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La réquisition des usines d’armement françaises par l’armée d’occupation durant plus de quatre ans, du 22 juin 1940 à la fin de 1944, a provoqué un tel bouleversement qu’il convient de s’interroger sur la mise en place d’un ordre nouveau.

Le concept de New Order tel qu’il a été élaboré par Allan Steele Milward recouvre les retombées économiques de la guerre. Mais qu’en est-il des conséquences sociales, des effets sur l’emploi, le personnel et les conditions de travail dans ces établissements qui, après avoir contribué massivement à la campagne de France de 1939-1940, deviennent tout à la fois des prises de guerre et des laboratoires de la collaboration d’État ?

Cette situation génère une rupture dont il importe d’évaluer les manifestations, l’intensité et la durabilité au-delà même de la Libération. Des éléments de réponse peuvent être étudiés grâce à la consultation des archives du personnel civil conservées à Châtellerault au centre du Service Historique de la Défense sur le site de l’ancienne manufacture, en particulier les notes de service de la direction française et de la direction allemande.

La Manufacture d’Armes de Châtellerault (MAC)

La Manufacture d’Armes de Châtellerault (MAC) se trouve au cœur d’une ville moyenne de 19 369 habitants (recensement de 1936). Châtellerault constitue une enclave ouvrière au sein du département rural de la Vienne. La manufacture draine les trois-quarts des ouvriers de la ville et représente un enjeu stratégique majeur pour l’État français, les autorités locales et les Allemands qui en exploitent les multiples atouts dont une situation privilégiée en zone occupée à moins de 20 kilomètres de la ligne de démarcation.

Dès le 22 juin 1940, les Allemands s’installent dans l’usine. Comment se sont opérées les transformations induites par le changement de statut de la manufacture placée d’une part entre les mains de la Wehrmacht, du ministère de l’Armement nazi et d’un grand groupe industriel allemand, d’autre part sous les feux de la collaboration économique de l’État français ?

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La restructuration qui s’ensuit bouleverse à l’évidence les méthodes de travail, la gestion du site et des hommes, des effectifs, des statuts professionnels, des rémunérations et des conditions de travail, introduisant tous les paramètres d’une organisation scientifique du travail.

La collaboration industrielle entre la direction allemande et la direction française confère à la situation un caractère particulier. L’impact qu’elle exerce sur la gestion des ateliers et des différentes catégories de personnels ainsi que sur les conditions de travail justifie une analyse détaillée.

Héritages et Restructurations

La gestion de l’établissement s’appuie sur les héritages de la Première Guerre mondiale à savoir des effectifs massifs et mobiles, le recours à l’auxiliariat, notamment féminin et à une main d’œuvre chinoise assimilée à des travailleurs coloniaux.

Elle hérite surtout de la campagne de 1939-1940 où la méthode a parfois emprunté la voie de l’autoritarisme pour refondre les structures et augmenter l’effectif du personnel afin d’honorer des commandes de guerre croissantes.

Durant la campagne de 1939-1940, la MAC a produit 19 500 armes automatiques dont le fusil mitrailleur (FM) 7 mm 5 24/29, des mitrailleuses de chars 1931, des mitrailleuses d’aviation de 7mm 5 1934 et 1934-39.

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Accélération de la Demande et Refonte de l’Établissement

Cette accélération de la demande a nécessité une refonte totale de l’établissement. Ce dernier était pourtant doté d’infrastructures adaptées (chemin de fer à proximité) et d’un équipement matériel de qualité (machines-outils). C’est un établissement de mécanique générale de type grande industrie, doté d’une forge et d’une fonderie, d’ateliers mécaniques, de tôlerie et de chaudronnerie.

Aux côtés de la Manufacture de Tulle, il a créé la fabrication mécanique de série de précision avec interchangeabilité et dispose depuis 50 ans d’un atelier central comprenant un bureau technique, un atelier de mécanique générale, un atelier d’outillage et un atelier de précision destiné au montage et à l’entretien des fabrications.

Depuis septembre 1939, les ateliers ont été agrandis pour installer 1 500 nouvelles machines dont certaines étaient destinées à fonctionner 24 heures sur 24. Il a fallu de ce fait optimiser l’alimentation en énergie. L’usine possédait une centrale hydraulique, basse chute, alimentée par la Vienne d’une puissance d’environ 1 200 KVA, connectée avec le réseau général d’énergie électrique, et une centrale thermique de 1 800 KVA.

