Le fusil Chassepot est tout simplement la première arme réglementaire à chargement par la culasse utilisée par l'armée en France. Le modèle français est inventé par Antoine Alphonse Chassepot, d'où l'appellation du fusil.
Le fusil modèle 1866 sert de base pour toutes les armes à feu Chassepot. Généralement, il fait 1 310 mm de long avec un canon de 795 mm de longueur. Le calibre choisi pour cette arme est le 11 mm. Elle fonctionne avec une balle de 24.5 g, une poudre noire de 5.5 g et une cartouche 68 mm de haut pour 32.5 g. Concernant son poids, le fusil Chassepot 1866 ne pèse que 4.1 kg, permettant de profiter d'une précision remarquable au moment de tirer.
Les fusils Chassepot offraient plusieurs avantages significatifs pour l'époque :
Le pays ajoute même le sabre baïonnette Chassepot à la lame yatagan fin octobre 1866. Le sabre-baïonnette modèle 1866 pour fusil Chassepot est un élément emblématique de l'armement français du XIXe siècle.
Son histoire est intimement liée aux besoins militaires de la France et à l'ingéniosité déployée pour pallier les insuffisances de production nationale.
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Certaines baïonnettes Chassepot ont été fabriquées à Mutzig en 1868. La première baïonnette pouvait être attribuée à un fusil et numérotée avec le même numéro sur la croisière que sur le fourreau. D'autres n'étaient pas numérotées, mais portaient des marquages au dos de la lame et des poinçons de réception, indiquant qu'elles étaient destinées au remplacement et stockées dans les armureries régimentaires.
Les lames étaient marquées d’un petit poinçon de contrôle qualité et de la marque d’acceptation militaire appelée Contrôleur Poinçons (tampons des contrôleurs). Il y avait trois types différents de marques d’acceptation utilisées : Directeur de Manufacture, Contrôleur Généraux Principaux et Contrôleur de 1ère, 2ème et 3ème Classe.
Les sabres-baïonnettes Chassepot sont restés longtemps en dotation, même après l'arrivée du modèle Gras 1874. La majorité des modèles 1866 que l'on trouve ont leur fourreau bronzé. Le fourreau du sabre-baïonnette modèle 1866 n'a été bronzé qu'après février 1883, pour les baïonnettes destinées aux mousquetons Gras, aux carabines de gendarmes à pied Gras et pour celles de la série Z.
Cette baïonnette « dite ergonomique », avec son système de fixation innovant, permet au militaire d’utiliser qu’une seule main, lors de la mise en place sur l’arme. La lame au départ de section ronde était rendue cruciforme par forgeage à chaud, c’était pour l’époque une innovation. Sa conception est le résultat d’études réalisées au cours de la guerre civile américaine et la guerre franco-prussienne qui a démontré que les sabres-baïonnettes de type Chassepot modèle 1866, sauf dans des mains d’experts, étaient rarement efficaces en cas de combat rapproché.
Le fourreau utilisé avec les premières baïonnettes à soie courte est en tôle d’acier reliée par brasure, ce mode de fabrication a été utilisé jusqu’en 1893. La poignée de cette variante, modifiée à partir de mai 1890, est maintenue à la soie grâce à un écrou à deux ergots. La lame d’aspect identique au modèle à soie courte est munie d’une soie longue avec extrémité filetée.
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Le fourreau utilisé avec la baïonnette à soie longue, peut être en tôle d’acier brasée ou à partir de 1893 fabriqué par emboutissage ceci afin d’améliorer la solidité du corps. En 1903, est publiée au BMO une circulaire relative à l’utilisation de rivets de fourreaux de trois tailles différentes afin de compenser l’ovalisation des trous lors de la remise en état (jeu) du ressort.
Il arrive de rencontrer des baïonnettes modèle 1866, 1886-15 dont la lame a été raccourcie aux alentours de 35 cm. Dans la majorité des cas, ces armes raccourcies sont des armes qui ont été appointées, fournissant ainsi un poignard de tranchée fort convenable.
Ensuite, le système Chassepot est choisi pour les fusils d'infanterie et les carabines de cavalerie durant la guerre de 1870. Puis, la carabine de gendarmerie et le mousqueton d'artillerie Chassepot arrivent vers 1872.
