Artiste du XXème siècle, Yves Klein a offert à l’histoire un pigment devenu mythique : le « bleu klein ». L’International Klein Blue (IKB), ce bleu profond et lumineux qu’il a fait breveter, l’a rendu célèbre bien au-delà du cercle des amateurs d’art, faisant de lui l’un des artistes français les plus connus de la seconde moitié du XXe siècle.
Mais Yves Klein (1928-1962), disparu prématurément à l’âge de 34 ans, n’est pas seulement l’artiste qui inventa une couleur. Son œuvre, élaborée en seulement huit ans, se révèle tout aussi spectaculaire que variée et audacieuse : Monochromes, Sculptures éponges, peintures dorées Monogolds, Anthropométries, Peintures de Feu… Dépassant la figuration et l’abstraction, les deux courants alors existant dans les années 50, elle préfigure les tendances les plus novatrices de l’art contemporain, telles que la performance, le happening, l’art conceptuel ou encore le body art.
Passionné par les couleurs et sensible à la beauté des pigments Yves Klein est amené à créer sa propre teinte. En 1956, avec l’aide du marchand de couleurs Edouard Adam, ils décident de mettre au point une nouvelle couleur. Ils ont d’abord hésité entre deux teintes de bleu : le bleu Prusse et le bleu Outremer. Conseillé par Edouard Adam, le choix de l’artiste se porte vers le pigment le plus stable qui permet d’assurer une meilleure pérennité de son oeuvre, ce que propose justement le bleu Outremer.
Le problème étant que pour réaliser une oeuvre, Yves Klein devra mélanger son pigment avec de la colle qui va laisser une petite couche sur la toile et va cacher la beauté du pigment. À la suite de cette nouvelle découverte Yves Klein a donc déposé la formule exacte de son fameux « bleu » à l’institut nationale de la propriété industrielle. L’artiste a pris conscience très tôt de la nécessité de se singulariser, de ne pas faire la même chose que les autres.
Étant sensible à la beauté des pigments, il décide de choisir de peindre en bleu et de se consacrer exclusivement à cette teinte. En effet, cette couleur est la plus abstraite qu’il soit, on ne peut la rattacher à l’univers matériel. C’est la couleur de la sensibilité pure. C’est également une teinte, qui dans le monde de la nature, renvoie aux éléments les plus abstraits : le ciel et la mer. D’après Yves Klein « le bleu n’a pas de dimensions.
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L’art d’Yves Klein se tourne très rapidement vers le monochrome. Pour cet artiste le monochrome bleu est un challenge technique et une expérience métaphysique. C’est pour lui une révolte contre le dessin et la ligne qu’il déteste tant. Selon Yves Klein l’essence même de l’art réside dans la pureté de la couleur. D’après sa vision, cette pureté doit imprégner celui qui la regarde. Par la couleur, cet artiste ressent le sentiment d’identification complète avec l’espace et se sent vraiment libre. Pour Klein les couleurs sont des êtres vivants, des individus très évolués qui s’intègrent à nous, comme à tout.
Yves Klein est fasciné par le pigment pur qui est d’une intensité incomparable. Dans le cadre d’une exposition, l’artiste fait l’expérience de concevoir un grand tableau horizontal au sol avec un bassin de pigment pur. Ce tableau est fait sans fixatif, contrairement à ses oeuvres habituelles. Dans cette oeuvre, le pigment est sous forme de poudre qui est répandue à l’intérieur d’un cadre et donne un aspect extrêmement velouté, rayonnant, presque irradiant.
En janvier 1957, Yves Klein présente à la Galerie Apollinaire de Milan « Proposte monocrome, epoca blu », une exposition de onze toiles identiques (78 × 56 cm), chacune recouverte d'un pigment bleu outremer - des monochromes. Les tableaux, qui ne sont pas accrochés mais détachés du mur à une vingtaine de centimètres, semblent flotter. Le public découvre ce jour-là le bleu outremer qui allait devenir la marque de fabrique de l'artiste : l'International Klein Blue ou « IKB ».
Pour Yves Klein, le bleu est chargé de sensibilité, et propice au passage du matériel à l'immatériel : « Le bleu n'a pas de dimension, il est hors dimension », déclare-t-il. La monochromie est la seule manière physique de peindre permettant d'atteindre à l'absolu spirituel.