Les ateliers du bois et du décolletage ont été déménagés, la forge et la fonderie modernisées tandis qu’un immense atelier de 8 000 m2 était créé à l’annexe de la Brelandière ainsi que deux grands magasins. L’une de plus importantes restructurations a concerné l’atelier de précision afin qu’il soit en mesure de fabriquer des produits directement commercialisables comme des vérificateurs.

Recrutement et Main-d’œuvre

Dans le cadre des préparatifs de guerre, le ministère de l’Armement a demandé à chaque établissement militaire d’établir un plan prévisionnel de recrutement. Ainsi, la direction a envisagé le 1er août 1939 de passer de 1 749 à près de 8 000 salariés au 15 juin 1940, en moins d’un an, une évolution comparable à celle de la Première Guerre mondiale, selon un rythme encore plus soutenu.

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Certes, les effectifs réels restaient très éloignés de ces prévisions, ils atteignirent toutefois 4 700 employés, ce qui correspond à un doublement pendant la campagne 1939-1940.

Depuis le 1er septembre 1939, le recrutement s’adressait surtout aux anciens combattants, aux ouvriers ayant fait une demande d’embauche, aux réfugiés alsaciens-lorrains sur ordre de réquisition de l’Inspection du Travail. Il n’était pas question de faire appel à la main d’œuvre coloniale et la main d’œuvre étrangère n’était recrutée qu’individuellement sur ordre de réquisition.

En revanche, il a été recruté de nombreux ouvriers et ouvrières français, jusqu’à 200 par semaine en janvier 1940 (100 hommes et 100 femmes) ; il en était attendu 2 200, surtout des manœuvres. L’accent a été mis sur le recrutement d’ouvriers professionnels dont la MAC manquait cruellement ; il était prévu de porter le nombre des ouvriers qualifiés de 260 à 700 à l’atelier central.

De même que pendant la Première Guerre mondiale, l’établissement a eu recours au personnel féminin. Au début de 1940, il comptabilisait 847 femmes récemment embauchées, en majorité des épouses de mobilisés (344), 12 mères et 8 filles de mobilisés. Le directeur a obtenu du ministre de l’Armement la possibilité d’utiliser des ouvrières aptes dans des professions supérieures à celle d’usineuses, et demandé en février 1940 à créer les professions féminines de limeur, polisseur, décolleteur, affûteur, rectifieur, après essai satisfaisant. Ces dernières étaient rémunérées au devis-tâche tout en maintenant l’écart de salaire entre homme et femme.

Pendant la campagne 1939-1940, l’établissement bénéficiait donc d’une main d’œuvre nombreuse et qualifiée, formée grâce à une école d’enseignement professionnel très performante et entièrement réorganisée en juin 1940. Bien qu’à l’issue de la défaite de mai 1940, les effectifs aient été ramenés à 1 698, au niveau normal d’avant la déclaration de guerre, ils constituaient un atout non négligeable pour l’occupant.

Réorganisation des Services

Sous l’égide de Raoul Dautry, alors ministre de l’Armement, les services ont été réorganisés en février 1940 : création de services d’Études et d’Expériences techniques et du service des Recherches scientifiques et techniques, rattaché au Laboratoire central des Forces Armées, avec la volonté d’animer les fabrications dans l’industrie et d’organiser des conférences périodiques des établissements.

En juin 1940, le bureau d’études qui avait été créé en juillet 1920 par le général Reibel regroupait 34 personnes sous les ordres de l’ingénieur, chef de service, M. Philippe. Ce personnel était spécialisé dans la mise au point de prototypes d’armes portatives et de mitrailleuses.

Conditions de Travail

En raison de l’augmentation de la production et du parc-machines, dès août 1939, il a fallu instaurer d’une part le travail de nuit, soit deux équipes de dix heures, dans les ateliers d’outillage, la forge, l’usinage-montage, d’autre part la journée de dix heures à la production. Dans les bureaux, la durée journalière de travail s’élève à huit heures 45 selon les horaires suivants : 7h-11h30 et 13h30-17h45. Dans le secteur productif comme administratif, la durée du travail a donc augmenté dès août 1939 dépassant largement les huit heures journalières instaurés en 1919.

Direction Autocratique

La manufacture a été dotée d’un directeur autocratique, favorable à l’innovation technologique, à l’organisation scientifique du travail, à l’intégration économique européenne et à la coopération industrielle franco-allemande dans les années 1930. Lucien Vergnaud, polytechnicien, ingénieur d’État 1ère classe, a occupé les plus hautes fonctions à la direction des fabrications d’Armement (DFA) jusqu’en 1938 avant d’être muté à l’École centrale de pyrotechnie de Bourges, puis nommé à la tête de la Manufacture d’armes de Châtellerault le 25 avril 1939. Ses objectifs en matière de politique d’armement allaient bien au-delà de ceux du gouvernement Daladier et c’est pour cette raison qu’il n’avait pas poursuivi sa carrière au sein du ministère.

