Cet article explore l'histoire complexe des armes à feu et leur rôle dans les relations entre le Mexique et les États-Unis. Il met en lumière la production, les modifications et l'utilisation du Colt 1911, ainsi que les contrefaçons mexicaines de revolvers Colt Single Action Army.
Au début de l’année 1917, 68 533 pistolets M1911 sont présents dans les forces armées américaines. Ces modèles proviennent majoritairement des ateliers de la Colt’s Patent Firearms Manufacturing Company et de la Springfield Armory sous contrôle du gouvernement américain. Le Colt 1911 est un atout pour les combats rapprochés dans les tranchées. Les troupes apprécient la puissance du calibre .45 qui, grâce à sa puissance, permet de stopper net un soldat ennemi.
À mesure que la guerre s’intensifie, il devint évident que Springfield Armory et Colt ne parviennent pas à répondre à la demande. Le gouvernement Américain accorde donc des contrats à Remington, Savage, Winchester et à d’autres pour la fabrication du M1911. A cette période, de nombreuses entreprises fabriquent des Colt M1911 sous licence…une pratique qui perdure encore aujourd’hui. En plus des États-Unis, le gouvernement britannique achète également des milliers de 1911 à des fins de service. Le Canada et la France en commandent environ 5 000 chacun, et les autorités Russes en demandent près de 51 000 exemplaires.
Après la Première Guerre mondial, le Colt M1911 bénéficie de quelques modifications. Elles sont le résultat des des retours d’expériences fournis par les soldats l’ayant utilisé sur le front. Achevée en 1924, cette nouvelle génération pistolet porte le nom de M1911A1 et comprend plusieurs améliorations dont notamment une queue de détente plus courte, des découpes dans la carcasse derrière la détente, un boîtier de ressort principal arqué, un éperon de sécurité de la poignée plus long (pour empêcher la morsure du marteau), un guidon plus large, un éperon de marteau raccourci ainsi qu’une texture de poignée simplifiée. L’objectif majeur étant de rendre l’arme plus facile a utiliser pour les personnes ayant des mains plus petites tout en assurant une continuité avec les modèles précédents. Le mécanisme interne reste inchangé.
À l’aube de la Seconde Guerre mondiale, la demande pour les Colt M1911A1 est toujours très forte. Près de 1,9 millions d’unités sont commandées et produites. Afin de respecter la cadence et satisfaire les besoins, des entreprises comme Remington Rand, Ithaca Gun Company, Singer et d’autres encore, se répartissent la production. Cette nouvelle génération de M1911A1 possède la particularité d’avoir une finition métallique parkerisée5 au lieu du bleuissement. Le M1911A1 étant une arme légère et efficace, il est devenu le pistolet préféré du personnel militaire américain et des alliés pendant la guerre. De surcroît, le Colt M1911A1 est particulièrement prisé par certaines d’unités de commandos britanniques.
Lire aussi: Fusil Darne Calibre 12 : Détails Techniques
Les armuriers mexicains, belges et espagnols s’empressèrent de combler les souhaits de tout ce beau monde, en réalisant des contrefaçons plus ou moins fidèles du revolver Colt Single Action. Ces armes étaient plus souvent réalisées en fonte moulée qu’en acier usiné et leur mécanisme avait été simplifié en adoptant certains éléments des platines Remington, afin de faciliter leur fabrication.
Ces contrefaçons étaient loin de valoir les armes d’origine mais leur prix était infiniment moins élevé, ce qui leur valut un certain succès commercial en Amérique latine. Par contre, peu de ces contrefaçons furent achetées en Europe, où les civils n’étaient guère intéressés par ces gros revolvers très pesants, qu’il fallait porter dans un étui de ceinture et où les officiers s’attachaient généralement à acheter des armes de marque de bonne qualité.
La « contrefaçon » cherchait généralement à tromper l’acheteur de l’époque en lui faisant croire qu’il achetait à petit prix une arme authentique alors que ce n’était qu’une falsification. De ce fait, ses marquages contrefont avec plus ou moins d’exactitude les marquages authentiques. La contrefaçon doit donc bien être distinguée de la « reproduction », qui est ouvertement produite comme telle, bien des années après l’arrêt de fabrication du modèle d’origine, afin de mettre à la disposition des tireurs et des collectionneurs un modèle devenu difficile trouver, du fait de la raréfaction des armes d’époque (par exemple les reproductions de revolvers Colt ou Remington à poudre noire par certains fabricants italiens).
Le Mexique a intenté l'été dernier une action en justice sans précédent aux Etats-Unis contre les plus gros fabricants d'armes américains accusés d'encourager la violence des narcotrafiquants mexicains. C'est une démarche inédite. Une plainte du gouvernement mexicain contre les plus grosses entreprises américaines productrices d'armes à feu, Smith et Wesson, Beretta, Colt ou Glock.
Selon le ministre des affaires étrangères mexicain Marcelo Ebrard, "les fabricants développent différents modèles pour les trafiquants de drogue, avec des modifications esthétique, des améliorations techniques." Un marketing tout à fait assumé par exemple par Colt avec un calibre 38 nommé El Grito ou Emiliano Zapata, très demandés par les sicarios, les tueurs à gage des cartels.
