Les munitions non explosées (UXO), ou "ratés" dans le jargon pyrotechnique, représentent un défi majeur, particulièrement en Europe, des décennies après la fin de la Seconde Guerre mondiale. Bien que ces ratés aient évité des pertes humaines et des destructions supplémentaires pendant les conflits, ils continuent de menacer les populations civiles, les démineurs et l'environnement.
On estime que 15% des munitions tirées, mouillées ou larguées pendant la Deuxième Guerre mondiale n’ont pas explosé. Leur découverte et leur neutralisation s’étireront sur plusieurs siècles. Dans l’attente, elles constituent un risque majeur pour l’environnement et pour la sécurité publique. En Allemagne, les experts en déminage sont réalistes et considèrent que “jamais ne viendra le temps de la dernière bombe”.
Les masses explosives et incendiaires utilisées par les belligérants de la dernière Guerre mondiale étaient la penthrite, la thermite, le magnésium, le phosphore, le pétrole, le TNT, le naphtalène, les huiles inflammables, le RDX (Royal Demolition eXplosive) connu sous le nom évocateur de cyclonite.
Les inondations, les coulées de boue, l’érosion des falaises, les vagues de submersion vont remettre en mouvement l’armée des obus oubliés. Les cours d’eau en mal d’eau vont de plus en plus remettre au jour les déchets de guerre lessivés.
Mise à jour du 5 sept. 2024 : De l’utilité des sangliers : ils ont mis au jour à Burcy à une cinquantaine de kilomètres au sud de Caen, dans l’allée menant au château du Coisel, un stock de 500 obus fumigènes éclairants, toxiques et explosifs abandonné par les troupes alliées après la reconquête de la Normandie en 1944. La mise en sécurité a été accomplie le 20 août par les démineurs venus de la région de Caen.
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A terre, les dynamiteries, les usines d’armement et les usines Seveso mettant en œuvre des matières susceptibles de destruction massive sont hyperprotégées par tous les moyens disponibles y compris la rétention abusive d’information pour s’opposer aux risques de malveillance et de terrorisme. La porte est fermée.
En mer, la porte est souvent ouverte et les épaves ne font pas toutes l’objet d’un arrêté interdisant la plongée sous-marine et l’exploration. Lorsqu’ils existent, les distances de sécurité entre les plongeurs sous-marins et l’épave sont très variables voire inexistantes. Partout dans le monde, ces fameux hotspots de plongée sous-marine participent à l’attraction touristique au mépris de la sécurité publique.
Au moins 2 épaves contenant des munitions font même l’objet de fiches du Département des Recherches Archéologiques Subaquatiques et Sous-marines (DRASSM) et de la région Normandie facilitant leur exploration :
D'autres exemples d'épaves contenant des munitions incluent :
Des opérations de dépollution pyrotechnique sont régulièrement menées, volontairement ou involontairement. En 1999, le pétardage d’une mine sous-marine dans les mêmes parages avait déclenché une forte secousse sismique atteignant 4,4 degrés sur l’échelle de Richter. En juin 2021, une nouvelle mission des plongeurs-démineurs du Vulcain sur zone a conduit au pétardage de 24 bombes.
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Le pétardage creuse un cratère sous-marin, met en suspension un mélange turbide de sédiments et de résidus d’explosion et disperse des macrodéchets métalliques. Les trous de bombes dans les fonds marins dévastent la biodiversité. Les organismes benthiques fixés et les crustacés sont sacrifiés.
La Convention OSPAR sur la protection de l’Atlantique du Nord-Est, à laquelle Robin des Bois est observateur, rapporte dans son document de synthèse sur les munitions immergées (cf. p. 22) que des marsouins ont été tués dans un rayon de 4 km autour des bombes pétardées et ont subi une détérioration permanente de l’ouïe dans un rayon de 30 km.
En France, l’instruction permanente de septembre 2010 relative à la “Sécurité des chantiers de pétardement [ou pétardage] sous-marin” prévoit que “des dispositions spécifiques doivent être cherchées afin de réduire l’impact d’une explosion sur l’environnement, notamment la faune et la flore“. Le document conjoint du ministère de la Défense et de l’Agence des aires marines protégées publié en janvier 2014 mentionne les pressions physiques que les ondes de choc de l’explosion font subir à “tout animal marin”. Elles peuvent aller jusqu’à provoquer une mortalité immédiate ou différée ou une altération du comportement.
