Au Moyen Âge, les pays celtiques furent de grands pourvoyeurs de soldats et mercenaires qui servirent sur les champs de bataille d’Europe. Le pays de Galles était célèbre pour ses archers qui donnèrent du fil à retordre à l’envahisseur anglais avant que celui-ci ne les utilise, avec maestria, sur les champs de bataille de la guerre de cent ans.
Il est difficile de déterminer à quelle époque l’arc fut introduit dans les îles britanniques. Les Romains, qui envahirent l’île au Ier siècle, le connaissaient. Les Gallois du haut Moyen Age l’utilisaient : vers 633, Offird, fils du roi de Northumberland, fut tué par une flèche lors d’une bataille contre eux et les Merciens. Les techniques d’archerie s’améliorèrent vraisemblablement au contact des Vikings dont c’était une des armes favorites.
Dès le XIe siècle, les Gallois disposent d’arcs performants puisque, en 1055, la Chronique d’Abingdor relate qu’un parti de cavaliers saxons, du comte Ralph de Hereford, fut pris en embuscade et rapidement désarmé par des archers gallois. Après la conquête de l’Angleterre, en 1066, les Normands établissent des Marches à la frontière du pays de Galles. Dans ses zones militaires, jouissant d’un statut spécial, les souverains anglais installent leurs nobles les plus turbulents afin qu’ils assouvissent, au détriment des Gallois, leur soif de combat.
Les barons des Marches entretiennent des petites armées privées, où les archers locaux trouvent ainsi à employer leurs talents. "Il est à noter que, plus que tout autre peuple, les gens de Venta (Mommouth) sont appelés à la guerre et réputés pour leur courage et leur habileté au tir à l’arc", écrit Giraud de Cambrie, à la fin du XIIe siècle. Lors de l’invasion de l’Irlande par les Normands, il n’est sans doute pas un hasard si les archers sont dirigés par Richard de Clare, comte de Pembroke (sud-ouest du pays de Galles) et lui-même surnommé "l’archer robuste".
Mais ce sont surtout les Anglo-Normands qui, pour l’heure, font les frais de l’adresse des Gallois au tir. "Deux soldats couraient sur un pont pour chercher refuge dans l’une des tours du château. Des archers gallois, tirant derrière eux, envoyèrent des flèches dans la porte en chêne de la tour avec une telle force que les flèches traversèrent le bois de la porte, pourtant épaisse comme une main. Les flèches furent laissées en place dans la porte, en guise de souvenir", relate Giraud de Cambrie, à propos d’un incident intervenu au château d’Abergavenny, en 1182.
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Ce chroniqueur relate aussi la mésaventure arrivée à des cavaliers du seigneur normand Gérald de Braose. "Un des hommes, en combattant les Gallois, avait été blessé par une flèche qui avait transpercé sa cuisse, les deux côtés de l’armure et la partie de la selle dénommée l’albe, elle avait en outre mortellement blessé le cheval. Un autre cavalier fut épinglé à sa selle par une flèche traversant sa hanche et son armure de protection; quand il fit tourner le cheval, il reçut une autre flèche qui le fixa à la selle des deux côtés !"
Si elles sont efficaces, les armes galloises de la fin du XIIe siècle, sont encore frustres, comme nous l’apprend Giraud de Cambrie. "Les arcs utilisés par les Gallois ne sont pas en corne, en ivoire ou en if, mais en orme sauvage; ils sont rêches et couverts de protubérances, mais vigoureux et solides; ils ne sont pas seulement aptes à tirer une flèche très loin, mais encore à infliger de très sérieuses blessures à des parties protégées."
Quelques décennies plus tard, le roi d’Angleterre, Edouard Ier est un des premiers à comprendre le potentiel que l’utilisation massive des archers représente pour la stratégie militaire et tout le parti qu’il peut tirer de leur puissance. Il a déjà réussi à discipliner la cavalerie anglaise, il va créer des corps d’archers professionnels. Des centaines d’entre eux sont recrutées dans les comtés gallois du sud : Gwent, Glamorgan, Gower, Kidwelly, Llanstephan, Pembroke. Ils sont organisés en compagnies d’une vingtaine d’hommes, regroupées en centuries. Ils sont équipés du grand arc de guerre, long bow.
Cette arme a été créée en allongeant les arcs classiques et en les renforçant. Les soldats sont entraînés à fixer rapidement les flèches sur la corde, à tendre celle-ci jusqu’à l’oreille et à décocher le plus vite possible. Une fois maîtrisées ses techniques, bien encadré, un groupe d’archers est prêt à envoyer des averses de flèches sur l’ennemi, brisant une charge de cavalerie ou décimant un assaut d’infanterie.
