Les États-Unis sont confrontés à un fléau récurrent : les fusillades. Lundi, un homme a ouvert le feu dans un building du quartier d'affaires de Midtown, à Manhattan (New York), tuant au moins quatre personnes avant de se suicider. Cet événement tragique met en lumière la nécessité de comprendre les motivations et le profil de ces tueurs.
Un homme armé a semé la terreur dans le quartier d’affaires de Midtown, à Manhattan (New York), pénétrant dans un building et tuant au moins quatre personnes, avant de se suicider. Les caméras de surveillance ont filmé le meurtrier descendant d’une voiture et équipé d’un fusil d’assaut M-4, avançant vers le gratte-ciel situé au 345 Park Avenue. C’est cette dernière organisation que visait vraisemblablement le tireur, identifié comme étant Shane Tamura, âgé de 27 ans. Selon des sources policières, le tireur aurait laissé un texte de plusieurs pages dans lequel il reprocherait à la NFL son encéphalopathie traumatique chronique, une maladie neurodégénérative causée par plusieurs traumatismes crâniens. D’après le maire de New York, Eric Adams, Shane Devon Tamura n’aurait pourtant « jamais joué dans la NFL ».
En pénétrant dans l’immeuble, le tireur aurait abattu un policier avant d'« arroser le hall » de balles, a relaté la cheffe de la police new-yorkaise, Jessica Tisch. Cette première victime était Didarul Islam, un officier de police de 36 ans. D’après le New York Post, il n’était pas en service lundi mais travaillait comme agent de sécurité pour la Rudin Management, vêtu de son uniforme de police. Immigré bangladais, Didarul Islam avait rejoint la police new-yorkaise en décembre 2021. Sa femme, enceinte de huit mois, allait donner naissance à leur troisième enfant.
La compagnie Blackstone a confirmé l’identité d’une autre victime de Shane Tamura : il s’agit de Wesley LePatner, présidente-directrice générale de Blackstone Real Estate Income Trust (BREIT), la filiale immobilière du fonds d’investissement. Mariée, elle était également mère de deux enfants. Elle aurait été abattue dans le hall du bâtiment alors qu’elle se cachait derrière un pilier.
Shane Tamura a abattu deux autres individus : un agent de sécurité, dont l’identité n’a pas été révélée à ce stade, et Julia Hyman, une associée de Rudin Management, toujours d’après le New York Post. Un employé de la ligue de football américain a été gravement blessé lors de la fusillade, transporté à l’hôpital, il serait désormais dans un état stable.
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Ce nouveau drame vient gonfler les tristes statistiques outre-Atlantique : avec plus d'armes à feu en circulation que d'habitants, les États-Unis affichent le taux de mortalité par arme à feu le plus élevé de tous les pays développés. Les fusillades sont un fléau récurrent que les gouvernements successifs n'ont jusqu'à présent pas réussi à endiguer, de nombreux Américains restant très attachés à leurs armes. En 2024, plus de 16 000 personnes - sans compter les suicides, eux aussi favorisés par la prolifération d'armes - ont été tuées par arme à feu, selon l'ONG Gun Violence Archive.
Pour l’heure, les enquêteurs ne sont pas parvenus à déterminer les raisons de ce meurtre conjugal et des trois infanticides, suivis du suicide du tueur. On peut pour ce cas, parler de « familicide », un terme encore peu répandu désignant le fait de tuer toute sa famille. Mais des chercheurs en criminologie de l’université de Birmingham se sont intéressés à ces hommes et ces femmes qui déciment toute leur famille.
En août 2013, plusieurs chercheurs ont sorti une étude intitulée « Characteristics of family killers revealed by first taxonomy study » (Les caractéristiques des tueurs familiaux révélés dans la première étude taxonomique), publié dans The Howard Journal of Criminal Justice. Ils se sont penchés sur tous les cas survenus entre 1980 et 2012 en Angleterre, soit 71. Plusieurs éléments ressortent déjà :
Les 59 cas où un homme a tué toute sa famille ont permis aux chercheurs de ressortir quatre profils de tueurs masculins :
Les « tueurs familiaux » sont aussi différents des profils plus typiques de tueurs et tueurs en série, car ils ne sont généralement pas du tout connus des services de police et n’ont pas d’antécédent psychologique.
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A ce stade, on peut formuler trois hypothèses, dit le psychiatre criminologue Roland Coutanceau. Il peut s'agir d'un malade mental, avec une personnalité particulière de type paranoïaque. Deuxième hypothèse, le tueur peut-être un représentant d'un sous-groupe terroriste pas forcément très connu et qui a choisi d'agir, avec ou sans l'appui des autres. Mais M. Coutanceau développe surtout une troisième hypothèse qu'il résume ainsi : "un terrorisme réduit à un seul homme".
L'ancien gendarme Jean-François Abgrall, "analyste criminel" devenu enquêteur dans le privé, évoque quant à lui "un personnage qui part en guerre". Stéphane Bourgoin, auteur de dizaines d'ouvrages sur les tueurs en série le décrit comme un "serial sniper".
