L'annonce de la participation de Renault à la fabrication de matériel militaire a suscité de vives réactions au sein de l'entreprise et au-delà. Cette décision, motivée par le contexte actuel d'économie de guerre et de réarmement de l'Europe, ravive des souvenirs douloureux liés à l'histoire de Renault pendant les conflits mondiaux.
Renault s'est considérablement enrichi pendant la Première et la Seconde Guerre mondiale, en produisant massivement des chars et d'autres équipements pour l'armée. Non seulement ses patrons ont été des profiteurs de guerre, mais, en produisant industriellement pour l'armée, le groupe a pu augmenter ses capacités productives aux frais de l'État.
En effet, aussi bien durant la Première Guerre mondiale, avec la production de masse de chars, que durant la Deuxième Guerre, Renault s'est énormément enrichi. Renault avait déjà produit des chars lors de la première guerre mondiale ou des obus pour l’Allemagne lors de la seconde.
Cependant, cette période est également marquée par la controverse autour de la collaboration de Louis Renault avec l'occupant allemand pendant la Seconde Guerre mondiale. Les usines Renault de Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine) ont été bombardées à plusieurs reprises en 1942 et 1943.
Au mois de mars 1942, l’aviation anglaise vise les usines Renault de Billancourt. Il s’agit d’empêcher l'entreprise de fournir des camions à l’armée allemande. En même temps que les obus, les avions déversent des tracts. On peut y lire : "Renault travaille pour l’Allemagne, Renault est bombardée". Suite à ce raid, l’île Seguin est en flammes, ainsi que de nombreux immeubles des environs. Le bombardement, qui a eu lieu le soir, après la sortie d’usine, cause 423 morts, parmi lesquels 32 employés des usines.
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Aujourd'hui, Renault envisage de participer à la production de drones militaires en Ukraine, en collaboration avec une PME de défense française. Ces drones seraient destinés à l'armée ukrainienne. Le ministre des Armées Sébastien Lecornu a annoncé que Renault allait participer à la fabrication de matériel militaire.
Selon des informations de presse, le projet impliquant Renault supposerait de monter sur place en Ukraine des lignes de production dédiées, à l’abri de la ligne de front pour produire rapidement et au plus près des clients ses drones. Une proximité qui permettrait de plus de faire rapidement évoluer les produits en fonction des besoins des forces ukrainiennes.
À Cléon, la direction a rapidement émis une note de service, où elle stipulait que les drones miliaires seraient des drones… d’observation. Cela n’a convaincu personne. Car il suffit de mettre quelques bombes sous de tels drones pour qu’ils deviennent des engins de mort.
Cette annonce a suscité l'inquiétude et la colère de certains travailleurs, qui découvrent qu'ils vont participer à la construction d'engins de guerre. Pour certains, à l’usine Renault de Cléon par exemple, c’était l’occasion de réaliser qu’elle pourrait même devenir demain, un lieu de production militaire.
Pour la majorité des travailleurs de chez Renault, il n’y a pas de quoi se réjouir ! La production d’engins de mort ne leur annonce pas des lendemains sereins, quoi qu’en disent les dirigeants et parfois les responsables syndicaux. Derrière les profits bien sanglants pour les actionnaires, c’est la barbarie pour tous les peuples qui se fabrique déjà.
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Cette orientation de Renault intervient dans un contexte de réarmement général de l'Europe, face aux menaces croissantes et à la guerre en Ukraine. Les usines du secteur automobile sont de plus en plus évoquées pour participer à la montée en puissance de la production d'armes et d'équipements militaires voulue par l'État.
L'industrie automobile, confrontée à des mutations profondes, pourrait trouver dans la production d'armement une nouvelle source de diversification et de revenus. Toutefois, cette perspective suscite des interrogations sur les implications éthiques et sociales d'une telle évolution.
Pourtant, les choses ne sont pas aussi simples que lors de la Seconde Guerre mondiale. Pour résumer, il est très peu probable de voir les usines actuellesde Renault ou de Stellantis produire des chars ou des avions. Techniquement, c'est même impossible.
Selon des informations de presse, le projet impliquant Renault supposerait de monter sur place en Ukraine des lignes de production dédiées, à l’abri de la ligne de front pour produire rapidement et au plus près des clients ses drones. Une proximité qui permettrait de plus de faire rapidement évoluer les produits en fonction des besoins des forces ukrainiennes.
La fabrication d’armement par Renault inquiète et interroge. En interne, certains salariés la désapprouvent pour des raisons éthiques ou au contraire la sollicitent face à la hausse des tensions internationales.
