Le niveau de l’armement mondial peut être mesuré sous trois angles : dépenses militaires, import-export, part du budget militaire dans les économies nationales. Ces dix dernières années, et tout particulièrement avec les conflits armés en Ukraine et à Gaza, les dépenses militaires mondiales n’ont cessé d’augmenter.
En 2023, par rapport à l’année précédente, les dépenses militaires d’Israël et de l’Ukraine - tous les deux engagés dans une guerre dévastatrice - ont augmenté respectivement de 24% et de 51%. Mais, la hausse la plus spectaculaire s’est produite en République démocratique du Congo qui, confrontée au conflit armé dans l’Est du pays et aux tensions grandissantes avec le Rwanda, a plus que doublé ses dépenses militaires.
Pour la période 2019-2023, les États-Unis ont assuré 42% des exportations mondiales d’armes. Loin derrière, la France et la Russie occupent respectivement les deuxième et troisième places, avec chacune 11% des parts du marché. Avec la Chine et l’Allemagne, ces pays constituent les principaux exportateurs d’armes et concentrent ensemble plus des trois-quarts des exportations.
À l’autre bout de la chaîne, du côté des importateurs, l’Inde occupe la première place, représentant près de 10% des importations mondiales de l’armement. Les tensions avec ses voisins, le Pakistan et la Chine, ainsi que des choix stratégiques, expliquent en grande partie cette position. L’Arabie saoudite, le Qatar, l’Ukraine et le Pakistan figurent parmi les cinq plus grands importateurs.
Plusieurs États, dont certains sont parties prenantes de conflits armés, dépendent très largement d’une ou deux sources pour leur approvisionnement en armes. Par exemple, Israël, quinzième importateur mondial d’armement, s’appuie presque exclusivement sur les États-Unis (69%) et l’Allemagne (30%) pour ses importations d’armes.
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Une autre manière d’appréhender le poids des armes dans l’économie est de mesurer la part des dépenses militaires dans le produit intérieur brut (PIB) d’un État. Sous cet angle-là, ce ne sont pas les États-Unis qui sont en tête - avec des dépenses militaires qui représentent 3,4% du PIB, le pays est classé 9ème -, mais bien l’Ukraine, où plus d’un tiers du PIB est consacré à l’armement.
Au lendemain de l’invasion russe en Ukraine, puis, à nouveau, après l’attaque du Hamas du 7 octobre 2023, les actions en bourse des grandes entreprises de la défense américaine ont connu une soudaine hausse. Les guerres profitent à quelques-uns… L’industrie de l’armement alimente les conflits armés qui génèrent en retour d’importants profits pour ce secteur, étroitement imbriquée aux intérêts et stratégies des États.
Il est d’autant plus difficile de briser ce cercle vicieux que les États-Unis poussent à une militarisation, par le biais notamment de l’OTAN. Cette alliance internationale - qui regroupe trente-deux membres, principalement européens - s’est ainsi fixé pour objectif que chaque État partie consacre au moins 2% de son PIB aux dépenses militaires (ce qui est déjà le cas de la Grande-Bretagne, de la France, de la Pologne, de la Grèce et de la Finlande).
La chute de Goma, le 26 janvier 2025, a mis en lumière le conflit dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC). Il oppose, depuis 2021, les Forces armées de la RDC (FARDC), alliées à de nombreux groupes armés locaux et aux forces armées burundaises, aux forces de défense du Rwanda (RDF) qui soutiennent, encadrent et accompagnent au combat les troupes du mouvement rebelle du M23, récemment rebaptisé Alliance fleuve Congo.
L’Ouganda, quant à lui, soutient tour à tour les deux belligérants en fonction de ses intérêts immédiats. Alimenté par des causes internes à la RDC, le conflit est surtout dû aux tensions géopolitiques entre le Rwanda et ses voisins qui, tous, y défendent militairement leurs intérêts.
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Confrontées à une véritable invasion, les FARDC n’ont pas réussi à s’y opposer. Héritières de mœurs politiques despotiques, beaucoup d’unités sont toujours des bandes indisciplinées, où l’irresponsabilité et l’absentéisme des chefs sont des maux endémiques. Une lutte équilibrée est alors impossible entre cette troupe et l’armée rwandaise, alors même que cette dernière n’utilise en RDC qu’une partie de ses moyens.
