Se lancer sur le marché des projectiles pour fusils de précision à longue et très longue distance est un pari risqué. Surtout lorsqu'il s'agit d'une petite société française dont ce n'est pas l'objet initial. Mais face au quasi-monopole américain, les projectiles TPM ne cessent de s'améliorer pour devenir un challenger sérieux de ce côté-ci de l'Atlantique.
La gamme de balles TPM est fabriquée et commercialisée par les Établissements PLUBEAU et Cie à Auxelles bas, situé dans le Territoire de Belfort. Spécialisée depuis 5 générations dans le décolletage, cette société a été créée en 1911 et sa production est destinée à des secteurs d'activité aussi variés que les domaines ferroviaire, hydraulique, brosserie, moteurs électriques, échafaudage ou matériel médical. Lors de la Première Guerre Mondiale, l’entreprise a usiné des parties du célèbre canon de 75 mm modèle 1897. Fort de son expérience dans le décolletage de précision, c'est donc tout naturellement que le gérant actuel des Établissements Plubeau, O. LACREUSE, passionné de tir, notamment à longue distance, a eu l'idée de proposer des projectiles mono-métalliques de sa propre conception et fabrication.
Mais avant de se lancer dans l'aventure, il a fallu d'abord passer le CQP, Certificat de Qualification Professionnel de commerce d'arme et de munition, parcours dérogatoire délivré par la FEPAM (1) pour ceux n'ayant pas suivi un cursus en école d'armurerie. Une fois le précieux sésame en poche, et l'agrément d'armurier pour les catégories C et D délivré par la Préfecture acquis, il ne restait plus qu'à choisir les types de projectiles sur lesquels travailler.
Le parc de machines est étoffé : près d'une dizaine de tours à commande numérique jusqu'à 7 axes, en plus d'un centre d'usinage 4 axes. La réalisation de projectiles de petits diamètres nécessite un tour dimensionné en conséquence : inutile de disposer d'une machine surdimensionnée dont les tolérances ne seraient pas en rapport avec le résultat souhaité. Ainsi les projectiles sont usinés sur un tour 7 axes CITIZEN A20 équipé d'une commande numérique Fanuc 32i. Ses qualités lui permettent de tenir des tolérances d'une précision relevant du micron (en conditions contrôlées, un peu plus en conditions réelles), ce qui se traduit par une variation de masse de l'ensemble des pièces d'environ 0,2 %, soit 0,3 grains pour une balle de 150 grains.
L'alimentation automatique est effectuée par un embarreur LNS type Alpha S2 avec des barres d'une longueur de 3 mètres. Le CITIZEN A20 est équipé d'une poupée mobile et d'une contre broche permettant l'avancement progressif de la barre au fur et à mesure de son usinage. Deux outils sont nécessaires à l'usinage du projectile : le premier à charioter qui effectue l'essentiel du travail, le second à tronçonner qui permet la séparation de la balle de la barre. Ces deux outils travaillent au plus près de la broche, ce qui évite tout porte-à-faux et défaut de concentricité. La production d'un projectile dure de 16 à 22 secondes en fonction du type usiné, ce qui donne un rendement horaire d'environ 150 à 200 exemplaires.
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Avant de penser à créer des projectiles, il convenait de sélectionner le type de matière à usiner… L'avantage de disposer de matériel performant pour fabriquer une balle mono-métallique est qu'il est possible de produire toute forme voulue. Outre une grande concentricité, son homogénéité favorise un positionnement constant du centre de gravité par rapport à son axe géométrique. Le principal désavantage, face à un projectile classique à noyau de plomb chemisé, est constitué par la moindre densité de l'alliage de cuivre. Celle du laiton est de 8,73 g/cm3, 8,96 pour le cuivre et 11,3 pour le plomb. À dimensions identiques, une balle mono-métallique à base de laiton ou de cuivre sera forcément plus légère, et sa densité de section moindre. Pour le tir à longue distance, c'est un handicap par rapport aux balles classiques, cette perte de masse entraînant comparativement une décélération plus rapide à vitesse initiale identique.