Ses archers gallois, Edouard ier va d’abord les utiliser contre… des Gallois. Entre 1277 et 1282, il entreprend en effet la conquête systématique du nord du pays de Galles, gouverné par le prince Llewelyn. La majorité de son armée est constituée de soldats recrutés au sud du pays de Galles. Lors de ses campagnes écossaises, Edouard emploie aussi des milliers d’archers, dont l’élite venait du comté gallois de Gwent. Ils seront déterminants lors de la victoire de Falkirk, en 1298, qui vit la fin du célèbre chef écossais Wallace.
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Le XIVe siècle verra l’apogée de l’emploi du grand arc de guerre. Il mesure alors plus de deux mètres. Les meilleurs sont en if, ceux de seconde main, en orme ou en frêne. La pression exercée par la corde tendue varie entre 40 et 70 kg, ce qui implique une force physique considérable chez le tireur. D’autant que, lors des engagements, il doit être capable de tirer une dizaine de flèches par minute.
Avec plusieurs milliers d’archers réunis, l’effet est saisissant : une grêle de projectiles sature l’espace, puis s’abat dans un vacarme assourdissant sur l’ennemi. Les projectiles portent jusqu’à 300 m de distance et sont capables de percer n’importe quelle armure de l’époque, tuant ou blessant les hommes et les chevaux. Ces derniers deviennent souvent incontrôlables, rendus fous par le bruit ou les blessures.
Pour disposer d’un important réservoir d’archers, les souverains britanniques favorisent les concours de tir dans les campagnes anglaises et galloises. Il est en effet indispensable que les archers continuent de s’entraîner en temps de paix. Il est nécessaire qu’ils entretiennent et fabriquent des arcs. Après plusieurs milliers de tir, les armes s’affaiblissent et il faut les changer. Or, trois à quatre ans de séchage sont nécessaires pour obtenir un bâton d’arc. Il semble que ce soit les archers qui fabriquaient eux-mêmes une grande partie de leurs flèches. Lors des campagnes militaires, ils en transportaient plusieurs dizaines avec eux. De nombreuses munitions suivaient aussi, transportées en chariot.
La guerre de cent ans débute en 1336. Durant les hostilités, les archers gallois recrutés en nombre, vont se forger une réputation à l’étranger et prouver leur efficacité. En effet, contre la puissante, mais fort indisciplinée, cavalerie française, les stratèges anglais préfèrent se retrancher sur une hauteur et attendre l’assaut en accablant l’ennemi de projectiles.
Archers d’élite, les Gallois représentent ainsi une grande partie des douze à treize mille hommes de l’armée d’Edouard III, poursuivie en Picardie par les Français, à la fin août 1346. Le 26 août, le roi anglais choisit de s’arrêter et de dresser une série de retranchements sur une colline située près du petit village de Crécy-en-Ponthieu. En face, dans la plaine, une immense armée de plus de quarante mille hommes se rassemble. Le roi de France Philippe VI, tente d’organiser cette masse.
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Mais, apercevant les Anglais, les bouillants chevaliers français décident de charger sans plus attendre et dans le plus grand désordre. Durant les heures qui suivent, plus de quinze assauts vont échouer sur les lignes anglaises. Celles-ci sont protégées par un épais barrage de flèches. Certains historiens estiment qu’à Crécy, plus d’un demi million de traits fut tiré, décimant les troupes françaises avant qu’elles n’aient pu enfoncer les rangs anglais. Deux capitaines gallois, Hywel ap Gruffydd et Rhys ap Gruffydd furent faits chevaliers à l’issue de la bataille.
Le prince de Galles, Edouard, surnommé "le prince noir", recruta de nombreux archers dans sa principauté et leur attribua un uniforme spécial, ils étaient revêtus de "cotecourtepiz" et de chapeaux vert et blanc. A Llantrisant, de nombreux bourgeois s’engagèrent au service du prince noir, formant un groupe spécifique d’archers, surnommé l’armée noire de Llantrisant. Ils furent de la bataille de Poitiers, où, en 1356, les archers se révélèrent une nouvelle fois déterminant pour battre les Français.