Fort de ce constat, le président congolais Félix Tshisekedi a engagé un effort sans précédent. En trois ans, les dépenses militaires du pays sont ainsi passées de 3 % à plus de 7 % du budget national, soit plus d’un milliard de dollars, trois fois plus que le Rwanda. Le résultat est pourtant médiocre. Le problème est ailleurs.
Or, l’inaptitude à produire des effets sur le terrain est souvent, et avant tout, le symptôme de blocages organisationnels. Plusieurs épisodes récents ont démontré que les FARDC font parfois preuve d’une réelle pugnacité.Elles ont, toutes, pour but d’accroître le rendement des moyens existants, à dépenses et effectifs constants.
Les échecs récents sont l’occasion de clarifier une question fondamentale : que représentent les provinces de l’Est pour la RDC ? De la réponse dépend le développement d’une stratégie cohérente, alignée avec des capacités militaires limitées. À cet égard, la faiblesse chronique de la RDC la place, de facto, dans une impasse.
Un pays qui émerge de 30 ans de guerre civile et d’ingérences étrangères ne peut aisément se résigner au compromis. Le retour récent de l’ex - président Joseph Kabila à Goma l’indique : le pouvoir à Kinshasa reste tributaire des rapports de force dans l’est du pays. De même, l’opinion publique reste hostile à une solution politique qui verrait la réintégration des rebelles au sein de l’appareil d’État.
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Récupérer l’ensemble des territoires perdus est, pour l’heure, hors de portée. Il reste possible de s’attaquer à l’impunité militaire du Rwanda, qui empêche toute solution politique équilibrée, alors que les relations de Paul Kagame avec les Occidentaux et son interventionnisme militaire sur le continent africain le rendent diplomatiquement inatteignable.
En janvier 2020, dans le port turc de Derince, sur la rive orientale de la mer de Marmara [en Turquie], une quantité considérable d’armes et d’équipements est embarquée secrètement à bord du MV Storm. Naviguant sous pavillon du Vanuatu, un paradis fiscal, le navire fait route avec à son bord un arsenal d’obus de mortiers, de roquettes et d’explosifs venus d’Azerbaïdjan et destinés à la République du Congo, plus connue sous le nom de Congo-Brazzaville.
Au total, si l’on en croit un manifeste de fret qu’OCCRP [Organized Crime and Corruption Reporting Project, voir ci-contre] est parvenu à se procurer, ce sont plus de 100 tonnes d’armes et d’équipements qui finissent par se retrouver dans un bâtiment qui, manifestement, serait le quartier général de la garde républicaine du Congo-Brazzaville, une unité d’élite.
La cargaison, d’une valeur estimée à plusieurs dizaines de millions de dollars, n’est que la dernière d’une série de dix-sept livraisons d’armes expédiées par le ministère de la Défense azerbaïdjanais au régime du président Denis Sassou-Nguesso depuis 2015, selon des plans de vol, des manifestes de fret et des inventaires obtenus par l’OCCRP.
Selon le classement publié début mars par le très sérieux Stockholm International Peace Research Institute, la France est le troisième exportateur d'armes au monde. Depuis 2013, elle a même enregistré une progression record de 27 %. Mais elle ne vend « pas des armes n'importe comment », assurait en février dernier Florence Parly.
Or selon un sondage* YouGov pour SumOfUs publié ce lundi, 88 % des Français estiment que leur pays doit « arrêter les exportations d'armes aux pays qui risquent de les utiliser contre des populations civiles ». Un résultat qui permet également à l'ONG de faire la promotion de son appel au président de la République de stopper la vente d'armes dans cette région, déjà signé par près de 65 000 internautes.
Dans son rapport au Parlement 2017 sur les exportations d'armement de la France publié en juin, le ministère des Armées considère toutefois les exportations de matériels de Défense comme un « atout » pour le pays, un « instrument de politique étrangère et de défense », par ailleurs « nécessaire à la préservation et au développement de la base industrielle et technologique de défense ».
Reste que la France continue à vendre des armes à l'Arabie saoudite, même depuis le début du conflit moderne au Yémen en 2014. Selon le rapport du ministère des Armées, c'est même le deuxième pays dans lequel l'Hexagone a le plus exporté d'armes entre 2007 et 2016, derrière l'Inde - qui a notamment acheté bon 36 rafales tricolores - et derrière le Qatar - que plusieurs pays voisins accusent de financer le terrorisme - et l'Egypte - à qui la France a envoyé des blindés légers Renault en pleine répression.
