Au lendemain de l’inculpation de l’ancien directeur du FBI James Comey, Trump maintient la pression sur le ministère de la Justice. Le président des États-Unis a appelé ce vendredi 26 septembre à « d’autres » poursuites de ce type contre ceux qu’il voit comme ses ennemis.
Parmi les cibles de Donald Trump, on retrouve l’ancien directeur de la CIA John Brennan ou de la procureure générale de l’État de New York Letitia James. Selon le New York Times, la procureure Fani Willis serait aussi dans le viseur du gouvernement. Elle avait engagé des poursuites contre le président américain pour tentatives illégales d’inverser les résultats de l’élection présidentielle de 2020, que Donald Trump a toujours prétendu avoir remportée.
Dans les jours précédant l’inculpation de James Comey, le locataire de la Maison Blanche avait déjà mis publiquement la pression sur le ministère de la Justice, renforçant les craintes de l’opposition démocrate sur un risque de remise en cause de la séparation des pouvoirs.
Ancien chef de la police fédérale, James Comey, 64 ans, est poursuivi pour fausse déclaration et entrave à la justice, en lien avec son témoignage devant la commission judiciaire du Sénat en 2020. En 2020, James Comey avait témoigné devant le Congrès au sujet de l’enquête du FBI sur les liens supposés entre la Russie et la première campagne présidentielle de Donald Trump en 2016. Un an plus tard, en 2017, il avait été limogé par le président républicain.
Pour Donald Trump, James Comey a « menti » devant le Congrès. « Ce n’est pas un mensonge complexe, c’est un mensonge très simple, mais important. Il n’y a aucun moyen pour lui de s’en sortir. C’est un flic véreux, et il l’a toujours été », a écrit vendredi le président américain sur sa plateforme Truth Social. Il a estimé que James Comey devait « payer le prix fort ».
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Dans une vidéo publiée sur Instagram, James Comey a répondu jeudi 25 septembre à l’annonce de son inculpation en affirmant : « Je n’ai pas peur ». « La peur est l’arme des tyrans », a-t-il dit. « Ma famille et moi savons depuis des années ce qu’il en coûte de s’opposer à Donald Trump », a-t-il aussi assuré, appelant à ne pas vivre « à genoux » face au président. « J’ai confiance dans la justice fédérale et je suis innocent », a conclu l’ex-chef du FBI.
Selon le ministère de la Justice, James Comey encourt jusqu’à cinq ans d’emprisonnement.
Actuel patron du FBI, Kash Patel a de son côté assuré sur X vendredi que « des agents du FBI, des spécialistes du renseignement et des membres du personnel avaient mené l’enquête sur Comey et d’autres personnes. Ils ont pris les décisions qui s’imposaient ».
« Les accusations complètement fausses qui attaquent le FBI à propos d’une politisation de l’application de la loi proviennent des mêmes médias en faillite qui ont vendu au monde entier le “Russia Gate” - c’est de l’hypocrisie à outrance », a-t-il ajouté.
Dans un rapport en 2019, durant le premier mandat de Donald Trump, le FBI avait conclu à l’insuffisance de preuves de collusion entre Moscou et l’équipe du républicain mais avait relevé une série de pressions troublantes exercées par le président américain sur l’enquête. Donald Trump n’a pas caché pendant sa deuxième campagne présidentielle ses envies de vengeance contre ses adversaires et depuis son retour au pouvoir en janvier, les autorités américaines ont lancé plusieurs enquêtes contre des personnalités considérées comme hostiles.
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Après l'ancien directeur du FBI, une autre bête noire de Donald Trump a été inculpée jeudi : la procureure générale de l'État de New York Letitia James, qui avait obtenu sa condamnation en 2024 dans une vaste affaire de fraude.
« Nul n’est au-dessus des lois. Les accusations portées dans cette affaire concernent des actes criminels délibérés et de graves atteintes à la confiance du public », écrit la procureure fédérale de Virginie Lindsey Halligan, à l'origine des poursuites, dans un communiqué. C'est cette même magistrate, une proche de Donald Trump auprès duquel elle travaillait comme conseillère à la Maison Blanche, qui en septembre avait lancé la procédure contre l'ex-chef de la police fédérale James Comey.