Au lendemain de la guerre de 1870, une commission fut créée pour faire un bilan d’utilisation de l’arme et de sa munition. La cartouche en papier fut jugée, à l’usage, trop fragile pour une utilisation militaire de plus elle encrassait la chambre car le papier ne brûlait pas entièrement. La commission fut chargée d’étudier une arme à cartouche métallique.
En 1874 la commission adoptera un modèle présenté par le capitaine Gras. Il s’agissait d’un fusil Chassepot dont la culasse et la chambre étaient adaptées pour l’utilisation d’une cartouche métallique. Le principe d’étanchéité vers l’arrière était basé sur l’élasticité de la douille en laiton. Ce fusil se nommera le Gras 1874.
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Adopté en 1874, le fusil Gras fut la première arme d’épaule adoptée par l’armée française à utiliser une cartouche métallique 11 mm qui était en laiton et à percussion centrale. Le fusil Modèle 1874 était en fait une transformation relativement simple du fusil Chassepot modèle 1866 en arme à cartouche métallique. Cette transformation avait été proposée par le commandant Basile Gras en 1873 et acceptée en 1874.
Des dizaines de milliers de fusil Chassepot furent transformés en fusil Gras (le modèle 1866-1874), en sus des fusils Gras neufs de manufacture qui furent fabriqués à plusieurs centaines de milliers d’exemplaires (450 000 environ).
Le sigle M80 désigne les fusils Gras qui ont subi une très légère modification de la boîte de culasse par création d’une saignée, et de la tête de culasse (agrandissement de l’échancrure en regard de la saignée du boitier) afin de mieux protéger le tireur en cas de rupture d’étui et d’échappement des gaz.
Le fusil Gras a subi une dernière modification en 1914, pour pallier le manque d’armes, consistant en un changement de canon afin de pouvoir tirer la munition 8 mm Lebel. Deux variantes existent. La plus courante est celle réalisée avec un canon de Lebel, mais il existe également une variante recanonée avec un canon de fusil Berthier. Les deux types d’armes ont une hausse légèrement différente. Les armes portent alors normalement le marquage supplémentaire M14.
Quatre versions seront créées :
Lors du remplacement du fusil Gras par le fusil Lebel dans l'armée française, des exemplaires (modèle 1866-74 et modèle 1874) du fusil déclassé furent vendus sur le marché civil.
Les fusils Gras modifiés en arme de chasse à canon lisse correspondent peut-être une particularité française : après la Révolution le droit de chasse n'était plus l'apanage d'une élite, la plupart des campagnards chassaient mais beaucoup n'avaient pas les moyens de s'offrir un véritable fusil de chasse.
Autour des années 1900, l'Armée Française ayant remplacé tous ses fusils, carabines et mousquetons Gras par des fusils Lebel et des carabines et mousquetons Berthier, a revendu aux enchères une partie des anciens modèles déclassés.
Recyclage : les armes de système Gras (ou Chassepot, aisément transformables en Gras), simples et robustes, pouvaient intéresser les chasseurs peu fortunés à condition d'être transformées à canon lisse, car ils tiraient surtout du petit gibier ; d'ailleurs, en France métropolitaine la chasse à la carabine rayée était alors presque marginale...
Achetés à bon compte par lots importants, beaucoup de fusils Gras furent ainsi modifiés pour ainsi dire en série, par des grosses entreprises (p. ex. Manufacture des Armes et Cycles de St Etienne) ou des petits armuriers ; assez peu semblent avoir conservé leurs caractéristiques militaires d'origine, à destination des sociétés de tir.
Les modifications "chasse" ne paraissent pas exactement standardisées ; un grand nombre de variantes fut proposé, durant les décennies où ils furent en vente. Peut-être pour suivre la demande, ou pour s'adapter à l'état des divers lots de surplus...
Ces fusils Gras modifiés Chasse étaient proposés à un tarif 3 fois plus bas qu'un fusil juxtaposé déjà démodé, presque 10 fois moins cher qu'un fusil du dernier cri.
La transformation en calibre 24 fut la plus fréquente, car elle nécessitait simplement d'aléser le canon, de modifier la tête mobile, de retoucher l'extracteur, dans la modification, la vis-éjecteur est généralement supprimée.
Les calibres plus gros (20, 16 et 12) demandaient nettement plus de travail. Le canon d'origine (11 mm) n'étais pas assez épais pour le réaléser directement en gros calibre.
