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La France n'est pas en reste dans le développement des armes à énergie dirigée. Le ministère français des Armées a décidé de donner un coup d’accélérateur sur les armes à énergie dirigée.

Le Démonstrateur SYDERAL : Un Pas Vers l'Avenir

La Direction générale de l’armement [DGA] a annoncé avoir notifié à un consortium formé par MBDA, Safran Electronics and Defense et CILAS la commande d’un « démonstrateur de laser de forte puissance destiné à la lutte antidrone », ce 4 septembre.

Ce contrat vise à développer un démonstrateur d’un système d’arme laser qui, appelé SYDERAL [Système Laser de Défense de Nouvelle Génération], aura une puissance de plusieurs dizaines de kilowatts et qui bénéficiera de « technologies innovantes permettant de combiner et de concentrer l’énergie laser pour neutraliser notamment les drones tactiques avec une efficacité maximale ».

Selon la DGA, devant être conçu sur la « base d’une architecture évolutive et modulaire » tout en étant « relativement compact au regard de la puissance visée », SYDERAL « permettra d’évaluer l’efficacité de l’arme laser pour la neutralisation de drones tactiques, de roquettes, d’obus de mortier et de munitions téléopérées, en vue d’équiper les forces armées à l’horizon 2030 ».

Le consortium retenu pour ce projet « apportera une expertise de haut niveau sur les technologies complexes nécessaires » à sa réalisation, en particulier dans les domaines de la « combinaison de faisceaux laser, du suivi vidéo automatique de haute précision et de l’optique adaptative ».

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Ce projet a déjà fait l’objet d’un premier contrat, notifié en 2024 à Lumibird et à CILAS. D’un montant de 10 millions d’euros, il prévoyait le développement d’une « filière de sources laser ayant des caractéristiques permettant d’en combiner un grand nombre, en vue d’obtenir une très forte puissance »… Ce qui est l’objectif final de SYDERAL, celui-ci devant être en mesure de « faire face à des menaces plus complexes comme les missiles », a conclu la DGA.

Notifié en août dernier, SYDERAL rassemble depuis lors Thales, CILAS, Safran Electronics & Defense et MBDA autour d’une mission : la conception d’un démonstrateur de laser de forte puissance d’ici à fin 2030.

Structurés en groupement momentané d’entreprise, les membres de SYDERAL amènent chacun leur lot d’expertise. Pilote attitré du programme, MBDA n’a plus grand chose à prouver en matière de défense sol-air. Le groupe européen est d’ailleurs déjà mobilisé sur des efforts similaires en Allemagne avec Rheinmetall et au Royaume-Uni au travers du projet DragonFire.

Au coeur de l’effort, CILAS évoluera dans son couloir de nage en assurant la maîtrise de tout ce qui touche au laser et à une partie de l’optique. Les défis ne manqueront pas pour basculer des 2 kW du HELMA-P à un démonstrateur SYDERAL de la classe des 50 kW. Quand le premier reposait sur une unique fibre optique, le second demandera d’en combiner plusieurs pour concentrer et maintenir la puissance nécessaire sur un point précis. SYDERAL permettra de vérifier un concept de combinaison parmi d’autres.

« Ce démonstrateur est conçu pour être relativement compact au regard de la puissance visée », annonçait la Direction générale de l’armement (DGA) dans la foulée de la notification du contrat. SYDERAL serait plutôt fléché vers la Marine nationale dans un premier temps.

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Dévoilé en septembre dernier, le projet de démonstrateur d’arme laser Syderal lancé par la DGA doit aboutir à une solution opérationnelle en 2030. Tiré depuis une base militaire, un faisceau laser neutralise en quelques secondes un drone Shahed en plein vol, ou fait exploser une roquette. Autant de scénarios qui pourraient à court terme devenir réalité sur le terrain.

Le Contexte International et le Programme TALOS

Le programme SYDERAL s’inscrit dans une dynamique globale dépassant les seules frontières françaises. Il bénéficie non seulement des résultats de plusieurs projets technologiques de défense (PTD), mais partage aussi un enjeu et un calendrier proches de ceux du programme européen TALOS (Tactical Advanced Laser Optical Systems). Tant MBDA et que CILAS s’y sont investis dès 2019 lors d’une phase préparatoire. Thales montait à bord quatre ans plus tard.

D’ici à fin 2027, les 21 partenaires de TALOS 2 plancheront également sur une trajectoire de développement à suivre pour parvenir, à horizon 2030, à la qualification de deux effecteurs : l’un de 100 kW pour la longueur d’onde de 1µm et l’autre de 10 kW pour celle de 2µm. Au vu de l’horizon fixé, une troisième phase - TALOS 3 - est d’ores et déjà pressentie pour intégrer la prochaine vague de projets financés par le FED, en 2027.