Les faits visant Letitia James, élue du Parti démocrate, concernent une maison de Norfolk (Virginie) qu'elle possède, dont elle aurait déclaré faussement qu'elle était sa résidence principale dans des documents de prêt hypothécaire, ce qui lui aurait permis d'obtenir des conditions d'emprunt plus favorables. Cette dernière a aussitôt dénoncé des « représailles politiques ». « Nous combattrons vigoureusement ces accusations sans fondement », écrit-elle.
« Voilà à quoi ressemble la tyrannie », a réagi pour sa part le ténor démocrate au Sénat Chuck Schumer. « Ce que nous voyons aujourd'hui n'est rien d'autre que l'instrumentalisation du ministère de la Justice pour punir celles et ceux qui tiennent les puissants pour responsables », a commenté la gouverneure de l'Etat de New York, Kathy Hochul, elle aussi démocrate.
Depuis plusieurs semaines, Donald Trump met la pression sur son ministère de la Justice pour obtenir des poursuites contre certains de ses adversaires politiques. Et Letitia James en est une de premier plan: elle est à l'origine des poursuites pour fraudes lancées contre lui et ses deux fils, Donald Jr et Eric. Ils ont tous trois été reconnus coupables d'avoir fait enfler de manière colossale durant les années 2010 la valeur des actifs de la Trump Organization - leurs gratte-ciel, hôtels de luxe ou golfs dans le monde entier - afin de bénéficier de prêts plus favorables de banques et de meilleures conditions d'assurance.
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Au terme d'un procès ultra-médiatisé qui s'était tenu en 2024, Donald Trump avait été condamné à une amende pharaonique de 464 millions de dollars. En août dernier, une cour d'appel de l'Etat de New York a annulé cette amende en invoquant un montant « excessif qui viole le huitième amendement de la Constitution des États-Unis », qui interdit les condamnations disproportionnées.
Le président a souvent déclaré que Letitia James devrait être poursuivie et qualifié cette magistrate afro-américaine de « corrompue » et « raciste ».
Donald Trump se défend d'avoir une « liste » de cibles. Reste qu'il a identifié une série de personnalités, élus, anciens conseillers ou magistrats, coupables, selon lui, de toutes sortes de malversations, mais surtout de s'être opposés à lui.
Le président américain a ainsi menacé le milliardaire philanthrope George Soros. Il a appelé publiquement à poursuivre le sénateur démocrate Adam Schiff, comme il l'a fait pour Letitia James. Une autre bête noire de Donald Trump, son ancien conseiller à la Sécurité nationale John Bolton, a lui vu son domicile perquisitionné par le FBI. Le président américain s'en est aussi pris à Barack Obama, accusé de « trahison ». Mais toute tentative de le traîner en justice pourrait se heurter à un principe d'immunité présidentielle récemment posé par la Cour suprême, à la demande de Donald Trump lui-même.
Après le Venezuela, Donald Trump a fait comprendre au président colombien, ainsi qu'au gouvernement cubain, qu'il ne se priverait pas d'intervenir chez eux. Samedi, Donald Trump a annoncé à l’aube sur son réseau Truth Social que les forces américaines avaient capturé et exfiltré son homologue vénézuélien, Nicolás Maduro, ainsi que son épouse, Cilia Flores, après une « attaque de grande envergure » contre le pays sud-américain.
Lors d’une longue conférence de presse, Donald Trump a en effet affirmé samedi que son homologue colombien, Gustavo Petro, devrait « faire gaffe à ses fesses », après la capture du président vénézuélien. Trump en guerre contre la cocaïne, sur fond de pétrole. Tout en lorgnant les réserves pétrolières au Venezuela, le locataire de la Maison-Blanche a mis en avant sa volonté de mettre fin au narcotrafic dans la zone pour notamment justifier son intervention contre Maduro.
La tension monte donc entre Washington et Bogota. La Colombie a annoncé le déploiement de troupes à sa frontière avec le Venezuela. Proche de Nicolás Maduro, le président colombien a pour sa part dénoncé une attaque américaine aux « missiles » contre le Venezuela, qualifié les actions des Etats-Unis d'« atteinte à la souveraineté » de l’Amérique latine et déclaré qu’elles entraîneraient une crise humanitaire.
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