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Les projets pour limiter le commerce des armes se sont multipliés avec l'achèvement d'un bon nombre de conflits régionaux et la fin de la guerre froide.

La guerre du Golfe a également fait évoluer les conditions de sécurité des pays les moins développés, et les principaux vendeurs d'armes ont diminué leurs aides économiques à l'exportation des armes.

Les perspectives d'une restriction des transferts d'armement qui ne semblaient plus d'actualité depuis l'échec des pourparlers du CATT initié par le président Carter ont été réouvertes à l'occasion de la réponse apportée par la communauté internationale à l'invasion irakienne du Koweït.

Tout le monde est tombé d'accord en effet pour une réduction du flot des armes destinées à des zones aussi instables que le Moyen-Orient.

Lé président Bush, le Premier ministre Mulroney, les leaders européens ne se voyaient-ils pas accusés d'avoir contribué au développement d'une machine de guerre surdimensionnée et de s'être mis en situation de combattre leur propre système d'armes dans des conflits lointains ?

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Quant aux responsables soviétiques, ils paraissaient fermement décidés à réorienter un système basé sur les besoins de la défense vers une économie plus productive.

A dire vrai, le Moyen-Orient avait déjà cédé à l'Asie du Sud sa place de premier importateur du tiers-monde.

Incertitudes et opinions contraires

Cependant, bien que ces perspectives de limitation toute relative des armements soient encore à l'ordre du jour, des incertitudes et des opinions contraires se sont manifestées.

Des parlementaires plaidant pour le contrôle des armements, des analystes et des responsables politiques comme Bush et Mulroney ont certes continué à recommander des formules allant de l'adoption d'un moratoire sur l'exportation de matériel militaire au Moyen-Orient à la conclusion d'un traité américano-soviétique ou à un traité multilatéral visant à interdire ou à réduire un tel commerce, mais d'un autre côté l'administration Bush a poussé à la vente massive d'armement supplémentaire à ses partenaires de la coalition anti-irakienne à titre de récompense et pour leur protection.

Pour la première fois depuis 1974, des propositions sujettes à controverse ont été avancées en vue d'autoriser l'Export-Import Bank à accorder des prêts garantis pour l'achat de matériel militaire américain, non plus seulement aux principaux alliés des Etats-Unis ou à des clients tels qu'Israël comme c'était initialement prévu, mais aussi, éventuellement, à d'autres bénéficiaires que l'intérêt national recommande au Président.

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Les ventes d'armes américaines

Mis à part les ventes d'armes au Moyen-Orient, estimées à environ 20 milliards de dollars, Washington a, dit-on, négocié pour plus de 13 milliards de dollars de contrats de ventes d'armes avec des clients latino-américains, africains et asiatiques en 1991.

Alors que la réduction des exportations peut aboutir dans certains cas à une plus grande sécurité, le Département de la défense en particulier, a pour ainsi dire calculé que la fourniture d'armes à des clients favorisés, en vue de la stabilité d'une région, était une démarche plus efficace d'un point de vue militaire, plus acceptable politiquement et plus lucrative économiquement (pour les entreprises d'armements et les budgets de défense américains).

En fait, si I administration a cherché à faire passer des accords de contrôle d'exportations d'armement et si une pression politique s'est exercée en vue de faire imposer par le Congrès des restrictions à ces exportations, il était surtout question de certaines technologies sensibles, de commerce d'armes Est-Ouest, de prolifération balistique, nucléaire, chimique et bactériologique ("CBW") et de l'exportation de super-ordinateurs.

On entendait alors dire communément que si ce n'était pas les Américains qui vendaient des armes, la clientèle s'adresserait à des fournisseurs concurrents et que, de toute façon, un pays qui le voulait trouverait toujours le moyen de s'armer.

Autres acteurs et perspectives

De manière similaire, bien que les dépenses de défense soviétique aient accusé une baisse estimée à environ 6 % pour chacune des deux dernières années, un pressant besoin de devises fortes a entraîné pour les états de l'ancien bloc de l'Est quelques arrière-pensées quant à la restriction de leurs exportations militaires.

