé la matrice pour qu’elle arrive en butée avec le shell holder mais quand la douille sera positionnée sur celui-ci, on intercalera une rondelle de 1.5 à 2 mm d’épaisseur sur le shell holder. En arrivant en butée contre la base de la matrice, cette rondelle empêchera le recalibrage du corps de douille, seul le collet aura été resserré excepté à proximité du début de l’épaulement.
- Dosage de la poudre : La charge de poudre appropriée est souvent pesée individuellement mais peut se faire avec une doseuse de précision. Celle-ci est considérée préférable par les tireurs de bench, des comparaisons mesurées ont confirmé la justesse de cette opinion.
- Positionnement des ogives : Le positionnement des ogives doit se faire avec un outil à manchon flottant pour un bon alignement. Il est impératif de mesurer la longueur totale de la cartouche qui doit rester inférieure aux normes CIP, ainsi que le diamètre au collet.
- Recalibrage du collet (avancé) : Le recalibrage avec les outils classiques ne permet pas de maitriser la résistance à l’arrachement des ogives. C’est pourquoi le meilleur procédé consiste à ne recalibrer que l’extérieur du collet à l’aide d’un recalibreur à bushing interchangeables. Le bushing est un manchon dont le diamètre intérieur varie par millièmes de pouce, soit 2.54 centième de mm. Pour le 6 mm PPC par exemple de .257″ à .266″ soit 10 manchons.
Facteurs Influant sur la Précision
Entrent aussi en ligne de compte la distance du contact de l’ogive aux rayures (qui, avec l’usure du cône de raccordement, variera au cours de la vie du canon), la valeur d’enfoncement de l’ogive, le poids de la balle déterminé par le pas de rayures, le niveau de remplissage de l’étui en poudre, le contrôle de la concentricité des collets par rapport au corps de la douille, le défaut de concentricité de la pointe de l’ogive par rapport au corps de douille, etc.
Quand l’axe du collet ne coïncide pas avec l’axe du corps de la douille, contrairement à ce que l’on pourrait supposer, aucun recalibrage ne remédiera à ce défaut. La douille est à rejeter quand le défaut est trop important. Sur une centaine d’étuis, un vingtaine seulement sera à retenir. Qu’il faudra sélectionner pour les tirs les plus ambitieux, les autres serviront à l’entrainement et permettront de beaux groupements, avec de ci de là, un écart de quelques millimètres qui ruinera le résultat, mais à l’entrainement, c’est acceptable.
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Exemple Concret : Rechargement du 9mm
Le rechargement de munitions 9mm représente une discipline technique exigeante qui combine passion balistique et économies substantielles. Cette pratique, encadrée par la législation française et nécessitant un apprentissage rigoureux, permet aux tireurs sportifs de créer des cartouches personnalisées tout en maîtrisant leurs coûts de tir.
Composants Recommandés pour le 9mm
- Poudre : Vectan A1 (économique), BA9 ou BA9½ (technique).
- Ogives : Sellier & Bellot 124 grains FMJ Round Nose (jaunes), LOS 123 grains ou Balleurope 125 grains tronconiques (plomb).
- Amorces : Small Pistol (CCI 500, Winchester Small Pistol, Sellier & Bellot Small Pistol).
Pour débuter avec la poudre A1, commencer par 0,26g et progresser par paliers de 0,01g jusqu’à 0,29g maximum. Les rechargeurs expérimentés recommandent de vérifier le poids de charge toutes les 10 cartouches pour maintenir la régularité.
Conseils de Sécurité
L’environnement de rechargement doit être calme, ventilé et interdit aux enfants. Il est formellement déconseillé de fumer, manger ou se laisser distraire pendant les opérations.
Chaque nouveau rechargement nécessite une procédure de validation rigoureuse. La fabrication de 40 cartouches test réparties en 8 charges différentes permet d’évaluer sécurité et précision. L’inspection systématique des étuis après tir révèle les signes de surpression : aplatissement d’amorces, marques d’éjection, difficultés d’extraction.
Conclusion
Le rechargement de munitions représente bien plus qu’une simple économie financière - c’est un art qui combine précision technique, passion balistique et recherche constante de performance. Avec un investissement initial modeste et en respectant scrupuleusement les règles de sécurité, vous produirez rapidement des munitions égalant ou surpassant les meilleures productions commerciales. Le rechargement est une discipline technique enrichissante qui développe la rigueur, la précision et la compréhension balistique.
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