Les archers gallois ne furent pas toujours du côté des princes anglais. Lors de la grande révolte menée par Owain Glyn Dwr, de 1400 à 1409, ils menèrent une efficace guérilla contre les Anglais. Iolo Goch, le barde d’Owain Glyn Dwr, a composé un étonnant poème lyrique à la gloire de l’arc : "Imaginez un instant que je sois dans ce bois-là et que je tienne entre mes mains un arc de cet if rouge, bien bandé, avec une solide corde bien tendue, avec un tube de flèches bien rond et bien droit, avec une encoche bien taillée, avec un empennage bien long, uni par la soie verte avec une tête de flèche d’acier bien acéré, lourde et solide, d’une trempe verte et bleue qui ferait gicler le sang d’une girouette; imaginez que j’ai posé le pied sur une touffe d’herbe, que mon dos s’appuie sur le tronc d’un bouleau, que le vent souffle dans mon dos, que le soleil brille à mes côtés, que la fille que j’aime le plus est toute proche de moi, pour me regarder, alors j’exécuterais un tir, si puissant, si intensément tiré, si sèchement décoché, volant si bas qu’il ne pourrait être meilleur pour mon ennemi s’il porte un plastron ou un haubert de Milan qu’une poignée de fougères, qu’un filet de hareng ou qu’un tapis séché."
Après la défaite de Glyn Dwr, son vainqueur Henri V continua à s’assurer les services des archers gallois pour ses expéditions sur le continent. Ainsi, en 1415, à Azincourt, le capitaine gallois, Dafydd Ap Llewelyn se distingue particulièrement. Et, une fois encore, les archers désorganisèrent et décimèrent les rangs français. A l’issue de la bataille, les Britanniques comptent quelques dizaines de tués. Les Français, eux, ont dix mille morts et certains chroniqueurs estiment que la moitié de la noblesse française a succombé à cette bataille.
Afin de galvaniser ses troupes, Henri V leur avait rappelé que les Français avaient pour habitude de couper trois doigts aux archers faits prisonniers afin qu’ils ne puissent plus jamais tirer. Pour provoquer leurs ennemis, les archers anglais et gallois aimaient d’ailleurs dresser deux ou trois doigts de manière insolente, histoire de signifier tout le mal que ces appendices pouvaient faire en décrochant une flèche. La coutume a perduré et, au pays de Galles, il reste très insultant, et impoli, de montrer trois ou deux doigts dressés à son interlocuteur.
Malgré le triomphe d’Azincourt et les succès d’Henri V, l’arc va ensuite décliner, victime des nouvelles armes à feu. En 1453, à la bataille de Châtillon, les Français massacrent les troupes anglaises et gasconnes grâce à leurs canons. C’en est alors fini des prétentions anglaises sur la France. Les nobles et les soldats anglais, les archers gallois rembarquent vers leur île. Ils y trouveront encore à s’occuper lors de la terrible guerre civile des Roses.
Mais, dès le début du XVIe siècle, les arcs sont irrémédiablement remplacés par les mousquets et les arquebuses, plus meurtrières et possédant une plus grande portée de tir.
La tour du Papegaud est une tour carrée médiévale située à Fougères, au nord-ouest de l'église Saint-Léonard, et intégrée à l'enceinte du bourg-neuf. Elle appartient aux remparts sud et ouest qui longent la vallée inférieure du Nançon, depuis le rocher de la Couarde, où se trouve le château de Fougères, jusqu'au coteau Saint-Léonard occupé par la ville-close. Avec la porte Notre-Dame et la tour Nichot, elle figure parmi les rares ouvrages défensifs des courtines méridionale et occidentale, parties naturellement protégées par le Nançon et des escarpements rocheux.
Probablement édifiée au XIIIe siècle, la tour du Papegaud, aussi appelée des Arbalétriers, doit son nom au jeu du Papegai; elle semble avoir porté un pantin servant de cible pour l'exercice du tir à l'arbalète. Sous l'Ancien Régime, la communauté des chirurgiens en fit l'acquisition; ils exerçaient à l'hôpital Saint-Nicolas, détruit en 1865, dont l'emplacement est en partie occupé aujourd'hui par la bibliothèque municipale. En 1781, la tour fut achetée par le général d'artillerie François René Jean de Pommereul, puis confiscée et vendue après l'inscription de son propriétaire sur la liste des émigrés. Après être passée entre plusieurs mains, elle devint propriété communale.
Fortement arasée, la tour a été inscrite à l'inventaire supplémentaire des monuments historiques par arrêté du 15 décembre 1926. La tour du Papegaud apparaît à plusieurs reprises dans Les Chouans de Balzac; décrite au début du troisième chapitre, elle sert d'assise à la maison de l'héroïne Marie de Verneuil, lieu du dénouement tragique. Si cette maison n'a jamais existé, l'environnement décrit par l'auteur reste largement reconnaissable malgré les transformations des deux derniers siècles: la vallée tortueuse du Nançon, la Promenade intégrée au jardin public, l'église Saint-Léonard modifiée et agrandie, ou encore l'escalier de la duchesse Anne aident à situer l'action.
