En 1974, Michel Delpech dévoilait au public une chanson singulière, « Le chasseur ». Pourtant, contrairement à ce que son titre pourrait laisser penser, cette œuvre n’était pas un plaidoyer contre la chasse.
C’est à l’âge de neuf ans que Michel Delpech accompagna un ami de ses parents à la chasse. Ce moment s’est gravé dans sa mémoire pour ne jamais s’effacer. Dans une interview, l’artiste confesse avoir gardé « un souvenir effroyable » de cette expérience.
« Le chasseur » n’est pas une critique de la pratique cynégétique, mais plutôt une tentative de compréhension. Delpech se glisse dans la peau du chasseur, décrivant son environnement, ses émotions, ses motivations.
Ce qui frappe dans cette chanson, c’est la manière dont Michel Delpech parvient à humaniser son sujet. Il ne le condamne pas, mais cherche à le comprendre. L’impact de cette chanson dépasse largement le cadre de la musique.
En 1975, alors que « Le chasseur » connaissait un succès fulgurant, le président français de l’époque, Valéry Giscard d’Estaing, lui-même passionné de chasse, invita Michel Delpech à l’Élysée pour interpréter cette chanson.
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Aujourd’hui encore, « Le chasseur » résonne comme un écho intemporel, rappelant la capacité de la musique à transcender les frontières et à susciter la réflexion. Elle résonne aussi dans les cabanes de chasse de la France entière et dans les fêtes de village.
Le nouveau projet FRANCS-TIREURS PARTISANS de FEMTOGO, sorti le 14 février, est une nouvelle pierre apportée à l’édifice d’un artiste fascinant. Mais FEMTOGO n’est pas un simple rappeur : il est un artiste aux identités multiples, incarnant tour à tour le guerrier implacable et le poète mélancolique.
D’un côté, FEMTOGO, figure martiale et agressive, plongée dans l’imagerie de la guerre et des jeux vidéo FPS (de tir à la première personne), aux sonorités rauques et graves et porte-drapeau de la Warfare Music. FEMTOGO, anciennement FEMT0, choisit ce nom en référence à Femto l’antagoniste principal de l’animé Berserk, le « God Hand ».
Ce personnage représente une divinité démoniaque aux pouvoirs surnaturels, chef d’un groupe de mercenaires nommé « La Troupe de Faucon ». Le ton est ainsi donné, FEMTOGO fait son apparition sur SoundCloud en décembre 2020. Très vite, il développe une esthétique, autant dans ses sonorités que dans ses paroles, marquée par les références militaires et la pop culture vidéoludique, notamment les jeux de tir comme Call of Duty ou Halo.
Mais FEMTOGO n’est pas qu’un simple amateur de FPS : il façonne un univers martial, où la musique devient une arme de guerre. Il entre dans la Warfare Music par la grande porte en définissant les codes de ce nouveau genre musical sur la scène française.
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La Warfare Music se caractérise par l’utilisation de bruitages de guerre (missiles, coups de feu, rechargement), des instrumentales, accompagnés par des backs, ad-libs… aux sonorités épiques, mythiques. La voix de l’artiste est parfois saturée ce qui lui donne cet aspect énervé, guerrier reconnaissable. De plus, on peut noter que l’artiste se plaît à chanter et rapper hors des temps comme il le souligne lui-même dans le morceau MME.
En 2022, FEMTOGO fonde SPK (Scarpackage), un collectif d’artistes réunissant Irko, Giacoshi et Amnezzia. Son ascension s’accélère avec la sortie de son EP en 2022, One Man Army, entièrement produit par Neophron, qui cumule rapidement plusieurs centaines de milliers de streams. Le MC confirme cette ascension avec la parution de NAMELESS BELLIGERENT en 2023, toujours produit par Neophron, et La Bête, produit par Vilhelm, l’année suivante.
FEMTOGO s’inspire d’un imaginaire de soldat, d’un homme en guerre permanente, à la fois contre lui-même et contre le monde. Son flow est tranchant, précis, et sa voix, souvent grave, impose une autorité naturelle. Ensuite, FEMTOGO utilise un vocabulaire propre à l’armée, à la guerre, au conflit armé.