Anticommuniste, il affirmait surveiller « les éléments staliniens » et faisait intervenir un inspecteur de police deux fois par semaine, ce qui tendait l’atmosphère au sein d’ateliers où depuis les années 1920, la CGT était plutôt bien implantée et où exerçaient des syndicalistes reconnus à l’échelle départementale et des candidats communistes aux élections législatives tels Émile Grandin et Albert Giraudeau. Le personnel était d’autant plus surveillé que des grévistes de Puteaux et de Caen avaient été déplacés à Châtellerault avant-guerre. Certains ouvriers ont été licenciés, mais Lucien Vergnaud précisait cependant que la majorité étaient des ouvriers professionnels qui avaient une « très bonne conduite ».

Le directeur visait particulièrement le personnel féminin comme le prouve la note de service du 6 avril 1940. Il y dénonçait la mixité des ateliers qu’il n’hésitait pas à comparer à des « lupanars » et incitait les contremaîtres à prendre des sanctions exemplaires à l’encontre des ouvrières « délinquantes », nettement plus sévères que pour les ouvriers.

En février 1940, le directeur a diminué les devis-tâche de fabrication de 10 % et rappelé aux éléments des compagnies de renforcement que dans l’établissement « il n’y avait place ni pour les embusqués, ni pour les fainéants ». En 1939-1940 l’établissement était donc administré selon les règles d’une économie de guerre dirigée où dans tous les domaines (effectifs, production, coûts) les prévisions guidaient les décisions.

Le Fusil Mitrailleur Chauchat Modèle 1915

Le CHAUCHAT Modèle 1915 est le premier fusil mitrailleur livré en nombre à l’armée dès 1915. Au début du premier conflit mondial les stocks d’armes (comme d’ailleurs les combattants) subissent une saignée importante du fait des ravages de l’artillerie et des mitrailleuses, il devient urgent de recompléter les stocks rapidement.

Le besoin en armes automatiques est réel et il n’est plus question de travailler sur les bases du temps de paix où la notion de qualité était primordiale. La mitrailleuse Hotchkiss 14 est trop lourde, trop chère et peu propice à la guerre de mouvement, il est donc décidé la réalisation d’une arme légère, rustique et tirant en rafale destinée à appuyer les troupes d’assaut.

Comme pour toute étude d’arme une commission est nommée en 1915, elle se compose alors du colonel CHAUCHAT et des ingénieurs SUTTER et RIBEYROLLE. La commission ressort des cartons une arme mise au point à l’atelier de Puteaux avant la guerre sur les bases d’un brevet dû à l’ingénieur hongrois Rudolf FROMMER.

La production à la Société des cycles Gladiator est lancée en 1915 et le CHAUCHAT entre en service actif en mars 1916 à raison de 8 armes par compagnie.

Arme innovante mais fragile, le Chauchat a rempli son office en temps voulu, à savoir fournir à nos troupes une arme automatique légère et disponible en grand nombre. Sa mauvaise réputation « est due en partie aux Américains. Les soldats français suivaient un entraînement intensif de plusieurs semaines avant d’être considérés comme qualifiés au maniement de cette arme et en étaient relativement satisfaits.

Armement Parachuté à la Résistance en France

Pendant la Seconde Guerre mondiale, la Résistance française a reçu un soutien crucial grâce aux parachutages d'armes. Voici une liste non exhaustive des armes parachutées, classées par type :

Armes de Poing

  • PA Colt 45 (contrat anglais pour la RAF, cal. 455)
  • PA Ballester-Molina (cal. 45 ACP, fabrication argentine)
  • PA Webley & Scott (cal. 455)
  • PA Colt model 1902 military model (cal. 38 ACP)
  • PA Colt 1903 Pocket Hammerless (cal. 32 acp)
  • PA Colt 1903 Packet Hammer (cal. 38 ACP)
  • PA Llama (9 mm largo)
  • Pistolet à silencieux "High Standard" (cal. 22 LR)
  • Revolver Webley Mark V (cal. 455)
  • Revolver Webley Mark VI (cal. 380)
  • Revolver Enfield n°2 MkI (cal. 380)
  • Revolver Enfield n°2 MkI* dit “Commando” (cal. 380)
  • Revolver Smith & Wesson (cal. 380)
  • Revolver Colt (cal. 38 M1892-M1905)
  • Revolver Smith et Wesson US Army model 1917 (cal. 45)
  • Revolver Colt US Army model 1917 (cal. 45)
  • Browning GP 35 n°2 MkI Inglis/Canada (cal. 9mm)
  • Pistolet à silencieux Welrod (9 mm)
  • Pistolet automatique Liberator (cal. 45 ACP)

