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La PME toulousaine Delair a le vent en poupe. Spécialiste des drones aériens légers, elle conçoit aussi bien des drones aériens de reconnaissance à voilure fixe, tournante ou convertible que des munitions rôdeuses, notamment en coopération avec KNDS France.

Le drone DT-61 : une nouvelle génération

À l’occasion du dernier Salon International de l’Air et de l’Espace qui se tenait en juin dernier au Bourget, la société Delair a dévoilé son dernier-né, le drone DT-61. Développé en 2024 sur fonds propres et ayant déjà réalisé ses premiers essais, le DT-61 est amené à prendre la suite du DT-46, déjà testé par la Marine nationale, notamment.

Il reprend ainsi une configuration à voilure fixe, mais avec un kit de décollage et atterrissage vertical qui en fait un drone convertible. Son prédécesseur a déjà été expérimenté par différents utilisateurs, dont la flotte française. Un grand exercice multi milieux a notamment eu lieu en Méditerranée en mars dernier, Dragoon Fury.

Les marins sont satisfaits de ce type de drone à la faible empreinte logistique et aux capacités d’évolutions polyvalentes. La reconnaissance est justement la première mission dévolue au nouveau DT-61, que Delair souhaite commercialiser à la fin de l’année, a indiqué à Mer et Marine le patron de l'entreprise, Bastien Mancini, au dernier salon du Bourget.

Caractéristiques techniques du DT-61

Si le DT-61 reste compact comme son prédécesseur le DT-46, ses capacités d’emport sont bien plus importantes. Pour une masse totale de 100 kg, il peut emporter 15 kg de charges utiles avec une autonomie de vol de 7 heures et une distance de communication radio de 100 km. Le modèle à capacité convertible DT-46 dispose lui d’une autonomie allant jusqu’à 3h30 pour une masse maximale de 25 kg tout compris.

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Le moteur du DT-61 fonctionne à l’essence et la station de guidage Drako est la même que pour les autres types de drones de l’entreprise, permettant une vraie flexibilité opérationnelle.

La gamme de drones Delair

On l’aura compris, le DT-61 renforce la gamme de drones aériens de Delair par le haut. L’entreprise continue à commercialiser ses modèles DT-26 et DT-46. Le premier est un drone simple, léger et à voilure fixe.

DT-26 et DT-46 : des modèles complémentaires

Les différentes versions du DT-26 affichent une masse totale de 15 à 18 kg pour une autonomie de 170 minutes et un rayon de communication radio allant de 30 à 50 km. Le DT-46 peut de son côté voler pendant 3h30, avec un rayon de communication radio crypté de 100 km. Sa masse totale va de 20 kg en version à voilure fixe simple et 25 kg si on y ajoute un kit VTOL.

La stratégie de "meute de drones"

« Notre famille de drones peut travailler en essaim ou comme nous préférons l’appeler en meute. Car l’idée est d’avoir un drone Alpha, plus grand que les autres, qui puisse servir à désigner des cibles pour de plus petits drones, notamment des MTO » explique Bastien Mancini.

La meute de drones envisagée par Delair est dite « plug and play », c’est-à-dire que les engins pourront être déployés par des acteurs différents sur le terrain, pas forcément à partir du même endroit, et ensuite se rencontrer en vol et rentrer en réseau. Suivant cela, on peut imaginer par exemple un DT-61 déployé depuis un bâtiment de la Marine nationale près d’un rivage, qui irait patrouiller au-dessus de la terre.

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De là, des drones et MTO plus petits, mis en œuvre par l’armée de Terre par exemple, pourraient rejoindre le champ d’action du DT-61. « C’est une manière d’être flexible.

L’entreprise envisage des solutions à base d’intelligence artificielle pour mieux traiter les images et discriminer les cibles qui peuvent ensuite être attaquées, sachant que dans les armées françaises le contrôle d’une frappe est toujours réalisé selon le procédé d’un homme dans la boucle.

« En plus de réfléchir à nos capacités de traitement des images et la gestion de l’énergie via une motorisation hybride électrique pour plus d’autonomie sans affaiblir la charge utile, on imagine déjà des applications futures. Par exemple, celles des leurres » explique Bastien Mancini.

Ainsi, certains drones de l’entreprise pourraient à l’avenir disposer de systèmes de brouillage pour créer une signature radar ou infrarouge les faisant passer pour une cible prioritaire aux yeux de l’ennemi, détournant de celui-ci les vrais engins pilotés par une armée alliée.

