La caricature, une représentation déformante de la réalité, est définie comme « charge, imitation, parodie, pastiche, simulacre ». Encouragée par le développement de l’imprimerie au XVI° siècle, étouffée sous la censure de la monarchie absolue et de l’Empire, la caricature s’impose avec la presse populaire au XIX° et les dessins provocants de journaux spécialisés (La Caricature, Le Charivari…).
Deux auteurs seront cités (= montrés) une dizaine de fois. Le plus célèbre, Gustave Doré, artiste peintre du XIXe, se voue à la caricature avec un art du trait qui fait mouche et mal.
Sous-titrée : « Couplet dédié à M. Suisse d’origine, amant de Mme de Staël et grand écrivain, il a regardé la Révolution des quatre coins de l’Europe où il mène « une vie errante et décousue » . Benjamin Constant n’est pas le seul à faire preuve d’opportunisme, en cette époque de changements de régime. Particulièrement intelligent, irrésolu, faible jusqu’à la lâcheté, romancier de sa propre vie, brillant orateur, il est particulièrement en vue.
En un spectaculaire retournement de situation, cet anti-bonapartiste qui clamait publiquement : « Je n’irai pas, misérable transfuge, me traîner d’un pouvoir à l’autre » … accepte de rédiger pour Napoléon l’Acte additionnel aux Constitutions de l’Empire, promulgué le 22 avril 1815 sous les Cent Jours. Mais l’empereur abdique une seconde fois (22 juin) après la défaite de Waterloo.
Tour à tour évêque apostat, ministre du Directoire, de Napoléon et de Louis XVIII, l’homme ne saurait se réduire à sa caricature de girouette corrompue !
Lire aussi: Avis Clients : SARL Bernad et Fils
Napoléon dans la conduite des Affaires étrangères, ministre des Relations extérieures presque sans interruption de 1797 à 1807, il démissionne car il désapprouve la politique expansionniste de Napoléon. Le plus habile diplomate de notre histoire servira et trahira successivement tous les régimes, mais il respecte les intérêts supérieurs de la France. Il voudrait surtout lui éviter cette course à l’abîme, « le commencement de la fin » prévisible dès 1809.
Précisant son propos, il s’opposait à son défunt ami au début de la Révolution, le célèbre Orateur du peuple : « Mirabeau était un grand homme, mais il lui manquait le courage d’être impopulaire. « On dit toujours de moi ou trop de mal ou trop de bien ; je jouis des honneurs de l’exagération. »
L’artiste (anonyme) cherche à convaincre le spectateur de l’ingratitude du ministre vis-à-vis de son ancien souverain, d’où le titre « Mr Tout-à-tous ou le Modèle de reconnaissance au Congrès de Vienne » . Les dessinateurs s’inspirent mutuellement : « Tout-à-tous » renvoie à une précédente caricature dans le journal satirique Le Nain Jaune, Talleyrand étant nommé chef du nouvel « ordre de la Girouette » . Ajoutons que Talleyrand est souvent associé au diable.
En mauvais termes avec Louis XVIII sous la Restauration, Talleyrand considère toutefois le retour de Napoléon comme un « délire criminel et impuissant » .
La complexité du personnage apparaît plus encore dans l’extrême diversité des jugements portés sur lui.
Lire aussi: Section de câble : le guide ultime
« Vous êtes un voleur, un lâche, un homme sans foi. NAPOLÉON Ier (1769-1821), à Talleyrand, Conseil des ministres restreint convoqué au château des Tuileries, 28 janvier 1809. Il rentre aussitôt, épargne momentanément Fouché, son ministre de la Police, mais injurie le prince de Bénévent, Talleyrand, impassible - et sort en claquant la porte. « Quel dommage, Messieurs, qu’un si grand homme soit si mal élevé ! » dit Talleyrand qui se venge de l’affront public avec une certaine classe diplomatique.
Exilé à Sainte-Hélène, Napoléon évoque « le plus vil et le plus corrompu des hommes » , « coquin (qui) traite ses ennemis comme s’il devait un jour se réconcilier avec eux, et ses amis comme s’ils devaient devenir ses ennemis » . Joachim MURAT (roi de Naples), parlant de Talleyrand.
« C’était un personnage étrange, redouté et considérable ; il s’appelait Charles-Maurice de Périgord ; il était noble comme Machiavel, prêtre comme Gondi, défroqué comme Fouché, spirituel comme Voltaire et boiteux comme le diable. On pourrait dire que tout en lui boitait comme lui ; la noblesse qu’il avait faite servante de la république, la prêtrise qu’il avait traînée au Champ de Mars, puis jetée au ruisseau, le mariage qu’il avait rompu par vingt scandales et une séparation volontaire, l’esprit qu’il déshonorait par la bassesse. … « Il avait fait tout cela dans son palais et, dans ce palais, comme une araignée dans sa toile, il avait successivement attiré et pris héros, penseurs, grands hommes, conquérants, rois, princes, empereurs, Bonaparte, Sieyès, Mme de Staël, Chateaubriand, Benjamin Constant, Alexandre de Russie, Guillaume de Prusse, François d’Autriche, Louis XVIII, Louis-Philippe, toutes les mouches dorées et rayonnantes qui bourdonnent dans l’histoire de ces quarante dernières années. Eh bien, avant-hier 17 mai 1838, cet homme est mort.