Le choix s'est porté sur différents alliages à base de cuivre, certains contenant du plomb, d'autres pas. Le but est d'obtenir une usinabilité compatible avec les tolérances voulues sans être pénalisant pour la durée de vie du canon. Ainsi les propriétés de déformation à froid ont été testées à de multiples reprises en piscine. L'examen des projectiles après récupération, combiné à l'emploi d'un système KOLBE à base d'accéléromètre, a permis de constater les différences entre plusieurs nuances d'alliage. Celles sélectionnées sont optimisées pour permettre une bonne impression des rayures sur la surface de la balle tout en limitant l'usure de la prise de rayure et l'effort de forcement.
Le choix des premiers projectiles s'est porté sur un des plus fameux qui ait été réalisé : la balle de 8 mm Mle 1898D de notre Lebel national. Son adoption en 1898, avec des formes très novatrices, augmente sensiblement la portée efficace de la cartouche de 8x51 R Lebel. De nombreux prototypes sont testés avant que soit finalement sélectionnée la balle « D » dont la paternité est due au capitaine DESALEUX. L’appellation « D » n'a pas été donnée par la première lettre du nom du créateur du projectile, mais tout simplement parce qu'il s'agissait de la variante « D » des prototypes d'essais nommés de « A » à « E ». Le profil de la balle est bi-ogival, la seconde ogive étant l'arrière fuyant ou restreint de culot (boat tail). Réalisé tout d'abord au tour à décolleter pour les prototypes, la balle D est ensuite produite par étampage à froid et compression. Elle est composée de laiton 90/10, (90 pour cent de cuivre pour 10 pour cent de zinc), et non de bronze comme souvent entendu. La balle comporte une gorge de sertissage de 0,15 à 0,2 mm de profondeur qui n’apparaît qu'en 1905 (auparavant était pratiqué un redan). Le projectile pèse 12,8 grammes (soit 197,5 grains) mais avec des tolérances pouvant aller de 12,65 g à 13,8 g. La forme tout à fait révolutionnaire pour l'époque de la balle D n'a aujourd’hui pas pris une ride. L'ogive a un profil tangent à un peu plus d'une dizaine de calibres alors que l'arrière fuyant a un angle de 4,3°.
La TPM327D ne pèse que 189 grains (12,24 grammes) comparativement aux 197 grains de la balle d'origine. Mais à la différence des balles D de production de guerre, la TPM a des tolérances sans commune mesure, ce qui en pratique favorise grandement la précision des armes d'époque (2). Son diamètre maximum de 8,315 mm permet son utilisation indifféremment dans des armes modifiées « N » ou non. Avec un coefficient balistique pour la fonction G7 de 0,290, vérifié avec un radar Doppler et confirmé personnellement «sur le terrain», c'est sans aucun doute le meilleur choix pour faire revivre nos vieux ancêtres lorsque leur état de conservation est bon.
Dérivée directement de la TPM327D, la balle TPM308S de 150 grains (9,72 grammes) est la première fabriquée en calibre .308'' (7,82 mm). Elle reproduit peu ou prou les dimensions de sa grande soeur avec un profil d'ogive très sécant, minorée évidemment en fonction de son calibre. La surface réduite de la portée cylindrique du projectile en contact avec les rayures a été limitée, la rendant plus adaptée aux canons très serrés en fond de rayures ou au plat des rayures (cas de certains tubes de 7,5x54 Mas). Principal défaut de ce projectile : le positionnement de la gorge de sertissage est prévu pour qu'une cartouche de .308 Winchester reste dans la tolérance maxi C.I.P. Le profil sécant de l'ogive peut entraîner un « vol libre » significatif sur certains chambrages, notamment ceux optimisés pour tirer des balles lourdes hors cotes C.I.P. Son coefficient balistique pour la fonction G7 est de 0,230 en moyenne. Sa masse réduite permet de le tirer dans des canons rayés au pas de 12 pouces (30 cm au tour) et moins.