« Notre objectif est toujours de réduire l’exposition humaine au feu de l’ennemi ». C’est justement une capacité qui intéresse l’Aviation légère de l’Armée de Terre (ALAT) pour améliorer la survivabilité de ses hélicoptères.

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Un emploi qui pourrait aussi fort logiquement avoir un débouché dans le domaine naval. Jusqu’ici, les frégates de la Marine disposent de brouilleurs et de lance-leurres, mais pas de moyens déportés à bonne distance des bâtiments.

Lors du dernier exercice POLARIS de la Marine nationale, les militaires ont bien noté que le combat naval est fulgurant et souvent décisif dès qu’une cible est repérée.

Cette capacité à agir en meute augmente aussi grandement la distance opérationnelle des systèmes. « Si nous avons des drones mis en œuvre le long d’un axe, ils peuvent servir de relais radio entre eux. Ainsi, la meute peut s’étendre dans la profondeur, cela donne encore plus de flexibilité, de capacité de survie aux systèmes en vol et surtout de protection pour les opérateurs ».

L’objectif est en effet toujours de rester le plus discret possible pour protéger les stations au sol qui sont des cibles prioritaires sur un théâtre d’opération comme c’est le cas en Ukraine.

Delair a fourni plusieurs types de drones à l’armée ukrainienne, dont des drones MV-25 « kamikazes » Oskar, avec un profil d’aile volante. De quoi engranger un précieux retour d'expérience.

Entrée sur le marché des Munitions Téléopérées (MTO)

Des performances en Ukraine qui ont fait connaître l’entreprise dans un secteur militaire qui était jusque là minoritaire dans son activité. Ce n’est plus le cas aujourd’hui et pour suivre la cadence, Delair s’est associé à deux acteurs de poids de la défense dans l'Hexagone, l’armurier KNDS France (ex-Nexter) et le missilier MBDA.

Ces deux alliances font suite aux appels à projets, lancés en 2022, Colibri et Larinae de l'Agence de l’innovation de défense (AID) et la Direction générale de l’armement (DGA) avec comme objectif de fournir un drone à courte portée suicide à bas coût.

KNDS et Delair se sont associés en 2022 dans le cadre de l’appel à projets Colibri. Ensemble, ils ont mis à profit leurs compétences propres, le système aérien pour Delair, la charge explosive pour KNDS. Chez ce dernier, les munitions téléopérées forment la gamme Mataris. Chaque engin est désigné par les lettres MX, MV ou MT, le X étant pour représenter la forme quadricopter, le V pour une voilure classique et le T pour un dispositif à rotor contrarotatif. S’en suit un chiffre qui correspond à la portée de l’engin.

Les drones Mataris : MV-25 Oskar et MX-10 Damocles

Sur les quatre drones Mataris de KNDS France, deux sont réalisés avec Delair, les MV-25 Oskar et MX-10 Damocles. Le MV-25 est une MTO basée sur le drone UX-11 ayant une architecture d’aile volante. En guise d’emport, une charge anti-personnel et anti-véhicule de 550 g développée par KNDS France. Le drone devient alors le MV-25.

Il a fallu deux ans entre l’appel à projets de l’AID et le déploiement du MV-25 en Ukraine à l’automne dernier, mais seulement six mois entre le prototype et la phase d’industrialisation expliquent les deux industriels. En marge de Colibri, les deux sociétés ont reproduit le même schéma industriel en cotraitance pour aboutir à la conception d’un autre drone, le MX-10.

Le quadricopter de seulement 3kg est très agile, avec toutefois une portée moindre, environ 10 km. Une MTO qui a déjà été commandée par les armées françaises et dont les premiers exemplaires doivent être livrés en ce début du mois de juillet. Il se sera alors écoulé un an entre le début du développement en juillet 2024 et les premières livraisons.

Le MX-10 va bénéficier des avancées technologiques du MV-25, notamment en ce qui concerne la liaison de données. « Les opérateurs ukrainiens apprécient la résistance au brouillage du MV-25, qu’il soit GPS ou radio », explique Bastien Mancini.

« De même, si nous devions utiliser de la fibre optique pour le guidage, cela demanderait d’avoir une bobine de fil dans le drone et donc du poids et des capacités de vol dégradées », ajoute Nicolas Chamussy, directeur général de KNDS.

Le retex ukrainien a également apporté d’heureuses surprises : « La portée du MV-25 a été sensiblement dépassée en conditions opérationnelles, de l’ordre d’une quarantaine de kilomètres, malgré l’existence de brouillage » indique le président de Delair.

