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La décision de Lactalis de réduire sa collecte de lait a provoqué une onde de choc parmi les producteurs laitiers en France. L'annonce a été perçue comme une gifle, suscitant colère et inquiétude quant à l'avenir de nombreuses exploitations.

L'annonce Choc de Lactalis

La décision a été accueillie avec fracas, car personne ne l’avait vue venir. L’annonce de Lactalis de rogner sa collecte de 450 millions de litres de lait chaque année a été faite par un communiqué de presse. Un texte sans doute rédigé dans de très beaux bureaux par des gens qui n’ont pas enfilé une paire de bottes depuis un bail.

Dès 2025, le numéro un mondial du lait abandonnera 9 % de sa collecte annuelle. L’objectif ? Renoncer aux « excédents » qui servaient le marché à l’export et « mieux se recentrer sur les produits de grande consommation français, mieux valorisés ». Le géant de l’agroalimentaire estime notamment que ses produits tricolores sont « moins sujets aux aléas des marchés mondiaux » et donc plus sûrs.

Alors bien sûr, le groupe partage « une décision difficile ». Un moindre mot. Car les conséquences pourraient être catastrophiques pour la filière comme pour la nature. Dans la bouche de nombreux observateurs du milieu agricole, ce choix pourrait mettre en péril des milliers de fermes en France.

« Il y a des gens qui bossent pour Lactalis depuis quarante ans, qui leur livrent leur lait depuis plusieurs générations. Cette entreprise, c’était leur vie, ils avaient confiance en elle. Et là, on leur annonce qu’ils n’auront bientôt plus de contrat. Les éleveurs ne sont pas des numéros », s’agace Yohann Barbe.

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Les Conséquences pour les Éleveurs

L’annonce de Lactalis a été brutale : un coup de fil, pendant la traite, « vous faites partie du lot », se rappelle Christine Garnier, éleveuse en Meurthe-et-Moselle. « Il y avait un vent qui soufflait, on entendait dire qu’ils allaient diminuer leurs achats. Mais nous étions chez Lactalis depuis toujours ». « Cela nous a secoués, renchérit son mari Pascal. Nous sortions juste d’une période compliquée, avec nos vêlages groupés en fin d’été et la FCO qui nous a touché de plein fouet. Ajoutez à cela une mauvaise moisson... Pour moi, 2024 a été notre pire année ».

Leur fils projette de s'installer sur la ferme qui compte 65 vaches laitières et produit environ 400 000 litres de lait. Avec peut-être l'investissement dans un robot de traite. « Tout nous a semblé remis en question », se rappellent Christine et Pascal Garnier.

Dans son annonce, le géant du lait a déjà fait savoir quelles zones seraient ciblées par une réduction de la collecte : la Vendée, la Marne, la Haute-Saône ou encore les Vosges vont trinquer. « Que des territoires qui sont en déprise laitière, s’agace Yohann Barbe. Ils font exactement l’inverse de ce que l’on préconise. »

Sans garanties, les jeunes ne devraient pas non plus se presser pour reprendre des fermes sous contrat avec le géant laitier. « Et à chaque ferme qui va fermer, vous allez voir, on va tout charruer pour mettre des céréales », prévient le président de la Fédération nationale des producteurs de lait.

La Réaction de la Profession Agricole

Éleveur dans les Vosges, le président de la Fédération nationale des producteurs de lait (FNPL), antenne de la FNSEA, veut « tout faire » pour qu’aucun producteur « ne se retrouve au bord de la route ». Derrière cet engagement, la mission est colossale, car il va falloir trouver d’autres contrats dans d’autres laiteries ou d’autres débouchés. Mais surtout, elle pourrait conduire à une concentration encore plus forte des élevages laitiers dans certains secteurs. Tout l’inverse de ce que réclament les associations environnementales et les spécialistes de l’agronomie.

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Si l’agriculteur normand a décidé de prendre la parole dans ce dossier Lactalis, c’est aussi pour défendre tous ses collègues, réduits au silence par une clause de non-communication édicté dans le contrat entre le géant du lait et ses producteurs.

En clair, les éleveurs ne peuvent rien critiquer, sous peine de perdre leur contrat. « La France n’est qu’un petit pion dans l’empire Lactalis. Certains disent qu’ils veulent boycotter leurs marques. Mais en faisant ça, ce sont les éleveurs qu’ils pénalisent. Alors oui, certains pourront retrouver un contrat s’ils ont une laiterie en bas de chez eux. Mais les autres ? Les plus isolés ? », interroge Antoine Thibault, avant d’ajouter. « Le problème de Lactalis, c’est qu’ils se sont concentrés sur leurs produits comme les yaourts et les fromages sans investir pour trouver d’autres débouchés. »

Comme tous les observateurs avisés, l’éleveuse et le responsable de la FNPL craignent aussi que la baisse de la collecte annoncée par Lactalis ne cache en réalité une volonté de faire rentrer davantage de lait venu de l’étranger. Histoire de les incorporer dans certains produits comme le beurre, tout en arborant fièrement le drapeau français et la marque Président.

Lactalis et le Bio: Une Situation Paradoxale

Lactalis a annoncé l’arrêt de collecte en bio pour 26 éleveurs laitiers bretons. Fin septembre, Lactalis a contacté 26 producteurs de lait bio présents en Bretagne pour leur indiquer que leur collecte en bio ne sera plus assurée.

Cette annonce, qui intervient peu après l’annonce d’un plan de réduction de collecte de Lactalis sans précédent, a interpellé l’ensemble de la profession agricole bretonne. L’arrêt de collecte en bio des 26 éleveurs laitiers bretons aurait pour origine un arrêt d’un contrat de collecte passé avec un autre groupement laitier.