Par ailleurs, la France aurait déjà violé près de la moitié de la vingtaine d'embargos émanant soit de l'ONU, soit de manière autonome de l'Union européenne ou encore de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE).
Toujours dans son rapport de 2017, le gouvernement enregistre ainsi un gain de 685,2 millions d'euros lié à des commandes d'armes passées par la Chine entre 2012 et 2016. Or ce pays où la contestation du pouvoir est très compliquée est sous embargo imposé par l'Union européenne.
En deuxième position des clients de la France sous embargo, arrive la Russie, avec des transactions à hauteur de 423,6 millions d'euros pour des commandes d'armes (300 millions en matériels déjà livrés). L'Azerbaïdjan arrive en troisième position, avec 157 M€ en commandes (148,4 M€ en matériels livrés).
Parmi les pays non seulement sous embargo de l'UE mais également de l'ONU, les commandes d'armes de l'Irak ont rapporté 24,9 M€ à la France entre 2012 et 2016 (16,9 M€ en matériels livrés). La Libye arrive en cinquième position avec 8,5 M€ réalisés en commandes et 9,6 M€ en matériels livrés dans la même période.
Pour répondre à cela, il est sans doute primordial de se tourner vers les intérêts premiers de Kigali, principal bénéficiaire de l’instabilité et de la perte de contrôle des autorités congolaises dans la région.
Les pays concernés par des conflits armés qui perdurent pour le contrôle et le trafic de richesses minières sont surtout la RDC (République démocratique du Congo, ex-Zaïre), l’Angola et la Sierra Leone, et, par leur implication dans ces trois conflits, plusieurs de leurs voisins (surtout le Liberia, l’Ouganda, le Rwanda et le Zimbabwe).
Les conflits de la RDC, de l’Angola et de la Sierra Leone opposent les gouvernements officiels à des factions rebelles - elles-mêmes parfois en guerre entre elles.
Avec les négociations sur l’indépendance de la Namibie, auxquelles se trouvait lié le départ des 50 000 Cubains d’Angola, puis avec la chute du mur de Berlin en 1989 et la fin de la guerre froide, les deux mouvements angolais perdirent leurs soutiens extérieurs les plus voyants et les plus actifs, et le conflit ses enjeux internationaux.
Des accords de paix entre le MPLA et l’Unita furent négociés, avec organisation d’élections générales en septembre 1992. Mais, alors que l’Unita contrôlait en fait presque tout l’intérieur du pays et en particulier les champs diamantifères, c’est le MPLA qui remporta ces élections.
Entre 1992 et 1997, selon » Global Witness « , le conflit angolais aurait encore fait 500 000 morts, et l’Unita aurait gagné 3,7 milliards de dollars en vente de diamants illégaux. Elle est maintenant déconsidérée auprès de la Communauté internationale ; et le Conseil de sécurité des Nations Unies, conscient que le trafic du diamant est le nerf qui permet la poursuite de la guerre, a adopté le 12 juin 1998 la résolution 1173 qui interdit aux États membres toute importation, directe ou indirecte, d’Angola, de diamants qui n’ont pas leur certificat d’origine établi par le gouvernement de Luanda.
En RDC, alors appelée Zaïre, il y a quelques années, le mouvement rebelle de Laurent-Désiré Kabila s’était renforcé avec l’appui de l’Ouganda et du Rwanda. Mais son image de libérateur ternit rapidement ; sa dictature et sa cupidité sur les richesses minières n’ont finalement rien à envier à celles de son prédécesseur.
Les pressions internationales ont fini par conduire à des négociations de paix sous l’égide de l’ONU à Lusaka en juillet 1999, avec un processus qui prévoyait dans un premier temps le retrait des forces étrangères. Ce processus était resté un vœu pieux, au moins jusqu’à l’assassinat de L.-D. Kabila en janvier 2001, et son remplacement par son fils, Joseph Kabila.
La République démocratique du Congo dans son ensemble reste assise sur un sous-sol très riche. Elle dispose des deux tiers des réserves mondiales de cobalt, du dixième du cuivre, du tiers du diamant, ainsi que d’un potentiel appréciable d’or, d’uranium, de manganèse, d’étain et de tantale.
