Des chirurgiens et réanimateurs français rapportent un cas remarquable de tentative de suicide par arbalète. Cette observation clinique est exceptionnelle du fait du trajet de la flèche et de ce que cela a impliqué pour la gestion des voies aériennes supérieures du patient.
Suite à une rupture amoureuse, le patient âgé de 28 ans tente de mettre fin à ses jours en se tirant une flèche dans la tête en utilisant une arbalète de loisir. Le point d’entrée du projectile est situé au menton, au niveau de la base de la langue. La pointe de la flèche est conique.
La flèche a pénétré la face antérieure du cou et a perforé le milieu du front avant de se planter dans le mur contre lequel le jeune homme était assis. Celui-ci, incapable d’ouvrir la bouche et immobilisé contre le mur, reste conscient jusqu’à l’arrivée des secours.
A l’arrivée des secours, la victime ne présente pas de signes neurologiques et ne saigne pas. Sa pression sanguine est normale. L’absence d’hémorragie ou d’effondrement de la pression artérielle tient sans doute au fait qu’il se produit une rétraction élastique des artères et veines et que le corps étranger comprime les tissus.
Une fois la flèche sectionnée au niveau de son point de pénétration dans le mur, notre homme est transféré à l’hôpital. Le scanner ne révèle pas de lésion vasculaire (notamment des artères qui vascularisent la langue), ni de lésion cérébrale ou nerveuse. La flèche a traversé le plan de la ligne médiane de la face tout en épargnant cependant toutes les structures vitales de la tête et du cou.
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Elle n’a ainsi provoqué aucune lésion des artères linguales et des artères ethmoïdales assurant la vascularisation des fosses nasales. Le projectile a également épargné le sinus frontal droit, ne provoquant pas de fracture de sa paroi postérieure.
Comme le soulignent Xavier Dubernard et ses collègues chirurgiens et réanimateurs, la difficulté majeure dans un tel cas est la gestion des voies aériennes supérieures dans la mesure où la partie inférieure de la flèche se situe au milieu du cou et qu’elle descend très bas. Par ailleurs, l’ouverture de la bouche du patient est mécaniquement impossible.
En effet, la flèche qui a transpercé le plancher buccal a provoqué un trismus, une contraction musculaire involontaire et irréductible. Par ailleurs, une trachéotomie ne peut être réalisée car elle implique une anesthésie locale, un geste qui nécessite une totale coopération de la part du patient.
En outre, du fait du trajet de la flèche sur la ligne médiane, l’incision de la trachéotomie aurait due être réalisée latéralement, ce qui aurait exposé au risque de lésion vasculaire.
Chez ce patient conscient, une autre possibilité aurait été de réaliser une intubation endoscopique nasotrachéale, geste consistant à introduire par la narine une sonde que l’on place ensuite dans la trachée. Cette option n’a pas été retenue car l’exploration des fosses nasales et le scanner avaient préalablement montré que la flèche avait provoqué une déviation de la cloison nasale.
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Le patient, qui respire spontanément, reçoit un sédatif en salle d’opération. Les chirurgiens sectionnent rapidement les ailerons de la partie inférieure de la flèche et la retirent en la dirigeant vers le bas tandis que le patient reçoit de l’oxygène à haut débit au masque nasal.
Après le retrait de la flèche, le patient est immédiatement intubé. L’exploration de la cavité buccale ne révèle aucun saignement ou hématome, en particulier au niveau de la base de la langue. Le patient reste 48 heures en soins intensifs.
En 2016, un Américain de 31 ans avait eu la chance de remarquablement s’en sortir après s’être tiré une flèche d’arbalète dans la tête. La flèche, de 8,5 cm de long, avait traversé l’arrière des voies nasales (naso-pharynx). Elle avait pénétré une région située aux confins de la face et de la base du crâne (fosse ptérygopalatine) mais n’avait endommagé aucun élément vasculaire.
Le patient éveillé avait subi une trachéotomie avant que les chirurgiens ne retirent la flèche lors d’une intervention utilisant une approche dite mandibular swing, consistant à luxer la mandibule à l’extérieur puis à la repositionner. Les suites opératoires avaient été simples.
Enfin, en 2015, des chirurgiens du CHRU de Nancy ont rapporté le cas d’un patient de 37 ans souffrant de schizophrénie sévère qui s’était tiré une flèche d’arbalète dans la bouche lors d’une tentative de suicide.
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L'utilisation de l'arbalète ne se limite pas aux contextes tragiques. Dans le domaine scientifique, elle trouve des applications innovantes.
Un écouvillon planté au bout d’une longue perche souple tendue vers les dauphins depuis la proue d’un semi-rigide permet ainsi de prélever une petite quantité d’ADN issue de la peau. Cette technique est préférée aux prélèvements à l’arbalète qui extrait de la peau, des muscles et des graisses.
Certaines bactéries sont capables d’utiliser un complexe multi-protéique agissant comme une véritable arbalète pour sécréter des toxines et tuer leurs congénères. Nouvelles publications scientifiques, créations de laboratoires, annonces de prix... Certaines bactéries ont développé une structure contractile, appelée système de sécrétion de type VI, qui fonctionne en tout point comme une arbalète capable de décocher une micro-flèche létale dans des bactéries cibles avec lesquelles elles sont en compétition pour l’accès aux ressources de l’environnement.
Bacteria share their ecological niches with other microbes. The bacterial type VI secretion system is one of the key players in microbial competition, as well as being an important virulence determinant during bacterial infections. It assembles a nano-crossbow-like structure that propels an arrow made of a haemolysin co-regulated protein (Hcp) tube and a valine-glycine repeat protein G (VgrG) spike into the cytoplasm of the attacker cell and punctures the prey’s cell wall. The nano-crossbow is stably anchored to the cell envelope of the attacker by a membrane core complex.
L’objectif de ma thèse est de caractériser ce système, appelé Système de Sécrétion de Type VI, au niveau moléculaire : comprendre comment les sous-unités qui le composent interagissent entre elles, s’assemblent, recrutent les toxines et les sécrètent.
Les chercheurs ont identifié, chez une souche pathogène d'Escherichia coli, l'élément qui permet d'arrêter la polymérisation de la flèche. Cette nouvelle protéine, appelée TagA, sert également de loquet pour maintenir le ressort sous tension.
| Année | Âge du Patient | Localisation | Description | Issue |
|---|---|---|---|---|
| 2020 | 28 | France | Flèche tirée dans le menton, traversant le cou et le front. | Survie après intervention chirurgicale. |
| 2016 | 31 | États-Unis | Flèche traversant l'arrière des voies nasales. | Survie après trachéotomie et intervention chirurgicale. |
| 2015 | 37 | Nancy, France | Patient souffrant de schizophrénie tirant une flèche dans la bouche. | Information non spécifiée sur l'issue. |
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