Cet article explore en détail le calibre maximum d'artillerie utilisé dans la Ligne Maginot, en se concentrant sur le canon de 47 mm et son rôle dans la défense antichar.
Le canon de 47 mm est le seul à figurer sur le fameux insigne "On ne passe pas" des troupes de forteresse. Il est aussi le seul canon Maginot à avoir été construit à raison de quelques 400 unités, soit plus qu'aucun autre canon de forteresse à cette époque. Sur ce nombre, peu d'exemplaires subsistent encore de nos jours.
Curieusement, au début des années 1930, la menace que pouvaient faire peser les chars de combat ne semblait pas être une préoccupation prioritaire.
Dès 1927 pourtant, la CORF avait évoqué la question. Diverses propositions se succédèrent jusqu'en 1931 telles que celles de casemates d'artillerie à mission antichar ou de pièces mobiles de 75 ou 82, donc extérieures aux ouvrages.
Pendant ce temps, un canon antichar était à l'étude aux Ateliers de Puteaux puis mis aux essais à Bourges à la fin de 1933 et en 1934, sous la désignation de " matériel de 47 antichar de casemate type APX ". Le canon AC de 47 mm modèle 1934 était né.
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Tout juste sorti de l'Atelier de construction de Puteaux, on voit ici le prototype du canon de 47 aux essais à l'Etablissement d'expériences techniques de Bourges en mai et juin 1934.
La plupart des casemates d'infanterie étant terminées dès 1933 et seulement prévues initialement pour deux jumelages de mitrailleuses, il n'était plus possible d'y ajouter un 3e créneau pour le 47. Force fut donc d'adapter l'un des deux créneaux pour jumelage afin de recevoir également un 47. Jumelage et canon devaient donc alterner dans le même créneau.
La solution au problème aboutit à un système complexe de cadre et de volet d'embrasure pouvant s'effacer en pivotant pour le jumelage, de chariot roulant sur un bi-rail pour supporter le canon de 47 et lui permettre aussi de s'effacer selon le cas.
En outre, l'installation du canon de 47 ne pouvait se faire que si la chambre de tir avait une largeur d'au moins 3 mètres ce qui était loin d'être toujours le cas dans les casemates déjà construites. La solution fut d'adopter un canon antichar légèrement plus petit mais aussi un peu moins performant, le canon de 37 AC modèle 1934.
Comme tout matériel d'artillerie, le canon de 47 AC Mle 34 est un engin complexe et sophistiqué, d'autant plus qu'il doit permuter avec un jumelage dans le même créneau. Il est spécialement destiné à effectuer du tir à pointage direct et à grande vitesse initiale.
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Ils'effectue par rotation du cadre mobile sur ses tourillons donc de la bouche à feu. Cette manuvre est commandée par un volant horizontal relié à un arbre vertical puis à deux pignons, à une vis sans fin et un secteur denté solidaire du cadre mobile.
Il est installé sur deux rails (des profilés en I) scellés aux parois de la chambre de tir et entre lesquels il circule. L'ensemble matériel-pivot de suspension permet une orientation quelconque de la masse oscillante (pour un encombrement minimal en position effacée).
C'est un cylindre renfermant deux ressorts à boudin et un piston. Il est fixé au côté droit du matériel, à une extrémité par un support à la partie inférieure du cadre mobile, à l'autre extrémité à la partie arrière du manchon-glissière.
La manipulation du matériel par un peloton entraîné ne pose aucune difficulté particulière, que ce soit pour sa mise en batterie ou en position effacée. Le matériel se déplaçant presque sans effort sous son bi-rail, l'opération ne prend que quelques instants.
En revanche, si le 47 est associé à un jumelage, ce qui est presque toujours le cas, la permutation des deux matériels laisse le créneau commun ouvert pendant ces quelques instants, ce qui n'est pas sans risque.
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En principe, la pièce est continuellement en batterie pendant le jour.
Munition: cartouche de marine modèle 1902 puis obus APX modèle 1936 (des obus de rupture, càd. non explosifs).
Poids de la munition: obus 1902 2 kg, charge 0,460 kg.
En 1940, le canon de 47 Mle 34 était l'un des plus puissants canons antichars du moment.
Rares cependant sont les canons de 47 (et de 37) qui ont eu à entrer en action contre un assaut de chars. Attaqué dès le 18 mai 1940, l'ouvrage de Boussois, dans le Secteur fortifié de Maubeuge, a tiré au 47 des blocs 1 et 3 quelques 160 obus.
Durant l'Occupation, les Allemands ne s'intéressent pas au 47 de forteresse et lui préfèrent l'arme mixte tchèque de 4,7 cm (canon AC + mitrailleuse de 7,9 mm sur un même affût).
La plupart des canons de 47 et 37 demeurent donc à leur poste pendant la durée de la guerre et même après.
La Guerre froide entraîne, on le sait, une réactivation de la Ligne Maginot entre 1950 et 1955. Il est proposé de remplacer les canons de 47, devenus obsolètes, par des pièces de 90 puis de 105 mais ce projet reste lettre morte.
À partir de 1970 la plupart des petits ouvrages, casemates et abris de la Ligne Maginot sont déclassés et mis en vente. il semble que c'est alors que la majorité des canons de 47 et 37 disparaissent, ferraillés.
Seule une dizaine d'exemplaires a survécu, certains ayant été retrouvés dans les décombres des casemates dynamitées par les Allemands au début de 1945 avant leur retraite.
| Calibre | Type de Canon | Rôle Principal |
|---|---|---|
| 47 mm | Canon AC Mle 34 | Défense antichar |
| 37 mm | Canon AC Mle 34 | Défense antichar |
| 25 mm | Canon antichar Hotchkiss | Lutte antichar contre les matériels peu blindés |
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