Fusils

  • Fusil Lee-Enfield n°4 Mk I (cal. 303)
  • Fusil Springfield 1903 A3 (cal. 30-06)
  • Fusil US 17 (cal. 30-06)
  • Fusils Mauser 98k (capturés en Afrique du Nord)
  • Fusils (ou mousquetons) Carcano (capturés en Afrique du Nord)
  • Carabine USM1 (cal. 30 M1)
  • Carabine USM1, crosse pliante (cal. 30 M1)
  • Carabine à silencieux Mk I "de Lisle" (cal. 45)

Armes Automatiques

  • Pistolet-mitrailleur Sten MkI (cal. 9 mm)
  • Pistolet-mitrailleur Sten MkII (cal. 9 mm)
  • Pistolet-mitrailleur Sten MkII S (à silencieux, cal. 9 mm)
  • Pistolet-mitrailleur Sten Mk III
  • Pistolet mitrailleur Thompson Model 1928 A1 (cal. 45)
  • Pistolet mitrailleur Thompson Model M1 (cal. 45)
  • Pistolet mitrailleur Thompson Model M1 A1 (cal. 45)
  • Pistolet-mitrailleur M3 "Grease gun" (cal. 45)
  • Pistolet-mitrailleur britannique Lanchester
  • Pistolet-mitrailleur UD42 (cal. 9 mm)

Fusils-Mitrailleurs et Armes Collectives

  • Fusil-mitrailleur Bren Bren Mk I (cal. 303)
  • Fusil antichar Boyes (cal. 55)
  • Lance-roquettes PIAT
  • Lance-roquettes de fabrication américaine, Model M1 A1 et M9 "Bazooka"
  • Mitrailleuse Browning, Model 1919 (cal. 30-06)
  • Mitrailleuse Browning, model M2 (cal. 50)
  • Mitrailleuse anglais Vickers

L'Armée d'Armistice

La convention d'armistice signée le 22 juin 1940 autorise la reconstitution, en zone libre, d'une armée d'armistice, créée le 25 novembre 1940 et destinée exclusivement au " maintien de l'ordre intérieur ". Les effectifs sont fixés à 100 000 hommes en France (dont 6 000 gardes mobiles), auxquels s'ajoutent 60 000 gendarmes, 10 000 pompiers de Paris et 15 000 travailleurs coloniaux (malgaches et indochinois stationnés dans le sud-est de la France).

Les unités sont réparties au sein de 8 divisions militaires (ex régions militaires) : la VIIe à Bourg-en-Bresse, la IXe à Châteauroux, la XIIe à Limoges, la XIIIe à Clermont-Ferrand, la XIVe à Lyon, la XVe à Marseille, la XVIe à Montpellier et la XVIIe à Toulouse. Chaque division dispose de trois régiments d'infanterie, d'un régiment d'artillerie à trois groupes de 75, d'un régiment de cavalerie, d'un bataillon du génie, d'un groupe de transmissions, d'une compagnie de transport mais également des services de l'intendance, du service de santé…

L'effectif réduit de cette nouvelle armée permet de recentrer le recrutement sur une élite jeune. Elle est composée essentiellement d'engagés servant sous contrat de 3 à 5 ans, encadrés par 4 000 officiers et 15 000 sous-officiers. Pour maintenir un recrutement constant et attirer des jeunes dans ses rangs, les autorités militaires sont contraintes de rendre l'image de cette armée d'armistice attractive (soldes intéressantes, tenues plus " modernes "). Le concept " d'armée nouvelle " est alors inventé par l'état-major de l'armée pour susciter les engagements.

Tableau Récapitulatif des Armes Parachutées et Leur Localisation

Type d'Arme Modèle Calibre Localisation des Parachutages
Pistolet Automatique Colt 45 .45 ACP Dordogne, Limousin, Lot-et-Garonne
Fusil Enfield n°4 Mk I .303 Dordogne, Vaucluse, Lot-et-Garonne, Saône-et-Loire, Morvan
Pistolet-Mitrailleur Sten MkII 9mm Dordogne, Lot-et-Garonne, Saône-et-Loire, Vercors
Fusil-Mitrailleur Bren Mk I .303 Dordogne, Vercors, Limousin, Lot-et-Garonne
Lance-Roquettes PIAT - Vercors, Limousin (Haute Vienne), Nièvre, Drôme, Dordogne

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