La chasse au gibier d’eau, une tradition ancrée dans le patrimoine cynégétique français, attire chaque année des milliers de passionnés. Cette pratique, à la fois technique et respectueuse de l’environnement, requiert une connaissance approfondie des espèces, des habitats et des réglementations en vigueur. Que vous soyez un chasseur chevronné ou un novice curieux, plongez dans l’univers fascinant de la chasse au gibier d’eau, où patience, observation et maîtrise sont les maîtres-mots.
La chasse au gibier d’eau en France est soumise à une réglementation stricte, visant à préserver les populations d’oiseaux migrateurs et leurs habitats. Les périodes de chasse varient selon les espèces et les départements, reflétant la diversité des écosystèmes et des flux migratoires sur le territoire. En règle générale, la saison de chasse au gibier d’eau s’étend de la fin août à la fin janvier.
Cependant, certaines espèces bénéficient de périodes plus restreintes pour assurer leur protection. Par exemple, la chasse à l’oie cendrée est autorisée du 21 août au 31 janvier, tandis que celle du canard colvert s’étend du 15 août au 31 janvier dans la plupart des départements. Il est crucial pour tout chasseur de se tenir informé des arrêtés préfectoraux qui peuvent modifier ces dates en fonction des conditions locales. Ces ajustements visent à adapter la pression de chasse aux réalités écologiques de chaque territoire.
La réglementation de la chasse au gibier d’eau est un équilibre délicat entre tradition cynégétique et préservation de la biodiversité. Elle exige une vigilance constante et une adaptation aux évolutions des populations d’oiseaux. Les chasseurs doivent également être attentifs aux quotas de prélèvement, ou PMA (Prélèvement Maximum Autorisé), instaurés pour certaines espèces. Ces limites, fixées annuellement, contribuent à une gestion durable des populations de gibier d’eau.
La diversité des espèces de gibier d’eau chassables en France est remarquable, chacune ayant ses particularités et ses habitats de prédilection. Comprendre ces spécificités est essentiel pour une chasse efficace et respectueuse.
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Les canards de surface, comme leur nom l’indique, se nourrissent principalement à la surface de l’eau ou dans des eaux peu profondes.
Les canards plongeurs se distinguent par leur capacité à s’immerger complètement pour se nourrir.
Les oies, plus grandes que les canards, offrent un défi particulier aux chasseurs.
Les limicoles, oiseaux des rivages et des marais, incluent des espèces comme :
La chasse au gibier d’eau requiert des techniques spécifiques, adaptées aux comportements des oiseaux et aux particularités des milieux aquatiques. Maîtriser ces méthodes demande de l’expérience et une connaissance approfondie de l’environnement.
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La chasse à la passée se pratique au crépuscule et à l’aube, moments où les oiseaux se déplacent entre leurs zones de repos et d’alimentation. Cette technique exige patience et discrétion. Le chasseur se poste sur les couloirs de vol, souvent à proximité des plans d’eau, et attend le passage des oiseaux.
La chasse à la hutte, emblématique des régions du nord de la France, se pratique depuis des installations fixes ou flottantes. Ces abris, soigneusement camouflés, permettent aux chasseurs d’attendre le gibier dans un relatif confort, à proximité immédiate des zones humides. Les huttes sont équipées de miradors , ouvertures permettant d’observer et de tirer, et sont souvent entourées de blettes , petits plans d’eau où sont disposés les appelants. Cette technique nécessite une préparation minutieuse et une gestion attentive de l’environnement autour de la hutte.
La chasse à la botte consiste à progresser à pied dans les marais ou les prairies humides, à la recherche du gibier. Cette méthode active demande une bonne condition physique et une connaissance approfondie du terrain. Le chasseur doit être capable de se déplacer silencieusement et de réagir rapidement lorsqu’un oiseau s’envole. Cette technique est particulièrement adaptée à la chasse aux bécassines et aux autres limicoles, qui ont tendance à se tenir immobiles jusqu’au dernier moment. La réussite dépend souvent de la qualité du chien d’arrêt, qui aide à localiser et à lever le gibier.
Les appelants sont des outils essentiels dans la chasse au gibier d’eau. Ils servent à attirer les oiseaux sauvages en leur donnant l’illusion d’un site sûr et propice. L’utilisation des appelants est un art en soi, nécessitant une compréhension fine du comportement des oiseaux et des conditions météorologiques.
La disposition des appelants, leur nombre et leur type doivent être adaptés à l’espèce recherchée et aux conditions de chasse.
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Le choix des munitions pour la chasse au gibier d’eau a connu une évolution significative ces dernières années, avec l’interdiction progressive des cartouches au plomb dans les zones humides. Cette mesure vise à prévenir le saturnisme aviaire, une intoxication mortelle des oiseaux qui ingèrent accidentellement des plombs de chasse. Les cartouches à billes d’acier sont désormais la principale alternative. Bien que légèrement moins efficaces à longue distance, elles offrent des performances satisfaisantes et sont moins nocives pour l’environnement.
D’autres alternatives comme le bismuth ou le tungstène existent également, offrant des caractéristiques balistiques proches du plomb, mais à un coût plus élevé. Le passage aux munitions sans plomb représente un défi d’adaptation pour les chasseurs, mais il est essentiel pour la préservation des écosystèmes aquatiques et la santé de la faune sauvage.