Au Moyen Âge, les châteaux forts et les enceintes des villes se percent d’ouvertures de tirs afin de menacer l’approche des assiégeants. Ces meurtrières prennent le nom d’archères, d’archères-canonnières ou de canonnières selon l’arme utilisée par la défense. À partir du XIIe siècle, la garnison d’un château ne se contente plus d’attendre que l’ennemi s’épuise dans des assauts répétés ou se lasse. Les forteresses passent en mode « défense active ». Archers, arbalétriers, puis artilleurs visent l’adversaire à travers des trous ménagés dans les tours ou les remparts.
Les archères sont des fentes verticales ouvertes dans un mur afin que des archers tirent discrètement sur l’ennemi. Des archères, vous en verrez sur la plupart des châteaux forts à tel point qu’elles font partie de leur image d’Épinal. Des archères prennent même la forme d’une croix. À la fente verticale, s’ajoute donc une traverse. Son rôle ? Élargir le champ de vision du tireur et faciliter la visée. L’archer déclenche son tir quand la cible humaine passe dans l’intersection de la croix.
Les arbalétrières sont des fentes… à l’usage de l’arbalète. Au regard des comptes, des inventaires, des règlements et des rapports de fouilles, l’arbalète était au Moyen Âge une arme plus couramment utilisée dans les forteresses que l’arc. L’arbalétrière se caractériserait, à l’intérieur, par un muret, une allège. Dessus, l’arbalétrier posait sa lourde arme lors du tir. Les tireurs ne passaient pas leurs armes à travers les fentes. Ils se postaient en retrait.
Les archères-canonnières sont des ouvertures de tir mixte : une fente permet de tirer à l’arc ou à l’arbalète (les armes à cordes) tandis qu’un orifice autorise l’emploi d’armes à feu. Les archères-canonnières s’adaptent aux armes de la fin du Moyen Âge : une fente pour le tir à l’arbalète ou à l’arc et un orifice rond pour le tir de petits canons. En effet, à partir du XIVe siècle, la poudre fait son entrée sur les champs de bataille d’Occident. Face aux canons, les châteaux s’adaptent.
À la différence de l’archère-canonnière, la canonnière est uniquement destinée au tir des armes à feu. On les reconnaît à leur forme ronde, ovale ou rectangulaire. Pour les châteaux, l’aménagement des canonnières est une question de survie, car, en face, l’adversaire fait cracher ses propres canons dont les boulets font ébouler murailles, mâchicoulis et merlons.
Le château de Vitré (Ille-et-Vilaine) propose de s’initier au jet d’armes médiévales, comme au Moyen-Âge. On peut y tester deux types d'arc : le longbow, originaire du Pays de Galles et utilisé plutôt par les Anglais, et l’arc bourguignon, privilégié par les Français. Le longbow mesure près de 2 m de haut et a une portée allant jusqu’à 250 m.
Après l’arc, place à l’arbalète. On tend la corde, on place le carreau sur l’arme, on la lève à hauteur de visage. Ensuite, il suffit d’appuyer sur la « gâchette ». La dernière arme que nous testons est « l’arme de siège par excellence au Moyen-Âge » : le trébuchet, longtemps la pièce d’artillerie la plus puissante avant l’apparition des canons. À l’époque, des pierres de 140 kg étaient projetées par le trébuchet.
Jusqu'au 31 août, le château de Fougères propose plusieurs activités qui ont lieu tous les jours, notamment le jeu du papeugau, qui permet de tirer avec une arbalète médiévale. Au cours d’un atelier interactif comprenant une session de tir, percez à jour les nombreux mystères de l‘arbalète médiévale… Noix, vireton et matras n’auront plus de secrets pour vous.
Le tir à l'arbalète, autrefois une compétence guerrière essentielle, est aujourd'hui une activité historique et culturelle qui continue de fasciner. Des sites comme le château de Fougères et le château de Vitré offrent des occasions uniques de découvrir et de pratiquer cet art médiéval.
Tableau récapitulatif des animations au château de Fougères :
| Animation | Description | Horaires |
|---|---|---|
| Visite accompagnée | Découverte de l'histoire de la forteresse | 11h, 12h, 14h, 15h30 et 17h |
| Rencontre flash | Ateliers interactifs sur la vie quotidienne et la guerre au Moyen Âge | Variable |
| Jeu du Papeugau | Atelier de tir à l'arbalète médiévale | 11h30 et 17h |
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