Au-delà des paroles et des références c’est par les sonorités que FEMTOGO nous plonge dans son monde. On trouve en effet dans ses morceaux des samples de divers jeux vidéo FPS, des sound effects de grenade, tirs et autres bruits de rechargement ou encore des effets saturés sur sa voix, comme si FEMTOGO nous délivrait ses rimes par la radio ou le talkie-walkie qu’il possède dans son équipement.
Le projet représente un nouvel épisode de l’histoire du guerrier FEMTOGO, un chapitre plus intime, plus minimaliste, moins brutal à première vue, mais davantage sanglant quand on y prête bien attention. FRANCS-TIREURS PARTISANS c’est la quintessence de l’univers créé par FEMTOGO.
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Longtemps habitués à être parachutés sur un champ de bataille, ce dernier projet nous largue, nous, auditeurs, dans la vie, dans la jeunesse de l’artiste. Les Francs Tireurs et Partisans (FTP) est le nom du mouvement de résistance intérieure française créé à la fin de 1941 et officiellement fondé en 1942 par la direction du Parti communiste français.
Par son titre, FRANCS-TIREURS PARTISANS nous rappelle l’attrait de l’artiste pour le monde militaire, cependant, avec sa cover en noir et blanc représentant un jeune enfant, (peut-être FEMTOGO), l’artiste prend à contrepied ses auditeurs, habitués à des covers fidèles à l’univers violent de l’artiste.
Avec leur nature acoustique (piano, batterie, basse…) les prods créent une ambiance assez old-school, minimaliste, triste. Ainsi, les instrumentales du projet laissent beaucoup de place à la performance de FEMTOGO, c’est par sa voix que nous auditeurs allons ressentir les émotions. En effet, les prods nous emmènent, certes, sur des chemins nouveaux mais pas pour autant inconnus.
FEMTOGO avait l’habitude de poser sur des prods riches et différentes tout au long de sa carrière, ainsi quand on entend des influences presque jazz sur le morceau BOCATHEVA, nous ne sommes pas dépaysés. C’est dans l’interprétation et dans les thèmes abordés que l’artiste frappe fort. Le morceau UN AUTRE JOUR retrace son enfance, le quotidien d’un enfant de province, et la violence de la banalité, de la routine.
En résumé, ce projet est une ode à la vie du rappeur, à ses souvenirs, son vécu, ses blessures, ses peurs, ses douleurs. FEMTOGO nous livre ce qu’il sait faire de mieux et s’ouvre encore davantage.
Baby Hayabusa aka Goofy Van Bozo apparaît d’abord comme un simple alias secondaire sur SoundCloud, une échappatoire où FEMTOGO peut laisser libre cours à son introspection. Puis, en novembre 2022, tout s’arrête brutalement.
Ce qui est important de comprendre, c’est que Baby Hayabusa est intrinsèquement lié à FEMTOGO, il n’est donc pas étonnant de retrouver des fragments de l’univers du chef de guerre dans sa musique.
Baby Hayabusa a été extrêmement productif sur SoundCloud, on retrouve de nombreux morceaux et remix de ses morceaux qui font ainsi vivre l’univers de l’artiste. Baby Hayabusa a notamment sorti différentes séries de morceaux. Mr Ledger est un personnage fictif créé par Baby Hayabusa. Nouvel alter-ego, ce nom n’est pas sans nous rappeler Heath Ledger. Il fut l’acteur à succès qui interpréta le Joker dans le film Batman The Dark Knight.
La série MR.LEDGER est la suite directe de la série des BOZOFLOW. La deuxième partie du morceau BOZOFLOW5 marque le début de cette nouvelle saga par une phrase qui sera la phrase introductive de tous les morceaux MR.LEDGER à venir : « L’OST d’ma mort, contemple un peu ».
Par ses mots, Baby Hayabusa semble annoncer sa mort, ou du moins celle de monsieur Ledger. Cette image du Joker n’est pas surprenante, sachant que Baby Hayabusa se fait aussi appeler Goofy Van Bozo, renvoyant à Bozo le clown et à une image burlesque similaire à celle du Joker.