HELMA-P : Une Première Étape Importante

En juin 2023, la Frégate de défense aérienne [FDA] Forbin a testé le système HELMA-P, développé par CILAS dans le cadre du marché L2AD [Laser de lutte anti-drones]. À l’époque, le ministère des Armées avait indiqué que le succès de cet essai allait ouvrir la voie « à une poursuite du développement du prototype en vue de son intégration, à terme, aux bâtiments de la Marine ».

Par la suite, ce dispositif a été déployé à l’occasion des Jeux olympiques de Paris. Les investissements successifs auront participé à consolider un sujet aidé en cela par par le déploiement du système HELMA-P sur l’un des sites les plus sensibles des Jeux olympiques et paralympiques de Paris de 2024. Bien que non utilisé car uniquement mobilisé « en cas d’ultime recours », l’effecteur aura réalisé, en amont des olympiades, un tir de vérification en conditions réelles contre un micro-drone quadcoptère.

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Trois systèmes HELMA-P leur seront livrés courant 2026 après réception par la DGA, résultat d’une commande passée l’an dernier dans le cadre du programme à effet majeur « LAD ». À chacun d’ensuite l’intégrer sur la plateforme idoine puis dans les systèmes de commandement et de contrôle (C2). HELMA-P pourrait par exemple tenir sur un porteur tactique de l’armée de Terre, le système pouvant être répartis dans trois boîtiers pour une mise en oeuvre plus facile et plus rapide.

Avantages et Inconvénients des Armes Laser

Pour rappel, une arme laser possède au moins deux avantages : elle est précise et son coût d’utilisation est très faible par rapport à celui d’un missile surface-air. La vitesse de propagation est proche de celle de la lumière permettant une quasi-immédiateté d’intervention. Par construction, il n’y a pas de munitions évitant tous les enjeux de stockage avec les problématiques logistiques associées (volume de stockage, risques pyrotechniques intrinsèques des munitions, contrôles hygrométriques, manipulations…). Le nombre de tirs possible ne dépend que de la capacité du système à produire de l’énergie.

Le coût d’un tir est estimé faible car dépendant seulement de la production d’énergie. La gradation des effets sur une cible est technologiquement possible en modulant simplement la puissance du rayon émis. Ainsi, il est possible d’aller de l’éblouissement d’un capteur adverse jusqu’à sa destruction complète. Les effets sur les combattants ennemis pourraient être également adaptés : d’une simple brûlure dissuasive à une arme mortelle suivant l’intensité et les zones du corps ciblées.

Plusieurs inconvénients sont néanmoins à prendre en compte. La capacité de production d’énergie reste le point clef car elle nécessite des installations proportionnelles à la puissance souhaitée. Les travaux de miniaturisation sont en cours, mais il y a encore une parfaite bijection entre la taille du système laser et son pouvoir offensif. Les contraintes liées au refroidissement du système sont à prendre en compte et c’est principalement ce facteur qui restreindra la cadence des tirs.

Des contraintes de diffraction existent et les performances se dégradent dans les systèmes actuels en cas de nébulosité ou d’humidité de l’air imposant d’augmenter la puissance émise pour conserver les mêmes effets. Les tirs par laser sont également restreints à des tirs tendus imposant d’avoir « dans la ligne de mire » le système à traiter.

Applications Militaires Futures

Le laser Syderal est notamment envisagé pour équiper les gros navires de la Marine nationale. Un système qui pourra concerner la Marine nationale dans le cadre du renforcement de l’autodéfense de ses bâtiments contre les attaques saturantes de drones. Les militaires fondent en effet de grands espoirs dans les armes à énergie dirigée, brouilleurs et lasers, pour contrer ce type de menaces à moindre frais. Elles coûteront en effet bien moins cher que des missiles antiaériens et même des obus, dont le nombre est compté, surtout pour les premiers. A terme, le laser pourrait même remplacer l’artillerie des navires.

Les avancées obtenues par quelques armées pionnières en amènent d’autres à revoir une position jusqu’alors frileuse vis-à-vis d’une technologie émergente. Après un temps de latence, plusieurs appels d’offres lancés dernièrement comprennent cette fois des systèmes laser en tranche ferme, observe CILAS. La France n’est sans doute pas étrangère à ce regain d’intérêt.

Un système complet d’identification, détection et neutralisation de menaces drones, proposant une suite de différents capteurs et d’effecteurs plus ou moins puissants en fonction de la menace, nous explique-t-on chez MBDA.

Des documents budgétaires pour 2026 évoquent des technologies d’armes laser, pour agir depuis le sol ou l’espace contre des satellites. Des tirs de laser pour détruire des missiles et des drones, c’est désormais une réalité sur le champ de bataille. Des pays comme Israël se sont équipés pour neutraliser ces menaces aériennes. Idem aux États-Unis, en Chine, en Australie ou au Royaume-Uni.

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