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En France, l'étude scientifique du gibier est devenue une composante essentielle de la gestion de la faune sauvage. Les acteurs de la chasse, notamment les fédérations de chasseurs, jouent un rôle de plus en plus important dans la collecte de données et le soutien à la recherche scientifique.

Le rôle des fédérations de chasseurs

Les fédérations des chasseurs ont considérablement renforcé leurs équipes en recrutant des techniciens diplômés en gestion de la faune sauvage, ainsi que des ingénieurs et des scientifiques. Ces professionnels épaulent les scientifiques de l’ancien Office National de la Chasse et initient de nombreuses études en collaboration avec les universités régionales.

La Fédération Nationale des Chasseurs (FNC) s'appuie sur les compétences de ses scientifiques et sur les experts du Pôle National Scientifique (PNAS). Depuis 2007, la FNC a investi massivement dans des projets techniques et scientifiques, témoignant de son engagement envers la recherche.

L'abondant matériel biologique, propriété des fédérations de chasseurs, est valorisé grâce à des partenariats avec le monde académique. La Fédération Nationale des Chasseurs a entrepris le séquençage à haut débit d'espèces d'oiseaux chassables, en partenariat avec le génoscope d'Evry (CEA). Ce travail de longue haleine a commencé pour une liste d'oiseaux.

Technologies et méthodes d'étude

La technologie GPS est un outil précieux pour étudier l'utilisation du paysage par les espèces sédentaires. Elle permet de déterminer quels habitats sont privilégiés, pour quelles activités et à quel moment.

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La FNC fait partie de plusieurs réseaux de surveillance sanitaire de la faune sauvage, tels que SAGIR et SYLVATUB. La collecte d'échantillons biologiques par les chasseurs et les techniciens des fédérations départementales contribue aux travaux de suivi des épidémies.

Outre ces réseaux, les associations cynégétiques ont depuis longtemps structuré la récolte d'ailes d'oiseaux pour établir des statistiques annuelles de paramètres démographiques de populations tels que les proportions de classes d'âges ou de sexe.

La FNC promeut l'émergence de nouvelles technologies d'acquisition de données pour la connaissance des espèces sauvages.

La base de données scientifique nationale

La base de données scientifique nationale, initiée en 2021, comprend près de 30 protocoles mis à disposition des Fédérations. Elle contient déjà plus de 6 millions de lignes, ce qui en fait un outil précieux pour la recherche et la gestion du gibier.

L'équilibre forêt-gibier

L'équilibre entre la forêt et les grands ongulés (cerfs, chevreuils, sangliers...) est une thématique cruciale, comme l'a souligné le webinaire organisé par le comité des forêts le 9 février 2023. Un surnombre de grands ongulés peut compromettre la croissance et le renouvellement de la forêt en consommant les jeunes arbres et les semis. Entre incendies, dépérissements, scolytes, chalarose, stress hydrique, les forêts souffrent du changement climatique.

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Pour agir, les propriétaires et gestionnaires d'espaces naturels doivent réunir autour de la table forestiers, chasseurs, experts, naturalistes… Objectif ? Etablir un diagnostic de la situation. Un exemple évoqué lors de ce webinaire : la forêt domaniale d’Ecouves.

La principale difficulté réside dans l'impossibilité de connaître le nombre exact d'animaux sauvages en forêt ainsi que leur taux de reproduction. D'autant plus que ces derniers ne connaissent pas les limites de propriété, des parcelles, ni des sociétés de chasse.

La gestion adaptative, qui consiste à objectiver la connaissance de la faune sauvage par des protocoles précis et scientifiques, est essentielle. Un suivi rigoureux des populations de grands ongulés est également indispensable, comme le démontre l'exemple du Domaine du Bois Landry, un espace naturel géré de manière exemplaire.

Pour ces spécialistes, pas d’équilibre forêt-gibier sans réalisation des plans de chasse. Obligatoires depuis 1978 et fixés par la préfecture après avis de la commission départementale de la chasse et de la faune sauvage, ces plans attribuent notamment sur un territoire un quota d’espèces à prélever pour garantir une bonne gestion des équilibres naturels et pour l’agriculture et la sylviculture.

Dans un massif, les zones peu chassées sont celles où les animaux se réfugient, créant ainsi un « effet réserve ».

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Pour le Domaine du Bois Landry et l’Ecole et Domaine de Belval, les chasseurs doivent adopter des modes de chasse plus sécuritaires et efficaces. Par exemple, la traque-affût. Cette dernière consiste notamment à placer des chasseurs sur des miradors - en hauteur - à des distances très éloignées l’un de l’autre (réduction quasiment totale du risque de tir collatéral). Il est demandé aux chasseurs postés de tirer sur des animaux arrêtés ou au pas, ce qui permet à la fois une plus grande efficacité de tir, moins des balles tirées, donc moins de bruit et surtout beaucoup moins d’animaux blessés.

Enfin, la formation doit être assurée tout au long de la vie du chasseur.

Gestion des populations de sangliers

Autrefois rare, le sanglier est aujourd’hui considéré comme un nuisible qu’on pourchasse sans relâche. L’écologue Raphaël Mathevet explique comment les populations de sangliers ont été développées à partir des années 1970.