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La Tchécoslovaquie, par exemple, a décidé en 1991 de fournir des tanks à la Syrie malgré l'intention du président Havel d'interdire tout transfert d'armement.

L'Union soviétique a continué de vendre des armes tels que le MIG-29, à l'Iran et à la Syrie.

Bien que la question sur l'opportunité de l'exportation d'armes ait donné lieu à de furieuses empoignades à Moscou, et malgré le plongeon enregistré dans la commercialisation des armes soviétiques durant la guerre du Golfe, les autorités veulent, visiblement, continuer à exporter aussi longtemps que Washington le fera.

On dit aussi de la Chine qu'elle a poursuivi plus avant ses efforts dans la vente de missiles balistiques de moyenne portée.

La contribution des états de l'Europe occidentale à une hypothétique réduction du commerce des armes a dépendu, dans une certaine mesure, d'une improbable intention des Etats-Unis et de l'OTAN de remédier à la stagnation du marché par un accroissement de leurs propres importations.

On a cru même pouvoir s'y attendre lorsqu'on a vu l'ambassadeur américain auprès de l'OTAN suggérer, en guise d'alternative aux ventes d'armes au tiers-monde une augmentation du commerce des armes entre pays membres de l'alliance grâce à l'abaissement de leurs tarifs douaniers.

Cependant les relations commerciales Nord-atlantique sont loin d'être clarifiées à l'orée de 1992 alors que la tentation de commercer avec le tiers-monde et d'y proposer des armes de haute technologie est devenue plus forte après les prétendus succès de la guerre du Golfe, notamment les attaques réussies de missiles contre Israël.

Alors que l'Allemagne semble déterminée à passer outre les pénalités attachées aux exportations illégales, la volonté de la Communauté européenne en tant que telle pour freiner la promotion des ventes d'armes en dehors de l'OTAN apparaît elle-même problématique.

Ainsi la guerre du Golfe a-t-elle révélé de profondes divergences entre les états de la Communauté sur la politique de défense à suivre, la Belgique refusant notamment de s'approvisionner auprès de la Grande-Bretagne.

A l'inverse la guerre a dans le même temps accentué la pression de l'opinion publique et des élites en faveur d'une coopération renforcée en matière de coordination de la sécurité européenne.

II en ait résulté essentiellement une série de négociations bilatérales entre les principaux états européens, notamment la France, la Grande-Bretagne et l'Allemagne en vue de déterminer quelle structure conviendrait le mieux aux prises de décisions en matière de politique de défense, et entre autre pour concilier les intérêts de l'OTAN avec ceux de la CEE, de la CSCE et de l'UEO.

Facteurs influençant la demande d'armement

D'une certaine manière, compte tenu des intérêts contradictoires entre le maintien simultané de la stabilité régionale et les ressources résultant du commerce des armes, l'éventualité d'une restriction des transferts d'armement reste faible : au-delà du consensus portant sur la limitation de la diffusion des technologies avancées les plus dangereuses, elle dépend aussi du désir et de la capacité des états importateurs de trouver des garanties alternatives de sécurité, d'acheter des armes et de convaincre leurs fournisseurs de leur procurer ces dernières à crédit.

Certains importateurs d'armes, tels le Pakistan, ont apparemment tiré comme leçon de la guerre du Golfe que seules les armes les plus modernes, les plus "intelligentes", voire les plus "furtives" peuvent assurer la sécurité des pays modernes.

Les dirigeants israéliens de leur côté ont affirmé depuis longtemps que la qualité des forces peut combler les désavantages quantitatifs.

Selon le Premier ministre pakistanais "l'aspect militaire (de la guerre) du Golfe a clairement montré que s'en prendre au potentiel scientifique, technologique et de recherche d'un pays ainsi qu'à ses réalisations les plus modernes en matière de défense entraîne pour ce pays un véritable désastre Le défi technologique est un phénomène permanent".

