La guerre de 1870 fut courte, l’armée impériale de Napoléon III essuyant des défaites. Paris reste encerclé par les troupes prussiennes et un gouvernement provisoire est formé, avec Léon Gambetta comme ministre de la Guerre. Plusieurs Bretons sont présents dans ce gouvernement.
Émile de Kératry, député du Finistère, propose et obtient de Gambetta un décret l'autorisant à former une Armée de Bretagne autonome, destinée à secourir Paris. En décidant la création de cette armée autonome, Gambetta était sûrement de bonne foi, mais devant le succès de Keratry, il prit peur et conçut un projet abominable : profiter de ce que ces 80.000 hommes étaient concentrés dans un camp pour s'en débarrasser.
Ils finissent par recevoir des armes hors d'usage, des cartouches mal calibrées. Gambetta donna l'ordre de se porter avec 12.000 hommes à la rencontre des Prussiens à Saint-Calais. C'était envoyer les 12.000 Bretons à la mort...
Les baraquements ne sont pas construits à l’arrivée des mobilisés et des tentes sont établies en urgence. Les mauvaises conditions climatiques n'arrangent rien, des pluies torrentielles inondent le camp. Mal vêtus et sans aucun approvisionnement, ils furent bientôt la proie de maladies. Gambetta les considérant comme des Chouans potentiels, n'équipa qu'une infime fraction des troupes avec des vieux fusils à percussion de types divers, parfois rouillés, dont les plus modernes étaient des Springfield de la guerre de Sécession.
Gambetta décida de mettre fin à l'indépendance de l'armée de Bretagne et de placer Kératry sous les ordres du général Jaurès. " J'ai trouvé 46.000 hommes désarmés, mal vêtus, non chaussés, sans campement (les baraquements promis n'ont jamais été montés et la troupe pour plus de 90 % couche sous des tentes, ils ont comme matelas de la vieille paille) et sans solde, paralysés dans un marais où toute leur énergie consiste à se tenir debout et à se tenir secs... Il décide alors, malgré l'administration et Gambetta, d'évacuer les soldats bretons du camp vers les départements bretons.
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Les mobilisés d'Ille-et-Vilaine s'en vont au "casse-pipe" avec la 2e armée de la Loire, avec un armement totalement dérisoire face à des forces prussiennes en nombre très supérieur. Les quelques généraux comme Gougeard, Chanzy par la suite et Marivault, ne furent pas dupes de l'imbécillité des ordres donnés par le gouvernement, et reconnurent la vaillance des mobilisés bretons et le calvaire qui fut le leur pendant à peine...
De plus, après la démission de Kératry, une décision ministérielle, priva l'armée de Bretagne de tout crédit. Les caisses étaient vides, les subsides coupées, la solde plus payée, les fournisseurs plus réglés, l'armée de Bretagne vivait sur ses propres réserves. Malgré tout et contre toute évidence des soldats arrivèrent jusqu'au 10 janvier 1871... La veille de la bataille, Gambetta, les considérant comme des Chouans potentiels, fournit aux 19.000 hommes restant des fusils Springfield rouillés et des cartouches avariées.
13 janvier 1871 : le camp fut définitivement abandonné. 14 janvier 1871 : Le camp de Conlie est atteint par les Prussiens. Un détachement commandé par le colonel de Lehman du 10e corps d'armée de la 2e armée allemande trouva le camp évacué, ils capturèrent 8.000 fusils, 5 millions de cartouches, un canon et des affûts.
Près de 60.000 Bretons des cinq départements furent ainsi rassemblés dans le camp de Conlie. 1873 : "Croix des Bretons" édifiée dans le cimetière de Conlie. " 1871 D'Ar Vretoned trubardet e Kerfank Conlie. (" Aux Bretons trahis au village de boue de Conlie.
Juillet 1870, la France mobilise. Le 17 juillet le Corps Législatif décide la convocation de la Garde NationaleMobile. C'est une organisation de création récente (1868), elle est chargée de suppléer l'armée d'active en cas de conflit et doit lui servir de réserve instruite. Elle est impopulaire auprès de la population qui voit là une extension inutile du service armé.
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Dès le début du conflit, les Prussiens et leurs alliés pénètrent sur le territoire national. Très vite ils prennent l'avantage, l'armée française est balayée en Alsace et en Lorraine, plusieurs places fortes sont assiégées et c'est bientôt le tour de Paris. Le gouvernement se retire à Tours, Gambetta s'échappe en ballon et le rejoint.
Le 4 septembre la république a été proclamée. A partir du 14 octobre, on appelle sous les drapeaux les célibataires et veufs sans enfants de vingt à quarante ans, qu'on incorpore dans la Garde Nationalemobilisée. Ce sont des unités indépendantes de 60 à 200 hommes qui s'équipent et s'arment comme ils peuvent (souvent à leurs frais).
Plusieurs armées se forment en province et tentent des contre-offensives. Au sud de la Loire, les troupes de Chanzy se heurtent aux Bavarois et aux Prussiens et reprennent Orléans. Chanzy va former une deuxième armée de la Loire avec des mobilisés bretons réunis au camp de Conlie dans la Sarthe. Il tente une seconde offensive en janvier 1871, mais ses troupes sont mal équipées, chaussées de sabots, mal armées et leur entraînement est très aléatoire.
Un armistice intervient le 28 janvier 1871et le traité de paix est signé le 10 mai 1871 à Francfort. Pourtant l'armement n'aurait pas du manquer aux troupes du général Chanzy, mais elles ont seulement reçu des Springfield à percussion débarqués de l'Érié, "les derniers venus et les pires" dit un chroniqueur de l'époque, ainsi que quelques armes à tir rapide.