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Les producteurs concernés ont deux ans pour, soit retrouver un repreneur, soit décider de rester avec Lactalis, auquel cas ils seront collectés au prix du conventionnel. D’ici là, Lactalis s’engage à continuer à collecter les éleveurs au prix du lait bio.

Aujourd’hui, l’écart moyen annuel entre le prix du lait bio et le prix du lait conventionnel est d’environ 50 €/1 000 litres. Certains producteurs ont déjà des pistes pour trouver repreneurs, plusieurs transformateurs étant présents sur les zones concernées, tels que la Sill et Laïta.

Le géant laitier communique sur les difficultés de l’entreprise à valoriser le lait bio. Actuellement, 50 % de la collecte bio de Lactalis serait déclassée, c’est-à-dire valorisée comme du lait conventionnel. C’est plus que d’autres transformateurs laitiers français. D’après le Cniel, 40 % du lait bio serait aujourd’hui déclassé en France.

Bien que les deux annonces d’arrêt de collecte soient tombées à quelques jours d’écarts, elles ne semblent pas être directement liées. En effet, la réduction de la collecte de 450 millions de litres à l’horizon 2030 a pour origine un besoin de réduire la part de la production vendue sur le marché beurre-poudre, dont la valorisation trop faible ne permettrait pas à Lactalis de rémunérer à un juste prix les producteurs laitiers.

Cette annonce intervient alors que des signes positifs sont observés au niveau de la consommation. En effet, la consommation serait stabilisée depuis le début de l’année dans les magasins spécialisés. Du côté des GMS, le recul des ventes des produits laitiers bio n’est « que » de 5 % sur le 2e trimestre 2024, alors que la baisse des ventes atteignait 11 % en 2022 et 2023.

En revanche, du côté de la collecte, la situation est morose. En Bretagne, la collecte bio a reculé de 2 % sur la période de janvier-août 2024 par rapport à 2023. L’an dernier déjà, la collecte avait reculé de près de 5 % par rapport à 2022. Le nombre de producteurs collectés recule aussi, de 3 % en août 2024/2023. Notons que, sur le plan national, la situation est pire tant sur la collecte que sur le nombre de producteurs collectés (respectivement -4,3 % et -5,6 %).

Entre un retour progressif de la stabilité pour la consommation et une collecte toujours en recul, la filière laitière bio pourrait enfin retrouver un équilibre au cours de l’année 2025, mettant fin à quatre années de crise. Dans ce contexte, cette annonce de Lactalis semble anachronique.

L'Option Sodiaal: Une Lueur d'Espoir?

Finalement, après avoir assisté à des réunions organisés par leur OP, l'Apllage, les éleveurs ont repris espoir. « L'OP nous a bien accompagnés », affirment-ils.

Déjà collectés par Sodiaal dans le cadre d'un échange de collecte avec Lactalis, le couple décide de rejoindre la coopérative. « Ils avaient déjà nos résultats de qualité du lait, nous les intéressions car nous avions de bons taux, peu de cellules et aucun problème de butyriques, sur lesquels ils sont très stricts », explique Pascal Garnier.

« Finalement, c’est un mal pour un bien, confie-t-il aujourd'hui. Depuis quelques années, nous étions limités par le volume de notre tank de 3 200 l. A certaines périodes de l’année, il débordait. Lorsque nous demandions à le changer, Lactalis nous répondait que le local de notre laiterie était trop petit ».

Alors, après avoir signé chez Sodiaal, les éleveurs demandent à leur nouvelle coopérative s'il serait possible de remplacer leur tank par un plus grand. « Le technicien est venu dans la semaine. Il pouvait installer un tank de 4 200 l, il suffisait juste que nous changions le sens d’ouverture des portes. Une semaine plus tard, le tank était là.

Impact Environnemental et Concentration des Exploitations

S’ils sont critiqués pour leurs émissions de méthane, les ruminants ont aussi un impact positif sur la nature, notamment par le recours aux prairies enherbées, qui favorisent la biodiversité. Le problème, c’est quand elles sont trop concentrées, comme c’est le cas dans certains secteurs de Bretagne par exemple.

En France, le cheptel diminue doucement d’année en année. Mais en abandonnant les territoires les moins « rentables », le géant fera disparaître les petits au profit des plus gros. « Lactalis est un bandit. Ils nous ont clairement dit que leur objectif, c’était d’avoir le moins de points de collecte possible pour des questions de rentabilité. Ils encouragent à concentrer des élevages dans certaines zones qui sont déjà saturées », s’agace Charlotte Kerglonou.

Éleveuse bio en Ille-et-Vilaine, la porte-parole de la Confédération paysanne milite quant à elle pour « mieux répartir et moins concentrer » l’élevage. « Quand les fermes deviennent trop grosses, on sait que cela devient compliqué de mettre les vaches à l’herbe dehors. Ce n’est pas ce vers quoi il faut tendre selon nous. »

Les Marques de Lactalis

Véritable empire de l’agroalimentaire, l’entreprise commercialise notamment les marques Bridel ou Lactel que vous connaissez mieux à travers le camembert Président, le roquefort Société ou la mozzarella Galbani. En 2022, elle pesait plus de 28 milliards d’euros de chiffre d’affaires.

Lors des négociations autour de la loi Egalim, le groupe Lactalis avait été le premier à s’opposer à ce texte censé protéger les producteurs. Depuis des années, le groupe basé en Mayenne lutte également contre la création d’un logo dédié aux produits laitiers français.

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