Trois jours après l'assassinat de l'influenceur trumpiste Charlie Kirk, les premières informations sur le parcours du suspect Tyler Robinson esquissent une personnalité complexe, qui tranche avec le portrait du « tueur d'extrême gauche » brandi par le clan MAGA. Sorti brillamment du lycée en 2021, Tyler a obtenu une bourse de 32.000 dollars pour aller étudier à Utah State University. Ses parents, un vendeur de comptoirs de cuisine en granit et une professionnelle de santé travaillant avec des handicapés, sont Mormons comme de nombreux habitants en Utah.
L'engagement politique de Tyler Robinson reste encore très flou. Si ses parents sont inscrits sur les listes électorales comme républicains, le jeune homme n'a indiqué aucune affiliation politique. Selon le gouverneur de l'Utah, Spencer Cox, qui a divulgué certains éléments d'enquête vendredi, le jeune homme s'était « plus politisé ces dernières années ».
La police britannique a commencé à enquêter vendredi sur la personnalité d'un jeune homme de 22 ans soupçonné d'avoir tué jeudi cinq personnes, dont sa mère et une fillette de trois ans, avant de se suicider dans le sud-ouest de l'Angleterre, lors de la fusillade la plus meurtrière au Royaume-Uni en plus de 10 ans. Les enquêteurs ont exclu pour l'instant toute motivation terroriste et se penchent sur le profil psychologique de Jake Davison, dont les messages relevés par la presse britannique sur les réseaux sociaux révèlent des tendances dépressives.
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Rex Heuermann a été arrêté en juillet dernier, confondu par une part de pizza jetée dans une poubelle. Cet architecte new-yorkais de 60 ans vient d'être inculpé d'un quatrième meurtre. En 2010 et 2011, les corps de onze victimes, dont au moins sept prostituées, mais aussi un homme et un bébé, avaient été retrouvés le long d'une même route de l'État de New York. Jusqu’au 16 janvier dernier, Rex Heuermann était soupçonné des meurtres de Melissa Barthelemy, Megan Waterman et Amber Costello, trois des "Gilgo Four", du nom des quatre femmes dont les cadavres avaient été découverts à deux jours d'intervalle, en décembre 2010, au bord de ladite route. Le voici désormais inculpé de l’assassinat de la quatrième, Maureen Brainard-Barnes. L’accusé continue de se dire innocent.
Nicole Brass, 34 ans, fait partie de celles qui lui ont échappé. Son historique sur Internet a montré que Rex Heuermann, outre des images d’actes de torture pornographique, de meurtres, de viol et de pédopornographie, recherchait compulsivement des photos de ses victimes, mais aussi des informations très précises sur leur localisation, leurs proches, leurs familles.
Les tueries de masse, comme celles survenues les 3 et 4 août à El Paso (Texas) et à Dayton (Ohio), rythment l’actualité depuis longtemps aux Etats-Unis. Leur récurrence amène à s’interroger sur leurs auteurs : ont-ils des caractéristiques communes liées à leurs origines ? Quelles sont leurs motivations ? Les études montrent bien des traits communs, mais ce ne sont pas toujours les plus évidents.
Stéphane Bourgoin, criminologue et spécialiste des tueurs en série, décrit le tueur au scooter comme un « serial sniper ». Ce type de tueur utilise une arme à feu et est psychologiquement dans le désir de toute puissance et de contrôle des victimes. Il veut décider de la mort ou de la vie de ses victimes, il a le désir de devenir l'égal de dieu. Ce n'est pas quelqu'un de fou, mais un psychopathe qui n'a aucune empathie pour un autre être humain.
Le choix des victimes indique très probablement que le criminel est raciste, antisémite et épouse probablement des thèses extrêmes. On peut penser que c'est quelqu'un qui a été marginalisé dans la société, qui a raté son existence socio-professionnelle.
Dans la plupart des cas de tueurs en série, les proches ignoraient totalement les activités meurtrières de leur conjoint, de leur fils, compagnon... Les psychopathes sont des menteurs invétérés depuis l'enfance, présentent une façade de normalité absolue vis-à-vis de la société et de leurs proches.
L'enquête est le principal moyen de l'arrêter. Il a commis des erreurs, on sait qu'il a été filmé, qu'un témoin a vu une partie de son visage. Les enquêteurs ont recours à l'outil psychologique, ces fameux profilers, les analystes comportementaux de la gendarmerie nationale qui travaillent très probablement sur cette enquête.
| Caractéristique | Pourcentage |
|---|---|
| Tueurs de sexe masculin | 83% (59 sur 71 cas) |
| Âge des tueurs (majorité trentaine) | 55% |
| Tentative ou suicide après les meurtres | 81% |
| Tueurs avec un emploi | 71% |
| Déclencheur: Séparation des parents | 66% |
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