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Le profil d'ogive sécant à été abandonné pour un profil tangent pour la balle TPM311ME. Avec son diamètre maximum de .311'' (7,90 mm), ce projectile est principalement destiné aux calibres 7,62x54 R ou .303 British. Avec une masse de 168,5 grains (10,92 grammes), il comporte deux gorges dont la plus haute fait office de gorge de sertissage. Son Cb G7 est en théorie de 0,230 soit identique à la balle TPM308S de 150 grains à profil sécant.
Mis à part les balles mono-métalliques pour armes réglementaires, O. LACREUSE a rapidement orienté sa production sur des projectiles à profil beaucoup plus moderne. Le but est évidemment de tenter de concurrencer les grands classiques du tir à longue distances : balles de match à culot restreint, noyau plomb et chemise tombac, munies ou pas d'une pointe polymère, profil sécant ou hybride. Ces dernières années, le prix de ces projectiles a sensiblement augmenté alors que l'offre ne cesse de s'agrandir. Le fait de pouvoir modifier la forme et les dimensions d'une balle mono-métallique permet d'optimiser son indice de forme et donc ses performances, notamment dans les domaines transsoniques et supersoniques, ce qui compense en partie leur densité moindre par rapport à une construction classique. Mais l'élaboration de nouveaux projectiles n'est pas aussi facile que cela pourrait paraître.
Si la question du choix de la nuance d'alliage à base de cuivre a été globalement résolue, il n'en est pas de même pour la forme et la longueur de l'ogive, de la partie cylindrique, et du culot restreint. Vouloir simplement copier ce qui se fait de mieux chez la concurrence peut se traduire par de rapides désillusions lors des essais en cible.
C'est pourquoi la mise au point de la gamme « P » de TPM a pris plus de temps et a nécessité de nombreuses variantes avant validation et commercialisation de certains exemplaires. Le profil d'ogive choisi n'a rien d'une nouveauté. Si B. LITZ parle du profil hybride dans ses ouvrages, il ne s'agit pas d'une découverte. Ce profil allie la grande tolérance du positionnement de la balle par rapport à la prise de rayure au profil sécant, améliorant l'indice de forme et en conséquence le coefficient balistique. La longueur et l'angle du culot restreint (Boat Tail) est aussi d'importance, un angle classique de 7° n'étant en rien un gage de stabilité et de performance. Mais si vous voulez essayer, rien de plus simple ! Les Établissements PLUBEAU peuvent réaliser tout type de projectiles (mis à part ceux à effets spéciaux classés en catégorie « A » évidemment) selon vos desiderata à condition de commander au moins 200 exemplaires avec devis préalable.
Pour réaliser ce type de projectile, la validation par des essais sur cible papier est absolument nécessaire, la seule simulation informatisée du comportement en vol de ces projectiles restant insuffisante pour constater son évolution lors des transitions des domaines supersonique, transsonique et subsonique. De nombreux tireurs confirmés ont été (et sont toujours !) mis à contribution pour développer cette gamme de balles, citons entre-autres B. GINESTE, recordman du monde de tir à longue distance.
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L'alliage choisi comporte une forte proportion de cuivre, outre une densité plus élevée que le laiton, sa dureté et son usinabilité évite l'emploi de gorges destinées à réduire la surface de contact avec le canon, et donc limiter l'effort de forcement. La présence de ce type de gorge est généralement néfaste aux qualités aérodynamiques du projectile, augmentant sa traînée et donc réduisant son coefficient balistique. Le profil d'ogive hybride donne une meilleure marge au positionnement de la balle par rapport aux rayures, à la différence d'un simple profil sécant.