La nouvelle série de sons commence réellement avec la sortie de mr.ledger_2, le morceau s’ouvre par ces paroles : « L’OST de ma mort, contemple un peu, bébé t’as cramé c’est la deux ». Toute la chanson nous plonge dans une ambiance qui oscille entre dépression et déclaration poignante. Baby Hayabusa nous livre avant tout le récit d’un homme ordinaire qui vit, qui constate la banalité de sa vie.
En résumé le morceau mr.ledger_2 est une excellente entrée en matière pour cette nouvelle série, Baby Hayabusa instaure une ambiance brumeuse, fragmentée. MR.LEDGER 3 vient confirmer les adieux de Baby Hayabusa, le morceau s’ouvre par ces mots : « L’OST d’ma mort, contemple un peu, bébé t’as cramé, c’est la trois. On m’a donné des ailes, pourtant, j’cours encore » et se termine par cette phrase : « C’est fini, j’vais arrêter de courir », les dés sont donc lancés : l’artiste nous annonce la fin de l’histoire.
Alors que tous les fans pensent Baby Hayabusa mort, l’artiste sort MR.LEDGER 4 sur son SoundCloud. Il répond aux interrogations de ses fans dès la première phrase du morceau : « Bébé t’as cramé c’est la quatre, j’finis toujours par rompre mes promesses. »
À la suite de la prétendue mort de Baby Hayabusa, l’artiste ressuscite et livre à ses fans son premier projet sur les plateformes : Deadly Poison Sting. Pour l’anecdote, la moto présente sur la cover est une Suzuki GSX 1300R Hayabusa, la première moto de série à avoir dépassé la barre mythique des 300 km/h.
Baby Hayabusa nous raconte ses peines de cœur sur des prods léchées, il chante son emprisonnement dans une relation toxique, son intoxication au poison qu’est l’amour. Après cet excellent projet, Baby Hayabusa sort le 23 août 2024, son deuxième EP intitulé Fadel Flower Story, dans lequel il continue d’explorer ses tourments amoureux.
Si FEMTOGO et Baby Hayabusa semblent à première vue être deux artistes distincts, ils sont en réalité les deux faces d’une même pièce. Ce qui rend cette dualité si fascinante, c’est que les deux ne peuvent exister l’un sans l’autre.
Loin d’être un simple exercice de style, cette scission artistique permet à FEMTOGO d’explorer toute l’étendue de sa créativité. Ainsi, plutôt que de limiter sa musique à un seul genre, il a préféré se diviser pour mieux se compléter. Avec son nouvel EP, FEMTOGO continue d’écrire cette épopée schizophrène, entre guerre et poésie, entre rage et mélancolie.
Tout porte à croire que la distance qui sépare FEMTOGO et Baby Hayabusa ne cesse de se réduire, en effet, FEMTOGO dans son dernier projet déclare qu’il ne sait plus qui il est.
Baby Hayabusa reconnaît que même la réalisation de ses rêves d’enfant et l’accès au bonheur, représentés par le château, ne suffira pas à apaiser les voix intérieures qui le tourmentent. Le château est pour l’artiste la représentation du bonheur, sa quête ultime. Cela fait notamment écho au manga Berserk et le personnage de Femto dont le rêve d’enfant est entre autres d’avoir un château.
Ce refrain nous montre ainsi toute la complexité, le lien, la distance et la proximité qui unissent les deux âmes de l’artiste. Les luttes internes de Baby Hayabusa entre son enfance idéalisée, son présent marqué par la dureté de la vie et les souvenirs douloureux qui continuent de le hanter, ne cessent de faire rage en la personne de FEMTOGO.
| Artiste | Style Musical | Thèmes Principaux | Projets Notables |
|---|---|---|---|
| FEMTOGO | Warfare Music, Rap | Guerre, Militaire, Violence, Identité | One Man Army, NAMELESS BELLIGERENT, FRANCS-TIREURS PARTISANS |
| Baby Hayabusa | Introspection, Mélancolie, Amour | Peines de cœur, Relations toxiques, Souvenirs | Deadly Poison Sting, Fadel Flower Story, MR.LEDGER series |
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