Au XVIe siècle, l'armure était bien plus qu'un simple équipement de protection. En fait, l'armure, considérée comme un attribut chevaleresque, était réservée à l'homme d'armes de haut lignage. Elle était endossée par les combattants à cheval pendant la guerre ou à l'occasion des tournois de joute, mais aussi pour les grandes circonstances comme les cérémonies militaires ou au moment de se présenter à Dieu, à l'heure de la mort.
On relève l'existence des premières armures en Europe au XIIIe siècle. Mais c'est au XVe siècle qu'elles sont fabriquées en quantités plus importantes. Avec le temps, leur dessin s'affine et leur conception devient plus ergonomique. Au XVIIe, l'usage de l'arme à feu oblige à employer des métaux plus lourds (certaines armures de joute pèsent 35 kg) et les lignes de l'habit de métal s'abâtardissent jusqu'au jour où l'usage de l'armure est aboli. Actuellement, les collectionneurs accordent donc leur faveur aux pièces fabriquées aux XVe et XVIe siècles.
Dans la seconde moitié du XVIe siècle, les princes européens, et en particulier les princes allemands, commencèrent à collecter des armes et des armures. Ces cabinets d’armes étaient principalement composés de trophées de guerre, mais la plupart des pièces qui s’y trouvaient étaient des cadeaux offerts par d’autres cours ou des objets achetés par le prince lui-même. Cette contribution s’intéresse tout particulièrement à la collection d’armes des électeurs de Saxe et notamment aux armes décorées (épées, dagues, pistolets) que ces princes de la branche albertine semblaient rechercher avidement.
Réunies dans une Rüstkammer (armurerie) dès le règne de Maurice de Saxe (1521-1553), ces armes d’apparat, que les armures somptueuses viennent compléter, n’étaient pas seulement ornées de citations bibliques. Nombre d’entre elles étaient également couvertes de scènes dont l’Ancien et le Nouveau Testament constituaient la matière principale.
L’obtention par Maurice de Saxe, en 1547, de la dignité électorale en échange de son soutien à Charles Quint place la branche des Albertiner, dont il est issu, sur un nouveau rang au sein de l’Empire. Le début de la collecte d’armes décorées mais aussi d’objets précieux commence précisément durant ces années 1540, lorsque Maurice et son frère s’évertuent à rebâtir une légitimité confessionnelle et politique sérieusement mise à mal. Un premier inventaire est rédigé en 1567.
Lire aussi: Responsabilités des armuriers
L’inventaire suivant, daté de 1606, se déploie sur environ 1 500 pages et décrit les objets disposés dans le cabinet d’armes, le cabinet de chasse et la chambre réservée aux armures. Les armes qui y sont répertoriées proviennent de commandes des princes électeurs eux-mêmes ou des membres de leur famille, ou leur ont été offertes. Certaines jouent le rôle de trophées rapportés lors de batailles et d’autres ont servi surtout d’armes d’apparat. Maurice, qui a accompli de nombreuses missions diplomatiques en Italie, rapporte de ses voyages plusieurs épées et rapières issues des meilleurs ateliers de la Péninsule - Milan, Florence et Belluno.
Durant cette période, les thèmes religieux dominent la décoration des armes : Adam et Ève, l’arche de Noé, la Crucifixion, la loi et la grâce. Ce choix iconographique est à relier au mouvement de confessionnalisation intense qui touche la Saxe électorale et aux efforts continus des électeurs pour défendre et établir une orthodoxie luthérienne, dans un contexte de luttes intraconfessionnelles.
Parmi les sujets vétéro-testamentaires, le péché originel se décline sur des poignées d’épées, de poignards, de rapières, mais aussi sur des fusils - probablement réservés à la chasse. Le thème de la loi et de la grâce, cher à l’iconographie confessionnelle développée dès 1529 par l’atelier de Lucas Cranach l’Ancien, trouve aussi de nombreuses variations.