Lire aussi: Calibre 16: Le Fusil Nemrod
Depuis trois ans, le Mexique affronte, devant les tribunaux américains, l’industrie d’armement aux Etats-Unis. Deux récentes victoires ont été amplement célébrées dans le pays : pour la première fois, la justice américaine a reconnu qu’un Etat pouvait poursuivre en justice ce secteur pour son rôle dans le trafic d’armes à feu et demander des réparations. L’enjeu est des plus sensibles dans l’opinion publique mexicaine, alors que l’armement américain a une large part de responsabilité dans le narcotrafic, le principal fléau du pays.
Mexico estime que près d’un demi-million d’armes des Etats-Unis entrent chaque année illégalement sur son territoire. Six assassinats sur dix sont perpétrés par des armes à feu, dont la quasi-totalité provient du pays frontalier.
Les fabricants d’armes américains ont recours « à des pratiques commerciales négligentes et illégales » qui causent des « dommages directs » à la société mexicaine, a déclaré Marcelo Ebrard mercredi. Parmi eux apparaissent de grands noms de l’industrie de l’armement tels que Smith & Wesson, Beretta, Colt, Glock, Century Arms, Ruger et Barrett. Ces sept entreprises produisent près de 70 % des armes apportées chaque année clandestinement sur le territoire mexicain, à en croire les chiffres présentés dans le dossier de plainte. Des armes américaines illégales ont été retrouvées sur plus de 17 000 scènes de meurtres au Mexique ces deux dernières années.
Les industriels adaptent même leur marketing pour plaire à leurs clients mexicains. Les images directement inspirées de la culture populaire narcos foisonnent sur les équipements. En 2017, un Colt calibre 38 à l’effigie du révolutionnaire Emiliano Zapata a été retrouvé à proximité du corps sans vie de la journaliste Miroslava Breach, assassinée par le cartel du Sinaloa.
Si la responsabilité des industriels américains ne fait aucun doute, ces derniers n’enfreignent pas la loi pour autant. « Les armes sont vendues à des citoyens américains lambda, sans antécédent judiciaire », explique le professeur mexicain. Elles traversent ensuite la frontière en très petites quantités, mais de manières fréquentes. Cette absence de délit rend très improbable une condamnation des fabricants par la justice américaine.
Lire aussi: Caractéristiques Browning Calibre 20
Selon Gema Kloppe-Santamaria, l’important se situe ailleurs : « Il s’agit d’une action symbolique et politique. Le gouvernement mexicain espère qu’attirer l’attention sur le sujet va inciter le gouvernement américain à œuvrer dans le sens d’une meilleure régulation des ventes d’armes. »
Pendant presque un siècle, les caravanes de chars à bœufs et de mules passèrent vers l’est depuis le Nouveau Mexique à travers les Staked Plains, les Plaines Jalonnées, pour atteindre les lieux de rendez-vous avec certaines des tribus d’Indiens les plus féroces du contient. C’est là, dans l’ombre de la faille lugubre d’un canyon ou le long d’un défilé sans nom taillé par l’érosion de la pluie, qu’ils échangeaient leurs marchandises contre des peaux de bison, du bétail, des chevaux, des mules ou des prisonniers Blancs.
Lorsque éclata la Guerre du Mexique en 1846, les chariots des Comancheros avaient tracé des sillons profonds dans la terre qui longeait la rivière Canadian, s’écartant et se perdant comme les brins d’une vieille corde cassée à l’intérieur d’un désert que CORONADO, trois siècles plus tôt, avait appelé « El Llano Estacado », les « Staked Plains », les plaines marquées de jalons.
Un trafic important se faisait entre les Américains et Santa Fe depuis le début des années 1820, et les armes à feu étaient parmi les marchandises les plus convoitées. Des fusils à silex ou à percussion fabriqués par des firmes comme Leman, Henry, Tryon et Deringer étaient largement distribuées dans les plaines aux alentours de 1850. Ces armes solides et précises constituèrent des produits de première nécessité pour les trente années çà venir.
Ironiquement, après la Guerre Civile, le gouvernement des Etats Unis aida indirectement les Comancheros à prospérer. La vente de milliers d’armes en surplus à des prix cassés augmenta les inventaires des trafiquants à peu de frais pour eux. Ainsi, en Novembre 1867, l’arsenal de Fort Leavensworth mit 19 551 fusils à la vente publique en un jour, sans demander à tous ceux qui en voulait d’où venait leur argent comptant.
En faisant l’inspection de sa compagnie de cavalerie en Janvier 1866, un officier de Fort Union, New Mexico, se rendit compte qu’il manquait cinquante cinq revolvers à percussion Remington en calibre .44. Les armes, qui coûtaient 12,00 $ la pièce au gouvernement, partaient à 50,00 $ la pièce sur la frontière.
tags: #calibre #guerre #mexique #etats #unis