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L'univers de l'horlogerie est vaste et complexe, rempli de marques, de mouvements et d'histoires fascinantes. Cet article explore l'histoire des montres calibre Paul Peugeot, tout en offrant un aperçu plus large de l'industrie horlogère, notamment française.

Les Mouvements Horlogers : Le Cœur de la Montre

Sous le capot d’une montre, il y a toujours un « moteur ». Mais lequel ? Hormis quelques maisons qui les manufacturent, la plupart des marques se les procurent chez les mêmes motoristes… sans toujours afficher une grande transparence.

Jadis, les froides vallées de la Suisse romande et du Jura abritaient un monde horloger aux contours relativement simples. Créé en 1929 par Jaeger-LeCoultre, « l’horloger des horlogers », le calibre JLC 101 est toujours le plus mini du monde.

Ces mouvements (ou calibres de montres) pouvaient être livrés à l’état d’ébauches, c’est-à-dire en kit, mais aussi partiellement ou totalement assemblés et décorés. Depuis, cet ETA dans l’État horloger a fabriqué des dizaines de millions de calibres de montres fignolés et réglés suivant quatre niveaux d’exigence.

Par conséquent, une marque de luxe, ou qui se veut horlogère, a tout intérêt à se prévaloir de mouvements « manufacture », créés et assemblés en interne. Si l’on prend l’exemple de l’automobile, savoir qu’un moteur diesel Peugeot-Citroën équipe certaines Jaguar, ça ternit quelque peu le rêve. À moins que le moteur ne soit aussi de la bombe, comme dans l’iconique Rolex Daytona. Puis la marque à la couronne s’est fournie chez Zenith - en modifiant quelque peu son légendaire calibre El Primero.

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En effet, les motoristes, ainsi qu’on appelle les fabricants de calibres de montres, proposent de tels niveaux de personnalisation à leurs clients (de la maison ultraconnue à la petite marque horlogère lancée par des copains sur Kickstarter) que ces derniers peuvent être tentés de rebaptiser les calibres… et d’entretenir l’ambiguïté sur ce qui est « in house » ou non, manufacture ou seulement « emboîtage » - quand un horloger se contente d’installer un mouvement joliment décoré dans une boîte siglée.

Cela se complique encore lorsqu’on sait que le Swatch Group, propriétaire d’ETA, a peu à peu fermé le robinet des calibres vendus aux marques tierces, préférant les réserver à ses maisons de montres comme Tissot, Hamilton ou Longines… D’où l’essor soudain d’autres motoristes, tenus de grandir à toute vitesse pour fournir les horlogers privés d’ETA.

Mais voilà : comme ces bons vieux « tracteurs » (le surnom affectueux donné à quelques calibres ETA) attestent de décennies de fiabilité et que, de surcroît, leurs brevets sont tombés dans le domaine public, autant les copier ! Puisqu’il est quasi entièrement réservé au Swatch Group, tous les motoristes vendent désormais des clones du 2824-2, affichés comme tels et aussi performants : ainsi des Suisses de Sellita et leur SW-200. Le calibre M100 de Serica.

Malgré tout, certaines maisons continuent de créer des mouvements authentiquement manufacture. Pièces détachées du Seiko 9S85 Hi-Beat 36000. Au Japon, citons Seiko et Citizen, et en Allemagne, A. Lange & Söhne ou, sur un versant plus abordable, la jeune marque Nomos Glashütte.

L'Horlogerie Française : Un Aperçu

L’horlogerie française est éclipsée par le grand concurrent - et voisin - suisse, à tel point que nombre de fabricants n’hésitent pas à faire réaliser certaines opérations de l’autre côté de la frontière, pour bénéficier du fameux Swiss Made. D’autres, notamment les grands noms du luxe comme Cartier (groupe suisse Richemont), Louis Vuitton (LVMH), Chaumet (LVMH), Dior (LVMH) ou Chanel ont même leur propre site de production en Suisse.

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Hermès est encore allé un peu plus loin en achetant 25 % de Vaucher Manufacture Fleurier, célèbre fabricant de mouvements suisses…Probablement pour pouvoir, à terme, utiliser ses propres « mécaniques ». Quant à Bréguet, qui appartient au groupe Swatch depuis 1999, elle a été créée à Paris, par A. L. Bréguet, en 1775.

