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Dans un contexte d’évolution rapide des technologies de l’automatisation et de l’autonomie, les aptitudes des systèmes de drones ou de robots se développent et vont rapidement dépasser les limites des systèmes télé-opérés en service. L’automatisation de tâches militaires fastidieuses, dangereuses ou répétitives et qui n’accapareraient plus un opérateur spécialisé est aujourd’hui technologiquement envisageable.

L'Évolution des Menaces et la Nécessité de l'Automatisation

L’armée de Terre anticipe le durcissement de nos engagements futurs : « l’évolution des menaces viendra modifier en profondeur la conduite des opérations aéroterrestres des prochaines décennies. Elle entraîne dans son sillage des transformations du paysage guerrier qui remettront en question notre supériorité militaire, jusqu’alors difficilement contestable. (…) Cette évolution en cours débouchera naturellement sur la fin d’un « confort opératif » (…) l’avantage quantitatif retrouvera une nouvelle importance ».

Un Retour sur l'Histoire de la Robotique Militaire Française

En dépit du battage médiatique actuel sur le sujet de la robotique, qu’elle soit civile ou militaire, c’est loin d’être une nouveauté pour les armées françaises. Cette mémoire collective permet de remettre de la perspective sur un sujet parfois exagérément présenté comme nouveau. En 1915, les premiers robots sont mis en service au sein de l’Armée française. Il s’agit alors de franchir le no man’s land et d’aller détruire rapidement les systèmes défensifs ennemis, réseaux de barbelés et tranchées.

Les Premiers Robots Militaires Français

Sous l’impulsion du ministère, les industriels vont développer deux systèmes la même année. D’un côté, la « Torpille » Gabet & Aubriot, robot électrique chenillé télécommandé et capable de transporter 200 kg d’explosifs dans les réseaux de barbelés. De l’autre, un robot plus petit, le « crocodile Schneider » lui aussi chenillé, capable de transporter 40 kg d’explosifs, mais qui, sans commande, devait être orienté au départ vers la cible. Produits en petites séries, ces robots trop peu connus ont pourtant constitué d’authentiques innovations, 25 ans avant le fameux Goliath allemand produit à plus de 7 000 exemplaires.

Les drones ont les mêmes origines puisque dès 1916, les Britanniques développent un avion-cible, l’Aerial Target commandé à distance par TSF (Télégraphie sans fil). Différents systèmes de robots et de drones furent développés ensuite, avec un avantage pour les drones qu’on retrouve aujourd’hui encore.

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L'Automatisation et l'Autonomie: Un Changement de Situation

Si les robots et les drones ne sont pas une nouveauté, ce sont les travaux actuels sur l’automatisation et l’autonomie qui constituent un changement de situation. Ils permettront de dépasser les limites des systèmes télé-opérés. Ces progrès technologiques apporteront des évolutions fortes. Leurs effets seront particulièrement visibles pour les systèmes terrestres dont la télé-opération pèse le plus sur l’action militaire.

En effet, aujourd’hui, mettre en œuvre un robot monopolise au minimum l’attention d’un opérateur, voire plus pour les systèmes intégrant une charge utile complexe à mettre en œuvre (cas de certains robots armés actuels avec deux télécommandes, une pour la mitrailleuse télé-opérée embarquée et l’autre pour la plateforme).

Les Défis Spécifiques de la Robotique Militaire Terrestre

Pour autant, si les progrès de la robotique sont prometteurs, en particulier ceux de la robotique civile et des véhicules communément appelés « autonomes », la robotique militaire terrestre fait face à des problématiques bien particulières et éloignées des environnements plutôt normés des succès robotiques civils (routes balisées avec accès GPS garanti ou entrepôts ultra-normés d’Amazon par exemple). La robotique militaire terrestre, tout en profitant des progrès issus des applications civiles, ne pourra être uniquement tirée par des technologies duales. La recherche et le développement sur les champs d’applications militaires de l’automatisation et de l’autonomie resteront une nécessité. C’est d’ailleurs pourquoi, la Direction générale de l’armement (DGA) et l’armée de Terre ont lancé le projet Furious qui vise à développer ces aspects. Cette problématique terrestre est rencontrée par toutes les armées du monde. La télé-opération ou à peine plus (suivi de trace GPS, détection automatique) est l’état de l’art connu des systèmes automatisés terrestres déjà déployés dans le monde.

Les Débats sur l'Autonomie et les "Robots Tueurs"

Enfin, on ne peut pas parler d’autonomie en éludant les débats actuels sur les « robots tueurs » et les « armes autonomes ». Ces terminologies et ce qu’elles recouvrent n’ont pas de sens pour l’armée de Terre. En effet, dans tous les cas, l’action d’un soldat au combat s’inscrit dans une chaîne de commandement et un référentiel légal qui encadre les initiatives. Un « robot tueur » n’a donc pas plus de sens qu’un « soldat tueur ».

La pleine autonomie des systèmes n’est pas un objectif capacitaire militaire qui fait sens aujourd’hui et qui ne devrait pas avoir de sens dans le futur sauf à changer en profondeur la nature de l’action militaire. Les systèmes automatisés agiront dans le cadre évoqué ci-dessus. Quelle que soit la sophistication de l’autonomie des systèmes opérationnels, celle-ci sera encadrée et contrôlée.