De telles opinions, bien entendu surestime l'utilité des systèmes d'armes très avancés dans l'environnement électronique du champ de bataille dès lors que fait défaut la maîtrise des systèmes de surveillance de l'espace, de commande et de contrôle.

En termes clairs cela signifie que maints gouvernements de pays sous-développés, spécialement ceux qui sont engagés dans des conflits régionaux chroniques, peuvent atteindre le plus haut sommet de la technologie militaire, leur véritable capacité n'en reste pas moins limitée à cause de leurs insuffisances en matière de ressources budgétaires, scientifiques et humaines.

En outre, comme Andrew Pierre l'a remarqué, une relance massive de la course aux armements ne devrait pas concerner le Moyen-Orient puisqu'en 1991 seuls l'Irak et le Koweït y ont perdu des quantités significatives d'armement.

Néanmoins la mise en service de versions améliorées de missiles balistiques et de croisière, de projectiles guidés avec précision, ainsi que de petits sous-marins indétectables et de mines, promettent dans un avenir relativement proche une augmentation des capacités meurtrières de nombreux pays sous-développés.

Le rôle des acheteurs et des exportateurs

Les changements intervenus dans le système international de l'après-guerre froide rendent illusoires l'existence d'un réel pouvoir des acheteurs sur le prix des armes, mais, comme pour les pays exportateurs, les tendances sont contradictoires.

Le déclin de la compétition entre les grandes puissances limite pour les acheteurs la possibilité de faire jouer la concurrence entre leurs fournisseurs.

Les clients traditionnels des superpuissances, tels que le Pakistan et la Syrie, peuvent moins compter sur le patronage systématique des Etats-Unis ou de l'Union soviétique quoique d'une certaine façon les approvisionnements aient toujours été sporadiques, spécialement en temps de crise, selon que les superpuissances cherchaient soit à soutenir, soit à contenir leurs clients.

Mais dans le même temps, les grandes puissances sont aujourd'hui en compétition aussi bien pour obtenir une part du marché des armes que pour bénéficier d'avantages politiqués.

Depuis que la richesse s'est faite rare, les acheteurs capables de payer comptant ou prêts à passer d'importantes commandes d'armes suscitent entre les fournisseurs une concurrence considérable qui se traduit notamment par des offres de compensation sous forme de transferts technologiques et de possibilités de crédits.

De plus comme les accords entre les plus grandes puissances ont stabilisé le paysage militaire européen (CFE, par exemple) les surplus d'armes ont augmenté, rendant plus aisées les exportations de pays tels que l'URSS ou la Tchécoslovaquie et peut être aussi en définitive des pays d'Europe de l'Ouest.

Dès lors la question cruciale, pour l'avenir de la stabilité régionale, est de savoir si les ventes d'armes seront réduites, simplement limitées aux seuls clients les plus industrialisés du tiers-monde ou, au contraire, largement répandues parmi les pays les moins développés.

On peut s'attendre, à titre d'hypothèse de travail, à une plus grande limitation du commerce des armes dans les zones où les acheteurs semblent économiquement à bout de force et où les probabilités de guerre sont relativement fortes.

Tendances futures

Afin de tester une telle hypothèse, il est important de connaître plus précisément l'évolution des préférences et des politiques d'équipement des pays les moins développés, en particulier de ceux qui sont soumis aux contraintes économiques, militaires et technologiques les plus lourdes.

On accordera aussi beaucoup d'attention aux grands importateurs du tiers-monde : les plus puissants, les plus riches en ressources, les plus "avancés", comme l'Irak, l'Iran et l'Inde, pays qui totalisent à eux seuls une grande partie des achats des grands systèmes majeurs.

Les pays sous- développés, les plus faibles, les plus pauvres, les moins bien dotés, constituent en effet un marché fluctuant dont on comprend moins bien les mécanismes et dont l'importance pourrait s'accroître dans les années à venir.

Nombre de ces états (notamment ceux de la Corne de l'Afrique, de l'Amérique centrale et de l'Asie du Sud) ont longtemps été en guerre et souhaitent maintenant jouer des rôles militaires régionaux de premier plan.

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