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La louange languit auprès des grands noms, mais aussi auprès des grandes choses. C'est par « la seule simplicité d'un récit fidèle » qu'on peut se flatter de ne pas trop les diminuer.

Ces grandes et belles choses accomplies par la brigade des fusiliers marins, le public, hier encore, les ignorait. Elles dormaient sous un amas confus de notes, de communiqués, de lettres de service, de schémas d'opérations, de correspondances particulières et d'articles de journaux. Ce n'était pas une petite entreprise d'y porter la lumière, - la discrète lumière qu'autorise dame Censure.

Tout parait simple, aisé, à qui les faits se présentent dans leur ordre logique et avec leur enchaînement régulier. L'historien qui « opère » sur une matière neuve sait ce qu'il en coûte pour y introduire ou, plutôt, y rétablir cet ordre et cet enchaînement. Et, avant de faire la philosophie de l'histoire, il faut commencer par écrire l'histoire.

On ne s'étonnera donc pas outre mesure de ne trouver ici que des considérations en rapport direct avec les événements. Les faits nous ont plus occupé que les idées. Et, en définitive, rien n'est perdu, puisque ce sont des matériaux tout préparés pour l'établissement de cette mystique de la guerre que le sombre génie de Joseph de Maistre avait entrevue, dont Vigny avait montré les effets en certaines âmes et qui sera demain notre religion nationale.

On sent bien qu'un effort aussi rude, une tension aussi prolongée, un sacrifice aussi entier que ceux qui ont été demandés à la poignée d' hommes que voici, n'ont pu être obtenus par des moyens ordinaires. Il y a fallu un pacte spécial, un état de grâce particulier: le miracle n'était possible qu'au prix d'une étroite communion et, pour employer le mot propre, d'une véritable fraternité spirituelle entre la troupe et le commandement.

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Si cette fraternité s'est observée dans toutes nos armées et sur presque tous les champs de bataille au cours de la lutte actuelle, peut-être ne fut-elle jamais aussi absolue que chez les fusiliers marins. Ils y étaient préparés sans doute. La mer est un champ de bataille perpétuel et l'on ne se sent guère moins à l'étroit sur un navire que dans une tranchée.

La communauté du danger crée rapidement celle des cœurs : pourrait-on concevoir autrement que les plus indépendants, les plus individualistes des hommes, transportés à bord, en soient les plus disciplinés ? C'est le cas des Bretons. A Dixmude, encadrés par leurs officiers, gardant, avec l'habit, le langage et l'àme de leur profession, ils restaient encore marins.

Il y avait d'ailleurs à côté d'eux des inscrits de tous nos quartiers maritimes, de Bayonne, de Toulon, de Dunkerque, etc. Et le bataillon du commandant de Sainte-Marie, formé à Cherbourg, contenait même un assez joli lot de natifs des Batignolles. J'ai eu l'occasion de m'entretenir avec trois ou quatre de ces" Parigots" : je ne conseillerais à personne de « blaguer » devant eux leurs officiers.

Et il est vrai que, de ces officiers, si peu demeurent que la plaisanterie, huit fois sur dix, risquerait de ne frapper qu'une ombre. Les mots les plus profonds, les plus tendres, que j'ai entendus sur le lieutenant de vaisseau Martin des Pallières m'ont été dits par un fusilier de la rue des Martyrs, Georges Delaballe, qui faisait le coup de feu avec lui devant le cimetière, la nuit où ses mitrailleuses encrassées ne jouaient plus et où cinq cents Allemands, conduits par un major qui portait le brassard de la CroixRouge, se jetèrent à l'improviste sur nos tranchées.

- Mais pourquoi l'aimiez-vous tant? lui demandai-je. - Je ne sais pas. On l'aimait parce qu'il était brave et qu'il avait toujours le mot pour rire, mais surtout parce qu'il nous aimait.

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Voilà le secret de cette emprise extraordinaire des officiers sur leurs hommes, l'explication du miracle de cette résistance de quatre semaines, à un contre six, sous la plus formidable dégelée d'obus de tous les calibres qui ait arrosé une position, dans une ville littéralement déchiquetée, dont tous les immeubles flambaient et où, suivant le mot d'un correspondant du Daily Telegraph, il ne faisait plus ni nuit, ni jour i « il faisait rouge ».

Quand les Boches eurent assassiné le commandant Jeanniot, ses hommes furent comme fous. Ils n'auraient pas pleuré davantage un père. On me communiquait récemment la lettre d'un petit Breton, Jules Cavan, blessé à Dixmude, soigné dans un hôpital de Bordeaux et qu'étaient venus voir les parents de l'enseigne Gautier, tué le 27 octobre dans les tranchées du cimetière.

