Le collectionnisme d’armes de poing représente un marché passionnant où se mêlent histoire militaire, prouesses techniques et investissement patrimonial. Cette discipline attire des amateurs éclairés qui recherchent des pièces d’exception, qu’il s’agisse de revolvers mythiques du Far West, de pistolets militaires ayant marqué les conflits du XXe siècle ou d’armes de précision artisanales. L’expertise technique, la rareté historique et l’état de conservation constituent les piliers de cette passion coûteuse mais gratifiante. Les collectionneurs avertis savent reconnaître les marquages authentiques, identifier les variantes de production et évaluer avec précision la valeur marchande de ces témoins métalliques de notre patrimoine balistique.
Les pistolets militaires allemands du XXe siècle représentent un segment fascinant du collectionnisme, combinant innovation technique et témoignage historique. Ces armes, issues d’une tradition d’excellence manufacturière germanique, illustrent l’évolution de l’armement individuel à travers deux conflits mondiaux majeurs.
Le Walther P38 révolutionna l’armement individuel allemand en remplaçant progressivement le coûteux Luger à partir de 1938. Son mécanisme à double action, son système de verrouillage par bloc oscillant et sa fabrication rationalisée en firent une arme moderne adaptée aux exigences de la production de masse.
Finalement c’est le meilleur concepteur d’armes de l’époque, Walther qui a emporté le marché en 1938. L’arme est excellente, précise pour une arme de combat même s’il faut souvent sérieusement contre-viser à 25 mètres. Très fiable surtout. Résistante à l’encrassement, simple à démonter et facile à dés-enrayer si besoin est. Walther a bien travaillé.
Le P38 a été le premier pistolet à culasse verrouillée à utiliser une gâchette double action / simple action. Après qu’il ait été chargé et armé, l’utilisateur pouvait abaisser le chien à tout moment. En cas d’urgence, dans lequel la précision importait moins que la vitesse, une simple pression de la détente permettait de tirer.
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Le P38 dispose aussi d’un indicateur de chambre chargée visible et tactile sous la forme d’une tige métallique qui dépasse de l’arrière de la glissière lorsqu’une cartouche est chambrée. L’arme est extrêmement bien construite et très solide.
L’arme a été adoptée par l’armée, la marine, la SS et la Croatie dès avant guerre. La neutre Suède s’en ait fait aussi livrer 1.000 exemplaires en juin 1939, eux, des tout premiers, en lettre préfixe H 01-01000. Ils sont très rares.
Les codes de fabrication anonymes, introduits pour des raisons de sécurité militaire, permettent aujourd’hui d’identifier précisément l’origine et la période de production. Le code « ac » désigne les productions Walther de Zella-Mehlis, « byf » les fabrications Mauser d’Oberndorf, et « cyq » les dernières productions Spreewerk de Berlin. Chaque code présente des caractéristiques techniques spécifiques et des variations de qualité reflétant les conditions de production de l’époque. Les premiers P38 marqués « 480 » de 1940, produits selon les standards de paix, constituent des pièces exceptionnellement prisées.
Walther (code « AC » sur les armes) à Zella-Mehlis en a produit environ 617,000, Mauser (code « byf » ), à Oberndorf, environ 373.000 et Spreewerk (code « cyq ») environ 287.000 à l’usine de Grottau. Plus d’un million deux cent soixante dix mille pétards quand même en tout.
Les allemands l’ont trainée sur tous les fronts cette bête de somme de l’arme de poing. Beaucoup ont disparu dans l’enfer de 39-45. Les derniers sont sortis de chez Spreewerk en avril 1945 dans le crépuscule final du III° Reich dans des conditions de production concentrationnaires.
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Ce qui n’a pas empêché les français d’obliger les allemands à en sortir encore un petit lot de 3.500 unités en 1945/46 pour équiper nos troupes d’Indochine qui manquaient de tout. Ils sont désormais très rares.
