Les chants et la musique n’ont cessé de rythmer la vie quotidienne des soldats engagés pendant la Première Guerre mondiale. Ils chantent et composent de nombreuses chansons au front comme à l’arrière. C’est un moyen de se divertir mais également de se donner du courage. Ces chansons sont le miroir de leur histoire, de leur quotidien.
Voici un ouvrage dont les qualités tiennent autant aux textes proposés qu’à l’iconographie. Cette dernière montre, sinon la totalité des soldats des pays belligérants, du moins ceux d’un très grand nombre. Sont présents Français d’alors (Indochinois en particulier), Anglais (de la métropole ou des colonies comme ceux de l’armée des Indes), Allemands, Italiens, Russes, Serbes…La musique pratiquée par les civils avant et après la Première Guerre mondiale n'est pas absente dans les clichés proposés.
La première partie s’intitule "Musiques avant la tempête" il s’agit de montrer l’importance qu’avait la musique populaire dans la France de la Belle Époque (dans un pays essentiellement rural) chez les civils et chez les militaires.
Le second chapitre a pour nom "La dissonance est déclarée", on y apprend que si on chantait dans la zone des armées et dans les tranchées par contre on ne chantait pas en montant aux tranchées (page 62), les appelés issus du Massif central composèrent "La bourrée d’Auvergne aux armées" (texte page 108). La venue d’artistes aux armées comme Théodore Botrel (surnommé "Botrel-le-Crétin" par Barbusse dans une de ses lettres à son épouse) n’est pas toujours appréciée car ils sont perçus comme appartenant à l’univers des embusqués.
D’ailleurs l’adaptation illustrée d’une des chansons interprétée assez souvent par le barde breton "Prend ton fusil Grégoire" (paroles et musique de Paul Féval, création en 1853 avec évocation du général vendéen Charette) est présentée illustrée page 129 au chapitre trois ; il est dommage que ce commentaire nous soit dû, alors qu’on l’attendait de l’auteur.
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Cette troisième partie est celle où sont présentés intégralement les textes d’une bonne trentaine de chansons composés par d’authentiques poilus, dont celle devenue pour l’histoire "La chanson de Craonne". une autre sur un thème proche composé par un soldat du 69e RI lorrain (pages 170 et 172). Nul doute que beaucoup d’entre elles gagneraient à figurer dans un ouvrage consacré à la Grande Guerre dans une région précise.
La quatrième partie évoque les chansonniers venus donnés un spectacle aux armées et la chanson patriotique interprétée à l’arrière.
Le dernier chapitre pointe les évolutions musicales dues à la Grande Guerre avec entre autre l’arrivée en Europe du jazz et le développement du bal musette.
Cette chanson a été composée par Théodore Botrel (1868-1925), auteur, compositeur et interprète français né à Dinan. Il est mobilisé comme artiste aux armées et compose de nombreux chants patriotiques pendant toute la durée du conflit. "Rosalie", probablement composée en 1914, est extraite des "Chants du bivouac" qui regroupe des refrains de guerre. C’est aussi le surnom donné à la baïonnette du fusil Lebel des soldats français. Elle est personnifiée dans cette chanson.
" 14- 18, la victoire en chantant " paru aux éditions Imago se centrent sur les divers chants créés ou rendus populaires chez les poilus, il constitue le complément idéal à cet ouvrage.
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Les Archives départementales en conservent plusieurs.
Bertrand Dicale écrit sur les musiques populaires et notamment la chanson française. À l’occasion du centenaire de la guerre de 14-18, Bertrand Dicale a présenté pendant tout l’été 2014 sur France Info et France Bleu près de 90 chroniques sur les chansons de la Grande Guerre. « La Française, Chant héroïque de la Grande Guerre » de Camille Saint-Saëns, « Ohé! Monsieur Forain ! » que signe Aristide Bruand, « Rosalie » de Théodore Botrel, « La Madelon de la Victoire » de Maurice Chevalier… Tour à tour patriotiques, dramatiques ou satiriques, ces chansons racontent avec des mots simples la vie et les tourments quotidiens des poilus, de leurs femmes et de leurs enfants plongés dans le tourbillon d’une guerre meurtrière alors que, malgré tout, il faut vivre.
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