Yves Klein est fasciné par le bleu du ciel, une réalité immatérielle qu’il s’approprie. Dans le « Manifeste de l’hôtel Chelsea », rédigé à New York en 1961, il raconte ainsi : « alors que j’étais étendu sur la plage de Nice, je me mis à éprouver de la haine pour les oiseaux qui volaient de-ci, de-là, dans mon beau ciel bleu sans nuage, parce qu’ils essayaient de faire des trous dans la plus belle et la plus grande de mes œuvres. »
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Pour ses monochromes, l'artiste se met alors en quête de préserver l'intensité et la luminosité du pigment bleu pur. Les liants traditionnels ayant tendance à ternir la couleur en séchant, il fait alors appel à Édouard Adam, célèbre marchand de couleurs du quartier Montparnasse. L'artiste expérimente divers liants avant d'opter pour une résine synthétique, le Rhodopas M, développée par la société Rhône-Poulenc. Appliquée au rouleau afin d'éviter toute aspérité, cette résine lie les pigments bleus sans les ternir, et permet d'obtenir un effet velouté absorbant le regard. Avec ses angles arrondis, légèrement en avant du mur, le monochrome produit alors l'effet d'être en lévitation.
Dans « L’aventure monochrome : l’épopée monochrome », un texte écrit en 1960, Yves Klein se remémore son accrochage milanais : « Cette exposition était composée d’une dizaine de tableaux bleu outremer foncé, tous rigoureusement semblables en ton, valeur, proportions et dimensions. […] Chacune de ces propositions bleues, toutes semblables en apparence, furent cependant reconnues par le public bien différentes les unes des autres. L’amateur passait de l’une à l’autre, comme il convenait et pénétrait en état de contemplation instantanée dans les mondes du bleu. Mais chaque monde bleu de chaque tableau, bien que du même bleu et traité de la même manière, se révélait être d’une tout autre essence et atmosphère ; aucun ne se ressemblait, pas plus que les moments picturaux ni les moments poétiques ne se ressemblent. »
Le 19 mai 1960, Yves Klein dépose le procédé de l'IKB à l'Institut national de la propriété industrielle (INPI) sous l'enveloppe Soleau n° 63471. Contrairement à ce qui est souvent raconté, ce n'est pas la couleur elle-même que Klein fait breveter, mais bien la technique - selon la législation française, une couleur en elle-même ne peut être appropriée. C'est l'association spécifique du pigment bleu outremer et du liant Rhodopas M qui constitue l'originalité de l'IKB. En tant que nuance de bleu, l'IKB n’est donc pas « propriété » exclusive de Klein ou de ses héritiers, ce qui signifie que d’autres artistes ou créateurs peuvent l’utiliser librement.
L'IKB devient la signature de Klein, lui valant une renommée internationale. Il l'utilise dans de nombreuses œuvres, comme ses célèbres Anthropométries, où des modèles nus enduits façon « pinceaux vivants » laissent l'empreinte de leur corps sur la toile.
Découvert en 2009 par des chercheurs de l'Oregon State University, dirigés par le chimiste Mas Subramanian, le bleu profond, plus vif que le cobalt ou le bleu de Prusse, YInMn Blue, peut désormais être acheté en petits tubes de peinture, à près de 150 €. Son nom provient de ses composants chimiques : oxydes d'yttrium, d'indium et de manganèse.
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Un pigment bleu proposé à la vente, c'est une première depuis deux cents ans - le précédent étant le cobalt, découvert en 1802 et produit pour la première fois en France en 1807. Le bleu Klein, lui, n'est pas un nouveau pigment mais une association par l'artiste Yves Klein d'un bleu outremer synthétique à un liant choisi avec l'aide du marchand de couleurs Édouard Adam.
Il aura fallu attendre onze ans à la suite de la découverte du pigment YInMn pour que l'Agence américaine de protection de l'environnement approuve sa mise sur le marché. L'autorisation pour les revêtements industriels et les plastiques nécessitant des tests moins contraignants, il a pu être utilisé dans ces conditions dès septembre 2017. Si le monde de l'art le recherche pour sa couleur unique, les entreprises industrielles, elles, y recourent pour ses qualités environnementales. Ce pigment réfléchit en effet la plupart des rayons infrarouges, ce qui induit que les extérieurs des bâtiments qu'il recouvre refroidissent.
Lumineux et raffiné, le bleu Klein aussi appelé IKB est très présent dans nos intérieurs. Le Bleu Klein donne un look arty à une pièce. Pour une table chic et originale, optez pour de la vaisselle en bleu Klein. Pour une ambiance cosy, associez du bleu Klein avec une couleur chaude comme de l’orange. Dans un salon, vous pouvez installer un canapé en velours orange et l’habiller avec des coussins IKB.
En 1962, Yves Klein décède d'une crise cardiaque. Il avait 34 ans.
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