Pour diminuer la mortalité et le saccage dans les fonds marins, la Marine nationale effectue dans certains cas des pétardages “sous fût” : les bombes, obus ou mines à détruire sont reliés à un flotteur en surface et la déflagration a lieu dans la colonne d’eau. Pour réduire la mortalité des poissons et des mammifères marins, le GPD peut aussi procéder à un effarouchement acoustique graduel qui est supposé les faire fuir.
Face à ces défis, plusieurs technologies et innovations sont développées pour améliorer la détection, la neutralisation et le transport sécurisé des munitions non explosées. Parmi celles-ci, on trouve :
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Pendant longtemps, l’US Navy, via l’Office of naval research [ONR], a été à la pointe des recherches visant à développer un canon électromagnétique [ou Electromagnetic Railgun - EMRG], censé « révolutionner » l’artillerie navale en raison des avantages qu’il est susceptible d’offrir. Seulement, faute de crédits budgétaires suffisants pour le mener à bien, il tourne désormais au ralenti, la priorité ayant été donnée à la mise au point de missiles hypersoniques.
Cependant, d’autres pays s’intéressent à cette technologie. Ainsi, la Chine a suggéré qu’elle avait testé un canon électromagnétique depuis le navire d’assaut amphibie Haiyang Shan… Ce qu’aucun élément n’est venu corroborer à ce jour. Le Japon s’est aussi lancé dans le développement d’une telle arme. Non sans succès d’ailleurs étant donné que, en octobre 2023, l’agence du ministère japonais de la Défense pour la technologie, les acquisitions et la logistique [ATLA] a réalisé un premier tir avec un EMRG depuis un navire.
D’une puissance d’au moins 5 mégajoules, ce canon aurait été en mesure d’expédier des projectiles de 40 mm à la vitesse de 2230 m/s [soit Mach 6,5]. D’ailleurs, le Japon a récemment scellé un partenariat avec la France et l’Allemagne dans ce domaine avec la signature d’un accord de type TOR [termes de références] censé ouvrir « la voie à une coopération » sur la technologie des armes électromagnétiques entre l’ATLA et l’Institut franco-allemand de recherches de Saint-Louis [ISL].
Et cela alors que celui-ci a mis au point un « lanceur électromagnétique » appelé PEGAGUS ainsi que le canon « RAFIRA », capable de tirer des salves avec des projectiles de 25 mm, avec des accélérations de plus de 100 000 G. Cette expertise a d’ailleurs amené la Commission européenne à désigner l’ISL pour coordonner le projet PILUM [Projectiles for Increased Long-range effects Using ElectroMagnetic railgun], lequel visait à démontrer la possibilité de « lancer des projectiles hyper-véloces avec précision sur une distance de plusieurs centaines de kilomètres ».
Ayant tenu ses promesses, il a depuis donné lieu au programme THEMA [TecHnology for Electro-Magnetic Artillery], lancé en juin 2023 avec une enveloppe de 15 millions d’euros, financée par le Fonds européen de défense [FED].
Cela étant, à la même époque, et sans donner beaucoup de détails, la Direction générale de l’armement [DGA] a dévoilé un projet qui, mené sous l’égide de l’ISL, devait aboutir à un canon électromagnétique destiné à la Marine nationale.
En effet, l’Agence de l’innovation de défense a annoncé qu’elle y présenterait le « projet de canon électromagnétique RAILGUN », porté par l’ISL. « Face aux menaces hyper-véloces ou de saturation, l’Europe a besoin d’une artillerie plus performante à faible coût. RAILGUN est un canon électromagnétique innovant installé sur la proue d’un bâtiment. Cette technologie de rupture représente plusieurs atouts », dont une « portée de tir fortement étendue [plus de 200 km], une « défense anti-aérienne améliorée par la réduction du temps de vol », une « létalité augmentée par la forte vitesse d’impact » et une « capacité d’emport de munitions accrue due à l’absence de charges propulsives », explique l’AID.
Pour faire fonctionner un canon électromagnétique, il faut faire circuler un courant électrique de forte intensité entre deux rails conducteurs afin de créer un champ magnétique. Puis, grâce à la force de Laplace, le projectile - également conducteur - subit une forte accélération avant d’être éjecté du tube à une vitesse très élevée.
Évidemment, cela suppose de relever plusieurs défis dans différents domaines, à commencer par celui des matériaux, ceux-ci étant soumis à des contraintes mécaniques très importantes. Il faut également trouver une source d’énergie suffisante pouvant être « libérée » de façon quasi instantanée et être en mesure de guider les projectiles, surtout quand ceux-ci sont hypervéloces.
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