Il va de soi que les armes savamment décorées étaient principalement utilisées au sein de la cour lors des tournois et des jeux chevaleresques que le prince donnait à l’occasion de grands événements dynastiques. Échangées, offertes ou commandées, elles étaient donc l’objet d’un maniement différent de celui des armes de guerre.
Les armes étaient portées à la ceinture, manipulées, observées lors de ces occasions ou lors de visites d’hôtes de qualité dans le cabinet d’armes. Lors des duels, le rapprochement des adversaires permettait également d’apercevoir ces scènes au cœur du combat. Mais ce sont aussi lors des cérémonies impériales que s’exhibent certaines épées.
Lire aussi: Missions de la Chambre Syndicale
L’épée électorale constitue l’attribut des électeurs de Saxe, qui détiennent la dignité d’archi-maréchal d’Empire. Elle se caractérise souvent, mais pas systématiquement, par l’armoirie de ces derniers et était portée par l’impétrant lors de la cérémonie d’hommage (Huldigung) à l’empereur, lequel confortait l’électeur dans ses titres et privilèges.
Le soin porté à ces armes et à leur observation de près par leur propriétaire s’inscrit ainsi dans l’intense culture du combat chevaleresque qui perdure tout au long du XVIe siècle et dont témoigne une abondante littérature pédagogique.
L’exercice quotidien des armes, et notamment le maniement de l’épée, loin de tomber en désuétude alors que les armes à feu gagnent du terrain dans les batailles, surtout à partir de la seconde moitié du XVIe siècle, devient au contraire la pratique de distinction par excellence de la noblesse.
Si une large partie de la société de sexe masculin pouvait porter une arme, notamment une épée, sa maîtrise et l’élégance même de l’objet participaient à la manifestation du droit héréditaire de l’aristocratie : celui de prendre les armes et de verser son sang.
Les collections d’armes décorées reflètent ces enjeux par la très grande diversité des types d’armes et de combats dont les Fechtbücher détaillent.
Lire aussi: L'héritage de Saint Guillaume
ÉPÉE D'ARMES, Allemagne, Dernier quart du 16ème siècle: Monture de fer à garde enveloppante au décor pointillé : pommeau tronconique à pans, pièce de garde à quillons et annelets, et fusée de bois gainée de cuir uni dépourvu de filigrane. Forte lame plate à dos et gouttières de 97.5 cm, frappée du poinçon de l’armurier Georg Linder de Dresde.
Selon l'expert en charge de la vente, Pierre-Richard Royer, à l'heure actuelle, la caractéristique principale du marché de l'armure est la rareté. « On ne voit plus de ventes aux enchères de haut niveau dans le domaine. Quant aux salons d'antiquités, aucun ne présente des armures. »
La grande époque de la collection date de la fin du XIXe et du début du XXe siècle. C'est à cette période que les pièces les plus importantes sont entrées dans les grands musées du monde : Metropolitan Museum de New York, Wallace Collection de Londres et musée de l'Armée à Paris, lequel, en 1964, a acheté la dernière grande collection d'armurerie française encore en main privée, la collection Pauilhac, contenant 2.500 pièces.
Aussi la collection Scherer constitue-t-elle un événement. L'objet vedette de la vente du 22 janvier est une armure équestre. Les armures équestres sont très peu fréquentes sur le marché.
| Objet | Estimation (Francs) | Estimation (Euros) |
|---|---|---|
| Armure équestre (cavalier et cheval) | 200 000 | 30 490 |
| Demi-armure (sans les jambes) | 40 000 | 6 098 |
| Cuissardes allemandes (environ 1590) | 40 000 | 6 098 |
| Morion du XVIe siècle | 3 000 | N/A |
| Armet (casque fermé) | 8 000 | N/A |
| Plastrons (torses métalliques) | 3 000 | N/A |
| Gantelets | 3 000 | N/A |
| Genouillères et brassards métalliques | 3 000 | N/A |
tags: #armuriers #allemands #16e #siecle