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L'histoire militaire de la France, bien que ne commençant à proprement parler qu'au XIIe siècle, est profondément enracinée dans le passé des territoires qui la composent. Les événements historiques qui nous sont parvenus sont principalement des guerres, telles que la prise momentanée de Rome par les Gaulois en 390 avant J.-C. et la conquête de la façade méditerranéenne de la Gaule par les Romains en 122 avant J.-C.

À cette époque, une soixantaine de peuples de civilisation celte, appuyés sur des lieux fortifiés appelés oppida, se partageaient la Gaule. Les guerriers occupaient une place importante dans la société. Cependant, ces peuples turbulents étaient rarement capables de s'unir contre un envahisseur sous un chef commun, le vergobret, sauf dans des circonstances exceptionnelles.

Cette organisation conjoncturelle ne résista pas à la volonté de César et à la solidité de ses légions. Après un succès à Gergovie, Vercingétorix fut assiégé puis vaincu à Alésia en 52 avant J.-C. En seulement huit ans, 20 000 hommes soumirent un vaste pays et environ 12 millions d'habitants (58-50 avant J.-C.).

La Gaule fut alors soumise à un contrôle plutôt qu'à une occupation militaire. Le pays fut recouvert d'un réseau de villes, doublant les oppida, de routes sillonnées par les légions romaines et de camps. L'implantation militaire était particulièrement dense le long du Rhin, frontière avec le monde "barbare", où furent établies des colonies militaires.

La "paix romaine", qui dura trois siècles, fut interrompue vers 250 par une invasion de peuples germaniques qui contraignit les villes à se resserrer à l'intérieur de murailles, puis par l'installation plus ou moins brutale de ces peuples sous le commandement de leurs rois chefs de guerre. Un coup d'arrêt fut porté aux invasions en 451, lorsque les Gallo-Romains et les Germains s'unirent pour repousser les Huns d'Attila.

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Par une série de victoires, Clovis, roi des Francs, soumit les autres peuples germaniques installés en Gaule. Ses descendants, les Mérovingiens, déchirèrent la Gaule par des guerres incessantes, pendant lesquelles s'affirma le primat du guerrier. Issus des "hommes libres", ces derniers devinrent l'élément dominant de la société, à côté des grands propriétaires.

L'anarchie fut stoppée par une dynastie, les Carolingiens, qui s'était distinguée en repoussant une invasion arabe à Poitiers en 732 et s'empara de la couronne. Appuyé sur un groupe formé de la fusion des grands propriétaires et des guerriers qui devaient le service militaire personnel et la fourniture de contingents d'hommes libres suivant un système basé sur les exploitations agricoles (manses) de leur propriétés, Charlemagne gouverna par l'intermédiaire de comtes choisis parmi les plus puissants de ces propriétaires et nommés par lui.

Des guerres mettant aux prises ses descendants ruinèrent l'Empire carolingien et en ouvrirent les accès aux raids de pillage de peuples venus de la mer, Sarrasins et surtout Normands. La défense fut assumée par les comtes, devenus principaux propriétaires, maîtres des troupes qu'ils commandaient, qui construisirent des points de refuge fortifiés et se rendirent à peu près indépendants.

Le péril normand s'apaisa après l'installation d'une partie de ces envahisseurs sur la Basse-Seine qui leur servit de base pour des conquêtes hors de la Francia occidentalis issue du partage effectué en 843 de l'Empire de Charlemagne. Par la voie de l'hérédité, les comtes et autres chefs de guerre consolidèrent leur pouvoir et édifièrent la pyramide féodale, société d'essence militaire, basée sur des liens de protection et de subordination d'homme à homme. Les guerres entre féodaux, qui ensanglantèrent les dixième et onzième siècles, virent la prépondérance de la cavalerie de plus en plus lourdement équipée et des châteaux forts construits en pierre.

La royauté de droit divin mise en place par les Carolingiens donnait au roi le caractère de chef militaire suprême du royaume, symbolisé par l'oriflamme de Saint-Denis. Avec la reconstitution du pouvoir royal, cette fonction redevint une réalité. Elle permettait, au roi lorsque le royaume était attaqué par un ennemi extérieur, de convoquer le ban et l'arrière-ban de ses vassaux et les milices dont s'étaient dotées les villes à qui il avait accordé des franchises. Ce fut le cas notamment en 1214. Aussi la victoire de Bouvines sur l'empereur apparaît-elle comme la première victoire nationale.

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La Guerre de Cent Ans et ses Défis Militaires

La guerre de Cent Ans, qui opposa la France à l'Angleterre de 1328 à 1475, mit à l'épreuve la solidité de cette "monarchie féodale". Les défaites de Crécy (1346), Poitiers (1356) et Azincourt (1415) prouvèrent le caractère obsolète de la chevalerie féodale pratiquant la "guerre guerriable" comme un sport, l'efficacité de troupes appartenant au roi et la nécessité de recourir à l'emploi de mercenaires.

