L'histoire de l'ancien dépôt de munitions de Guînes est riche et complexe, marquée par les guerres et les transformations du territoire. Les traces matérielles s’effacent de jour en jour, et il est important de se souvenir de ces lieux chargés d'histoire.
Dans ce petit coin reculé, on a passé les débuts de la guerre dans l’angoisse et l’incertitude, n’en connaissant que les bruits lointains, entrecoupés de longs silences, que les passages de réfugiés, les cantonnements de troupes. Nul n’oubliera ces jours, heureusement sans pareils, où isolés du monde, sans lettres, sans journaux, nous entendions jour et nuit, de quart d’heure en quart d’heure, passer les trains qui portaient nos soldats sur l’Yser.
Au début de 1916, alors que le ministre belge allait commencer sa seconde année de séjour, en me promenant au bord de la rivière d’Aa, j’aperçus des soldats de l’armée britannique qui plantaient des piquets, mesuraient des distances et prenaient des niveaux. Il ne me cacha pas que l’on commençait l’installation d’un grand camp de munitions. Elle devenait d’ailleurs d’autant plus urgente qu’en ces jours-là même, une torpille allemande avait eu le bonheur de faire sauter le dépôt de munitions qui existait à cinq kilomètres de là, à Audruicq dans le Pas de Calais. C’avait été une terrible chose : un matin à cinq heures, (le 21 Juillet) les explosions avaient commencé, et pendant douze heures elles n’avaient pas cessé.
Le choix du lieu était définitif pour le camp anglais, malgré l’humidité du sol, et diverses difficultés. Ce qui le fixait c’était la disposition des canaux, à ce poste du Weez, où le canal venant de Calais débouche dans l’Aa, offrant au point de jonction, une largeur qui rend possible la manoeuvre des bâteaux. Le port fut établi en un grand appontement de planches sur une longueur de huit cents mètres environ ; et à partir de cette façade le camp prit un développement rapide et incroyable.
Le camp consistait donc en un certain nombre de vastes hangars en béton armé recouverts de sacs à terre, disposés à 300 mètres environ les uns des autres, sur des voies ferrées en étoile, rayonnant toutes au départ, d’un point central, et reliées en dehors par une vaste voie circulaire qui enveloppait tous les rayons de. Il englobait des demeures, des champs, des fermes entières, qui continuèrent tant bien que mal à être cultivées. Sur les bords de l’Aa, sous les fenêtres de ma demeure, trente grues à vapeur et six voies assuraient le service du quai. Là abordaient et se déchargeaient en permanence d’énormes péniches de munitions de guerre de matériel et de charbon. Du port, les voies s’en allaient à travers champs vers les hangars de béton armé que j’ai dits.
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Le premier contingent militaire était composé de canadiens. Quant aux travailleurs ils furent assez longtemps des Basutos du Sud de l’Afrique, superbes nègres, vigoureux et joyeux. Ensuite vinrent des Chinois, recrutés par engagement dans le Nord de la Chine. Les principales constructions s’élevèrent en plusieurs groupes : Sur les bords de l’Aa près de Weez, ensuite des deux côtés de la route départementale. C’est là notamment que fut le camp chinois, décoré bizarrement d’ornements divers, sculptures, peintures et sur le sol mosaïques de gros cailloux en caractères chinois.
Le travail et l’activité y furent admirables, surtout sous le commandement du général anglais R. C. Lawrence. Rien de plus zélé et de plus intelligent que ce chef sans pareil. J’ajoute : rien de plus courtois, de plus attentif aux intérêts des populations parmi lesquelles il lui fallait faire vivre son énorme organisation. Son nom est resté bien connu et presque populaire dans ce coin de pays où sa bonté s’est manifestée envers tous. On admirait sa prodigieuse activité.
Le dommage était grand. Le camp comprenait des fermes petites et grandes, des maisons, des bâtiments ruraux. Une partie des terres étaient naturellement occupée par les bâtiments du camp et ses voies de fer ; et quelles terres ! Les meilleures de France et cultivées par les meilleurs cultivateurs. Le chef du camp s’était vite aperçu de la haute qualité morale des habitants du camp : Je m’étais d’ailleurs efforcé de l’en convaincre. Si le camp avait à craindre le passage de vagabonds suspects, capables d’incendie ou d’espionnage, nuls ne pouvaient mieux le défendre que les vieux habitants du pays.