Les caricatures vont devenir de plus en plus cruelles, attaquant le physique du personnage. Avec Louis XVIII et Louis-Philippe, les dessinateurs sont à la fête - et les chansons font chorus.
Malgré les mesures libérales (loi militaire, loi électorale, liberté de la presse), malgré une politique économique bien menée, le régime a toujours de nombreux opposants, à gauche comme à droite.
Lire aussi: Découvrez l'histoire de la forteresse
Ce roi possède une qualité rare : l’humour. Il est en même temps trop lucide pour ignorer qu’il n’est pas aimé. Cette cruelle caricature montre Louis XVIII le goutteux, plus obèse et difforme que nature, comparé au jeune Napoléon II (l’Aiglon) qui mourra de tuberculose. En dépit de la « graisse d’ours » (sous-entendu, le soutien russe), le roi de France avachi sur son trône à roulettes se révèle incapable de mettre les bottes de Napoléon !
Rendu quasi infirme par la goutte à la fin de sa vie, le roi ne connaît que trop bien son frère. À 57 ans, le comte d’Artois garde l’allure d’un jeune homme et monte royalement à cheval.
La caricature politique s’empare de la girafe assimilée à la physionomie longiligne du roi Charles X, si différent en cela comme en tout de son défunt frère Louis XVIII.
Offerte à Charles X, bientôt baptisée « Zarafa » , curiosité littéralement historique, la girafe vécut dans la ménagerie du Jardin des plantes à Paris, de 1827 à 1845. Ce cadeau diplomatique de Méhémet Ali, vice-roi en Égypte ottomane, fait partie d’un trio destiné à des souverains d’Europe. Cette Zarafa est à l’origine d’innombrables illustrations et objets de décor dit « à la girafe » .
Charles X qui ne s’est jamais initié aux idées de son temps ne saurait se plier aux règles du gouvernement représentatif. Cet homme charmant, si jeune d’allure quand il accède au trône à 67 ans et populaire pendant quelques mois, n’a certes pas le tempérament d’un monarque absolu et moins encore d’un tyran.
Ce journal libéral ne peut qu’être scandalisé par cette loi, proposée le 4 janvier 1825 et votée le 20 avril : les travaux forcés pour le vol d’une œuvre pieuse, la mort si le ciboire contient des hosties, le poing coupé et l’échafaud en cas de profanation !
Après la Chambre introuvable issue des élections législatives de 1815 (14 et 22 août) et comportant une majorité de députés royalistes, dits « ultras » , la « Chambre retrouvée » vote le 28 avril la loi dite du « milliard des émigrés » : un capital d’un milliard rapportant trente millions de rentes doit indemniser les émigrés lésés par la vente de leurs biens sous la Révolution.
Créée dans de bonnes intentions - soulager certaines misères réelles et rassurer les acquéreurs de biens nationaux -, la loi est présentée par les ultras comme la première mesure rétablissant les ordres privilégiés en leur ancien état. Les deux principaux bénéficiaires sont le duc d’Orléans (futur Louis-Philippe) et le marquis de La Fayette. L’effet dans le pays est déplorable.
Ce sacre reprend le cérémonial de l’Ancien Régime, les sept onctions et les serments sur les Évangiles. Il se déroule sur trois jours : 28 mai, cérémonie des vêpres ; 29 mai, cérémonie du sacre ; 30 mai, remise de récompense pour les chevaliers de l’ordre du Saint-Esprit, pour finir ; le 31 mai, par le toucher des écrouelles.
Et l’opposition va se manifester contre le dernier « roi de France » , jusqu’à la prochaine révolution. La chanson et surtout la caricature seront des moyens d’expression aussi efficaces que les manifestations.
Honoré Daumier (1808-1879) entre dans l’histoire de la caricature qu’il va illustrer avec génie jusqu’en 1870.
Fils d’un vitrier marseillais faisant professions d’encadreur, réparateur de tableaux et dessinateur, l’enfant de six ans suit son père à Paris en 1814.
Son Gargantua, litho en noir et blanc dans La Caricature du 29 décembre 1831 est exposée dans la vitrine du journal : Louis-Philippe, tel un ogre, avale tout l’or rassemblé en imposant le peuple, pour le déféquer en autant de nominations politiques et rétributions au profit de la classe privilégiée.
Cette célébrité immédiate lui vaut des ennuis avec la justice. Sa caricature est retirée de la vitrine en 1832, tous les exemplaires sont saisis, la pierre lithographique est brisée.
Le jeune homme est enfermé à Sainte-Pélagie, près du Jardin des plantes. Mais le moral est bon et le talent aussi évident que sa vocation. Ses caricatures accompagnent l’essor de la lithogravure.
Daumier produit aussi des caricatures sociales tournant en ridicule la société bourgeoise.
Daumier se lance dans le portrait de mœurs, avec des séries comme les Locataires et propriétaires, ou les Bas bleus qui épinglent les femmes qui écrivent, George Sand étant particulièrement visée. Il réalise la série des Cent et Un Robert Macaire.
tags: #fils #du #vitrier #lance #pierre #histoire