Cependant pour extraire, transporter et faire fructifier les autres richesses, le cuivre, le cobalt, etc., il faut des investissements importants. Aussi l’instabilité a bloqué tous les projets d’envergure. En 1989, le pays exportait 443 000 tonnes de cuivre et 9 300 tonnes de cobalt, dont il était le premier producteur mondial. En 1999, il n’en a exporté que 31 000 tonnes et 2 300 tonnes respectivement.
Quant au diamant, la RDC en est le deuxième producteur mondial, en quantité, après l’Australie. C’est la MIBA2 (Minière de Bakwanga3) qui détient l’essentiel des concessions à Mbuji-Mayi, l’une des zones les plus productrices du monde. Elle est titulaire de 1 000 km2 de Permis d’exploitation et 70 000 km2 de Zones exclusives de prospection, et produit environ 6 millions de carats par an (6,6 millions de carats en 1998, pour une valeur totale de 94 M$).
Cette commission a travaillé pendant six mois, a remis un rapport préliminaire le 16 janvier 2001, et devait remettre officiellement son rapport final début avril. Elles confirment l’accusation « des alliés et des ennemis du Congo de se livrer à un pillage systématique et organisé des richesses de ce pays déchiré par la guerre. Le Zimbabwe, l’Ouganda ou le Rwanda, pays rivaux et impliqués dans le conflit figurent en tête de liste de ces profiteurs, des militaires ou des proches de l’entourage du pouvoir […]
Le pillage des fabuleuses richesses minières du Congo n’était pas un secret. Mais, grâce à ce rapport détaillé, on apprend les noms des prédateurs, leurs affiliations au pouvoir à Kinshasa ou au régime de tel ou tel pays voisin, de même que les principaux débouchés de cette rapine organisée. Les conclusions sont particulièrement accablantes pour des pays dits » envahisseurs « , l’Ouganda et le Rwanda.
En Sierra Leone, le conflit, allumé par une contagion du conflit libérien, oppose depuis une dizaine d’années le gouvernement de Freetown et les rebelles du RUF (Front révolutionnaire uni), désormais retranchés dans les forêts difficilement contrôlables du nord-est du pays.
Si le problème des diamants » illicites » (diamants volés aux producteurs légitimes, ou diamants issus de la petite mine alluvionnaire artisanale, et passés en contrebande vers d’autres pays pour y être vendus) a toujours existé, il est devenu évident qu’une part importante des diamants » illicites » n’est plus utilisée pour le simple enrichissement d’individus ou de groupes, mais sert à financer des guerres civiles longues et des groupes terroristes.
C’est ce qu’on appelle désormais les » Diamants conflictuels » (« Conflict Diamonds « ). Les Nations Unies, qui avaient voté des embargos sur ces Diamants conflictuels d’Angola et de Sierra Leone, ont pointé du doigt le caractère laxiste de certains centres diamantaires (un diamantaire d’Anvers a admis, auprès d’Amnesty International, en octobre 2000, trois mois après la résolution du Conseil de Sécurité bannissant les diamants non certifiés de Sierra Leone :» Si quelqu’un me propose un diamant à 30 % en dessous de sa valeur, suspecterai-je quelque chose ? Bien sûr. Ce sera probablement un Diamant conflictuel. L’achèterai-je ? Bien sûr. Je suis ici pour faire des affaires. L’ai-je déjà fait ? Je ne peux vous le dire.
Comme De Beers, d’autres sociétés ont effectivement cessé d’acheter des diamants, dans les pays en conflit, qui ne viendraient pas de mines sous licence des gouvernements légitimes. Mais il y aura toujours des acheteurs peu scrupuleux qui achèteront des Diamants conflictuels à des prix discount et essaieront de les revendre comme des diamants légitimes.
Depuis mars, les affrontements ont baissé en intensité dans cette région déchirée par trois années de violences entre les communautés téké et yaka. Les forces armées congolaises, déployées en 2022 pour contenir les attaques, ont reçu l’ordre de ne plus pourchasser les Mobondo, ces milices populaires recrutant essentiellement au sein de la communauté yaka - responsables d’exactions contre les populations civiles.
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