La chasse au gibier d’eau nécessite un équipement spécifique, adapté aux conditions particulières des milieux humides et aux exigences de cette pratique. Un chasseur bien équipé augmente non seulement ses chances de succès, mais assure également son confort et sa sécurité dans des environnements souvent difficiles.
La chasse au gibier d’eau s’inscrit dans une démarche plus large de gestion durable des espèces et de conservation des habitats. Les comptages hivernaux sont essentiels pour évaluer l’état des populations de gibier d’eau. Chaque année, des bénévoles, souvent des chasseurs, participent à ces opérations coordonnées au niveau national et international.
Les PMA sont un outil de gestion crucial pour assurer la durabilité des populations de gibier d’eau. Fixés annuellement, ils limitent le nombre d’oiseaux qu’un chasseur peut prélever par jour ou par saison.
La préservation et la restauration des zones humides sont cruciales pour le maintien des populations de gibier d’eau. Le saturnisme aviaire, causé par l’ingestion de plombs de chasse, est un problème majeur pour la conservation des oiseaux d’eau.
La chasse au gibier d’eau, comme toute forme de chasse, doit s’exercer dans le respect de l’éthique et des règles de sécurité. Le respect de l’animal chassé est une valeur fondamentale. La chasse en milieu aquatique présente des risques spécifiques.
Situé à l’extrémité de la vallée de la Haine, le complexe humide Condé-sur-l’Escaut - Harchies est scindé par une frontière entre deux pays où les pratiques cynégétiques sont régies par des réglementations différentes.
Les marais d’Harchies sous leur forme actuelle, sont seulement apparus dans la première moitié du 20e siècle. Ces dernières, d’une surface d’environ 340 ha, sont principalement composées de l’étang Chabaud-Latour, de l’ancien site minier connexe dit « Fosse Ledoux » et du marais de la Canarderie. Celui-ci abrite de nombreuses mares et huttes de chasse.
En 2016, dans le but de dénombrer les jeunes de Spatules blanches Platalea leucorodia à l’envol, un point d’observation entre le site de nidifica- tion situé à Hensies et les lieux de gagnage (lieu d’alimentation) en France fut recherché. L’observation des vols crépusculaires des anati- dés permet de mesurer l’alternance de l’occupa- tion de l’espace entre les lieux de rassemblement utilisés par ces oiseaux d’eau le jour (remises) et le gagnage la nuit.
Au début de la saison de la chasse, les canards et tout particulièrement les halbrans (jeunes canards sauvages) n’ont pas encore acquis le réflexe de fuite leur permettant d’éviter les zones de tir vers des sites de gagnage libres d’activités cynégétiques. Par ce fait, ces oiseaux sont extrêmement vulnérables et, comme l’ont montré nos observations, un grand nombre d’entre eux se feront tirer une fois posés sur les mares de chasse.
Le 21 août 2016 vers 21h, entre les premiers canards de la passée du soir et les derniers visibles dans l’obscurité, 750 individus sont observés dans le sens Harchies - Condé. Bien que paniqués, mais trop habitués à trouver de la nourriture, ceux-ci ne fuyaient pas mais volaient d’une mare de chasse à l’autre tentant coûte que coûte de s’y poser.
En 2017, deux observateurs présents dans l’observatoire de l’étang Van Damme, le plus proche de la frontière française, notèrent que des 43 canards ayant quitté cet étang, aucun n’avait survécu une fois la frontière passée et que 130 coups de feu avaient retenti au-dessus de l’étang Poujet (P. Desablens, V. Swinnen, obs.
Pour fixer et renforcer une population locale d’anatidés aux fins d’augmenter le tableau de chasse, le chasseur à la sauvagine (celle dédiée aux oiseaux d’eau sauvages) recourt à diverses pratiques. La plus efficace est celle de l’agrainage qui consiste en un apport de nourriture, exclusivement de céréales (maïs, lentille cultivée, avoine, blé…). Dès qu’un canard sauvage a trouvé un étang où cette ressource alimentaire est présente en quantité et facile à atteindre, il y retournera tous les soirs.
Compléments indispensables pour attirer les canards sauvages, des appelants issus de captivité ou des formes plastique sont disposés sur les plans d’eau (Photos 9 et 10). Les appelants vivants sont majoritairement des femelles de Colvert sélectionnées sur base de critères de vocalisation bien précis.
Lorsque les besoins en prélèvements dépassent ce que la nature peut offrir, les sauvaginiers peuvent renforcer l’effectif local par des lâchers massifs d’anatidés, principalement de Canards colverts. Dans les cas les plus courants, des individus âgés de moins 10 semaines sont relâchés sur place un à deux mois avant l’ouverture.
Sur certaines chasses dites « commerciales », des lâchers peuvent même avoir lieu quelques jours avant la chasse, voire le jour même. En Europe, plus de trois millions de Colverts sont lâchés chaque année à des fins cynégé- tiques (Champagnon et al, 2013). Il est estimé qu’en France, plus grand contributeur européen, environ 1.500.000 Colverts d’élevage sont relâchés annuellement (Champagnon et al, 2013).
La chasse au gibier d'eau est une pratique complexe qui nécessite une formation continue.
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