Les officiers anglais prenaient soin d’organiser des distractions pour leurs hommes. Il y avait aussi une grande salle de spectacle sur la grand route, près du cabaret La Fleur des Champs, où j’ai assisté à un vrai concert donné par des chanteurs et chanteuses de Londres.
L’ennemi eut vite fait de repérer Zenneghem. Je puis dire que depuis 1917 jusqu’à l’armistice en 1918, il n’y eut pas une nuit de lune sans une torpillade échevelée, et un vacarme sans nom, décuplé par le concert des batteries contre avions, dans des tons et des sonorités variées et invraisemblables. A Zenneghem, des centaines de torpilles n’ont détruit en tout qu’une grange ; et comme résultat utile un seul hangar à munitions a été atteint et a fait explosion. Le reste est tombé dans les champs.
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Aux premières torpilles, les Chinois avaient pris peur, et grand peur. Une nuit, ils avaient trouvé moyen de défoncer les clotures de leurs camps et s’étaient répandus par bandes dans toute la contrée, recherchés les jours suivants par les troupes anglaises. Mais je garde aux chinois un souvenir particulier. Ce souvenir n’est pas mauvais. Oui ! Je sais : il y a eu des horreurs ; il y a eu un traître assassinat dans mon village même. Mais laissez-moi être optimiste.
Certes avant 1939, encadrés par des Sous-officiers d'activé du 110e Régiment d'Infanterie, les jeunes guînois volontaires pour la préparation militaire venaient au local de la patriote sis rue du Marais. Ils avaient aussi dans leur instruction, le tir aux fusils de Guerre d'alors, Lebel et Mousqueton du calibre 8 mm. Il y avait aussi à Guînes, une société de tir " la carabine guînoise équipée de carabine 6 mm !
Le stand était quelque peu rudimentaire puisque l'on tirait sur les murs mêmes du local, murs protégés par de grandes plaques de blindage résistant sans mal aux faibles plombs des 6 mm. Le responsable en était Mr Régniez horloger Place des Tilleuls. Comme dans toute la France (battue et occupée, les sociétés de tir disparaîtront, les stands serviront à l'Armée Allemande.
Instructeur Militaire de Janvier 1946, je fus comblé au point de vue armes et munitions. Par l'armée d'abord qui munissait chaque jeune prémilitaire d'une arme de guerre Mauser ou Enfield, une mitrailleuse MG 42 ou un FM 24-29 par groupe de 10 élèves. Quant aux munitions, nous n'en avions que faire ! En retraitant assez précipitamment les Allemands abandonnèrent des stocks multiples d'armes et de munitions. Tout le monde en possédait !
Pendant plusieurs années, j'ai organisé à la ducasse de Guînes, des concours de tir, à l'arme de guerre dans un stand que les Allemands avaient installé dans un chemin creux pour des tirs à 100 m. J'organiserai aussi des concours de tir (dits de Noël, de Pâques, de 14 Juillet etc.), dans notre vieux local Arthur Ledent, impasse du Marais où avec les " carabines " de la Préparation Militaire, les " Mauser 45 " fabriquées obligatoirement par l'Allemagne pour la France au titre des dommages de guerre.
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Cet engouement pour le tir ne m'échappait pas. Le comité de la carabine guînoise passé sous l'égide de la Patriote, m'autorisa à présenter au MRU de Calais, une demande officielle de dommages de guerre ! Notre trésorier Emile Pihen perçut ainsi le 22 Août 1950, 3 titres de 21 000 F de l'époque !
En 2017 et 2018, les archéologues du Pas-de-Calais ont mené deux opérations de diagnostic archéologique sur 151 des 309 hectares de l’ancienne base aérienne 103 se situant sur les communes d’Epinoy, Sauchy-Lestrée, Haynecourt et Sancourt. Ces opérations d’archéologie préventive précèdent un projet E-Valley visant à la création du plus grand parc E-logistique d’Europe.
En août 1914, l’armée allemande occupe la ville de Cambrai et les communs alentours. En février 1917, le terrain d’Épinoy est converti en aérodrome pour accueillir la Jasta 12 (une escadrille aéronautique allemande). En août 1918, La 13ième Wing de la Royal Air Force bombarde avec succès les hangars, le dépôt d’essence et de nombreux appareils.