À l’échelle nationale, on décompte un peu plus de 800 000 individus abattus en 2021, contre 35 000 environ au début des années 1970 - soit 20 fois plus. Sur cette base, on estime que la population de sangliers pourrait compter aujourd’hui plus d’1 million d’individus.

La disparition des prédateurs, le recul des espaces agricoles et le changement climatique sont autant de facteurs qui expliquent cette prolifération. Mais l’événement majeur, c’est la modernisation de l’agriculture.

Pour augmenter la capacité reproductive des populations de sangliers, on a encouragé l’hybridation de sangliers mâles avec des porcs domestiques femelles - produisant ce qu’on appelle communément des « cochongliers ».

Les dégâts agricoles totalisent 35 millions d’euros par an. Les cultures les plus touchées sont les champs de maïs ou de céréales. Les sangliers posent aussi problème aux éleveurs car ils retournent la terre des prairies où pâturent les bovins. Sans oublier les jardins saccagés en milieu périurbain... Il faut ajouter à cela près de 30 000 collisions routières.

Depuis 2009, le nourrissage des sangliers est théoriquement interdit, de même que l’élevage à des fins de lâchers dans la nature. Mais dans les faits, ces pratiques n’ont pas disparu et il y a encore beaucoup de tolérance dans certaines régions...

Aujourd'hui, on demande aux chasseurs de « réguler », c’est-à-dire d’abattre un maximum d’animaux, vieux, jeunes, mâles, femelles... De nombreuses dérogations sont en effet accordées, qui permettent de le traquer jusqu’à 10 mois sur 12 dans les départements les plus problématiques.

Le déséquilibre forêt-ongulés et ses conséquences

Le niveau d’équilibre n’est plus jugé satisfaisant que sur 45% de la surface des forêts domaniales, contre 50% en 2021 et 61% en 2018. Cette évolution ne répond pas à l’objectif de réduire de moitié les situations de déséquilibre sur cinq ans et du besoin de restaurer les équilibres forêt-ongulés comme condition de réussite de la stratégie d’adaptation des forêts au changement climatique.

En février 2024, la Fédération nationale des chasseurs (FNC) et l’ONF ont conclu un accord global national relatif à la gestion des grands ongulés dans les forêts domaniales afin de favoriser l’équilibre forêt-ongulés.

Ce déséquilibre nuit aussi à la faune en forêt. Il faut enfin ajouter les dommages collatéraux pour la filière forêt-bois, qui représente aujourd’hui en France 400 000 emplois locaux non délocalisables.

Face à ces constats alarmants, trois grands types d’actions sont menées par les forestiers pour garantir une gestion durable des forêts, conformément aux missions attribuées par l’Etat à l’ONF.

  • Travailler avec les locataires de chasse.
  • Mettre en place des enclos/exclos pour suivre l’impact des cerfs, biches, chevreuils et sangliers sur les régénérations.
  • Au pire, clôturer pour mieux protéger les jeunes arbres.

À l’heure où le changement climatique affecte les forêts et compromet leur renouvellement, l’équilibre sylvocynégétique est plus que jamais une priorité et repose sur un partenariat solide entre les forestiers et les chasseurs.

L’année 2024 était celle du bilan triennal des baux de chasse en forêt domaniale (contrat définissant les conditions d’exercice du droit de chasser). Cette troisième échéance triennale, pour les baux conclus en 2016, a permis d’actualiser les contrats qui définissent les objectifs cynégétiques et sylvicoles de chaque lot.

Le cerf occupait plus de 49% des surfaces boisées en 2019 contre 25% en 1985, selon l’Office français de la biodiversité (OFB).

Selon l’article L.121-1 du Code forestier, "l’Etat veille (…) à la régénération des peuplements forestiers dans des conditions satisfaisantes d’équilibre sylvo-cynégétique".

L'équilibre écologique forestier s'est vu profondément modifié sous la pression anthropique liée aux morcellements des forêts et à l'exploitation forestière notamment. En éliminant en outre les prédateurs naturels jugés dangereux, comme les loups, les ours ou les lynx, l'Homme a favorisé le développement des grands gibiers tels que les sangliers et les grands cervidés.

En devenant le lieu privilégié d'alimentation des grands gibiers, a fortiori en cette année de disette de glands, les champs, notamment de maïs, jouxtant les bois peuvent faire l'objet de destructions régulières.

Il faut tout de même savoir que les populations d'ongulés ne se multiplient pas de façon anarchique dans la nature et s'autorégulent en fonction de la nourriture disponible dans leur environnement. Les pullulations de sangliers sont duses à plusieurs facteurs: l'agrainage par les chasseurs, l'enrésinement massif des forêts et la multriplication des cônes dont ils se nourrissent.

Évolution du nombre de prélèvements de gibier dans les Pyrénées-Orientales (1974-2014)
Espèce Tendance
Sangliers Plus ou moins stable, avec des pics
Cerfs Augmentation considérable
Chevreuils Augmentation considérable

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