La boîte de culasse étant trop étroite pour le bourrelet de ces calibres, il fallait la réaléser et élargir la tête de culasse pour bien soutenir le fragile culot des cartouches de chasse.
Toutefois, certains n'ont pas reçu d'autre modification que le réalèsage à canon lisse et ont extérieurement conservé l'apparence exacte des fusils réglementaires.
La longueur des fusils militaires étant un peu excessive, il furent plus ou moins raccourcis.
Le bois était souvent retouché pour amincir la crosse (sans forcément réduire la plaque de couche), et éventuellement dégager le canon en coupant le fût juste devant la grenadière.
Le levier de culasse droit, propice au tir rapide de l'infanterie de ligne, était trop encombrant. Les culasses à levier coudé (carabines et mousquetons) n'étant certainement pas assez nombreuses, la plupart des leviers de fusil furent pliés et rognés pour leur donner approximativement l'apparence des leviers de carabine ou mousqueton (qui se reconnaissent par un striage en arcs de cercle sous le bouton, et par une forme généralement plus galbée).
Peut-être y avait-il une demande particulière en armes compactes au gabarit mousqueton, car on peut trouver du "faux mousqueton" : par exemple carabine de gendarmerie raccourcie en mousqueton (les pièces sont identiques, mais au final la grenadière se trouve plus avancée que sur un mousqueton Mle 1866, 66-74 ou 1874).
Il se pourrait même que quelques fusils aient finalement pris l'apparence d'une carabine ou d'un mousqueton.
Certains Chassepot auraient même été directement transformés, sans passer par la case "66-74 réglementaire".
Il est fréquent que les marquages militaires soient effacés mais quelques différences originelles permettent parfois d'identifier le modèle initial des pièces, quand elles furent modifiées ou panachées.
Ces Gras-chasse ont indifféremment reçu la modification M-80, ou pas.
Leur numérotation n'est d'ailleurs pas toujours homogène, et l'on trouve aisément des panachages (en particulier entre pièces modifiées 80 ou non, cette modification concernant la boîte de culasse et la tête de culasse), sans savoir s'ils se sont produits durant leur longue carrière.
Le ressort de percuteur du Gras est identique aux Lebel et Berthier, mais pas le percuteur. Les garnitures Chassepot et Gras sont identiques à part le pontet, mais à priori les gâchettes et queues de détente diffèrent.
Il est très possible que des échanges se soient produits entre canons et boîtiers, lorsque la modification imposait de décanonner (à partir du calibre 20).
Ces fusils Gras transformés chasse étaient particulièrement robustes.
Le fusil scolaire de tir est destiné aux écoles primaires. La hausse est l'ancienne hausse du fusil modèle 1866, réduite dans ses dimentions; elle est graduée de 10 à 40 mètres.
La chambre est plus courte que celle des armes modèle 1874, afin que ces fusils ne puissent pas tirer la cartouche de guerre; elle ne peut recevoir qu'une cartouche dont l'étui est raccourci de 10 millimètres.
Les fusils Gras scolaires pour le tir (Gras de cadet) ont été fabriqués dans les Manufactures d'Armes d'état, au même titre que les armes de guerre.
Les bataillons scolaires sont institués en France, par le décret du 6 juillet 1882. Mais ce décret ne fait que valider une pratique qui se répand de plus en plus dans le pays depuis la fin de la guerre de 1870.
Aucun modèle particulier n'est décrit dans les différents textes qui régissent l'organisation des bataillons. Mais à l'instar de la ville de Paris, dans la majorité des cas l'uniforme adopté par les bataillons scolaires des grandes villes est constitué d'une veste de drap bleu, d'un pantalon gris fer et d'un béret de marin, marqué du nom de la ville.
L'armement est beaucoup mieux décrit, il évolue suivant l'âge de l'enfant, allant du simple fusil de bois, tout juste bon au maniement d'arme, au fusil de cadet, tirant une cartouche réduite du fusil réglementaire Mle 1874, en passant par divers modèles d'armes de manœuvre ou de tir réduit.
Dès leur formation, les bataillons scolaires participent à toutes les manifestations publiques. Mais ils brillent surtout lors des grandes messes républicaines du 14 juillet.
En 1892 s'en est fini des bataillons scolaires. Les armes disparaissent dans les combles des écoles, les uniformes partent chez les chiffonniers et la gymnastique d'une part, le tir scolaire d'autre part, remplacent manœuvre et défilés.
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