« Cher Monsieur, écrivait-il le lendemain à M. Dalché de Desplanels, vous ne pouvez vous douter combien votre visite m'avait pris au cœur. Le 19 octobre, alors que mon bataillon était à l'offensive, à Lannes, à trois kilomètres de Dixmude, je fus blessé à la cuisse par une balle. Je me suis traîné, comme j'ai pu, sur le champ de bataille, les balles tombant toujours à mes côtés. Je fis environ cinq cents mètres sur le champ de bataille et je gagnai la route. C'est à ce moment que le lieutenant Gautier, m'apercevant dans le fossé, alors qu'il venait avec une section vers moi, me demanda : « Eh bien, petit! qu'est-ce que tu as? - Oh! lieutenant, je suis blessé à la jambe, et je ne peux pas me traîner. - Tiens, monte sur mon dos ! » Et il me porta dans une maison à Lannes, et il me dit ces mots, dont je me rappellerai toujours :a Reste là, petit, d'ici qu'on vienne te chercher. Je vais faire prévenir les autos-ambulances. » Puis il repartit au feu. Oh ! le brave homme ! »

Le brave homme! Jules Cavan fait écho à, Georges DelabaUe, le Breton au Parigot. Chez tous deux, c'est le même timbre cordiaL Et parfois, je me demande, penché sur ces ombres héroïques, lesquels furent les plus admirables, des officiers ou des marins?

Quand l'enseigne Gautier reçoit l'ordre de remplacer le lieutenant de vaisseau des Pallières, enseveli par un obus dans la tranchée du cimetière où était déjà tombé le lieutenant Eno, il lit clairement dans son destin; il dit : « C'est mon tour. » Et il sourit à la mort qui lui fait signe.

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Mais je sais une circonstance où, la mort ne voulant pas d'eux, des fusiliers la provoquèrent ; où, après s'être battus jusqu'à épuisement de leurs cartouches, cernés de toutes parts, ne restant plus que quinze avec leur capitaine, celui-ci, pris de pitié et sentant l'inutilité d'une plus longue résistance, dit à ses hommes : « Mes pauvres enfants, vous avez fait votre devoir. Il n'y a plus qu'à se rendre. » Et, pour la première fois, désobéissant à leur capitaine, ils répondirent : « Non! »

Rien ne montre mieux, à mon sens, le degré d'exaltation sublime, de complet oubli de soi, où nos officiers avaient porté le moral de leurs hommes. Tels étaient les élèves qu'avaient formés ces maîtres d' héroïsme que souvent leurs élèves les surpassaient.

Il y avait, il y a encore à l'hôpital de Trouville, un jeune marin breton du nom de Michel Folgoas. Sa blessure est une des plus effroyables qu'on ait vues; il a eu tout un côté du corps raboté par un obus, qui tua, le 2 novembre, près de lui, un de ses camarades de tranchée. « Moi, explique-t-il dans une lettre, sur le coup j'ai été étourdi. Je suis revenu à moi et j'ai fait trois cents mètres sans savoir que j'étais blessé. Il a fallu que les frères me disent : CI Mon Dieu! On t'a enlevé la moitié! » - Et c'était vrai.

Va-t-il gémir, crier? Il plaisante : CI Comme les Boches y z'avaient faim, ils m'ont pris un bifteck dans le côté, mais c'est pas gênant, du moment qu'ils ne m'ont pas tout pris. » Tirez ce Michel Folgoas à six mille exemplaires : vous aurez la brigade.

Cet enfer de Dixmude est un enfer où l'on ne s'en fait pas , suivant le mot des Parisiens. Et les battues de lapins, la chasse aux lièvres roux d'Allemagne qui détalent devant l'armée d'invasion, les corridas de muerte où nos Mokos ne craignent personne pour estoquer à la baïonnette quelque pacifique bœuf flamand abandonné de ses propriétaires, des équipées moins recommandables et, d'ailleurs, sévèrement réprimées, dans les sous-sols des estaminets de Dixmude, certaine histoire de gueuz-lambick où l'on voit, en plein jour, par les canaux, deux Bretons ramener triomphalement à la godille, sous un harnachement de gendarmes belges, un tonneau de bière forte déniché Dieu sait où, au temps où la brigade, officiers compris, n'avait pour toute boisson que l'eau saumâtre de l' Yser.

- cent et une fariboles du même genre, qui feront plus tard la joie des veillées, attestent que Jean Gouin (ou Le Gwenn, Jean-le-Blanc), comme s'appellent entre eux les marins, ne perdait pas complètement le nord au milieu des pires vicissitudes.

Une épopée donc, si l'on veut, ou, comme le proposait M. Victor Giraud, une « geste » française, telle fut Dixmude, mais une geste où rhéroïsme n'a rien de roide ni de compassé, où le naturel de l' homme de mer reprend à tout instant le dessus, où il y a du tonnerre, des éclairs, de la pluie, de la boue, du froid, des pattes, des shrapnells, des marmites, des écrabouillements - et toute la jeune gaieté de la race.