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L'Impératif de l'Adoption des Systèmes Automatisés

La physionomie des champs de bataille à venir fait peser de nouvelles exigences sur les forces aéroterrestres. Nous avons vu précédemment qu’elles coïncident avec des évolutions technologiques rapides dans le domaine des systèmes automatisés chez nos alliés comme nos adversaires y compris asymétriques. À l’instar d’autres technologies d’applications militaires, il est impératif que nous nous en emparions pour maintenir le rang opérationnel de l’armée de Terre parmi ses alliés et ne pas être déclassés. C’est d’autant plus impératif quand le facteur « Masse » redevient décisif.

En ce sens, les systèmes automatisés contribueront à la puissance du modèle d’armée. En effet, véritables multiplicateurs d’efficacité opérationnelle dès le niveau du combattant individuel, ils produiront des effets que l’homme seul ne peut réaliser. Ils contribueront directement et indirectement - par la libération d’effectifs et/ou en renforçant la capacité d’agression - à la réalisation d’effets de masse, facteur central de l’action terrestre future.

Cohérence et Responsabilité dans l'Utilisation des Systèmes Automatisés

Transverse à toutes les fonctions opérationnelles, la capacité « systèmes automatisés de l’armée de Terre » s’inscrira dans la cohérence globale du modèle d’armée. Sa cohérence propre ne s’opposera aucunement à celle de chacune des fonctions opérationnelles mais au contraire s’y inscrit en augmentant l’efficacité opérationnelle partout où cela sera réalisable. La pleine autonomie n’a pas de sens dans un cadre opérationnel. Le chef militaire doit pouvoir rester responsable de l’emploi et de l’usage qu’il fait des moyens automatisés dont il dispose, à l’instar des unités et moyens mis à sa disposition.

La décision de mettre en œuvre des systèmes automatisés est, et demeurera, une prérogative humaine. De cette inscription dans la chaîne de commandement, découle la notion d’« homme dans la décision », complémentaire de celle de responsabilité humaine. Elle place l’homme au juste niveau dans le processus de mise en œuvre de systèmes automatisés : il décide de l’emploi et peut, dans certaines conditions et dans le respect des règles d’engagement, laisser la machine opérer. C’est d’ailleurs déjà le cas avec certains systèmes d’armes dont on choisit les conditions d’engagement et qui ont été qualifiées avec des limites clairement définies (missiles, torpilles et autres munitions à usage unique). Le chef décide de leur emploi et du cadre espace-temps, en connaissance de cause et conformément aux règles d’engagement, mais il ne décide pas précisément de chacune des tâches du système.

Ces principes de « responsabilité humaine » et « d’homme dans la décision » devraient être les idées-forces du développement capacitaire des systèmes automatisés de l’armée de Terre.

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Les Vulnérabilités et les Enjeux de Souveraineté

Les systèmes automatisés sont aussi porteurs de nouvelles vulnérabilités qui devront être prises en compte et protégées. En effet, les technologies du cyber ou du brouillage massif pourraient faire peser la menace de neutralisation, de piratage ou de prise de contrôle de nos systèmes. Plus récemment, la réalisation relativement facile de systèmes à impulsion électromagnétique pourrait s’avérer particulièrement nivelante. De notre capacité à protéger nos systèmes automatisés dépendra leur efficacité.

Enfin, la fiabilité des algorithmes d’intelligence artificielle (IA) pourrait demeurer vulnérable aux biais cognitifs et aux biais d’apprentissage (pollution des bases de données nécessaires à l’apprentissage de l’IA par exemple). Nouvel enjeu technologique de souveraineté, les algorithmes et les bases d’apprentissage des systèmes automatisés futurs devront faire l’objet des mesures de protection équivalentes à celles des technologies les plus sensibles.

Ces vulnérabilités devront en revanche être exploitées pour défaire les systèmes automatisés de nos adversaires. Les technologies anti-systèmes automatisés devront donc être développées en même temps que nos robots et nos drones.

Intégration et Coordination des Systèmes Automatisés

L’engagement de systèmes automatisés tactiques futurs sera intégré à la manœuvre de manière à démultiplier les effets produits par la combinaison « soldats-machines » à tous les niveaux. Cette coordination passera par une intégration des systèmes automatisés dans les Systèmes d’information opérationnels (SIO), soit par la contribution à la compréhension générale issue des capteurs, soit par l’intégration dans la manœuvre - y compris la manœuvre collaborative de Scorpion - des effets des systèmes futurs intégrant des capacités d’agression.

À terme, il s’agira d’« augmenter » des combattants ou des plateformes habitées en s’appuyant sur le développement de systèmes automatisés « équipiers », qui ne soient pas simplement des outils mais de véritables ailiers pour le combattant ou le véhicule, à l’instar de l’image du « chien de chasse ».

Les développements permis par les progrès dans les sciences cognitives et l’ergonomie permettront un emploi facilité des systèmes automatisés tactiques de manière à éviter la vulnérabilité qu’induiraient des opérateurs spécialisés. A contrario, la relation homme-machine sera facilitée afin de permettre la réalisation d’effets ou de services par le plus grand nombre sur le champ de bataille. Les systèmes automatisés tactiques auront une place complémentaire à celle des combattants ou des plateformes habitées. L’automatisation de leurs fonctions sera motivée par la recherche de la meilleure efficacité globale « homme-machine ».

Réciproquement, les réflexions autour de l’emploi de ces systèmes viseront cette économie des moyens. Préservant le potentiel humain dans le combat tout en démultipliant l’efficacité, les systèmes automatisés tactiques pourraient permettre un retour accentué de l’audace dans la manœuvre, parfois limitée par le facteur risque aujourd’hui. Ces systèmes n’en demeureront pas moins, dans leur nature, des outils parmi d’autres, mis à la disposition du chef pour faciliter l’exécution de sa mission.

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