Du coup, on l’a retrouvé partout et sous toutes les latitudes de la Chine à la Norvège, en Algérie et au Mozambique. L’arme est si excellente qu’elle a continué à être produite, légèrement modifiée dans ses matériaux, longtemps après guerre pour beaucoup de polices et de civils (avec les modèles P1 et P4) y compris par Manurhin en France en d’excellentes finitions.
La Police allemande ne les a remplacés que dans les années 90 et la Bundeswehr a tiré avec jusqu’en 1995. Il a directement inspiré le modèle le plus fameux de Beretta fin XXième siècle, le Beretta 92, devenu réglementaire dans l’armée des USA.
Notre exemplaire est un bel exemplaire de chez Walther, son concepteur - Il est né en décembre 1941 au moment de la contre-offensive russe devant Moscou. Et la fabrication est encore excellente en ce début de guerre - Bien Marqué « P38 » et « AC 41 » en carcasse à gauche. Les armes de 1941 sont nettement moins courantes que celles de 1942-1944.
Poinçon Waffenamt WaA359 de C. L’aigle à roulette pour attribution à l’armée est bien visible entre deux waffenamt 359 à droite. Arme intégralement mono matricule sauf chargeur. L’arme a bien ses plaquettes de bakélite bien noires non décolorées en parfait état. Elles portent bien aussi en face interne le WaA de Walther (359) et proviennent du fabricant AEG. Ce sont donc toutes les deux les bonnes plaquettes d’origine de l’arme et elles sont rarement aussi belles. Les lettres « Sécurité » (« S »icherheit) « Feu » (« F »euer) sont encore colorées d’origine (S toujours blanc et le F toujours rouge).
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L’authentification d’un pistolet militaire allemand nécessite une expertise approfondie des systèmes de marquage en vigueur selon les périodes. Les poinçons d’épreuve allemands, standardisés depuis 1891, fournissent des informations cruciales sur la légitimité et la conformité de l’arme. Le fameux « aigle sur N » (Nitropreuve) certifie l’épreuve aux poudres modernes, tandis que les marquages militaires spécifiques varient selon les époques et les armes. La détection des contrefaçons modernes exige une connaissance pointue des techniques de marquage d’époque. Les faussaires contemporains reproduisent difficilement la profondeur et la netteté des poinçons d’origine, réalisés avec des outils spécifiques. L’examen à la loupe des caractères, de leur alignement et de leur patine naturelle révèle généralement les tentatives de falsification. Un pistolet militaire authentique avec ses marquages d’origine intacts peut valoir trois à cinq fois plus qu’un exemplaire aux marquages douteux.
La production d’après-guerre de pistolets allemands génère parfois des confusions chez les collectionneurs novices. Les Walther P1 de la Bundeswehr, bien qu’identiques techniquement aux P38, présentent des marquages civils et une finition différente. Ces armes, produites selon des standards de paix, offrent parfois une qualité supérieure aux dernières productions de guerre mais restent moins prisées des collectionneurs orientés vers l’authenticité historique. Les Luger de production suisse (SIG) ou les copies modernes italiennes (Uberti) séduisent les tireurs par leur qualité mais ne possèdent pas la charge historique des originaux allemands.
Plusieurs facteurs influencent la valeur d'un Walther P38 sur le marché de la collection :
En général, un Walther P38 en parfait état peut valoir environ 1000€, mais ce prix peut varier en fonction des facteurs mentionnés ci-dessus.
| Facteur | Influence sur la Valeur |
|---|---|
| Fabricant (Walther, Mauser, Spreewerk) | Walther et Mauser généralement plus cotés |
| Année de Production | Premières années de guerre (1940-1941) peuvent augmenter la valeur |
| État Général | Excellent état avec bronzage d'origine intact = valeur plus élevée |
| Numéros de Série | Numéros correspondants = plus recherché |
| Accessoires d'Origine | Présence d'accessoires = augmentation de la valeur |
| Historique Prouvable | Historique documenté = valeur ajoutée |
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