Et cette épopée ne se termine pas à Dixmude; la brigade n'est pas restée Parme du pied après le 10 novembre. Reconstituée par les dépôts, maintenue. à l'effectif de deux régiments, elle connut d'autres fastes. Ypres et Saint-Georges la virent charger les bandes du prince Ruprecht après celles du duc de Wurtemberg.

Dixmude n'est que le premier panneau du tryptique : sur l'ogive rompue de la noire capitale des Communiers, sur les fonds livides du plat pays nieuportais, la brigade, deux fois encore, inscrivit sa silhouette d'ouragan. Mais, à Ypres et à Saint-Georges, les marins avaient derrière eux le gros des forces anglo-françaises; à Dixmude, jusqu'au 4 novembre, ils opéraient en enfants perdus. Et c'était le sort des deux Flandres qu'ils tenaient dans leurs mains.

Un des combattants de Dixmude, le lieutenant de vaisseau Georges Hébert, a pu dire que les fusiliers avaient gagné là a mieux qu'une bataille navale". Je ne reproche à cette déclaration que sa modestie. Dixmude, ce sont nos Thermopyles du Nord, comme le Grand-Couronné de Nancy fut nos Thermopyles de l'Est; les fusiliers ont été le premier et le plus solide élément de la longue défensive triomphante qui portera un jour-le nom de victoire de l'Yser, - victoire plus disputée et, si l'on veut, moins rayonnante que la victoire de la Marne, mais qui n'aura pas développé des conséquences moins heureuses.

On prête au généralissime un mot que lui-même a peut-être été tout surpris d'avoir à prononcer: - Vous êtes, aurait-il dit aux fusiliers, mes meilleurs fantassins. Arrêtons-nous sur ce mot si simple, tout militaire et qui vaut les plus belles harangues. La brigade en restera éternellement marquée. La 7e en restera éternellement décorée.

Vers Gand

Le 8 octobre au matin, dans la grisaille du petit jour, deux trains régimentaires se croisaient en gare de Thourout. L'un de ces trains contenait des carabiniers belges; son vis-à-vis, des fusiliers marins. D'une rame à l'autre on s'interpellait. Les carabiniers agitaient leur petit bonnet de police à liséré jaune et criaient : Il Vive la France ! » Les marins ripostaient par des vivats en l'honneur de la Belgique.

- Où allez-vous? demanda un officier belge. - A Anvers. Et vous? - En France. Il expliqua que les carabiniers étaient des recrues de la Campine qu'on dirigeait vers nos lignes, pour compléter leur instruction. - Vous les formerez vite, hein? dit un marin à l'officier.

Les sources utilisées pour établir cette relation sont diverses : communiqués officiels, rapports français et étrangers, etc. Mais la majeure partie de nos renseignements nous viennent de correspondances privées, rassemblées par M. de Thézac, le modeste et zélé fondateur des Abris du marin, de carnets de route obligatoirement prêtés par leurs auteurs, d'enquêtes verbales près des survivants.

Le Bataillon des Fusiliers Marins en Août 1918

Issu de la Brigade dissoute en novembre 1915, le Bataillon des fusiliers marins comprenait quatre compagnies de fusiliers et une compagnie de mitrailleuses, soit un effectif de 1 100 hommes. Au sein de la 29e Division, sous le commandement du CF Martel, il était associé au 3e Régiment d'infanterie.

Le 8 septembre, les éléments d'attaque prirent position en première ligne dans la tranchée du Grapin, en face du plateau de Laffaux où se trouvait le moulin. La 2e compagnie (LV Valteau) était à gauche de la route nationale Soissons-Maubeuge qui traversait la tranchée, la 3e compagnie (LV Marrast) à droite. La 1ère compagnie était en réserve.

L'ordre d'attaque arriva le 14 septembre. En dix minutes, le plateau fut conquis et la tranchée "Fruty" atteinte. Mais cette attaque avait laissé un petit saillant dans notre ligne et il fut décidé de reprendre ce saillant en opérant par surprise.

A l'heure dite, la section s'élança et atteignit son objectif mais l'ennemi, revenu de sa surprise, contre-attaqua. Malgré une résistance acharnée, il fallut battre en retraite. Afin de ne pas rester sur cet échec, l'EV Péron désigna la section du premier maître Toul, gradé aguerri et renommé pour sa bravoure.

Après une heure de combat à la grenade, l'ennemi fut bousculé et refoulé mais avec un lourd bilan. Trois officiers moururent au cours de cette action : le lieutenant de vaisseau Marrast, ainsi que les enseignes de vaisseau Dubois et Le Breton. Deux autres (l'enseigne de vaisseau Le Grand et l'officier des équipages Abaziou) furent blessés et décédèrent dans les jours suivants.

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