Les Français, initialement surclassés par les Anglais sur mer, puis sur terre à cause de l'indiscipline des chevaliers, de la faiblesse de leurs milices et de leur infanterie soldée, et enfin de l'efficacité de l'arc anglais, moins redoutable, mais plus rapide que l'arbalète, réagirent lentement en raison de leurs divisions. Dans un premier temps, Bertrand Du Guesclin refusa le combat et laissa l'adversaire s'épuiser en chevauchées à travers le royaume.

Jeanne d'Arc et la Renaissance du Sentiment National (1429)

Au plus fort de la crise, le rôle extraordinaire de Jeanne d'Arc, en manifestant l'existence d'un sentiment national, marqua un coup d'arrêt aux défaites (délivrance d'Orléans en 1429). Enfin Charles VII et ses conseillers superposèrent aux structures militaires traditionnelles du royaume une première armée nationale permanente basée sur le service soldé.

La cavalerie fut organisée en compagnies d'ordonnance. Pour l'infanterie, on essaya d'éviter le recours à des mercenaires souvent étrangers qui pendant les trêves ravageaient le pays (grandes compagnies), en levant des francs archers tirés de la population, expérience qui devait échouer.

Évolution Militaire Post-Guerre de Cent Ans

Délivrés du péril anglais, les rois se lancèrent dans l'aventure des guerres d'Italie qui entraînèrent le déclenchement d'un long duel entre la France et la maison de Habsbourg. Ce fut l'occasion d'une transformation profonde de l'art militaire, inspirée par les Italiens et dominée pendant plus d'un siècle par l'armée espagnole, avec le progrès des armes à feu. Marignan (1515) fut la première victoire de l'artillerie et la défaite de Pavie (1525) montra que l'emploi des armes à feu imposait une nouvelle tactique sur le champ de bataille, tandis que la guerre de siège prenait une nouvelle extension et de nouvelles forces.

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Toutefois la persistance des anciennes structures militaires traditionnelles du royaume permit à des factions de soulever des provinces et de lever des troupes en cas de défaillance du pouvoir royal et rendit possibles les guerres de religion. En 1635, la France entra dans une guerre difficile contre l'Espagne qui contraignit le principal ministre Richelieu à instaurer une véritable dictature de guerre. Pour porter l'armée à plus de 150.000 hommes, il avait fallu recourir à des officiers, colonels et capitaines, propriétaires de leur régiment ou de leur compagnie à qui le roi remettait les sommes nécessaires à la levée et à l'entretien des hommes. Pour limiter les nombreuses malversations, le contrôle et l'administration des troupes furent confiés à des "civils" qui reçurent l'impulsion du secrétariat d'État de la Guerre.

La victoire de Rocroi (1643) affirma la puissance de la nouvelle armée française, commandée par des chefs de valeur (Condé, Turenne...). Grâce à Le Tellier et Louvois, Louis XIV put alors entretenir une armée dont les effectifs devaient avoisiner 400.000 hommes : un soldat sur 12 hommes adultes dont un noble sur trois, servant surtout comme officiers. En 1688 fut instituée la milice royale, bientôt recrutée par tirage au sort.

Cette armée fut portée à un très haut degré d'organisation : contrôle plus exact des hommes, des soldes et du ravitaillement, port de l'uniforme, qui permirent une discipline plus rigoureuse, fondation des Invalides pour les vieux soldats, progrès de l'armement (fusil et baïonnette) assuré par un début de structuration de la production industrielle. Parallèlement, Colbert dotait la France de la première flotte importante qu'elle ait possédée (plus de 100.000 tonneaux), avec un secrétariat d'État à la Marine et la mise en place du système des classes imposant aux gens de mer un service sur les vaisseaux du roi, accompagné de pensions.

Devant l'impossibilité de mener en même temps l'expansion sur terre et sur mer, Louis XIV accepta de limiter ses ambitions territoriales pour avoir les mains libres sur mer. Tandis que Vauban, qui avait perfectionné l'art des sièges, créait la "ceinture de fer", ensemble de fortifications établies sur des frontières sûres, destiné à préserver le royaume des invasions, la marine française put pendant un temps tenir tête aux flottés hollandaises et anglaises.

Après la mort de Louis XIV, tandis que les armées de l'Europe se mettaient à l'imitation du modèle français, l'armée française connut une stagnation relative que traduisit la défaite de Rossbach (1757) devant les armées de Frédéric II, Cette défaite suscita en France un réveil militaire, les ministres de la Guerre, dont Choiseul, dotèrent le pays d'une armée remarquablement organisée (École militaire, fin du système des officiers propriétaires de régiments et de compagnies, endivisionnement, progrès de l'instruction militaire, également artillerie de Gribeauval, fusil modèle 1777).