Egalement française, la maison L.Leroy est née en 1751. Fournisseur officiel de la marine française, L.Leroy a également été un fabricant réputé de chronomètres, avant l’ère de l’électronique. La manufacture a malheureusement franchi la montagne pour glisser, elle aussi, du Jura français vers le Jura suisse.

Pour tous ces fabricants, pas de délocalisation bas de gamme pour faire des économies de main-d’œuvre, mais la recherche d’un savoir-faire réputé. L’horlogerie française est donc bien vivante, mais ce sont les Suisses qui en tirent le plus gros bénéfice, les retombées positives en France, notamment en termes d’emplois, étant malheureusement nulles.

Si l’aura de ces grands noms ne vous émeut pas plus que ça et que vos moyens vous obligent à plus de modestie - ce qui, si l’on considère les tarifs pratiqués, est probable -, quelques horlogers français sont restés de « notre » côté de la montagne. Mais là aussi, il est quasi impossible d’éviter l’accent suisse, plus ou moins prononcé, du discret tic-tac de leurs montres.

Quelques marques horlogères françaises :

  • Sye Montres homme haut de gamme et sportives, assemblées en Franc, dans le Jura.
  • BRM Chronographes Montres de luxe, à la personnalité sportive marquée, fabriquées intégralement en France, en Ile-de-France.
  • Lip Montres pour homme et femmes à nouveau fabriquées en France
  • Michel Herbelin Montres moyen et haut de gamme pour homme et femme assemblée dans le Jura.
  • Pierre Lannier Montres grand-public assemblées en partie en France (sites de production en Alsace, mais aussi à Madagascar).
  • Yema Ancienne marque qui fabrique à nouveau en France ses montres pour homme.

L'histoire d'une fabrique d'horlogerie

Une fabrique d'horlogerie (cadastrée E 176) est bâtie vers 1925 au lieu-dit Au Berzon par Joseph Rondot et son beau-frère Paul Mauvais (1865-1947). Tous deux étaient auparavant associés avec Louis Mauvais (1864-1934), le frère de Paul, dans la société Mauvais Frères et Rondot, qui avait fait construire en 1901 une vaste usine d'assortiments (échappements) à cylindre au long de la rue Sainte-Anne (actuellement 1 rue Guynemer).

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La société dissoute le 1er juillet 1925, Louis conserve l'établissement et ses anciens associés ouvrent les leurs rue de la Gare : ensemble au n° 4 (qu'ils exploitent une dizaine d'années) et Joseph seul au n° 8 (site passant après son décès en 1932 à son fils Norbert tandis que sa femme réactive l'atelier d'horlogerie qu'il avait créé dans sa ferme du 8 rue des Combes).

La fabrique d'assortiments à cylindre Mauvais et Rondot occupe 37 ouvriers en 1926 et 28 en 1930. Paul s'associe au milieu des années 1930 avec son fils aîné Robert (né en 1900) dans la société Paul Mauvais et Fils, qui construit une petite usine au 27 rue du Mont-Miroir. Il cède alors celle de la rue de la Gare à la Société de Secours mutuel de Terre-Blanche, d'Hérimoncourt, dépendant de la société Peugeot, qui la transforme en colonie de vacances.

Le bâtiment est acheté en 1939 par la société Cheval Frères, issue d'une famille de paysans horlogers installée aux Fontenelles dès 1848 et fabriquant des écorces de cylindre (l'écorce est la paroi du cylindre, l'une des pièces de l'échappement du même nom), puis des roues et finalement des assortiments (échappements). Marc Cheval (1864-1927) est rejoint après la première guerre mondiale par ses deux fils Hubert (1900-1969) et Gabriel (1902-1957) qui développent leur affaire, aménageant un atelier aux Fontenelles et en ouvrant un autre (d'assortiment à cylindre) vers 1926 à Maîche (au 19 rue du Mont Miroir), pour se rapprocher de la main d'oeuvre.

Après le décès de Marc, Hubert et Gabriel fondent la société Cheval frères, qui marque ses emballage avec un cheval accompagné des lettres C et F. Cette dernière achète donc en 1939 la colonie de vacances afin d'y installer une nouvelle unité de décolletage (elle la fait réaménager par l'architecte Henri Cote, de Saint-Hippolyte). Toutefois, l'échappement à cylindre déclinant face à celui à ancre, elle choisit plutôt de le convertir au travail du rubis pour la montre, fortement incitée en cela par le Comontre (Comité de la Montre), futur Cetehor (simultanément, à la demande du même Comontre, Louis Prétot fonde Rubis-Précis à Charquemont).