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Les sous-traitants automobiles pourraient jouer un rôle important dans la production de matériel militaire, en fournissant des composants et des technologies. "On ne parle pas des usines de voitures, trop grosses, trop complexes, ces usines ne sont pas faites pour la défense, on parle des sous-traitants qui sont plus agiles dont les outils sont plus adaptables", détaille le spécialiste.
Au-delà de la capacité à produire vite et en grande quantité, l’industrie automobile peut aussi apporter des technologies pour enrichir le matériel de défense. Et d'expliquer: "ces acteurs s'intéressent déjà à la diversification car aujourd'hui le secteur automobile est très chahuté, très incertain. Et il y a un effet d'aubaine pour ces acteurs car ils ont la capacité, les asset de l'industrie et beaucoup de points communs avec l'industrie de défense: les profils, les machines, un ADN en commun. Le niveau de qualification des ouvriers est de plus en plus élevé chez les sous-traitants".
Cependant, des obstacles subsistent, notamment en termes de volumes de production et de visibilité sur les commandes de l'État. "Le vrai problème, ce sont les volumes car ces sous-traitants sont conçus et fonctionnent pour produire de très gros volumes en auto, bien supérieurs à ceux de la défense même avec une montée en puissance de la demande", indique Éric Kirstetter. Second obstacle: la visibilité. Car au-delà des effets d'annonce, toute industrie a besoin d'y voir clair avant de s'engager.
Un aspect important à considérer est l'histoire de Renault pendant la Seconde Guerre mondiale, en particulier la collaboration de Louis Renault avec l'occupant allemand. L’ordonnance du 16 janvier 1945 de confiscation des usines Renault a constitué une entorse à la politique du général de Gaulle de strict maintien du statu quo général et de non-épuration, économique et politique, incompatible avec le programme rénovateur du Conseil national de la Résistance (CNR), très inspiré par le PCF.
Victime d’une « légende noire », leur grand-père n’aurait pas « collaboré » avec l’occupant allemand, et notamment pas « fabriqué (les) chars » du front de l’Est. Les FFI qui l’avaient arrêté en septembre 1944 l’auraient « tabassé » jusqu’à la mort (octobre 1944). Les plaignants ont joui du soutien constant des médias, publics et privés, et d’historiens économiques renommés, invités pour déclarer qu’on savait peu de choses, « les archives allemandes (n’étant) pas ouvertes », ou que Louis Renault avait fait comme les autres, ou qu’il était depuis 1943, sinon 1940, gâteux puis aphasique.
En 2009, ses héritiers livrèrent un premier assaut contre le Centre de la mémoire d’Oradour-sur-Glane qui, dans son exposition permanente (depuis 1999), illustrait « la collaboration des entreprises » d’une photo de Louis Renault, auprès d’Hitler et de Goering, au Salon de l’automobile de Berlin de février 1939.
Il y est affirmé en effet que (1) Louis Renault entretenait une sympathie pour le régime nazi, ayant « troqué depuis la crise son atlantisme des années 1920 pour la germanophilie ». Régime avec lequel il aurait collaboré activement selon l’article qui expose (2) qu’il « réclamait depuis 1935 à Hitler un « cartel franco-allemand » de l’automobile » et (3) qu’en novembre 1941, « les Allemands lui octroyèrent le profit maximum de la branche ». L’article prête encore à Louis Renault un zèle particulier dans ce prétendu collaborationnisme puisqu’il est précisé que (4) « dès l’été 1940, Renault prépara puis servit, avec des camions, des chars, etc., la guerre allemande contre l’URSS comme ses confrères, mais en plus grand » (5) qu’il fut même « le seul constructeur à accroître ses effectifs entre 1940 et 1944 ».
(1) La première affirmation selon laquelle Louis Renault aurait été « germanophile » à partir des années 1930, ce qui sous-entend une sympathie pour le parti nazi et Adolf Hitler, après avoir été atlantiste est diffamatoire et n’a pas de fondement sérieux. Louis Renault, comme lors de la première guerre mondiale, a continué dans les années 1930 à être un soutien important des Gouvernements français successifs pour la fourniture de l’armée française. Il est documenté qu’il a été le seul constructeur français à se consacrer pleinement en 1939 à l’effort national en sacrifiant totalement la production des voitures de tourisme. A ce titre, la SAUR fut citée à l’ordre de l’Armement le 3 juin 1940, pour l’excellence de ses résultats en faveur de la mobilisation industrielle.
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