Les drones peuvent voler de manière autonome, tout en ayant un homme dans la boucle pour accepter une solution de tir. À moyen terme, Delair espère produire plus de 2000 drones par an. Ceux destinés à devenir des MTO terminent leur assemblage dans le site de KNDS à La Chapelle-Saint-Ursin, près de Bourges.

« Pour des raisons de sécurité liées à la pyrotechnie, l’assemblage final se fait chez nous. Le transport de la munition dans un conteneur adapté et sécurisé est ensuite très aisé », rajoute Nicolas Chamussy.

Acquisition de Squadrone System et partenariats stratégiques

Pour augmenter ses capacités et renforcer ses compétences techniques, Delair a racheté à l'automne dernier le grenoblois Squadrone System, spécialise des drones quadrirotors. Delair a également noué un partenariat avec la société Ascendance en début d'année pour des motorisations hybrides électriques sur les drones DT-46 et DT-61.

Collaboration avec MBDA : le projet Larinae et le RCH 170

Le droniste s'est également associé avec MBDA pour l'appel à projets Larinae. Ici on se rapproche plus d'un missile que d'un drone avec l'Akeron RCH 140 et RCH 170. MBDA reprend le nom de son missile anti-char, auquel il accole donc des lettres selon le type et la longueur du drone suicide. Ainsi, la lettre R désigne Remotely controled, le H fait écho à la forme de l'empennage du drone, des ailettes qui se déploient au moment du lancement et enfin le numéro désigne la longueur.

Le RCH 140, comme l'explique le blog Forces Operations, n'avait pas l'allonge nécessaire en terme de portée pour Larinae, à l'inverse du RCH 170. Ce dernier pèse 18 kg pour une longueur de 170 centimètres. Sa portée atteint au moins 50 km et il peut être lancé depuis un tube, ce qui ouvre la voie à un emport sur hélicoptère, voir sur des drones légers.

La RCH 170 a déjà effectué ses premiers vols sans que l'on en sache plus sur son développement.

Opportunités dans le domaine naval

Au début de l’été, la Marine nationale a dévoilé les images de la destruction d’une cible navale légère par un drone suicide de type quadricopter. On comprend donc qu’un engin comme le MX-10 puisse servir pour de la défense rapprochée contre des unités de surface.

Pour le MV-25, l’intérêt réside peut-être dans l’acquisition d’une masse qui fait défaut dans les armées françaises. On peut imaginer une attaque saturante de drones du type MV-25 à bas coût en accompagnement de missiles de croisière.

Lors d'opérations amphibies, les drones peuvent servir aussi bien à l'autoprotection d'un porte-hélicoptères, qu'au soutien des troupes débarquées. L’idée est de limiter les capacités de détection de l’ennemi et ses réponses, tout en laissant aux armes les plus sophistiquées le soin de traiter les cibles prioritaires.

Enfin, pour le DT-61 et ses petits frères, la capacité convertible en fait une solution particulièrement adaptée pour la surveillance et la reconnaissance, en particulier sur les petites unités de la flotte. Sur les autres plateformes, il peut venir en complément des hélicoptères Caïman et futurs Guépard, surtout s’il venait à disposer d’une capacité de leurrage.

La concurrence dans le secteur des drones aériens embarqués

Les drones aériens embarqués représentent en tout cas un segment qui attise les convoitises. L'UAV à voilure tournante Camcopter S-100 de la société autrichienne Schiebel équipe déjà la marine française depuis plusieurs années, de même que le système de mini-drones de la marine (SMDM) de la société française Survey Copter, filiale d’Airbus.

Airbus a quant à lui signé un accord cadre avec la Marine en marge du Bourget un contrat son drone VSR700. Son drone Flexrotor a également été testé par la Marine. Mais ces différentes solutions répondent à des besoins et des capacités différents qui peuvent être complémentaires.

Tableau récapitulatif des drones Delair

DroneTypeMasse totaleAutonomieRayon de communication radioCharge utile
DT-26Voilure fixe15-18 kg170 minutes30-50 kmN/A
DT-46Voilure fixe / Convertible (VTOL)20 kg / 25 kg3h30100 km (crypté)N/A
DT-61Voilure fixe / Convertible (VTOL)100 kg7 heures100 km15 kg
MV-25 OskarMTO (aile volante)N/AN/A40 km (en conditions opérationnelles)Charge anti-personnel et anti-véhicule de 550 g
MX-10 DamoclesMTO (quadricoptère)3 kgN/A10 kmN/A
RCH 170Missile/Drone suicide18 kgN/A50 kmN/A

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