La question des exportations d'armes en Israël n'a jamais été aussi sensible, y compris aux États-Unis, de très loin leur premier fournisseur, qui ont fait de la sécurité de l'État hébreu une raison d'État, tout comme l'Allemagne, qui se classe au deuxième rang. D'abord quasi-inconditionnel, le soutien apporté à l'État hébreu après l'incursion meurtrière du 7 octobre 2023 menée par les commandos du mouvement islamiste palestinien, le Hamas, s'est peu à peu étiolé à mesure que les pertes civiles s'accumulaient dans la bande de Gaza.
L’ordonnance rendue le 26 janvier par la Cour internationale de justice (CIJ), enjoignant à titre conservatoire à Israël « de s’abstenir de commettre des actes entrant dans le champ d’application de la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide », a encore exacerbé les tensions entre ses fournisseurs et une partie de leur opinion publique. En Europe, Zain Hussain, chercheur à l’Institut international de recherche sur la paix de Stockholm (Sipri), constate « une pression de la part de différents acteurs ou Etats pour limiter la fourniture d’armes à Israël en raison de violations potentielles du droit humanitaire international ».
Les Etats-Unis sont, de très loin, le premier partenaire d’Israël en matière de défense. L’Etat hébreu est le premier bénéficiaire de l’aide étrangère américaine depuis la seconde guerre mondiale. A ce jour, Washington lui a fourni 158 milliards de dollars (en dollars courants non corrigés en fonction de l’inflation) sous forme d’aide bilatérale et de financement du dispositif antiaérien Dôme de fer.
Entre 2013 et 2022, 69 % des armes importées en Israël provenaient des Etats-Unis, selon le Sipri, qui fait autorité en la matière. Ces importations sont en partie financées par les 3,3 milliards de dollars d’aide militaire que Washington alloue annuellement à l’Etat hébreu, en plus du demi-milliard accordé au titre de la coopération à sa défense aérienne, mais rien ne l’empêche d’en acquérir hors de ce cadre.
Après le coup de force du Hamas, Washington a fourni plusieurs milliers de bombes et de missiles guidés à Israël, mais le volume total des importations d’armes en provenance des Etats-Unis est resté stable en 2023, selon le Sipri. Les Etats-Unis autorisent par ailleurs l’armée israélienne à puiser dans l’arsenal qu’ils stockent sur place pour éviter d’avoir à l’acheminer en cas de conflit armé dans la région. Depuis les années 1960, l’administration américaine fait en sorte que l’Etat hébreu dispose d’un « avantage militaire qualitatif » (Qualitative Military Edge) sur ses voisins et les acteurs non étatiques de cette zone, ce qui lui a permis d’être le premier pays de la région à acquérir l’avion de combat furtif F-35, dont Israël possède une cinquantaine d’exemplaires.
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La République fédérale, deuxième fournisseur d’Israël, représentait 30 % de ses importations d’armes entre 2013 et 2022, selon le Sipri, mais les autorisations de livraison ont été multipliées par dix entre 2022 et 2023, et la majeure partie de cette hausse spectaculaire a eu lieu après le 7 octobre. Selon le ministère de l’économie et de la protection du climat allemand, elles ont atteint l’an dernier 326 millions d’euros. Les armes offensives ne représentent toutefois que 6 % de ce montant (contre un peu plus de 2 % en 2022), d’après l’agence Deutsche Presse-Agentur. Le reste est constitué de « biens militaires » tels que des véhicules blindés ou de transport de troupes et de matériel de protection.
Plusieurs pays ont modifié ou cessé leurs livraisons d'armes à Israël suite aux événements récents :
Hormis les importations de matériel militaire, Israël s’est doté d’une importante industrie de défense, pour ses besoins nationaux mais aussi pour l’exportation. Les ventes à l’étranger de matériels de défense ont même progressé de 13% en un an pour atteindre en 2024 près de 15 milliards de dollars, a indiqué Tel-Aviv début juin. La puissance militaire d’Israël qui, avec seulement dix millions d’habitants, parvient à faire face à plusieurs fronts simultanément, se double d’une composante nucléaire qui fait du pays la seule puissance atomique du Proche-Orient.
Les conflits en Ukraine et à Gaza, ainsi que les tensions géopolitiques mondiales et régionales, ont dopé la demande d'armement. Le chiffre d'affaires combiné des 100 plus grands producteurs d'armement a atteint un nouveau record en 2024, à 679 milliards de dollars (586 milliards d'euros), en hausse de 5,9% sur un an, selon l'Institut international de recherche sur la paix de Stockholm (Sipri). Pour la première fois, neuf des cent plus grandes entreprises d'armement sont basées au Moyen-Orient, avec un chiffre d'affaires combiné de 31 milliards de dollars, soit un bond de 14%.
Le chiffre d'affaires combiné des trois entreprises israéliennes présentes dans le classement a augmenté de 16%, pour atteindre 16,2 milliards de dollars, détaille le Sipri. De nombreux pays ont continué de passer de nouvelles commandes auprès d'entreprises israéliennes en 2024.
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Face au drame en cours à Gaza, la France doit clairement dire quelles armes, quels matériels de guerre et quels composants elle continue d’exporter vers Israël. Une transparence totale s'impose afin de s’assurer que Paris ne se rend pas complice de violations du droit international et respecte l'obligation de prévention du génocide posée par la Convention de 1948.
| Pays | Pourcentage des importations d'armes d'Israël |
|---|---|
| États-Unis | 69% |
| Allemagne | 30% |
| Italie | 0.9% |
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