Entre l’été 1939 et l’été 1940, près d’un millier d’aviateurs tchécoslovaques, personnels volant et au sol, rejoignirent la France pour lutter contre l’Allemagne nazie. Parmi eux, une centaine intégra les unités françaises de chasse, par petits groupes de quelques pilotes, ainsi que quelques unités d’assaut et de bombardement. Privés de la moindre autonomie, ils bénéficièrent cependant d’un accès relativement rapide à un matériel moderne et purent s’illustrer au combat, comptant parmi les chasseurs les plus talentueux de la bataille de France.
Les aviateurs n’y occupent cependant qu’une place secondaire. Pourtant, bien que moins nombreux que les troupes combattant au sol, ils occupent une place à part, autant dans le déroulement de conflits modernes qui reposent en bonne partie sur l’emploi des armes techniques, que dans les imaginaires guerriers. Les Tchécoslovaques ayant combattu du côté français dans la bataille de mai-juin 1940 demeurent méconnus.
Dans un premier temps, cet article analyse le parcours des Tchécoslovaques dans la France en guerre, enjeu à la fois militaire et politico-diplomatique. Il présente ensuite le profil des aviateurs, et montre en quoi ils se distinguent de la masse des exilés tchécoslovaques de France et de Grande-Bretagne. Enfin, il s’attache à décrire leur expérience combattante, avant de dresser un bilan de la participation tchécoslovaque à la bataille de France.
À bien des égards, les aviateurs tchécoslovaques furent pris au cœur d’enjeux internationaux qui les dépassaient. La France joua un rôle déterminant dans la trajectoire de la Tchécoslovaquie, faute d’une volonté résolue de défendre ses alliés en Europe centrale, du moins jusqu’en 1939. Pourtant, c’est bien la France (et dans une moindre mesure la Grande-Bretagne) qui servit de lieu de ralliement des forces et des volontés hostiles à l’Axe à partir de septembre 1939.
Sous l’autorité politique du Comité national tchécoslovaque (CNT), un accord fut signé avec le gouvernement français le 2 octobre 1939. Un camp de regroupement fut créé à Agde, dans l’Hérault, et les Tchécoslovaques évadés des territoires occupés furent transférés dans les unités ainsi créées, soit deux régiments d’infanterie et un d’artillerie, formant une division qui n’atteindra jamais sa dotation complète en personnel et en armement.
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Cette politique d’intégration des « petits alliés » de la France dans le dispositif militaire de 1939-1940 recouvrait au moins deux enjeux essentiels. Le premier relevait de la diplomatie interalliée, à destination tant des territoires occupés d’Europe centrale que des autres alliés (Grande-Bretagne) ou potentiels alliés (États-Unis). Du côté tchécoslovaque ou polonais, il fallait au plus vite reconstituer des forces autonomes susceptibles de participer aux combats, afin de disposer du maximum d’atouts dans les futures négociations de paix visant à restaurer leur souveraineté nationale et leur intégrité territoriale.
À la jonction de ces différentes problématiques, les aviateurs représentaient une ressource essentielle : ils étaient relativement rares et leur formation était longue et coûteuse, contrairement aux simples fantassins. En outre, l’aviateur jouissait d’une représentation très positive dans l’Europe du premier vingtième siècle, et les pilotes victorieux constituaient un objet incontournable de toute propagande en temps de guerre.
Très tôt, le CNT s’empressa de mettre en avant ses aviateurs - tous sous uniforme français - dans des événements publics, notamment des chorales très populaires. Les premières pertes et victoires aériennes furent également mobilisées au profit de la cause tchécoslovaque : le sergent Vašek, mort accidentellement le 2 janvier 1940, fut inhumé lors d’une cérémonie franco-tchécoslovaque cinq jours après, et reçut la médaille militaire à titre posthume. Paradoxalement, c’est la disparition des suites d’un cancer du pilote de course František Novák, peu avant l’offensive allemande, qui reçut le plus de publicité, car l’homme était très connu du public.
Pour ces raisons, les aviateurs arrivés en France par des voies diverses devinrent susceptibles d’être recrutés au sein des forces alliées. Pendant plusieurs mois, les Français invoquèrent à juste titre le manque de personnel tchécoslovaque au sol pour retarder la création d’unités autonomes. Un accord fut enfin signé le 1er juin 1940 entre le CNT et le ministre de l’Air Laurent Eynac, sans prendre effet dans le contexte de la bataille. Les chefs tchécoslovaques durent se résoudre à laisser leurs pilotes combattre au sein d’unités françaises jusqu’à l’Armistice.
Il s’agit d’environ 1 000 à 1 200 individus sur l’ensemble des territoires sous domination française ou britannique, la plupart en France métropolitaine au moment de l’offensive allemande. Ces effectifs comptaient probablement une bonne moitié de pilotes. Les effectifs croîtront jusqu’en juin 1940, pour probablement dépasser les 500 pilotes, même si tous ne furent pas incorporés dans des unités françaises et encore moins engagés au combat.
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Dans la mesure où il y aurait eu entre 1 300 et 2 000 pilotes (toutes spécialités, peut-être en incluant les pilotes civils) en Tchécoslovaquie avant la guerre, les effectifs présents en France représentent probablement de 25 à 40 % du total, soit une proportion extraordinairement élevée. Les officiers supérieurs furent moins nombreux à partir, avec à peine plus de 10 % des chefs de régiment et de groupe, et entre 20 et 30 % au mieux des chefs d’escadrille, même si deux des quatre généraux issus de l’aviation rejoignirent la France.
Ils avaient normalement reçu une formation de deux ans au moins, suivie de deux années supplémentaires en régiment, au sein d’une armée reconnue pour son haut niveau technique. Si ses deux principaux avions de combat (le chasseur biplan Avia B-534 et le bombardier/avion d’observation monomoteur Letov Š-328) possédaient des performances médiocres (en vitesse surtout) par rapport aux appareils français ou allemands, ils étaient très fiables et procuraient une bonne initiation au vol sur avion militaire.
Si l’on examine de plus près la carrière des aviateurs exilés, on constate que certains possédaient une très longue expérience de naviguant, comme le capitaine breveté Evžen Čížek (3 223 vols et 1 262 heures de vol) ou le sergent Ladislav Malovec, un pilote civil (7 500 heures de vol, dont 3 000 de nuit). La plupart avaient effectué entre 200 et 300 heures de vol, ce qui était déjà très convenable.
Par ailleurs, la France avait été l’alliée privilégiée de la Tchécoslovaquie entre les deux guerres. Parmi ses aviateurs les plus expérimentés, beaucoup parlaient français et avaient effectué des stages en France dans les années 1920 ou 1930 : le général Vicherek avait ainsi été formé à l’École supérieure d’aéronautique. De plus, certains exilés étaient familiers du matériel d’origine française (l’aviation tchécoslovaque possédait notamment des MB-200). En revanche, les plus jeunes ne parlaient pas tous français, un problème certain pour la réussite de l’entraînement.
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