Pendant la Grande Guerre, le Pas-de-Calais représente, « du point de vue logistique […], un entrepôt doublé d’une usine et d’un hôpital2 » pour les Britanniques. Ils y ont installé deux camps retranchés, à Boulogne et Calais, et un vaste camp d’entraînement, de repos et de transit à Étaples, ainsi que de très nombreux dépôts de matériels, de vivres et de munitions, outre des hôpitaux destinés à recevoir des milliers de blessés. C’est dans ce contexte qu’à partir de 1917, la Grande-Bretagne fait appel, entre autres, à des travailleurs chinois, pour les manutentions dans les bases et les dépôts de l’armée, ainsi que dans l’entretien des infrastructures de transport.
Une vingtaine de camps peuvent être identifiés à la fin de la guerre dans le Pas-de-Calais. Des détachements plus modestes ont sans doute également été constitués ailleurs, parfois de manière provisoire, pour des travaux ponctuels, notamment après 1918. La difficulté de retrouver la trace de tous les camps du CLC est due au fait que certains d’entre eux sont des antennes.
À leur arrivée en France, les compagnies de travailleurs chinois ont d’abord été mêlées à des unités de diverses nationalités, avant d’être regroupées dans des camps spécifiques, comme pour les autres contingents de soldats et de travailleurs des armées britanniques et françaises. C’est aussi un aspect de la militarisation effective de ces volontaires chinois. Les plus grands camps, constitués de tentes ou de baraques, peuvent héberger jusqu’à 3 000 travailleurs, mais les effectifs varient dans le temps et dans l’espace.
Ces travailleurs exercent des tâches de manutention, de terrassement ou de services, plus rarement de métiers requérant des compétences techniques. De nombreuses photographies représentent des Chinois effectuant des travaux de manœuvres ou de pionniers : ils entretiennent et construisent des voies ferrées, réparent les routes endommagées par le passage fréquent de convois militaires ou par les bombardements. À proximité du front, ils creusent des tranchées, voire des tombes pour les morts qu’ils aident à ensevelir. Après la guerre, ils sont encore sollicités pour l’exhumation de corps, la réalisation de cimetières militaires, le nettoyage et le comblement des tranchées.
Les conditions de vie des travailleurs sont rudimentaires au début, le temps d’organiser leur installation. À Calais, leur camp est dressé dans les dunes du Petit Courgain ; à Wimereux, ils campent sur des terrains humides et marécageux, tandis que les installations sanitaires et les blanchisseries n’existent pas ou sont sommaires. Les travailleurs manquent de chaussures et de manteaux au début de l’hiver 1917-1918. Les moments de repos, inexistants durant les premiers mois car non prévus dans les contrats de travail, n’excèdent pas une demi-journée par semaine ou un jour chômé par quinzaine, à partir de l’automne 1917, après intervention de l’ambassadeur de Chine à Londres.
Les tâches à accomplir sont éprouvantes, voire dangereuses, tant à cause du travail lui-même que des circonstances de la guerre. Cette dangerosité explique l’importance des accidents mortels dont des dizaines de Chinois ont été victimes. Les fortes concentrations d’hommes et de matériels dans le Pas-de-Calais attirent par ailleurs les bombardements aériens allemands, de plus en plus fréquents au cours des hostilités, du fait des progrès de l’aviation militaire, mais aussi de la proximité du front. Ces raids destructeurs font des victimes dans la population civile, ainsi que parmi les travailleurs coloniaux et étrangers, désormais directement exposés à la violence de la guerre.
Les éprouvantes conditions de vie et de travail associées aux dangers de la guerre expliquent l’existence de refus d’obéissance ou de « mutineries », selon le terme consacré par les autorités militaires. Ce sont parfois de simples grèves, comme à l’aciérie Firminy de Leffrinckoucke (Nord), en juillet puis septembre 1917. La plus importante révolte s’est déroulée à Boulogne, dans le prolongement de la mutinerie des soldats de la base d’Étaples du 9 au 15 septembre 1917.
| Nom du Camp | Description |
|---|---|
| Boulogne | Base logistique britannique importante |
| Calais | Annexe de la base de Boulogne |
| Étaples | Vaste camp d'entraînement, de repos et de transit |
| Ruminghem | État-major du 11e Labour Group et un hôpital pour les Chinois |
| Saint-Étienne-au-Mont | Implantation du Native Labour General Hospital no 2 |
L'ancien dépôt de munitions de Guînes et les camps environnants témoignent d'une période cruciale de l'histoire, marquée par les conflits mondiaux et les contributions diverses des populations locales et étrangères. Il est essentiel de préserver la mémoire de ces lieux pour les générations futures.
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