Toutefois le monopole de la noblesse sur les charges d'officiers, les progrès du casernement et de la discipline provoquèrent un mécontentement chez les bas-officiers et soldats qui se rallièrent à la Révolution. De 1792 à 1815 la France fut mise à l'épreuve de guerres ininterrompues. Après des flottements dus à l'émigration de nombreux officiers, rapprochée de la nation par le péril, commandée par d'excellents sous-officiers promus rapidement aux plus haut grades, accrue par l'appel aux volontaires puis la « levée en masse », l'armée put repousser l'invasion en l'an II. La loi Jourdan organisa la conscription (1798), Par contre la marine s'effondra.

La professionnalisation des soldats amorcée à la fin de l'Ancien Régime, renforcée par la permanence des guerres et la place que l'armée avait prise dans la nation permirent l'instauration d'un régime militaire, l'Empire. Entre les mains de Napoléon fortement accrue, mais conservant les structures antérieures, l'armée française s'imposa à l'Europe (Austerlitz en 1805, Iéna en 1806...), mais s'épuisa dans des entreprises démesurées (guerre d'Espagne, guerre de Russie).

La France reconstitua vite son armée et sa marine. La loi Gouvion-Saint-Cyr (1818) fixait les modalités de la conscription avec tirage au sort. Les guerres limitées du Second Empire se terminèrent par l'effondrement de Sedan et la chute de Paris après un long siège (1870-1871). La défaite due à une certaine inadéquation à la guerre moderne et à l'absence de réserves affecta profondément la nation.

Tout en menant des guerres coloniales, la France prépara ardemment la revanche par des lois militaires établissant progressivement, à la place de l'armée de métier, le service militaire obligatoire universel porté à trois ans en 1913, développant l'instruction militaire et l'entraînement des officiers et des soldats, se dotant d'un système de fortifications (Seré de Rivières), sans pour cela abandonner l'esprit d'offensive. La nation entière vécut à l'unisson de son armée, capable d'unir les citoyens malgré les passions politiques donc celles soulevées par l'affaire Dreyfus. L'antimilitarisme, passé de la droite à la gauche, n'empêcha pas l'Union Sacrée en 1914.

La Grande Guerre poussa au paroxysme le sacrifice des Français. La victoire de la Marne en 1914 et la résistance de Verdun en 1916, ainsi que la tenue quotidienne du front, coûtèrent un millions et demi de morts et au moins autant de mutilés. La reconstitution de l'armée entreprise dès 1944 imposait un amalgame délicat entre soldats de l'ancienne armée, soldats de l'armée d'Afrique et éléments issus de la Résistance. Pour son organisation et son équipement, l'armée française devait s'aligner sur l'armée des États-Unis. A peine refaite elle dut faire face aux guerres de décolonisation où se mêlèrent plus que par le passé guerre classique (défaite de Dien Bien Phu en 1954), guerre psychologique et subversive. La nation en fut profondément divisée et l'armée n'échappa pas à la crise, une partie d'elle-même n'acceptant pas l'abandon de l'Algérie.

Devant la division des anciens alliées en deux camps, la France s'intégra d'abord dans l'armée de l'OTAN. Puis elle se dota de l'arme atomique et quitta l'OTAN, sans pour cela changer de camp. Ainsi, c'est dans le cadre d'une coalition que la France participe à la guerre du Golfe en 1991, à celle du Kosovo en 1999 puis à la guerre contre le terrorisme depuis 2001 essentiellement dans le cadre du conflit afghan ou les opérations des forces françaises en Afghanistan en 2010, on a un coût estimé à 470 millions d'euros soit 54 % des 867 millions d'euros consacrés aux OPEX. En 2003, l'opération Artémis en République démocratique du Congo est faite pour la première fois sous l'égide unique de l’Union européenne et non sous celui de l'OTAN.

Les avancées technologiques, principalement dans l'informatique, la miniaturisation, l'information et la communication, permettent la guerre électronique, c’est-à-dire l'utilisation de moyens de détection et de contre-mesures, mais aussi la création d'équipement de nouvelle génération tels que le Félin (« Fantassin à équipement et liaisons intégrées ») pour les soldats de l'armée de terre. Ce système combine un fusil d'assaut FAMAS modifié avec des capteurs intégrés, des systèmes de communication, de positionnement et de visualisation nocturne. La numérisation du champ de bataille est conceptualisée par l'apparition du concept de « bulle opérationnelle aéroterrestre ».

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