Attention cependant aux diamètres en fond de rayure de vos canons. En fonction de ces dimensions, le comportement du projectile peut être aussi bon que mauvais. Prévu initialement pour des canons dont le diamètre en fond de rayure est au moins égal ou supérieur aux cotes mini C.I.P., l'utilisation de cette gamme dans des tubes plus serrés peut aboutir à un encuivrage très rapide et une perte accélérée de la précision.
Cependant on peut observer des phénomènes contradictoires. A titre d'exemple, la balle TPM338P242 a été tirée avec un enfoncement de projectile similaire en .338 Lapua Magnum dans un fusil VICTRIX Scorpio (diamètre en fond de rayures de 8,575 mm) et un Sako TRG42 (diamètre en fond de rayures de 8,60 mm). A charge de poudre identique, la vitesse était supérieure de près de 40 m/s pour la TRG 42. De même, la charge de poudre devait être augmentée d'environ 0,40 gramme pour obtenir une vitesse identique alors même que la Victrix a un diamètre en fond de rayure plus serré que celui de la TRG… La différence de localisation du cône de forcement dans le canon de chacun de ces fusils est sans doute la cause principale.
Le rechargement du .308 Norma Magnum pour un Mosin Nagant nécessite une attention particulière. Il est déconseillé de suivre les tables de rechargement à la lettre sans précaution. Il est conseillé de s'en tenir aux tables du 7.62x54R, mais cela peut créer un vide important dans les cartouches.
Il est déconseillé d'utiliser des balles de calibre .311" si la carabine a été éprouvée avec des cartouches de calibre .308 Norma Magnum aux normes C.I.P. L'utilisation de projectiles de calibre .308" aura un effet salutaire sur le niveau de pression engendré dans la carabine. En effet, la carabine Mosin-Nagant est conçue pour supporter une pression maximale admissible de 3900 bars, tandis que la munition de la 308 Norma Magnum, avec projectiles de calibre .308" peut développer une pression maximale admissible de 4300 à 4400 bars. Il va de soi que la petite différence de calibre entre .308" et .311" diminuera le niveau de pression à l'intérieur du système, ce qui est tout à fait souhaitable dans les circonstances.
Pour le rechargement, Alain Gheerbrant recommande :
Les projectiles de la gamme MF sont conçus pour produire d’excellents groupements à courtes et longues distances tout en acceptant des vols libres (free bore) importants. Ils sont également de très bons projectiles pour le tir à 100 et 200 m en stand de tir traditionnel. Leur mise au point est aisée et ils s’adaptent à la plupart des canons.
Le centre de gravité est idéalement placé afin de générer une stabilité parfaite et une prise d’incidence minimal à la bouche. Le free-bore court garantit que :
Le vol libre n'est pas forcément la cause des problèmes : souvent c'est l'irrégularité. Pas seulement de la Vo, mais aussi de la pression, du délai d'allumage, de l'alignement de la balle, etc.
Le coefficient balistique (CB) dépend de la masse, du diamètre, de la forme (sécante, tangente, hybride) et de la longueur de l'ogive. La vitesse joue également un rôle important : si l'ogive maintient bien sa vitesse initiale, elle ira plus loin car elle décélérera moins vite.
En Europe, le coefficient balistique varie de 0,000 à 1,0. Un coefficient de 0,250 est moins efficace qu’un coefficient de 0,550. En conclusion, plus le coefficient balistique est élevé, plus l'ogive ira loin avec une trajectoire plus tendue.
| Ogive | Type | Coefficient Balistique (G1) | Avantages |
|---|---|---|---|
| Ogive Standard | Flat Base | 0.250 | Simple à fabriquer, économique |
| Ogive de Haute Performance | Boat Tail | 0.550 | Meilleure portée, trajectoire plus tendue |
| Berger VLD | VLD | 0.650 | Excellente pour le tir longue distance |
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