Le Gouvernement de la Défense Nationale avait pris des dispositions pour acquérir des armes à l'étranger, ces fournitures étaient financées par un emprunt contracté auprès de la maison Morgan de Londres.
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Plusieurs navires assurent le transport des précieux chargements vers les grands ports de la Manche et de l'Atlantique et c'est à partir de ce moment là que les choses vont se gâter. On met parfois plusieurs jours à décharger la marchandise, les armes sont dans la plupart des cas dispersées par petits groupes, envoyées à des unités de mobiles de tous les coins de France mais loin des théâtres d'opérations, restent stockées dans les arsenaux ou placées dans des wagons de chemin de fer qui n'arrivent jamais à destination.
La commission d'enquête parlementaire qui examine les événements a fait une laborieuse recherche sur les armes en provenance d'Amérique, examinant chaque cargaison et chacune des expéditions qui a été faite. Ses conclusions sont consignées dans un rapport rédigé par M. Boreau-Lajanadie.
Le navire La Fayette effectue un premier voyage qui l'amène à rentrer à Brest le 1° octobre 1870, sa cargaison est réceptionnée par l'Artillerie le 4, elle comprend 11 300 fusilsRemington du modèle égyptien et 1 350 carabines de même marque mais dont le modèle n'est pas précisé.
Le premier voyage du Ville-de-Paris, l'amène à débarquer à Brest le 17 octobre 1870. Il a à son bord 2 380 fusils Remington égyptiens, 2 000 Remington espagnols, 520 fusils Springfield transformés Remington, 3 760 fusils Spencer et 2 700 fusils Sharps.
Ce navire ramène également 1 720 carabines Remington, 6 680 carabines Spencer et 717 carabines Sharps, qui furent dispersées. Le Fairey-Quenn venant de Londres, arrive au Havre le 18 octobre, sa cargaison est réceptionnée le 1er novembre. Elle comprend 300 fusils Remington qui restent sur place pendant deux mois et n'en sortent que pour entrer le 30 janvier - soit deux jours après l'armistice - à l'arsenal de Bordeaux.
Le Saint-Laurent fait son entrée dans le port de Brest le 31 octobre et sa cargaison est réceptionnée deux jours plus tard. Il transporte11 500 fusils Remington de modèles divers, 130 fusils Spencer et 19 161 carabines.
Le Pereire arrive au Havre le 9 novembre avec 3 204 fusils et 13 316 carabines. Les fusils sont des Remington d'un type non précisé et des Spencer.
Les 5 967 carabines Spencer que transportaient aussi ce navire ont été séparées en deux lots : l'un comprenant 2 980 armes fut expédié directement du Havre à la Conlie le 21 novembre, l'autre de 2 987 carabines fut expédié à Tours le 25 novembre, mais n'arriva jamais à destination.
Restaient 6 469 carabines Remington dont il existait trois modèles : 280 Remington Geiger dites ancien modèle (Split Breech), 100 carabines égyptiennes et 6 089 du modèle ordinaire (sans doute en .50 Spencer).
| Navire | Date d'Arrivée | Type d'Arme | Quantité | Destination |
|---|---|---|---|---|
| La Fayette | 1er octobre 1870 | Fusils Remington (Égyptien) | 11 300 | Divers corps francs et Mobiles |
| La Fayette | 1er octobre 1870 | Carabines Remington | 1 350 | Divers corps francs |
| Ville-de-Paris | 17 octobre 1870 | Fusils Remington (Égyptien) | 2 380 | Corps francs |
| Ville-de-Paris | 17 octobre 1870 | Fusils Remington (Espagnol) | 2 000 | Armée de Bretagne |
| Ville-de-Paris | 17 octobre 1870 | Fusils Springfield transformés Remington | 520 | Arsenal de Tours |
| Ville-de-Paris | 17 octobre 1870 | Fusils Spencer | 3 760 | Armée des Vosges, Mobilisés |
| Ville-de-Paris | 17 octobre 1870 | Fusils Sharps | 2 700 | Clermont-Ferrand, Corps francs |
| Ville-de-Paris | 17 octobre 1870 | Carabines Remington | 1 720 | Francs-tireurs |
| Ville-de-Paris | 17 octobre 1870 | Carabines Spencer | 6 680 | Camp de Conlie, Corps francs |
| Ville-de-Paris | 17 octobre 1870 | Carabines Sharps | 717 | Corps francs |
| Fairey-Quenn | 18 octobre 1870 | Fusils Remington | 300 | Arsenal de Bordeaux |
| Saint-Laurent | 31 octobre 1870 | Fusils Remington (Divers modèles) | 11 500 | Corps francs, Préfet du Rhône |
| Saint-Laurent | 31 octobre 1870 | Fusils Spencer | 130 | Armée des Vosges |
| Saint-Laurent | 31 octobre 1870 | Carabines Remington | 8 487 | Unités non identifiées, Arsenaux |
| Saint-Laurent | 31 octobre 1870 | Carabines Spencer | 2 724 | Mobilisés Bretons |
| Saint-Laurent | 31 octobre 1870 | Carabines Joslyn | 2 960 | Mobilisés Bretons |
| Pereire | 9 novembre 1870 | Fusils Remington, Spencer | 3 204 | Bordeaux, Commission d'Armement |
| Pereire | 9 novembre 1870 | Carabines Spencer | 5 967 | Camp de Conlie, Tours |
| Pereire | 9 novembre 1870 | Carabines Remington | 6 469 | Mobilisés des Landes, Francs-tireurs |
Ces données illustrent la complexité de l'acquisition et de la distribution des armes pendant cette période tumultueuse de l'histoire de France.
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