Les premières pierres sortent en 1943 de cette usine dirigée par Fernand Grillot, originaire du Friolais, qui a comme adjoint Charles Wilbrett, des Fontenelles, et comme chef d'atelier Maurice Sandoz. 80 personnes environ y travaillent aux pièces : chacune perce en moyenne 2 000 rubis par jour et ce 50 à 55 h par semaine. L'atelier de perçage est complété par un atelier de préparation des rubis et par un atelier de décolletage, d'où sortent notamment des couronnes de montre (éléments du système de remontage).

A l'issue de la deuxième guerre, la société Cheval emploie plus de 100 personnes sur ses deux sites des Fontenelles et de Maîche. Toutefois, manquant de personnel administratif et d'encadrement, elle s'installe en 1949 à Besançon dans le bâtiment de la Sidhor (Société immobilière pour le Développement de l'Horlogerie), au 23 rue de la Mouillère, qu'elle vient de faire construire en association avec les sociétés bisontines Lip (et sa filiale le Pignon français), Augé et Epiard, et la société Clérian du Russey.

En 1952, la Sarl des Ets Cheval Frères (au capital de 21 millions de francs) se dit "la plus importante maison française spécialisée dans la fabrication des fournitures d'horlogerie pour la réparation". Et d'énumérer : axes, cylindres, tampons, bouchons, couronnes, vis, roues, balanciers réglés, tiges de remontoirs, pierres en rubis.

Elle achète en 1955 la société des Pierres françaises d'Horlogerie, située rue des Jardins toujours à Besançon, et quitte Maîche l'année suivante. Les occupants se succèdent ensuite : tout d'abord la société Lip, SA établie au 6 rue des Chalets à Besançon et qui emploie jusqu'à 150 personnes à Maîche.

Puis dans la foulée (en 1960 ?) la SA Technic Ebauche, un temps propriété de Lip pour laquelle elle fabriquait un "calibre" (mouvement). Issue de la Sarl Fabrique d'Ebauches de Maîche, fondée au lendemain de la deuxième guerre mondiale par Maurice Anguenot, à la tête de la fabrique de montres Marius Anguenot de Villers-le-Lac, qui avait repris l'unité de production d'ébauches des Ets Jules Maire et ses Enfants (6 rue du Belvédère), Technic Ebauche est créée au début des années 1950 par Stéphane Sandoz, successeur d'Anguenot.

Le 3 avril 1967, elle fusionne avec trois de ses concurrents - les sociétés Joseph Jeambrun et Cie à Maîche, Ebauches Cupillard à Villers-le-Lac et Fabrique d'Ebauches de Montres du Genevois (Femga) à Annemasse (Haute-Savoie) - pour donner naissance à la société France Ebauches, présidée par François Perret. L'année suivante, le site de la Femga est fermé et des bureaux sont ouverts au 6 rue du Muguet à Besançon, où est implanté le siège social. En 1971, les unités de Maîche sont regroupées dans l'usine Jeambrun, rue de Saint-Hippolyte.

Désaffecté, le bâtiment est loué en 1986 au groupe Christian Bernard. Issu d'une société de bijouterie créée en 1973 par Bernard Nguyen en région parisienne, ce groupe a ouvert en 1982 une petite unité de montage de montres à quartz à Maîche, au 4 rue de la Batheuse dans l'ancien atelier Codhor, transférée de 1984 à 1986 dans les locaux de la société Paul Poupeney et Fils, au 7 rue Paul Monnot. Il quitte la rue de la Gare en 1990 ou 1991 pour la grande usine qu'il vient de faire construire dans la zone industrielle, au 1 rue Paul Mauvais.

Le bâtiment a des murs en moellons calcaires enduits et un toit à longs pans et pignons couverts, à couverture de tuiles mécaniques. Il comporte un rez-de-chaussée, deux étages carrés et un étage en surcroît, desservis par un escalier tournant à retours en maçonnerie. Il est éclairé aux étages carrés par des fenêtres horlogères, dont certaines ont été murées à la suite de sa reconversion ; deux portes hautes sont aussi visibles à l'est, destinées au passage de machines.

La dalle en béton du premier étage est supportée au rez-de-chaussée par une structure poteaux-poutres métallique.

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